EHPAD publics de Normandie : la feuille de route « Bien vieillir » fixe dix priorités pour 2026-2030. Adoptée lors de la Convention régionale de la FHF Normandie du 5 juin 2026, cette stratégie commune aux hôpitaux et aux EHPAD publics normands a été rendue publique par un communiqué de presse daté du 29 juin 2026 à Caen. Coordination des parcours, mutualisation des ressources humaines entre établissements, guichet unique gériatrique : le document dessine la trajectoire des dix prochaines années pour les équipes de direction, les IDEC et les soignants.
Les faits
La feuille de route régionale des établissements publics de santé et des EHPAD publics normands couvre la période 2026-2030 et porte le nom « Bien vieillir en Normandie ». Selon le document publié par la FHF Normandie, cette démarche partagée associe hôpitaux et EHPAD publics normands autour d’un même objectif : prendre en charge les besoins des aînés et de leur entourage dans un contexte de vieillissement démographique régional. La FHF Normandie fédère l’ensemble du secteur public sanitaire, social et médico-social régional, y compris les hôpitaux publics et les EHPAD publics autonomes ou rattachés.
Les établissements publics normands ont choisi d’agir collectivement autour de trois priorités structurantes, dont mieux coordonner les parcours entre les différents acteurs de l’accompagnement des personnes âgées. Dans le détail, la FHF Normandie identifie dix priorités régionales qui guideront ses travaux et ceux des établissements publics normands dans les années à venir, à l’horizon 2030, comme le détaille la page dédiée sur le site de la fédération.
Parmi ces dix priorités, la septième concerne directement l’organisation interne des établissements : les Groupements Territoriaux Sociaux et Médico-Sociaux (GTSMS) y sont présentés comme une opportunité de renforcer la coopération entre établissements, de mutualiser certaines compétences et de construire des réponses plus cohérentes à l’échelle des territoires. Concrètement, la feuille de route prévoit de mutualiser les ressources humaines, la qualité, la formation, le numérique, l’ingénierie de projet et l’accompagnement des transformations entre établissements publics normands — un chantier qui rejoint les problématiques de turnover des aides-soignantes en EHPAD et de fidélisation des équipes.
Mise en perspective
Le préambule de la feuille de route pose que la Normandie connaît aujourd’hui une transition démographique majeure, un constat qui vient justifier l’adaptation profonde des organisations sanitaires, sociales et médico-sociales de la région — une dynamique déjà documentée par les chiffres DREES sur la démographie médicale 2026. La feuille de route affirme qu’aucun acteur ne peut répondre seul aux défis du vieillissement et que la qualité des parcours repose sur la capacité des professionnels et des institutions à travailler ensemble, l’une des quatre convictions fondamentales du document.
Cette ambition régionale ne part pas de zéro. La feuille de route « Bien vieillir » vient compléter la Charte régionale pour la transition écologique, déjà signée en 2024 par les établissements publics sanitaires et médico-sociaux normands — un texte dont les obligations concrètes pour les directions d’établissement ont été détaillées dans notre article sur la feuille de route santé imposée aux directeurs en 2026. Elle s’inscrit aussi dans une architecture territoriale déjà rodée : on dénombre en Normandie 11 Groupements hospitaliers de territoire (GHT), rassemblant au total 56 structures publiques de santé et 11 structures médico-sociales publiques, selon la fiche de l’ARS Normandie consacrée aux GHT, ces groupements s’appuyant sur la construction d’un projet médical partagé qui organise la gradation des soins et la mutualisation de certaines fonctions support.
Le contexte de tension RH explique aussi pourquoi la mutualisation figure en bonne place dans la feuille de route. Selon la DREES, 44 % des EHPAD déclarent rencontrer des difficultés de recrutement, une tendance confirmée à l’échelle du secteur sanitaire et médico-social : l’OPCO Santé estime que près d’un établissement sur deux rencontre des difficultés de recrutement et plus de 90 000 départs à la retraite sont anticipés dans le secteur sanitaire, social et médico-social privé à horizon de trois ans, ce qui accentue encore ces tensions. Ces constats rejoignent les enjeux déjà identifiés dans notre analyse du turnover des aides-soignantes en EHPAD.
Impact concret par profil métier
Pour les directeurs : anticiper la gouvernance des GTSMS
Pour les directions d’EHPAD publics, la priorité n°7 de la feuille de route est celle qui engage le plus directement l’organisation interne. Les GTSMS y sont présentés comme une opportunité de renforcer la coopération entre établissements, de mutualiser certaines compétences et de construire des réponses plus cohérentes à l’échelle des territoires. Or le périmètre de mutualisation annoncé couvre les ressources humaines, la qualité, la formation, le numérique, l’ingénierie de projet et l’accompagnement des transformations — soit une bonne partie des fonctions pilotées aujourd’hui en propre par chaque établissement. Le document ne fixe toutefois aucun chiffrage précis d’ETP mutualisés ni de calendrier détaillé par établissement à ce stade.
Pour les IDEC et IDE : coordination des filières et astreintes
Côté soins, deux priorités concernent directement les infirmiers coordinateurs et les infirmiers diplômés d’État. La priorité n°1 vise à faire du dispositif « Allo Gériatrie » le point d’entrée identifié de la filière gériatrique sur chaque territoire normand, ce qui doit faciliter le repérage et l’orientation des résidents en situation de fragilité — un enjeu qui rejoint directement l’organisation de l’astreinte de nuit IDE en EHPAD. La priorité n°4 vise quant à elle à construire des parcours géronto-psychiatriques fluides, en mettant en lien gériatres, établissements psychiatriques, EHPAD, coordonnateurs de filière et acteurs des Projets Territoriaux de Santé Mentale. Cette logique de coordination fait écho au cadre méthodologique de la HAS : le partage et l’échange de données entre professionnels sont indispensables à la bonne coordination des parcours de santé, rappelle le modèle de plan personnalisé de coordination en santé de la Haute Autorité de santé. Cette même exigence de coordination sous-tend les efforts pour réduire les hospitalisations non programmées en EHPAD et pour raccourcir la durée de passage aux urgences des résidents.
Face aux tensions RH : mutualiser sans dégrader la qualité
La mutualisation des ressources humaines annoncée par la priorité n°7 s’inscrit dans un contexte de tension durable sur les métiers du soin. Avec 44 % des EHPAD qui déclarent rencontrer des difficultés de recrutement selon la DREES, les équipes de direction et d’encadrement devront suivre de près les modalités concrètes de coopération inter-établissements à mesure qu’elles se préciseront. Les besoins en compétences avancées restent également un axe de vigilance, notamment pour les postes d’infirmier en pratique avancée en EHPAD, dont les appels à candidatures se multiplient.
Perspectives
La FHF Normandie assurera l’animation générale de la feuille de route et présentera régulièrement un bilan d’avancement des actions à ses instances. D’ici 2030, deux autres priorités du document méritent une attention particulière côté vie sociale : les établissements seront encouragés à construire des organisations favorisant les retours à domicile, la prévention des ré-hospitalisations et la continuité des accompagnements, tandis que la feuille de route affirme que l’entrée en EHPAD ne doit pas être vécue comme une rupture de vie, dans une vision renouvelée de l’établissement comme lieu de vie. Cette philosophie de parcours rejoint celle défendue par la HAS, pour qui le projet personnalisé en EHPAD est un dispositif de coordination destiné à répondre, sur la durée, aux besoins et attentes de la personne accompagnée, comme le rappelle la fiche-repère de la Haute Autorité de santé sur le projet personnalisé.
« Le bien vieillir est une responsabilité collective. Cette feuille de route constitue notre contribution à cette ambition », résume Christophe Bouillon, président de la FHF Normandie, dans l’édito du document. Pour les directions et les équipes soignantes des EHPAD publics normands, les prochains mois devraient donc être marqués par la déclinaison opérationnelle, établissement par établissement, des dix priorités — à commencer par le déploiement des GTSMS et la structuration des filières gériatriques.


