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IDEC en EHPAD : arbitrer quand tout arrive en même temps

15 min de lecture Aurélie Mortel
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Vos priorités IDEC EHPAD sont-elles écrites quelque part, ou se décident-elles au fil des appels ? Une chute, un résident qui s’aggrave, une absence non remplacée et un médecin à joindre peuvent se présenter ensemble, sans que l’ordre de traitement soit évident. Cet article ne décrit pas une journée type : il examine ce que la HAS, la DREES et le Code de la santé publique permettent de dire pour arbitrer. Les grilles de tri qu’il propose sont celles de la rédaction, signalées comme telles à chaque fois.

Le cadre : un rôle de coordination, des responsabilités partagées

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La Bible du Management EHPAD - édition 2026
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La bible du management EHPAD : équipes, conflits, QVT, performance.

  • 135 pages méthodologie
  • Cas concrets directeurs/IDEC
  • Édition 2026

Le Code de la santé publique décrit l’exercice infirmier en général, et vise tout infirmier, pas l’IDEC en particulier. L’article consacré à l’exercice de la profession prévoit que L’infirmier exerce ses activités en coordination et collaboration avec les professionnels de santé et des secteurs social, médico-social et éducatif, et précise que « Il initie et assure la traçabilité des soins infirmiers dans le dossier du patient ».

Pour situer l’IDEC, la recommandation de la HAS et de l’Anesm sur le repérage des risques de perte d’autonomie en EHPAD indique, à propos de la coordination des soins du médecin coordonnateur, que « cette responsabilité s’exerce concomitamment à celle du directeur, du responsable de la gouvernance de tout l’établissement et de l’infirmier(e) coordinateur (trice) responsable du management de l’équipe de professionnels soignants ».

Pour le détail des missions, voir notre fiche métier de l’IDEC ; pour la place de la fonction dans l’équipe de direction, notre guide du management en EHPAD. Le reste de cet article distingue deux registres : ce qui est cité d’une source, et ce qui relève d’une proposition de la rédaction, annoncé comme tel.

Ce que les événements graves déclarés montrent des journées qui s’emboîtent

Les éléments qui suivent proviennent de déclarations d’événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) en EHPAD, analysées par la HAS dans un rapport diffusé par la SFGG. Ce sont des déclarations d’événements graves : elles ne mesurent ni la charge de travail réelle des IDEC, ni leur activité. Notre article sur l’analyse des EIGS en EHPAD revient sur les limites de ce corpus.

Le rapport indique que « Sur les 2 307 EIGS analysés, 65,7 % (1 515 /2 307) ont eu lieu pendant au moins une période de vulnérabilité ». Dans son flash sécurité patient sur les périodes de vulnérabilité, qui vise les établissements de santé et la plupart des ESSMS, la HAS décrit ces périodes comme « des périodes de vulnérabilité (nuits, week-ends, jours fériés, changements d’équipe, vacances) où l’organisation des soins peut être plus tendue, en raison d’une diminution de la vigilance ou des effectifs présents ».

Sur la charge de travail, le rapport relève que « Sur le plan de la charge de travail (n = 230), il est généralement mis en avant que les effectifs sont insuffisants au regard des tâches à accomplir, tant pour les IDE que pour les aides-soignants ». Il mentionne aussi : « Il est fréquemment fait mention d’un report de tâches vers les IDE en l’absence d’aides-soignants, de la gestion simultanée d’incidents affectant plusieurs résidents (chutes, etc.) ». Sur la répartition des tâches entre soignants, voir notre article sur la délégation de l’infirmier à l’aide-soignante.

Côté encadrement, le rapport cite parmi les difficultés rapportées : « la méconnaissance des niveaux décisionnels par les équipes, l’absence prolongée d’un cadre de santé ou d’encadrement pendant les nuits, le manque d’IDEC, l’absence d’une astreinte administrative officielle, ainsi que la vacance du poste de médecin coordonnateur ». Notre article sur l’intérim et les équipes instables en EHPAD prolonge cette question côté IDEC.

Reste la question des interruptions. Dans une étude qualitative de la DREES publiée en 2016 sur les conditions de travail en EHPAD, on lit que « Les multiples interruptions qui jalonnent la journée de travail des soignants contribuent à accroître la perception de cadences élevées ». L’étude porte sur les soignants en général, pas sur l’IDEC en particulier.

Trois situations en même temps : l’ordre que propose la rédaction

Ce qui suit est une proposition de la rédaction, sans attribution à une institution. Elle consiste à se poser trois questions, dans cet ordre, quand les sollicitations s’accumulent :

  1. Un résident peut-il être en danger immédiat ?
  2. Une information essentielle risque-t-elle de ne pas parvenir à la bonne personne ?
  3. La tâche peut-elle être reportée ou confiée sans rupture de la continuité des soins ?

Première question : un résident en danger immédiat

La recommandation de la HAS et de l’Anesm demande, en situation d’urgence : « Appeler le Samu Centre 15 (numéro d’urgence : 15) pour la prise en charge médicale immédiate ». La fiche de la HAS sur les hospitalisations non programmées recommande de « s’assurer d’une régulation médicale des situations d’urgence par le SAMU-Centre 15, notamment, avant tout transfert d’un résident vers un service des urgences ». Pour l’échange téléphonique, la HAS écrit dans son guide du dossier de liaison d’urgence que « Le DLU sert de support de communication au soignant de l’Ehpad pour ses échanges téléphoniques avec le régulateur du SAMU – Centre 15 ».

Le rapport sur les EIGS décrit par ailleurs des retards qui étaient « souvent liés à un manque de connaissance des symptômes et signes cliniques des maladies ou à une mauvaise évaluation de la gravité de la situation par le personnel paramédical, conduisant à l’absence d’alerte du médecin coordonnateur ou du Samu centre 15 ». Quand le médecin coordonnateur ou le médecin traitant n’est pas joignable, notre article sur le rôle du médecin traitant dans le parcours de soins en EHPAD aide à situer les interlocuteurs. La rédaction suggère que, dans cet ordre de lecture, la situation d’urgence passe avant les deux autres questions, et que les autres sollicitations soient mises en attente de façon explicite plutôt que laissées sans réponse.

Deuxième question : une information qui doit arriver à la bonne personne

La HAS et l’Anesm écrivent que « La transmission orale peut être la plus adaptée à une situation particulièrement préoccupante ou d’urgence », et ajoutent : « Elle peut, dans ces situations, être préférée à la transmission écrite et choisie en première intention pour favoriser la réactivité de l’équipe. Toutefois, il est recommandé de compléter l’information orale par un écrit ». Pour les patients en général, le flash de 2025 recommande de « Renforcer les transmissions orales en face-à-face pour les patients à risque, avec des consignes précises de surveillance et de conduite à tenir ».

Le même flash rapporte un événement déclaré en EHPAD, un cas et non une statistique : « En l’absence de l’infirmière coordinatrice le dimanche soir et d’infirmier de nuit, l’aide-soignante n’a pas pu bénéficier de soutien infirmier dans la gestion de la situation ». Lors des transmissions, l’infirmière n’a pas précisé la nécessité d’une surveillance rapprochée à l’aide-soignante de nuit, ni donné la consigne de recontacter le SAMU si nécessaire. Sur la coordination avec l’équipe de nuit, voir notre article sur l’IDE de nuit en EHPAD et la coordination en cas d’urgence. La rédaction suggère de traiter la transmission comme une tâche à part entière dans la file des priorités, et de la faire avant de partir sur autre chose.

Troisième question : une tâche qui peut attendre sans rupture de continuité

Un autre article du Code de la santé publique, qui vise tout infirmier et non l’IDEC en particulier, prévoit que « Dès lors qu’il a accepté d’effectuer des soins, l’infirmier est tenu d’en assurer la continuité ». Il ajoute : « Si l’infirmier se trouve dans l’obligation d’interrompre ou décide de ne pas effectuer des soins, il doit, sous réserve de ne pas nuire au patient, lui en expliquer les raisons, l’orienter vers un confrère ou une structure adaptée et transmettre les informations utiles à la poursuite des soins ».

La rédaction en retient une grille de lecture, non une règle : reporter une tâche suppose de dire à qui elle revient ensuite, et pourquoi. Le tableau ci-dessous résume l’ensemble de la proposition.

SituationQuestion à se poserGeste suggéré par la rédaction
Résident en danger immédiatFaut-il une prise en charge médicale sans délai ?Alerter, rester sur la situation, mettre le reste en attente de façon explicite
Information à transmettreQui doit la recevoir, et sous quelle forme ?Transmettre à l’oral, puis consigner par écrit
Tâche non urgentePeut-elle attendre ou être confiée ?Annoncer le report, nommer le relais, en garder une trace écrite

Des points de contrôle à poser avant la prochaine journée chargée

Ces points de contrôle sont des propositions de la rédaction. Chacun s’appuie sur un repère cité.

Étape 1 : les consignes d’astreinte et les absences prévues

Le flash de 2025 de la HAS formule ainsi la recommandation : « Assurer et diffuser un système de garde et d’astreinte opérationnel avec des consignes précises (qui contacter, quand et pour quelles situations) ». Le rapport sur les EIGS, à propos des difficultés des équipes à gérer les urgences vitales, ajoute : « Ces difficultés sont exacerbées lors de périodes de vulnérabilité (congés du médecin coordonnateur ou du médecin traitant, poste non pourvu, effectif restreint la nuit), qui n’ont pas été prévues dans les procédures et protocoles ». La rédaction suggère de vérifier, avant la prochaine période de congés, que ces absences figurent dans vos procédures.

Étape 2 : les protocoles d’urgence

Pour les urgences en EHPAD, la fiche de la HAS de 2015 attribue au médecin coordonnateur et à l’IDEC de « rédiger des protocoles de soins pour la gestion des urgences et former les soignants à l’identification et à la conduite à tenir face à ces urgences (MEDEC, IDEC) ».

Étape 3 : la traçabilité de ce qui est reporté

La rédaction suggère de consigner dans le dossier du patient ce qui a été reporté et à qui, en lien avec la traçabilité des soins infirmiers citée plus haut.

Étape 4 : les interruptions

Le guide de la HAS sur l’administration des médicaments, conçu pour les établissements de santé et non spécifiquement pour les EHPAD, cite parmi les bonnes pratiques : « Réduire les facteurs environnementaux (lumière, bruit, interruptions, charge de travail) ». Dans le guide d’analyse des événements indésirables associés aux soins, l’exemple d’un plan de barrières, à propos d’une erreur d’administration d’un médicament à risque, évoque des mesures de prévention dans les interruptions de tâche (gilet spécifique avec marqué « ne pas déranger » par exemple). C’est une illustration, pas une recommandation pour les EHPAD. Notre article sur la préparation des médicaments par l’IDE en EHPAD aborde ce temps de travail. La rédaction suggère d’y réserver un créneau que l’équipe sait ne pas interrompre, sauf urgence.

Étape 5 : le circuit du médicament et l’accueil des nouveaux

Pour la prise en charge médicamenteuse en EHPAD, la HAS range parmi les bonnes pratiques le fait de s’assurer de la rapidité et de la sécurité du circuit entre l’Ehpad et la pharmacie (médecin coordonnateur, infirmier, pharmacien). Pour qu’un nouvel infirmier connaisse ces consignes dès son arrivée, voir notre article sur l’intégration d’un nouvel infirmier en EHPAD. Après une journée où l’arbitrage a été difficile, un retour d’expérience en équipe est envisageable : notre article sur l’animation d’un CREX en EHPAD en décrit la conduite.

Perspectives : un rôle reconnu, des arbitrages à formaliser

Dans son rapport de 2026, la HAS indique que « La mise en œuvre du décret du 4 septembre 2025 permet de renforcer cette coordination interprofessionnelle en reconnaissant règlementairement le rôle de l’infirmier coordonnateur, en clarifiant l’articulation avec le médecin coordonnateur ».

La rédaction y voit une occasion de mettre par écrit, dans votre établissement, la façon dont vous et le médecin coordonnateur vous répartissez les sollicitations simultanées : qui prend l’urgence, qui transmet, qui reprend une tâche reportée.

Mini-FAQ : arbitrer ses priorités d’IDEC

Peut-on trier ses priorités d’IDEC avec une grille toute faite ?
La grille présentée dans cet article est une proposition de la rédaction, non une méthode attribuée à une institution. Elle s’appuie sur des repères cités, comme la recommandation selon laquelle il est recommandé de compléter l’information orale par un écrit. À vous de l’adapter à votre établissement et à votre organisation.
Que faire d’une tâche que l’on ne peut pas traiter aujourd’hui ?
Le Code de la santé publique, pour tout infirmier, prévoit que « il doit, sous réserve de ne pas nuire au patient, lui en expliquer les raisons, l’orienter vers un confrère ou une structure adaptée et transmettre les informations utiles à la poursuite des soins » lorsqu’un soin est interrompu ou n’est pas effectué. La rédaction suggère d’en tirer une pratique simple : annoncer le report, nommer le relais, en garder une trace écrite.
Les événements graves déclarés montrent-ils que les IDEC sont surchargés ?
Non : ce sont des déclarations d’événements graves analysées par la HAS, pas une mesure de l’activité des IDEC. Le rapport relève toutefois que « il est généralement mis en avant que les effectifs sont insuffisants au regard des tâches à accomplir, tant pour les IDE que pour les aides-soignants ».

Sources officielles

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