Soignant absent EHPAD : l’appel tombe avant la prise de poste et la couverture du planning se décide dans la foulée. Intérim, CDD, réorganisation interne, recours à du personnel sans la qualification attendue : chaque option a son cadre et ses limites. Cet article les passe en revue à partir des textes et des rapports publics, puis propose un arbre de décision. Cet arbre est une proposition de la rédaction, pas une règle.
Absentéisme, vacance, recrutement : des repères et leur périmètre
Cet article ne chiffre ni le coût d’une absence individuelle ni un taux de remplacement : les rapports cités ci-dessous mesurent des périmètres précis, que nous rappelons à chaque fois.
Le HCFEA, dans la séance de novembre 2025 de son Conseil de l’âge, consacre un focus aux EHPAD sur la période 2017 à 2023, d’après les données du tableau de bord de la performance retraitées. Il décrit ainsi le taux d’absentéisme : « niveau de 2023 a retrouvé celui de 2018 (pic en 2020 et 2022 à 12,7 %) ». Pour la vacance de poste, le même document indique : « hausse continue, de 1,7 % en 2017 à 4,1 % en 2023 ».
Le rapport de juillet 2025 de l’IGAS sur l’attractivité des métiers de l’autonomie traite, dans sa section sur l’absentéisme lié aux accidents du travail et aux maladies professionnelles, du secteur médico-social (grand âge, handicap et aide à domicile), donc au-delà des seuls EHPAD. Il y écrit : « L’absentéisme engendre des surcoûts (intérim, contrats courts) qui pèsent sur l’équilibre économique des structures. La gestion des remplacements mobilise les équipes administratives au détriment de la prise en charge. » Puis : « Les reports de charge sur les personnels présents dégradent encore leurs conditions de travail (baisse du taux d’encadrement, hausse de l’amplitude des journées ou semaine de travail, etc.) »
Le baromètre 2025 de l’OPCO Santé couvre l’ensemble des branches de l’OPCO, pas les seuls EHPAD. Il relève : « Parmi les établissements déclarant des difficultés, une part importante recourt à des CDD (57%) et des heures supplémentaires (51%). »
Ces trois sources n’ont ni le même périmètre ni la même période. Pour la partie procédure interne, notre exemple de gestion des absences inopinées en EHPAD montre comment formaliser la réponse du matin.
CDD, intérim, délégation : le cadre juridique des options
Le CDD de remplacement
Le Code du travail encadre le CDD : « un contrat de travail à durée déterminée ne peut être conclu que pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire, et seulement dans les cas suivants ». Parmi les cas énumérés figure le « Remplacement d’un salarié en cas : a) D’absence ». La rédaction suggère de conserver, pour chaque CDD de remplacement, la trace de l’absence qu’il couvre.
L’intérim et ses garde-fous dans le médico-social
Pour le travail temporaire, le Code du travail dispose qu’« il ne peut être fait appel à un salarié temporaire que pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire » et cite lui aussi le « Remplacement d’un salarié, en cas : a) D’absence ». Une limite générale s’y ajoute avec l’article sur le contrat de mission : « Le contrat de mission, quel que soit son motif, ne peut avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise utilisatrice. »
Dans le médico-social, le Code de l’action sociale et des familles pose une condition supplémentaire : « Les établissements et les services relevant des 1°, 2°, 4°, 6° et 7° du I de l’article L. 312-1 ne peuvent avoir recours, dans le cadre des contrats de mise à disposition qu’ils concluent avec des entreprises de travail temporaire, à des médecins, des infirmiers, des aides-soignants, des éducateurs spécialisés, des assistants de service social, des moniteurs-éducateurs et des accompagnants éducatifs et sociaux qu’à la condition que ceux-ci aient exercé leur activité dans un cadre autre qu’un contrat de mission conclu avec une de ces entreprises de travail temporaire pendant une durée minimale appréciée dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat. »
Le décret d’application fixe cette durée : « La durée minimale d’exercice mentionnée à l’article L. 313-23-4 est de deux ans, en équivalent temps plein. » Il ajoute : « Cette durée est requise pour les professionnels concluant leur premier contrat avec une entreprise de travail temporaire en vue d’exercer leur profession et, le cas échéant, leur spécialité, dans le cadre d’une mise à disposition à un établissement ou d’un service mentionné au premier alinéa de l’article L. 313-23-4 ». Côté agence, c’est la loi, à l’article déjà cité, qui précise : « Les entreprises de travail temporaire mentionnées au même premier alinéa vérifient le respect de la condition fixée audit premier alinéa et en attestent auprès des établissements et services médico-sociaux au plus tard lors de la signature du contrat de mise à disposition. »
Pour le recours à l’intérim côté direction et encadrement, voir notre analyse du recours à l’intérim en EHPAD.
La délégation de soins par l’infirmier
Réorganiser en interne peut passer par une délégation de soins. Le Code de la santé publique dispose : « Pour des actes et soins dispensés dans un établissement ou un service à domicile à caractère sanitaire, social ou médico-social, l’infirmier peut, dans le cadre de son rôle propre, confier sous sa responsabilité certains actes et soins qu’il détermine en fonction de l’évaluation de la situation clinique de la personne et qui figurent sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. Ces actes peuvent être confiés aux aides-soignants, auxiliaires de puériculture ou accompagnants éducatifs et sociaux avec lesquels il collabore et qu’il encadre, en fonction des formations et qualifications de chacun. » La délégation s’exerce dans les limites que ce passage fixe lui-même. Notre article sur ce que l’infirmier peut confier à l’aide-soignante reprend le sujet côté terrain.
Sur la profession d’aide-soignant, le Code de la santé publique énonce : « Peuvent exercer la profession d’aide-soignant les personnes titulaires : 1° Du diplôme d’Etat d’aide-soignant ; 2° Du certificat d’aptitude aux fonctions d’aide-soignant ; 3° Du diplôme professionnel d’aide-soignant. »
Le personnel non qualifié ou faisant fonction
Le rapport d’élaboration de la HAS sur la bientraitance (octobre 2024) concerne l’ensemble des établissements sanitaires, médico-sociaux et sociaux, et pas les seuls EHPAD. Il indique : « En cas de recours momentané à du personnel non qualifié ou faisant fonction, un encadrement spécifique doit être prévu. » Il énonce aussi : « Les éventuelles délégations de tâches sont à clarifier et à faire connaître aux nouveaux arrivants. »
Le même rapport rapporte un constat de la Défenseure des droits, qui n’est pas une recommandation de la HAS : « Les manquements s’expliquent en partie par un manque de personnel dans un secteur qui n’arrive plus à recruter. Le manque de moyens induit un glissement des tâches. »
Ce que les textes assignent à l’employeur et à l’établissement
Les textes cités ne désignent pas tous les mêmes acteurs, et la section suit donc cette désignation. À l’employeur, le Code du travail assigne : « L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. » Parmi les mesures qu’il énumère figure « La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés. »
À l’établissement, le Code de l’action sociale et des familles impose une information des autorités : « Les établissements et services et les lieux de vie et d’accueil informent sans délai, dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat, les autorités administratives compétentes pour leur délivrer l’autorisation prévue à l’article L. 313-1 », cette information visant notamment le cas « de tout dysfonctionnement grave dans leur gestion ou leur organisation susceptible d’affecter la prise en charge des usagers, leur accompagnement ou le respect de leurs droits ». La rédaction ne tire pas de ce texte qu’une absence isolée entre dans son champ.
Lorsque la dégradation des conditions de travail met la sécurité des personnels en cause, notre article sur le droit de retrait en EHPAD en rappelle les conditions et les limites. Pour les IDEC, notre analyse du sous-effectif chronique et du burnout propose des leviers concrets.
Mise en œuvre : un arbre de décision proposé par la rédaction
L’arbre qui suit est une proposition de la rédaction : il ordonne des questions à se poser, sans valeur de règle, et il est à adapter à votre convention collective et à vos accords d’entreprise.
- Question sur la fonction : le poste à couvrir correspond-il à l’une des professions que vise le texte sur l’intérim dans le médico-social ? Si oui, la rédaction suggère de vérifier la condition de durée minimale d’exercice et l’attestation de l’entreprise de travail temporaire avant d’engager la mission.
- Question sur la durée : s’agit-il d’un remplacement ponctuel ou d’un poste devenu vacant ? Pour un remplacement, le CDD de remplacement et la mission d’intérim sont à examiner au regard des motifs cités plus haut. Si le poste est vacant, la rédaction suggère de relire la règle sur le contrat de mission et d’ouvrir la question du recrutement, avec notre guide sur le recrutement et la fidélisation en EHPAD.
- Question sur le planning : peut-on réorganiser sans quitter le cadre de la délégation de soins ? La rédaction suggère de vérifier la liste fixée par arrêté, les formations et qualifications de chacun, et de clarifier la répartition des tâches pour les personnes arrivant sur le service.
- Question sur la qualification : le renfort envisagé est-il non qualifié ou faisant fonction ? Le rapport de la HAS cité plus haut invite alors à prévoir un encadrement spécifique ; la rédaction suggère de désigner qui l’assure avant la prise de poste.
- Question sur la charge : qui absorbe l’absence si le renfort ne vient pas ? La rédaction suggère de fixer à l’avance ce qui est suspendu ou allégé plutôt que de laisser l’équipe arbitrer seule.
- Question sur l’information : la situation relève-t-elle d’un dysfonctionnement grave au sens du texte cité plus haut ? Si la question se pose, la rédaction suggère de la trancher avec la direction avant de décider d’informer ou non les autorités.
Le rappel d’un salarié en repos n’est pas traité ici : il se vérifie avec votre service RH ou votre conseil juridique. La rédaction suggère enfin de consigner, pour chaque absence, l’option retenue et la raison de ce choix, pour pouvoir le justifier ensuite.
Perspectives : sécuriser les plannings avant l’appel du matin
Les mesures du HCFEA sur la vacance de poste, celles de l’OPCO Santé sur les CDD et les heures supplémentaires et les constats de l’IGAS sur les surcoûts liés à l’absentéisme décrivent des périmètres différents. La HAS, elle, formule une attente sur les plannings : « Les plannings de présence des professionnels doivent permettre de s’assurer d’un taux d’encadrement suffisant (personnel/personne) adapté en routine, et en particulier les week-ends, vacances, et jours fériés. »
Pour situer ces enjeux dans les débats sur les effectifs, notre article sur le Conseil de l’âge complète le tableau. La rédaction suggère, en pratique, de préparer à l’avance les réponses aux questions de l’arbre, de façon à ne pas les découvrir au moment de l’appel.
Mini-FAQ : remplacer un soignant absent
Un contrat de mission peut-il couvrir durablement un poste vacant ?
L’infirmier peut-il confier des soins à une aide-soignante en renfort ?
Que dit la HAS sur le personnel faisant fonction ?
Sources officielles
- IGAS — attractivité des métiers de l’autonomie et réduction des risques professionnels
- HCFEA — Conseil de l’âge, séance de novembre 2025
- OPCO Santé — baromètre emploi formation, synthèse nationale
- HAS — bientraitance et gestion des signaux de maltraitance en établissement
- Légifrance — Code du travail, CDD de remplacement
- Légifrance — Code du travail, recours au travail temporaire
- Légifrance — Code du travail, limite du contrat de mission
- Légifrance — Code de l’action sociale et des familles, intérim dans le médico-social
- Légifrance — Code de l’action sociale et des familles, durée minimale d’exercice
- Légifrance — Code de la santé publique, exercice de la profession d’aide-soignant
- Légifrance — Code de la santé publique, délégation de soins par l’infirmier
- Légifrance — Code du travail, obligations de l’employeur en santé et sécurité
- Légifrance — Code de l’action sociale et des familles, information des autorités


