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Proches aidants en 2022 : baisse de 6 % et aide intensifiée selon la DREES

25 juin 2026 7 min de lecture Nicolas Mortel
Ressource recommandée Référence autonomie
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Les proches aidants sont moins nombreux mais bien plus sollicités : c’est le constat dressé par une étude de la DREES, le service statistique des ministères sociaux, parue le 24 juin 2026. Pour les directeurs d’EHPAD, les psychologues et les équipes en lien avec les familles, ces chiffres redessinent la relation entre l’établissement et l’entourage des résidents.

Ce que révèle l’étude DREES de juin 2026

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L’étude, qui documente le recul du nombre d’aidants au quotidien et l’alourdissement de leur engagement, a été publiée le 24 juin 2026 par la DREES. Elle s’appuie sur l’enquête Autonomie-Ménages (volet « Aidants »), dont la collecte s’est déroulée en France métropolitaine d’avril à décembre 2022, à partir d’un échantillon de 35 000 personnes tiré au sort parmi les répondants à l’enquête VQS 2021.

Premier enseignement : 5,3 millions de personnes de 16 ans et plus — 8,9 % de la population — venaient en aide à un proche en 2022, en raison de l’âge, du handicap ou de la maladie. C’est 340 000 de moins qu’en 2008, soit un recul de 6 %. Particularité méthodologique : l’enquête repère les aidants à partir des réponses des personnes aidées elles-mêmes, qui signalent bénéficier d’un soutien régulier de leur entourage — une logique différente de celles centrées sur les seuls aidants se déclarant comme tels.

Moins d’aidants, mais une charge qui s’alourdit

La baisse du nombre d’aidants ne signifie nullement un allègement de leur engagement — au contraire. Le profil des aidants vieillit : l’âge moyen grimpe à 55 ans et 4 mois en 2022, alors qu’il s’établissait à 52 ans et 11 mois en 2008. L’entourage se resserre sur le cercle familial : les conjoints pèsent désormais 28 % des aidants (24 % auparavant) et les enfants 39 % (contre 35 %).

Surtout, l’aide se diversifie. La proportion d’aidants mobilisés sur une seule tâche chute de 35 % à 21 %, quand celle des aidants intervenant sur trois à sept catégories de tâches grimpe de 40 % à 51 %. Le temps engagé suit la même pente : la tranche des moins de 7 heures hebdomadaires recule (47 % en 2022, après 55 % en 2008), celle des 7 à 35 heures progresse de 37 % à 40 %, et celle des 35 heures hebdomadaires ou davantage atteint 13 %, contre 8 % en 2008.

Cette intensification rejoint les enjeux que SOS EHPAD documente régulièrement autour du soutien à domicile : le choix entre intervenants à domicile reste structurant, comme nous l’expliquons dans notre comparatif SAAD ou SSIAD : comment choisir pour votre parent, et l’orientation vers des solutions intermédiaires se développe, à l’image de l’habitat partagé pour seniors.

Pourquoi ces chiffres concernent directement les EHPAD

Un aidant épuisé, c’est souvent un proche qui finit par solliciter un hébergement, parfois en urgence. Or l’usure des aidants est massive. D’après la DREES, les aidants sont en majorité des femmes (58 %), âgées en moyenne de près de 53 ans, et 61 % des conjoints aidants gèrent seuls cet accompagnement. Le retentissement est lourd : 47 % d’entre eux signalent au moins une répercussion sur leur santé, et 37 % au moins une conséquence sur leur santé mentale — fatigue morale, solitude, sentiment dépressif ou anxieux.

Pour le directeur et le médecin coordonnateur

  • Anticiper les admissions liées à une rupture d’aidant : un conjoint de 75 ans qui aide seul depuis des années est un signal de fragilité du binôme à domicile.
  • Penser l’EHPAD comme ressource du territoire — accueil de jour, hébergement temporaire — pour soulager avant la rupture. Le cadre a évolué, comme le détaille notre analyse de l’accueil de jour et du décret 2025-875.

Pour le psychologue et l’équipe d’accompagnement

  • Repérer la détresse de l’aidant dès l’entrée du résident : chez les seniors qui vivent avec une personne en perte d’autonomie, 35 % se trouvent en détresse psychologique.
  • Maintenir le lien aidant-aidé après l’admission, sachant que près d’un tiers des aidants épaulent leur proche sans aucun co-aidant et que 58 % occupent un emploi, en cherchent un ou étudient — leur disponibilité reste donc contrainte.

Quels leviers d’accompagnement en 2026

Les pouvoirs publics ont fait du répit une priorité. La CNSA recense, sur le territoire, quelque 320 plateformes de répit et d’accompagnement dédiées aux aidants ; elle finance ces dispositifs à hauteur de plus de 24,2 millions d’euros (chiffre 2024) et vise, d’ici 2027, une plateforme dans chaque département. Ces solutions de répit, et leur articulation avec les établissements, sont décryptées dans notre dossier Répit des aidants 2026 : plateformes, financements ARS et solutions des EHPAD.

Le cadre législatif accompagne ce mouvement : la loi n° 2024-1028 du 15 novembre 2024 vise à améliorer le repérage et l’accompagnement des personnes présentant des troubles du neuro-développement et à favoriser le répit des proches aidants ; son article relatif au répit est entré en vigueur le 1er janvier 2025. Pour les directeurs, ces évolutions rejoignent la logique de coordination territoriale portée par les nouveaux outils, comme nous l’analysons à propos de la stratégie SPDA pilotée par la CNSA et des crédits prévention mobilisés par la CNSA en 2026.

Trois chantiers concrets pour les établissements

Au-delà du constat, l’étude invite les EHPAD à intégrer la fragilité de l’entourage dans leur organisation. Trois leviers se dégagent, mobilisables sans attendre une réforme.

1. Cartographier l’aidant dès le dossier d’admission

Identifier qui aide, depuis combien de temps et avec quelle intensité permet d’anticiper la décompensation du binôme. Un volet « aidant » dans le dossier d’entrée — âge, lien de parenté, présence ou non de co-aidants, activité professionnelle — donne au médecin coordonnateur et au psychologue une lecture fine du risque. Cette donnée éclaire aussi la temporalité de l’accompagnement : un conjoint aidant qui assume seul depuis des années n’a pas les mêmes besoins qu’un enfant aidant épaulé par une fratrie.

2. Ouvrir l’établissement comme ressource de répit

Accueil de jour, hébergement temporaire, séjours de répit : l’EHPAD peut intervenir en amont de l’admission définitive pour soulager l’aidant et retarder la rupture. Cette posture de « centre de ressources territorial » répond directement à l’intensification de l’aide mesurée par la DREES, et s’inscrit dans la dynamique de coordination portée par les agences régionales de santé.

3. Maintenir la place de l’aidant après l’entrée

L’admission ne met pas fin au rôle d’aidant : elle le transforme. Associer le proche au projet personnalisé, aménager des temps de présence compatibles avec une activité professionnelle, proposer un soutien psychologique à l’entourage : autant de gestes qui préviennent la culpabilité et l’épuisement, et qui consolident la relation de confiance entre la famille et l’équipe soignante.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de proches aidants en France selon la DREES ?
En 2022, la DREES dénombre 5,3 millions de personnes de 16 ans et plus aidant un proche au quotidien, soit 8,9 % des habitants — 340 000 de moins qu’en 2008, soit un recul de 6 %.
L’aide apportée par les aidants augmente-t-elle ?
Oui. Les aidants mobilisés sur trois à sept catégories de tâches sont passés de 40 % à 51 %, et ceux engagés 35 heures hebdomadaires ou davantage atteignent 13 %, contre 8 % en 2008.
Quels dispositifs de répit existent pour les aidants ?
On recense quelque 320 plateformes de répit et d’accompagnement, financées par la CNSA pour plus de 24,2 millions d’euros (année 2024), avec l’objectif d’en disposer dans chaque département d’ici 2027.
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