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Réduire les hospitalisations non programmées en EHPAD : prévention et coordination

25 juin 2026 17 min de lecture Aurélie Mortel
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Mis à jour en juin 2026 — Les hospitalisations non programmées de résidents d’EHPAD représentent un défi majeur pour les équipes soignantes comme pour les directions : fréquentes, parfois évitables, elles fragilisent les résidents et mobilisent des ressources considérables. Ce guide pratique détaille les causes, les outils et les protocoles permettant à l’IDEC, au médecin coordonnateur et au directeur d’agir de manière coordonnée pour prévenir ces transferts non anticipés.

Un enjeu majeur pour les résidents et l’établissement

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Les résidents d’EHPAD cumulent des poly-pathologies complexes : selon la DREES, chaque résident souffre en moyenne de 7,9 pathologies, et neuf résidents sur dix présentent des affections neuropsychiatriques. Cette fragilité intrinsèque expose à des décompensations rapides qui conduisent trop souvent aux urgences hospitalières.

Les chiffres sont éloquents : au moins un résident d’EHPAD sur cinq s’est rendu aux urgences au cours d’une année, et les hospitalisations non programmées y sont deux fois plus nombreuses que les hospitalisations prévues (DREES, enquête EHPA 2011). Or, de 19 à 67 % de ces hospitalisations seraient potentiellement évitables si les pathologies chroniques et les syndromes gériatriques étaient mieux pris en charge en EHPAD, selon la Haute Autorité de Santé.

Ces transferts répétés ont de multiples conséquences : perte de repères et syndrome de glissement chez des résidents désorientés, risque iatrogène lié aux transports et aux prescriptions hospitalières, charge émotionnelle pour les familles, et surconsommation de ressources hospitalières. Réduire ces hospitalisations est donc un impératif éthique, clinique et organisationnel.

Causes fréquentes des hospitalisations évitables

La HAS identifie clairement les causes les plus fréquentes : les chutes et la iatrogénie liée aux médicaments sont les causes les plus fréquentes d’hospitalisations non programmées en EHPAD. Mais d’autres situations génèrent également des transferts évitables :

CauseFacteurs aggravantsLevier de prévention
Chutes et fracturesPolymédication, environnement non adapté, dénutritionInterventions multifactorielles, supplémentation vitamine D
Iatrogénie médicamenteusePolyprescription, prescripteurs multiples, insuffisance rénaleRévision des ordonnances, déprescription, commission CCG
Infections (pneumopathie, IU, plaie)Dénutrition, troubles de déglutition, sondageVaccination antigrippale, protocoles hygiène, surveillance
DéshydratationDiminution de la sensation de soif, canicule, refus alimentaireProtocoles d’hydratation, surveillance clinique quotidienne
Décompensation cardiaque ou respiratoireNon-observance, absence de suivi biologiqueSuivi rapproché, prescriptions anticipées, télémédecine
Troubles du comportement aigusDémence, douleur non traitée, environnement anxiogènePrescriptions anticipées, équipe mobile gériatrique

La fragmentation des prescripteurs constitue un facteur aggravant majeur : médecin traitant, médecins hospitaliers et spécialistes libéraux peuvent cumuler leurs ordonnances sans coordination suffisante, générant des risques d’interactions et de surdosage. Le rôle du médecin coordonnateur dans la révision des ordonnances est ici central.

Repérer et anticiper les situations à risque

L’anticipation est la clé : il est beaucoup plus efficace de détecter une dégradation clinique à ses prémices que d’intervenir en situation d’urgence constituée. Plusieurs outils permettent d’organiser cette vigilance au quotidien.

La surveillance clinique structurée

Les transmissions infirmières sont le premier maillon de la chaîne d’alerte. Une transmission ciblée efficace, structurée selon la méthode DAR (Données – Actions – Résultats), permet de documenter et de transmettre tout signal d’alerte — modification du comportement, refus alimentaire, fièvre, chute inexpliquée — avant que la situation ne bascule. La traçabilité est une obligation légale : ce qui n’est pas tracé est considéré comme non réalisé.

L’IDEC joue ici un rôle pivot : en centralisant les informations des équipes, en animant les relèves infirmières et en alertant le médecin coordonnateur ou le médecin traitant dès les premiers signaux, elle constitue le lien indispensable entre la surveillance quotidienne et la décision médicale. La fiche métier de l’IDEC en EHPAD détaille l’ensemble de ces missions.

Le projet de soins individualisé

Chaque résident doit disposer d’un projet de soins personnalisé intégrant les directives anticipées, les souhaits concernant les interventions en situation d’urgence, et un plan de soins palliatifs si nécessaire. Ce document oriente les décisions en cas de décompensation : faut-il appeler le SAMU ou activer une prise en charge palliative sur place ? Cette réflexion anticipée évite les hospitalisations non souhaitées et potentiellement délétères pour le résident en fin de vie.

Outils et organisation : DLU, prescriptions anticipées, télémédecine, astreinte

Le Dossier de Liaison d’Urgence (DLU)

Le DLU est l’outil central de la gestion des urgences en EHPAD. Selon la HAS, l’utilisation du DLU permet de diminuer les hospitalisations non programmées inappropriées ou potentiellement évitables. C’est un support de communication entre les soignants de l’EHPAD et le médecin régulateur du SAMU-Centre 15, permettant une prise en charge optimale dès le premier appel.

Le DLU comprend deux composantes distinctes :

  • Le document de liaison d’urgence : synthèse médicale remplie en dehors des urgences, incluant antécédents, allergies, traitements en cours, état fonctionnel et psychique, ainsi que les directives anticipées et la mention « soins palliatifs » si applicable.
  • La fiche de liaison d’urgence : comportant une fiche aller (remplie par le soignant lors du transfert vers les urgences) et une fiche retour (complétée par le service hospitalier pour assurer la continuité des soins au retour).

Le DLU doit être créé à l’entrée du résident en EHPAD, et le médecin traitant, en lien avec le médecin coordonnateur et les infirmiers, le remplit et le met à jour régulièrement. Surtout, il doit rester accessible 24 heures sur 24 pour tous les soignants susceptibles de gérer une urgence. Un DLU absent, incomplet ou inaccessible la nuit est une opportunité manquée de prévenir une hospitalisation évitable.

Les prescriptions anticipées personnalisées

Les prescriptions anticipées personnalisées (PAP) permettent aux équipes soignantes d’agir rapidement sans attendre une consultation médicale en urgence. Élaborées par le médecin traitant en concertation avec le médecin coordonnateur, elles prévoient les traitements à administrer en cas de situation prévisible (douleur aiguë, détresse respiratoire, agitation, fièvre élevée). Leur mise en place est particulièrement recommandée pour les résidents en soins palliatifs et ceux à haut risque de décompensation.

Ces prescriptions s’articulent avec les directives anticipées du résident : lorsque celui-ci a exprimé le souhait de ne pas être hospitalisé en fin de vie, les PAP permettent de respecter ce choix en sécurisant la prise en charge sur place.

La télémédecine au service de l’anticipation

La HAS recommande le développement de la télémédecine comme levier externe pour réduire les hospitalisations non programmées. Les actes de téléexpertise (gériatrie, dermatologie, cardiologie) et de téléconsultation permettent d’obtenir un avis spécialisé sans déplacer le résident, évitant les risques liés au transport et les décompensations induites par le changement d’environnement.

Le rapport FHF Matières Grises « Objectif Grand Âge : éviter l’hôpital » (2019) place la télémédecine et la continuité des soins nocturnes parmi les leviers prioritaires pour réduire les hospitalisations évitables. En pratique, la télémédecine favorise une gestion continue du patient plutôt qu’une gestion de crise : un médecin peut ajuster un traitement à distance, prescrire un bilan biologique ou valider une ordonnance sans que le résident ne soit transféré. Pour approfondir ce sujet, consultez notre guide sur la prise en charge gériatrique en EHPAD.

L’astreinte médicale et la permanence des soins

La HAS identifie l’amélioration de la gestion des urgences en EHPAD comme l’intervention prioritaire qui conditionne la réussite de toutes les autres stratégies, nécessitant une disponibilité des soins 24 heures sur 24. La nuit, les week-ends et les jours fériés sont les périodes les plus à risque : en l’absence de médecin disponible, les soignants ont tendance à appeler le 15 et à transférer par défaut.

L’organisation d’une astreinte médicale — via un médecin traitant référent, une convention avec une structure de garde territoriale ou un dispositif de régulation — est donc fondamentale. Elle doit être associée à des protocoles clairs permettant à l’infirmière de nuit de gérer les situations les plus courantes (chute sans traumatisme grave, fièvre isolée, agitation) avant l’appel médical.

Sécuriser le retour d’hospitalisation

Le retour d’hospitalisation est une période particulièrement vulnérable : le résident revient affaibli, avec une ordonnance hospitalière parfois incompatible avec ses prescriptions habituelles, et des informations de sortie parfois incomplètes. La HAS recommande d’organiser ce retour en trois temps clés :

  1. Pendant l’hospitalisation : repérer dès l’admission les patients à haut risque de réhospitalisation (âge avancé, poly-pathologies, antécédents de réadmission) et anticiper les besoins au retour.
  2. À la sortie : exiger la mise à disposition des documents de sortie le jour même — compte-rendu d’hospitalisation, ordonnance de sortie, résultats biologiques — et s’assurer qu’un contact entre le médecin hospitalier et le médecin traitant ou coordonnateur a bien eu lieu.
  3. Après le retour : organiser un suivi post-sortie coordonné entre l’équipe de soins de l’EHPAD et la coordination d’appui, avec une réévaluation clinique dans les 24 à 48 heures, une révision de l’ordonnance et une mise à jour du DLU.

La convention EHPAD-hôpital joue ici un rôle crucial. Le décret n° 2022-731 du 27 avril 2022 renforce ce cadre : les EHPAD concluent des conventions avec un ou plusieurs établissements de santé du territoire, dont au moins un hôpital de proximité, afin de faciliter ces transitions et d’organiser des admissions directes évitant le passage par les urgences. Pour approfondir ce sujet, découvrez comment réussir sa convention de coopération entre EHPAD et hôpital.

Mise en œuvre par métier

La réduction des hospitalisations non programmées est un effort collectif qui mobilise chaque professionnel selon ses responsabilités spécifiques.

Le médecin coordonnateur

Depuis le décret n° 2022-731 du 27 avril 2022, applicable au 1er janvier 2023, les seuils minimaux de présence du médecin coordonnateur ont été relevés. Ce renforcement de présence est directement corrélé à la capacité de l’établissement à prévenir les hospitalisations évitables. La fiche métier du médecin coordonnateur détaille l’ensemble de ses missions réglementaires.

En pratique, le médecin coordonnateur pilote la stratégie de réduction des hospitalisations non programmées en :

  • Animant la commission de coordination gériatrique, réunie au minimum deux fois par an, pour analyser les hospitalisations survenues et en identifier les causes évitables ;
  • Supervisant la mise à jour régulière des DLU en lien avec les médecins traitants ;
  • Validant les prescriptions anticipées personnalisées ;
  • Coordonnant les interventions des équipes mobiles gériatriques, d’hospitalisation à domicile (HAD) et de soins palliatifs ;
  • Négociant et animant les conventions avec les établissements hospitaliers partenaires.

L’IDEC

L’IDEC est au cœur du dispositif de surveillance et d’alerte précoce. Elle organise les transmissions ciblées, forme les équipes à l’utilisation du DLU, veille à sa mise à jour et gère les situations d’urgence en première ligne. Elle est également en charge de l’analyse des incidents (chutes, infections) pour identifier les résidents nécessitant une vigilance renforcée. Son rôle d’interface entre les équipes soignantes et le médecin coordonnateur est déterminant.

Le directeur

Le directeur porte la responsabilité organisationnelle et contractuelle. Il négocie les conventions hospitalières, s’assure de la disponibilité d’une astreinte médicale, alloue les ressources nécessaires à la mise en place des outils (DLU numérique, télémédecine, HAD) et intègre les indicateurs d’hospitalisation dans le tableau de bord qualité de l’établissement. La réduction des hospitalisations non programmées est également un critère évalué lors de l’évaluation HAS de l’EHPAD.

Indicateurs de suivi

Pour mesurer l’efficacité des actions mises en place, il est indispensable de suivre des indicateurs précis. Voici les principaux à intégrer dans le tableau de bord de l’établissement :

IndicateurSourceFréquence de suivi
Taux d’hospitalisations non programmées (nombre par an, pour cent résidents)Registre interne des hospitalisationsMensuel
Motifs d’hospitalisation (chutes, infections, iatrogénie…)Compte-rendus d’hospitalisationMensuel
Taux de DLU à jour (créés et mis à jour dans les 3 derniers mois)Dossier de soinsTrimestriel
Délai moyen de retour du compte-rendu hospitalierDossier médicalMensuel
Taux de résidents avec projet de soins incluant directives anticipéesDossier de soinsTrimestriel
Nombre de téléconsultations réalisées (évitant un transfert)Logiciel de télémédecineMensuel
Taux de réhospitalisations dans les 30 jours suivant le retourRegistre interneMensuel

Ces indicateurs doivent être présentés lors de la commission de coordination gériatrique et partagés avec l’ensemble de l’encadrement soignant. Ils permettent d’identifier les périodes à risque (nuits, week-ends, périodes de canicule), les résidents les plus exposés et les causes récurrentes nécessitant une action ciblée.

FAQ

Quelle est la proportion d’hospitalisations évitables en EHPAD ?
Selon la Haute Autorité de Santé, de 19 à 67 % des hospitalisations non programmées en EHPAD seraient potentiellement évitables si les pathologies chroniques et les syndromes gériatriques étaient mieux pris en charge au sein de l’établissement. Cette fourchette large reflète les variations entre les études et les contextes institutionnels, mais elle souligne qu’un levier d’action significatif existe dans tout établissement.
Qu’est-ce que le DLU et comment doit-il être organisé ?
Le Dossier de Liaison d’Urgence (DLU) est un outil défini par la HAS pour améliorer les transferts d’information lors d’une urgence. Il comprend un document de liaison (synthèse médicale remplie en dehors de l’urgence par le médecin traitant et le médecin coordonnateur) et une fiche de liaison (fiche aller vers les urgences + fiche retour). Il doit être accessible 24 heures sur 24 pour tous les soignants et être créé à l’admission de chaque résident. Les directives anticipées y figurent si le résident en a rédigé.
Quel est le rôle du médecin coordonnateur dans la prévention des hospitalisations non programmées ?
Le médecin coordonnateur est la cheville ouvrière de la stratégie de prévention. Depuis le décret n° 2022-731 du 27 avril 2022, ses seuils minimaux de présence ont été relevés pour renforcer son action au sein de l’établissement. Ses missions incluent : animer la commission de coordination gériatrique, superviser les DLU, valider les prescriptions anticipées, coordonner les équipes mobiles et négocier les conventions hospitalières.
Comment organiser le retour d’hospitalisation pour éviter les réadmissions précoces ?
La HAS recommande trois étapes clés : pendant l’hospitalisation, repérer les patients à risque de réhospitalisation ; à la sortie, obtenir les documents médicaux le jour même et assurer une coordination entre l’hôpital et l’EHPAD ; après le retour, organiser un suivi dans les 24 à 48 heures avec réévaluation clinique, révision de l’ordonnance et mise à jour du DLU. Ce cadre oblige par ailleurs les EHPAD à conclure des conventions avec au moins un hôpital de proximité pour faciliter ces transitions.
La télémédecine peut-elle vraiment réduire les hospitalisations en EHPAD ?
Oui. La HAS recommande le développement de la télémédecine comme levier externe de réduction des hospitalisations non programmées. Elle permet des avis spécialisés (gériatre, cardiologue, dermatologue) sans déplacer le résident, ajuste les traitements à distance et évite les décompensations induites par le transport. Le rapport FHF Matières Grises 2019 place la télémédecine parmi les leviers prioritaires pour atteindre l’objectif « éviter l’hôpital ».
Quand doit se réunir la commission de coordination gériatrique ?
La commission de coordination gériatrique, présidée par le médecin coordonnateur, doit se réunir au minimum deux fois par an. Elle regroupe les professionnels de santé libéraux intervenant dans l’établissement. C’est l’instance privilégiée pour analyser les hospitalisations survenues, identifier les causes récurrentes et adapter les protocoles de prévention.

Pour aller plus loin

Ressources internes SOS EHPAD

Sources officielles

Ressource expert recommandée Bibliothèque
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