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Aide-soignante en EHPAD : les vérifications avant de lever un résident

13 min de lecture Nicolas Mortel
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Avant de lever un résident, que faut-il regarder : le lit, les pieds, le visage, le matériel ? Au poste de l’aide-soignante, la séquence de sécurité du lever est une suite de vérifications que cet article remet dans l’ordre. Il suit les étapes : l’environnement et le mobilier, le chaussage, l’état du résident au moment du soin, le choix de l’aide technique, puis le signalement à l’équipe. Il indique aussi, pour chaque point, ce que disent les sources et à qui elles le confient.

Lever un résident : le cadre, les chiffres et les responsabilités

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Cet article passe en revue, dans l’ordre du geste, ce que les sources disent de la chute, de la douleur et de la manutention.

Côté résidents, l’analyse des déclarations d’événements indésirables graves associés aux soins en lien avec des Ehpad, publiée par la HAS, indique : « Les déclarations reçues à la HAS ont concerné principalement des chutes (1 113/2 307 ; 48,2 %) ». Elle ajoute que « les probables déficits fonctionnels permanents ont été le plus souvent consécutifs à des chutes (614/746 ; 55,1 %), celles-ci ayant occasionné majoritairement une fracture du col du fémur ». Ces chiffres portent sur des déclarations d’événements graves, pas sur l’ensemble des chutes en établissement.

Le transfert lui-même apparaît dans ces déclarations. Parmi les erreurs liées au matériel, l’analyse retient « de mauvaises utilisations de dispositifs de mobilisation (lève-personnes) lors du transfert du résident entre un lit et un fauteuil (n = 70) ». Sur la formation, elle indique : « Au sujet des politiques de formation (n = 259), il est surtout souligné un manque de formation », et l’utilisation du matériel figure dans les thèmes cités : « l’utilisation des lève-personnes ».

Côté soignants, le rapport de l’IGAS sur l’attractivité des métiers de l’autonomie relève : « Dans le secteur de l’âge et dans l’aide à domicile, le risque de manutention est le principal (respectivement de 70 % à 51 % des accidents du travail) ». Ces données concernent le secteur, pas l’aide-soignante seule ni l’Ehpad seul. Le lien entre sinistralité et formation à la manutention est détaillé dans notre article sur le rapport de l’IGAS sur la sinistralité en EHPAD.

Le Code du travail traite de la manutention manuelle de « charges » et la place sous la responsabilité de l’employeur. Une de ses dispositions porte sur l’évitement : « L’employeur prend les mesures d’organisation appropriées ou utilise les moyens appropriés, et notamment les équipements mécaniques, afin d’éviter le recours à la manutention manuelle de charges par les travailleurs. » Une autre disposition, consacrée à l’évaluation des risques, précise : « Lorsque la manutention manuelle ne peut pas être évitée, l’employeur : 1° Evalue les risques que font encourir les opérations de manutention pour la santé et la sécurité des travailleurs ; » puis « 2° Organise les postes de travail de façon à éviter ou à réduire les risques, notamment dorso-lombaires, en mettant en particulier à la disposition des travailleurs des aides mécaniques ou, à défaut de pouvoir les mettre en œuvre, les accessoires de préhension propres à rendre leur tâche plus sûre et moins pénible. » Ces obligations incombent à l’employeur : les textes cités visent l’organisation et les moyens mis à la disposition des travailleurs. Sur le matériel fixe, voir l’avis de sécurité de l’ANSM sur les lève-personnes sur rail.

Vérifier avant de lever, sans renoncer à lever

Dans la recommandation HAS-Anesm sur les hospitalisations non programmées des résidents d’Ehpad, une des actions de prévention des chutes est de « Lutter contre la sédentarité dans les actes de la vie quotidienne par un accompagnement respectant l’autonomie du résident par les soignants. » Le même document précise : « L’activité physique contribue au maintien de l’autonomie du résident et doit être maintenue dans l’accompagnement des actes de la vie quotidienne, par des soignants formés à la manutention. »

Un autre document de la HAS éclaire la question, avec une réserve de périmètre : sa fiche sur la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation vise les services hospitaliers de soins aigus, pas l’Ehpad. À l’hôpital, la HAS écrit : « 70 à 83 % du temps passé à l’hôpital est passé allongé au lit, alors que la restriction d’activité est rarement justifiée médicalement ». Elle range parmi les interventions de soins : « Favoriser l’indépendance au lit, et de façon précoce et régulière, le lever au fauteuil, la verticalisation et la mobilisation. » Ce texte vise l’hôpital ; il ne fixe aucune règle pour l’Ehpad.

La séquence de vérification s’inscrit aussi dans un partage des rôles que les sources décrivent. Pour l’évaluation du risque de chute en Ehpad, la HAS-Anesm prévoit « un bilan des capacités fonctionnelles (marche, équilibre, transferts, fatigabilité) réalisé par un kinésithérapeute et complété au besoin par un ergothérapeute ou un psychomotricien ».

Au chevet : la séquence de vérification, étape par étape

L’ordre proposé ci-dessous est un ordre de lecture éditorial, du plus proche de la pièce au plus proche du résident, puis vers l’équipe. Il s’inscrit dans la routine décrite dans la journée type d’une aide-soignante en EHPAD.

Première étape : l’environnement et le mobilier

Avant de toucher le résident, regardez ce qui l’entoure. Le référentiel de repérage des risques de perte d’autonomie, volet Ehpad, range dans sa fiche-repère « Chutes » les « mobiliers inadaptés (hauteur du lit, du fauteuil, etc.) » parmi les facteurs de risque environnementaux de chute. La prévention des chutes en établissement est détaillée dans notre guide complet de prévention des chutes.

Deuxième étape : le chaussage

Regardez les pieds. La même fiche-repère cite « chaussures/chaussons inadaptés » parmi les facteurs environnementaux de chute. Dans l’intervention multifactorielle de prévention des chutes en Ehpad, la HAS-Anesm liste l’action : « Améliorer le chaussage ». La liste ne désigne pas de métier pour cette action.

L’argumentaire de la HAS sur le pied de la personne âgée rapporte des travaux qui « suggèrent que les personnes âgées devraient porter des chaussures appropriées à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la maison car la marche pieds nus ou en chaussette à l’intérieur de la maison est associée à un très grand risque de chutes ». Ce texte s’adresse à la personne âgée en général : ce n’est pas une consigne de soin. Sur l’accès au podologue en établissement, voir notre article sur les soins podologiques en EHPAD.

Troisième étape : l’état du résident au moment du soin

Trois choses peuvent se regarder au moment du soin : la douleur, le refus, le comportement. La fiche-repère « Souffrance physique » du même volet Ehpad cite « des signes corporels ou comportementaux (agitation, agressivité, difficulté à rester immobile, protection d’une zone du corps, repli sur soi, prostration, crispation, refus de soins, etc.) » comme manifestations pouvant révéler une douleur.

La même fiche cite aussi, parmi les facteurs techniques de risque de douleur, les « gestes liés aux soins d’hygiène et de confort : transfert, retournement, pesée, toilette ». Le repérage et la prise en charge de la douleur sont détaillés dans notre dossier sur la douleur en EHPAD.

Pour les résidents atteints d’une maladie neuro-dégénérative, l’analyse de littérature de l’Anesm sur l’accueil en pôle d’activités et de soins adaptés et en unité d’hébergement renforcé cite, parmi des pratiques soignantes recommandées données pour exemple et à adapter à chaque cas : « chercher des alternatives lorsqu’un soin peut être à l’origine d’un trouble du comportement ».

S’agissant de l’hypotension orthostatique, la HAS-Anesm la cite parmi les exemples d’actions d’une intervention multifactorielle de prévention des chutes en Ehpad : « Dépister et traiter une hypotension orthostatique ». Cette ligne ne désigne pas l’aide-soignante et ne lui confie aucun geste de dépistage.

Quatrième étape : le choix de l’aide technique

Reste à choisir comment lever. Pour l’aide au transfert lit fauteuil, l’IGAS décrit la démarche dite « soin de manutention » et formule ainsi la tâche du soignant : « évaluer les capacités de la personne préalablement à tout déplacement selon un référentiel établi, de retenir la modalité d’assistance la plus sécurisée, et de s’appuyer sur ses capacités résiduelles mais également des aides techniques ».

La démarche d’aide au transfert de l’INRS, pour le secteur de l’aide et du soin à la personne, consiste à « évaluer simplement les capacités de la personne à réaliser tout ou partie de ces mouvements au moment de la réalisation du soin sans avoir à solliciter/mobiliser pour chaque aide au déplacement un kinésithérapeute ou un ergothérapeute dont les compétences sont d’un autre ordre. »

Sur les aides techniques, la page de l’INRS consacrée aux Ehpad relève : « Le recours aux aides techniques est le plus souvent inadéquat : défaut de formation à leur utilisation, équipement inadapté ». Pour les gestes de repositionnement au lit, voir notre article sur le repositionnement et la cadence de l’aide-soignante.

Cinquième étape : le signalement à l’équipe

La rédaction suggère, à titre de proposition à adapter aux circuits de chaque établissement, de transmettre à l’équipe les points suivants :

  • un mobilier inadapté : hauteur du lit ou du fauteuil qui ne convient pas au transfert ;
  • un chaussage inadapté : chaussures ou chaussons inadaptés au moment du lever ;
  • une douleur exprimée, un refus de soins, une agitation ou tout comportement inhabituel au moment du soin ;
  • une aide technique absente, inadaptée ou dont l’usage est incertain ;
  • toute difficulté rencontrée pendant le transfert.

Si, malgré les vérifications, une chute survient sans témoin, la conduite à tenir est détaillée dans la fiche réflexe de l’aide-soignante. Le cadre du poste est rappelé dans la fiche de poste de l’aide-soignante en EHPAD.

Mise en œuvre : points de contrôle pour l’équipe et l’encadrement

La séquence ne repose pas sur la seule vigilance individuelle. Pour l’IDEC et l’encadrement, plusieurs points se vérifient à l’échelle du service :

  • le matériel d’aide technique est-il disponible, adapté et connu de toute l’équipe ?
  • les soignants sont-ils formés à son utilisation ?
  • existe-t-il un moyen simple de signaler un mobilier ou un chaussage inadapté ?
  • les signes de douleur et les refus de soins repérés au lever sont-ils transmis et suivis ?

Sur la formation à la manutention, le Code du travail prévoit : « L’employeur fait bénéficier les travailleurs dont l’activité comporte des manutentions manuelles : 1° D’une information sur les risques qu’ils encourent lorsque les activités ne sont pas exécutées d’une manière techniquement correcte, en tenant compte des facteurs individuels de risque définis par l’arrêté prévu à l’article R. 4541-6 ; » Puis : « 2° D’une formation adéquate à la sécurité relative à l’exécution de ces opérations. Au cours de cette formation, essentiellement à caractère pratique, les travailleurs sont informés sur les gestes et postures à adopter pour accomplir en sécurité les manutentions manuelles. » Ces dispositions s’adressent à l’employeur, pour les travailleurs dont l’activité comporte des manutentions manuelles.

La prévention de l’usure professionnelle fait l’objet du dossier sur la qualité de vie au travail et la prévention du burnout.

Perspectives : un lever qui reste un soin

Le rapport de l’IGAS formule des recommandations pour réduire les risques professionnels dans les métiers de l’autonomie.

Cette séquence en cinq temps est une façon de ranger, dans l’ordre du geste, ce que les sources désignent séparément.

Mini-FAQ : lever un résident en sécurité

Un résident refuse un soin au moment du lever : que faut-il en retenir ?
La fiche-repère sur la souffrance physique range le refus de soins parmi les manifestations pouvant révéler une douleur : « agitation, agressivité, difficulté à rester immobile, protection d’une zone du corps, repli sur soi, prostration, crispation, refus de soins ».
Qui évalue les capacités d’un résident pour les transferts ?
Pour l’évaluation du risque de chute, la HAS-Anesm prévoit « un bilan des capacités fonctionnelles (marche, équilibre, transferts, fatigabilité) réalisé par un kinésithérapeute et complété au besoin par un ergothérapeute ou un psychomotricien ». L’INRS décrit en outre, pour l’aide et le soin à la personne, une démarche permettant d’« évaluer simplement les capacités de la personne à réaliser tout ou partie de ces mouvements au moment de la réalisation du soin ».
Les chaussons posent-ils un problème pour le lever ?
La fiche-repère « Chutes » cite « chaussures/chaussons inadaptés » parmi les facteurs de risque environnementaux de chute, et la HAS-Anesm liste « Améliorer le chaussage » parmi les actions de prévention.

Sources officielles

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