IDE de nuit en EHPAD : quand une urgence survient, qui reste auprès du résident, qui appelle le centre 15, qui remplit le DLU et qui surveille le reste de l’unité ? Cet article ne traite pas des gestes de réanimation, déjà couverts par un autre article du site. Il pose le cadre qui régit ce que l’infirmière peut confier aux aides-soignants, puis propose une répartition des rôles. Il détaille ensuite l’impact pour chaque profil et les étapes de mise en œuvre.
Le cadre : ce que l’IDE peut confier la nuit, et dans quelles limites
La HAS range les « nuits, week-ends, jours fériés » parmi les périodes de vulnérabilité de la prise en charge (flash sécurité patient de la HAS).
Deux précautions de lecture. Ce flash vise les établissements de santé et médico-sociaux en général, pas les seuls EHPAD. Et le chiffre qu’il avance, selon lequel « en 2023, 60 % des évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS) déclarés se sont déroulés durant une période de vulnérabilité », porte sur l’ensemble des EIGS déclarés, tous secteurs confondus. Il ne mesure pas la situation propre aux EHPAD.
Ce cadre s’applique aussi à l’infirmière qui se retrouve seule face à une détresse : la conduite à tenir dans ce cas figure dans notre article sur l’IDE seule face à l’urgence vitale la nuit. Ici, l’angle est collectif : comment l’IDE s’appuie sur l’équipe d’aides-soignants.
Confier des actes aux aides-soignants : une liste fixée par arrêté
Le Code de la santé publique prévoit que « Pour des actes et soins dispensés dans un établissement ou un service à domicile à caractère sanitaire, social ou médico-social, l’infirmier peut, dans le cadre de son rôle propre, confier sous sa responsabilité certains actes et soins qu’il détermine en fonction de l’évaluation de la situation clinique de la personne et qui figurent sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. » (texte sur les actes confiés par l’infirmier).
Le texte ajoute : « Ces actes peuvent être confiés aux aides-soignants, auxiliaires de puériculture ou accompagnants éducatifs et sociaux avec lesquels il collabore et qu’il encadre, en fonction des formations et qualifications de chacun. » Trois bornes se lisent donc dans cette règle : la liste fixée par arrêté, la situation clinique de la personne, puis les formations et qualifications de chacun. Il précise aussi que « Cette collaboration peut s’inscrire dans le cadre des protocoles de soins infirmiers ».
L’arrêté qui fixe cette liste (arrêté fixant la liste des actes et soins) indique que « l’infirmier met en œuvre les interventions et dispense les soins listés au présent article ou en confie leur réalisation sous sa responsabilité, dans les conditions prévues par l’article R. 4311-5 ». Parmi les éléments qu’il énumère figurent le « recueil des paramètres observables contribuant à l’évaluation de l’état de santé de la personne par tout moyen non-invasif, à l’exclusion des données obtenues par des moyens paracliniques » et la « préparation et surveillance du repos et du sommeil ». Toute répartition de tâches la nuit se confronte à cette liste, ligne par ligne.
Urgence sans médecin : protocoles écrits, actes conservatoires, compte rendu
En l’absence de médecin, un autre article du Code de la santé publique organise la conduite de l’infirmière (texte sur l’urgence en l’absence de médecin) : « En l’absence d’un médecin, l’infirmier est habilité, après avoir reconnu une situation comme relevant de l’urgence ou de la détresse psychologique, à mettre en œuvre des protocoles de soins d’urgence, préalablement écrits, datés et signés par le médecin responsable. »
- Dans le cadre du protocole : « l’infirmier accomplit les actes et soins prévus dans ces protocoles ainsi que les actes conservatoires nécessaires jusqu’à l’intervention d’un médecin. »
- Hors protocole : « En cas de constat d’une situation d’urgence et en dehors de la mise en œuvre d’un protocole de soins d’urgence, l’infirmier décide des gestes et mesures conservatoires à pratiquer dans l’attente de l’intervention d’un médecin. »
- Orientation : « Il prend, le cas échéant, toutes mesures utiles afin de diriger la personne vers la structure de soins la plus adaptée à son état. »
- Trace écrite : « Ces actes et soins font obligatoirement l’objet de la part de l’infirmier d’un compte rendu écrit, daté, signé, remis au médecin et annexé au dossier du patient. »
S’y ajoute la traçabilité : « Il initie et assure la traçabilité des soins infirmiers dans le dossier du patient. » (texte sur la traçabilité des soins infirmiers).
Répartir les rôles quand l’urgence arrive
Les textes fixent des limites ; ils ne disent pas qui se place où au moment de l’urgence. La répartition ci-dessous est une proposition d’organisation à adapter à votre établissement, pas une obligation réglementaire. L’objectif : que chacun sache, avant la nuit, quelle tâche lui revient.
- Rester auprès du résident et évaluer : l’IDE. Elle reconnaît la situation d’urgence et, hors protocole, décide des gestes conservatoires, comme décrit plus haut.
- Appeler le centre 15 : à désigner à l’avance dans la fiche réflexe. Pour un transfert vers un service d’urgences sans passage préalable d’un médecin dans l’EHPAD, la HAS indique : « Avant toute décision de transfert d’un résident vers un SU, il est recommandé de contacter le SAMU – Centre 15. » (guide HAS du dossier de liaison d’urgence).
- Remplir le DLU : selon la HAS, la fiche Aller « est remplie lors de l’urgence par un soignant de l’Ehpad, le plus souvent un infirmier le jour et un aide-soignant la nuit ».
- Surveiller le reste de l’unité : un aide-soignant désigné, avec des consignes écrites. Les repères d’une chute sans témoin s’appliquent aussi pour ne pas laisser un autre résident sans surveillance.
- Transmettre : l’IDE reçoit les observations des aides-soignants, selon la méthode décrite dans ce guide sur la transmission d’une observation à l’IDE.
Pour les transmissions entre équipes, la HAS cite parmi ses leviers : « Renforcer les transmissions orales en face-à-face pour les patients à risque, avec des consignes précises de surveillance et de conduite à tenir. » Elle cite aussi : « Assurer et diffuser un système de garde et d’astreinte opérationnel avec des consignes précises (qui contacter, quand et pour quelles situations). » Les transmissions ciblées offrent un cadre pour structurer ce qui se dit à l’oral.
Continuité des soins et appui du médecin coordonnateur
Sur la continuité, le Code de la santé publique est net : « Dès lors qu’il a accepté d’effectuer des soins, l’infirmier est tenu d’en assurer la continuité. » (texte sur la continuité des soins infirmiers). Pour la suite d’un transfert, la traçabilité et le partage des responsabilités sont détaillés dans notre article sur l’hospitalisation d’un résident.
Côté médical, le Code de l’action sociale et des familles prévoit que « le médecin coordonnateur qui assure l’encadrement médical de l’équipe soignante » : il « Réalise des prescriptions médicales pour les résidents de l’établissement au sein duquel il exerce ses fonctions de coordonnateur en cas de situation d’urgence ou de risques vitaux ainsi que lors de la survenue de risques exceptionnels ou collectifs nécessitant une organisation adaptée des soins » (texte sur les missions du médecin coordonnateur). Le médecin traitant du résident reste un acteur du parcours, comme le rappelle cet article sur le médecin traitant en EHPAD.
Les conventions avec les établissements de santé
Le même code prévoit que les établissements concernés « concluent des conventions avec un ou plusieurs établissements de santé du territoire, dont, le cas échéant, au moins un hôpital de proximité, afin de bénéficier d’interventions de structures d’hospitalisation à domicile, d’équipes mobiles ou d’autres appuis utiles à leurs missions et permettant d’assurer la continuité des soins et d’organiser l’hospitalisation de leurs résidents lorsqu’elle est nécessaire » (texte sur les conventions avec les établissements de santé).
Les hospitalisations potentiellement évitables
La fiche points clés de la HAS sur les hospitalisations non programmées des résidents (fiche HAS sur les hospitalisations non programmées) précise qu’il s’agit d’hospitalisations potentiellement évitables (de 19 à 67 % selon les études). Cette fourchette vient d’études citées par la fiche de 2015 : elle ne mesure pas l’effet d’une organisation de nuit. Le sujet est approfondi dans notre dossier sur les hospitalisations non programmées.
Impact par profil : IDE de nuit, aides-soignants, IDEC, médecin, direction
L’IDE de nuit
L’IDE reconnaît l’urgence, applique le protocole ou décide des gestes conservatoires, oriente le résident et rédige le compte rendu. Elle choisit aussi ce qu’elle confie, dans la liste de l’arrêté et en fonction des qualifications de l’équipe présente cette nuit-là. Un planning de nuit lisible indique d’avance qui tient quel rôle.
Les aides-soignants de nuit
L’aide-soignante de nuit peut remplir la fiche Aller du DLU, comme le décrit la HAS plus haut, et assurer la surveillance de l’unité pendant que l’IDE est mobilisée. La HAS recommande aussi de « Former les soignants, en particulier ceux travaillant la nuit, aux soins de premiers secours ». Les contours du métier sont précisés dans la fiche de poste de l’aide-soignante en EHPAD.
L’IDEC
Pour l’IDEC, l’enjeu est de traduire le cadre en documents que l’équipe de nuit applique sans elle : fiches réflexes, tableau de désignation des rôles, liste des actes confiables relue avec l’arrêté. Le positionnement de l’IDEC est décrit dans la fiche métier de l’infirmier coordinateur, et l’organisation de la charge de soins dans cet article sur l’organisation de la charge de soins par l’IDE.
Le médecin coordonnateur
Les protocoles de soins d’urgence sont signés par « le médecin responsable ». À vous de clarifier, dans l’établissement, qui tient ce rôle pour chaque protocole, et comment le médecin coordonnateur exerce sa mission de prescription en situation d’urgence décrite plus haut.
Le directeur
Côté direction, deux leviers relèvent de l’établissement : les conventions avec les établissements de santé, et un système d’astreinte assorti de consignes précises (qui contacter, quand et pour quelles situations). Le cadre de pilotage est détaillé dans le guide de management en EHPAD. Quand on cherche la réglementation du personnel de nuit en EHPAD, les textes cités dans cet article décrivent le cadre d’exercice et la délégation, pas un effectif de nuit.
Mise en œuvre : protocoles, fiches réflexes, formation et DLU
- Protocoles : faire établir les protocoles de soins d’urgence « préalablement écrits, datés et signés par le médecin responsable ».
- Liste des actes : confronter chaque tâche confiée la nuit à la liste de l’arrêté, puis consigner le résultat.
- Fiches réflexes : une fiche par situation d’urgence, avec le nom de la fonction (et non de la personne) pour chaque rôle, y compris l’appel au centre 15.
- Astreinte : afficher les consignes sur qui contacter, quand et pour quelles situations.
- Formation : la HAS précise que « L’AFGSU niveau 2 est conseillée » : c’est un conseil, non une obligation.
- DLU : vérifier que le dossier de liaison d’urgence « doit être constitué pour tous les résidents de l’Ehpad ».
- Retours d’expérience : après chaque urgence, réunir l’équipe concernée et mettre à jour les fiches. C’est une pratique d’organisation, sans exigence sourcée ici.
Points de contrôle : un protocole signé disponible la nuit, une liste d’actes confiables relue, un DLU présent pour chaque résident, une fiche de rôles affichée, un compte rendu écrit après chaque intervention menée en urgence sans médecin.
Perspectives : le nouveau cadre des actes infirmiers
L’arrêté sur la liste des actes et soins infirmiers précise que « Le présent arrêté entre en vigueur le lendemain de la publication de l’arrêté pris en application du I de l’ article L. 4311-1 du code de la santé publique et au plus tard le 30 juin 2026. » (texte de l’arrêté). La date butée est désormais passée : les protocoles et les fiches de rôles de nuit gagnent à être relus avec cette liste.
Une limite de lecture : les repères de la HAS cités ici décrivent des périodes et des situations à risque, pas la composition des équipes de nuit de votre établissement. C’est à vous de les rapporter à votre organisation.
Mini-FAQ : l’IDE de nuit et l’équipe face à l’urgence
Que peut confier l’IDE de nuit aux aides-soignants ?
Qui remplit la fiche Aller du DLU la nuit ?
La formation aux gestes d’urgence est-elle obligatoire pour les soignants de nuit ?
Sources officielles
- HAS — guide d’utilisation du dossier de liaison d’urgence en Ehpad
- HAS — fiche points clés sur les hospitalisations non programmées des résidents
- HAS — flash sécurité patient sur les périodes de vulnérabilité
- Légifrance — urgence en l’absence de médecin (Code de la santé publique)
- Légifrance — actes et soins confiés par l’infirmier (Code de la santé publique)
- Légifrance — traçabilité des soins infirmiers (Code de la santé publique)
- Légifrance — continuité des soins infirmiers (Code de la santé publique)
- Légifrance — missions du médecin coordonnateur (Code de l’action sociale et des familles)
- Légifrance — conventions avec les établissements de santé (Code de l’action sociale et des familles)
- Légifrance — arrêté fixant la liste des actes et soins pouvant être réalisés par les infirmiers


