Mis à jour en juillet 2026 — L’habitat inclusif pour personnes âgées attire de plus en plus de porteurs de projet : ESSMS, bailleurs sociaux, collectivités. Ce guide détaille le cadre légal, le projet de vie sociale et partagée, l’aide à la vie partagée et les partenaires et financements à mobiliser pour monter une opération solide, du diagnostic de besoins jusqu’au conventionnement.
Qu’est-ce que l’habitat inclusif pour personnes âgées ?
Le nombre de personnes de plus de 85 ans doublera entre 2030 et 2050, avec plus de 700 000 personnes supplémentaires à accompagner, portant le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie à 2,8 millions en 2050. Cette évolution démographique explique l’essor de formules de logement alternatives à l’EHPAD et au domicile isolé, parmi lesquelles l’habitat inclusif occupe une place croissante.
un habitat accompagné, partagé et inséré dans la vie locale
CNSA
Concrètement, l’habitat inclusif propose trois fonctions que sont se loger, partager certains temps de la vie ainsi qu’un soutien et une stimulation de l’autonomie au quotidien. Ce triptyque le distingue à la fois du domicile ordinaire isolé et de l’établissement médicalisé classique : l’habitant reste locataire ou propriétaire de droit commun, mais bénéficie d’un accompagnement collectif organisé.
Il existe plusieurs déclinaisons de ce modèle. Notre article sur les 5 dispositifs d’habitat partagé pour seniors détaille les montages les plus courants, tandis que la formule misant sur la mixité des âges est présentée dans notre article dédié à l’habitat inclusif intergénérationnel en EHPAD. Le présent guide se concentre sur la méthode de montage et de financement d’un projet, quel que soit le format retenu.
Le cadre juridique de l’habitat inclusif et son évolution
L’habitat inclusif est défini par les articles L.281-1 à L.281-4 du code de l’action sociale et des familles, issus de l’article 129 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, dite loi ELAN, et de l’article 34 de la loi n° 2020-1576 du 14 décembre 2020 de financement de la sécurité sociale pour 2021. Ce cadre a connu une évolution notable ces dernières années, en particulier sur le volet financement.
Auparavant, deux dispositifs coexistaient : le forfait habitat inclusif, versé aux gestionnaires, et l’aide à la vie partagée (AVP), versée aux habitants. Le forfait habitat inclusif est destiné à financer l’animation du projet de vie sociale et partagée ainsi que le petit équipement nécessaire à sa mise en œuvre, mais l’aide ne peut pas se cumuler avec le forfait. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2023 abroge le forfait habitat inclusif au 31 décembre 2024 : seule, l’AVP permettra de financer la vie sociale et partagée à compter de janvier 2025. Pour un porteur de projet aujourd’hui, c’est donc exclusivement vers l’AVP qu’il faut se tourner pour financer l’accompagnement collectif, comme le détaille la page dédiée de la CNSA.
Ce cadre continue de se déployer sur le territoire : depuis 2022, à l’issue des deux premières années de lancement de l’aide à la vie partagée, 95 départements se sont engagés dans le déploiement de l’habitat inclusif, selon la CNSA.
Le projet de vie sociale et partagée (PVSP), cœur du dispositif
Le projet de vie sociale et partagée est le document central de tout habitat inclusif : il formalise le contenu de l’accompagnement collectif proposé aux habitants et conditionne le financement par l’AVP.
Cette aide a vocation à financer leur projet de vie sociale et partagée et, ainsi, les fonctions liées au « partage de vie », au « vivre ensemble » à l’intérieur comme à l’extérieur de l’habitat, notamment :
- l’animation du projet de vie sociale et des temps partagés
- la participation sociale des habitants, le développement de la citoyenneté et du pouvoir d’agir
- la coordination des intervenants permanents et ponctuels au sein de l’habitat ou à l’extérieur (hors coordination médico-sociale)
- l’interface technique et logistique des logements avec le propriétaire, le bailleur
Pour un porteur de projet ESSMS, la rédaction du PVSP est donc l’étape structurante : elle doit décrire, poste par poste, comment ces quatre fonctions seront assurées et par qui, avant tout dépôt de dossier auprès du département.
L’aide à la vie partagée (AVP) : public visé et principes
L’aide à la vie partagée est une prestation sociale individuelle pour les personnes en situation de handicap et les personnes âgées de plus de 65 ans qui font le choix de vivre dans un habitat inclusif. Versée à l’habitant plutôt qu’à l’établissement, elle finance l’accompagnement collectif décrit dans le PVSP : l’AVP a vocation à solvabiliser le service d’accompagnement à la vie partagée dans le logement, et in fine, lutter contre l’isolement.
Sur le plan financier, le montant de l’AVP, conventionnel et forfaitaire, est fixé au niveau national : le cadre ne se négocie pas localement. Le montant de cette aide, jusqu’à 10 000 euros par an et par habitant, est variable selon les projets de vie sociale et partagée des habitants. Autrement dit, le cadrage est national mais l’enveloppe effective dépend du projet retenu. Pour situer ce financement dans l’ensemble des ressources mobilisables par un ESSMS ou une collectivité, notre guide complet du financement en EHPAD présente les autres leviers existants pour le secteur du grand âge.
Monter le projet étape par étape
Le montage d’un projet d’habitat inclusif suit une logique progressive, du diagnostic de besoins jusqu’à l’ouverture aux premiers habitants.
- Diagnostic territorial — identifier les besoins locaux non couverts par l’offre existante (EHPAD, résidence autonomie, domicile) et les publics cibles.
- Recherche du bâti — identifier des logements adaptés, en lien avec un bailleur social, un bailleur intermédiaire ou un opérateur d’intermédiation locative.
- Écriture du PVSP — formaliser le contenu de l’accompagnement collectif (animation, coordination, lien avec le bailleur) qui conditionnera le financement AVP.
- Désignation d’un porteur de projet et d’un référent logement — il sera l’interlocuteur privilégié des collectivités, bailleurs et/ou services de l’État.
- Constitution du tour de table — mobiliser les partenaires institutionnels et financiers présentés ci-dessous.
- Conventionnement AVP — négociation avec le département, financeur de l’aide.
- Ouverture et suivi — accueil des premiers habitants, mise en œuvre du PVSP, évaluation continue.
Cette méthode s’applique aussi bien à un projet neuf qu’à la transformation d’un habitat existant en habitat inclusif.
Les partenaires à mobiliser pour un projet d’habitat inclusif
Aucun projet d’habitat inclusif ne se monte seul. La Haute Autorité de Santé recommande de mobiliser, dès la phase de conception, un ensemble de partenaires complémentaires.
Côté logement, il s’agit d’abord de le bailleur, le bailleur intermédiaire, l’intermédiation locative ou le gestionnaire locatif, qui sécurisent l’accès aux logements et la gestion locative. Ce volet rejoint les enjeux traités dans notre article sur sécuriser le domicile d’un senior, notamment pour l’adaptation technique des logements.
Côté ancrage local, les maisons de quartier et les centres sociaux figurent parmi les partenaires de proximité à associer pour insérer l’habitat dans la vie du quartier — condition même de la définition de l’habitat inclusif. Sur le volet soins et aide à domicile, le porteur de projet devra également identifier les services d’aide et de soins à domicile (SAAD ou SSIAD) susceptibles d’intervenir auprès des habitants, ainsi que les caisses de retraite et le département, financeur de l’AVP.
Financer le projet : les leviers mobilisables
Le financement d’un projet d’habitat inclusif combine plusieurs leviers, à distinguer selon qu’ils financent le bâti, l’accompagnement collectif ou la personne.
Pour l’accompagnement collectif, l’AVP reste le levier central — voir la section consacrée à son cadre et à son public plus haut dans ce guide.
Pour l’adaptation du logement lui-même, le dispositif MaPrimeAdapt’ de l’ANAH, présenté sur France Rénov’, est mobilisable dès lors que l’occupant est âgé de 70 ans ou plus, ou est âgé de 60 à 69 ans sur condition de GIR.
Enfin, à titre individuel, un habitant d’habitat inclusif en perte d’autonomie peut solliciter l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), dont les conditions d’attribution précisent que le demandeur doit être âgé d’au moins 60 ans, au même titre qu’à domicile. Ces financements se combinent et s’articulent avec l’ensemble des solutions présentées dans notre article sur les alternatives au maintien à domicile, utile pour situer l’habitat inclusif parmi les autres options.
Habitat inclusif, résidence autonomie, béguinage, EHPAD : comment se repérer
Habitat inclusif, résidence autonomie, béguinage, habitat intergénérationnel, EHPAD : ces formules se recoupent partiellement mais répondent à des logiques différentes. Le tableau suivant synthétise les principaux repères.
| Formule | Nature | Repère clé |
|---|---|---|
| Habitat inclusif | Logement ordinaire, accompagné et partagé | Trois fonctions : se loger, partager des temps de vie, bénéficier d’un soutien à l’autonomie |
| Résidence autonomie | Logements autonomes avec services collectifs | Avoir au maximum un niveau de perte d’autonomie évalué en GIR 5 ou 6 ; elles accueillent en moyenne une cinquantaine de résidents |
| Béguinage | Habitat groupé de petite taille | Les béguinages gardent une vocation sociale et accueillent des personnes âgées aux revenus modestes |
| Habitat intergénérationnel | Logements partagés entre générations | Un ensemble de logements conçu pour accueillir différentes générations : étudiants, familles, personnes âgées |
| EHPAD | Établissement médicalisé | Il s’agit d’un établissement médicalisé (anciennement maisons de retraite) où sont hébergées des personnes, généralement âgées d’au moins 60 ans, et ayant besoin de soins et d’aide au quotidien |
Le béguinage est présenté en détail dans notre article dédié au béguinage, un mode de vie communautaire. L’habitat inclusif se distingue de ces formules par le maintien du statut de logement ordinaire pour l’habitant, avec les droits qui s’y attachent — un sujet que nous détaillons pour le cadre EHPAD dans notre guide des droits des résidents, transposable pour partie à l’habitat inclusif en tant que logement de droit commun.
Questions fréquentes
Qui peut vivre dans un habitat inclusif pour personnes âgées et bénéficier de l’AVP ?
L’habitat inclusif est-il un EHPAD ou une résidence autonomie ?
Quelles fonctions concrètes finance l’aide à la vie partagée ?
Le forfait habitat inclusif existe-t-il toujours en 2026 ?
Quel est le montant de l’AVP ?
Qui sont les principaux partenaires à mobiliser pour monter un projet ?
Combien de départements se sont engagés dans l’habitat inclusif ?
Quelle est la différence entre habitat inclusif et béguinage ?
Pour aller plus loin
Autres formes d’habitat et solutions pour personnes âgées sur sosehpad.com :
- Financement EHPAD : guide complet
- Habitat partagé pour seniors : les 5 dispositifs en 2026
- Habitat inclusif intergénérationnel en EHPAD
- Béguinage pour seniors : découverte d’un mode de vie communautaire
- Rester à domicile ou entrer en EHPAD : les alternatives
- SAAD ou SSIAD : comment choisir
- Sécuriser le domicile d’un senior
- Droits des résidents en EHPAD : guide complet
Sources officielles :

