L’habitat inclusif franchit un palier de financement. Dans l’enveloppe 2026, le fonds d’appui à la transformation de l’offre à destination de personnes en situation de handicap reste mobilisé à hauteur de 3,5 M€ ; d’autre part, pour soutenir le développement de l’habitat intermédiaire à destination des personnes âgées voulu par les pouvoirs publics, ce sont 7 M€ qui sont mis sur la table. Soit 10,5 M€ au total, une enveloppe globale en hausse de 50 % par rapport à 2025. Pour un directeur d’EHPAD, ce n’est pas une actualité de l’habitat : c’est un signal sur la recomposition de l’offre autour de son établissement.
Les faits : une enveloppe, un plafond, un calendrier
L’appel à manifestation d’intérêt a été lancé le 29 juillet 2026. Le mécanisme est indirect mais structurant : la CNSA, après étude des candidatures et validation, déléguera des fonds aux conseils départementaux qui répondront à l’appel à manifestation d’intérêt ouvert jusqu’au 15 octobre 2026. Ce ne sont donc pas les porteurs de projet qui candidatent directement à la Caisse, mais les départements — un point que les gestionnaires d’EHPAD intéressés doivent intégrer dans leur calendrier de lobbying local.
Le montant unitaire progresse également, selon les termes mêmes de la Caisse : chaque projet d’habitat inclusif pourra bénéficier d’une enveloppe maximale portée depuis cette année à 150 000 euros. Et l’horizon de réalisation est borné : les travaux devront être livrés au plus tard le 31 décembre 2029. La date de soumission des candidatures est fixée au 15 octobre 2026.
Deux conditions d’éligibilité méritent attention. Les habitats inclusifs devront être inscrits dans la programmation des dépenses d’aide à la vie partagée des conseils départementaux — sans inscription préalable, pas de dossier. Et les habitats inclusifs qui ont déjà bénéficié de crédits dans le cadre des AMI des années 2022 à 2025 ne sont pas éligibles. La sélection, enfin, est décentralisée : les habitats inclusifs seront sélectionnés par les conseils départementaux et après avis de la commission des financeurs de l’habitat inclusif.
Quels travaux sont finançables
Le périmètre est large, et il recoupe très directement les postes de dépense que connaissent les établissements. Sont visés : la réhabilitation du bâti, des logements individuels, des espaces partagés — cela peut concerner notamment le changement des menuiseries, réfection des façades ou toiture, ravalement, rénovation énergétique, climatisation ; la construction neuve ou la transformation, extension d’un bâtiment existant ; et les solutions connectées ou technologiques solidaires du bâti, comme par exemple capteurs de mouvement, domotique, chemins lumineux, éclairage adapté.
La mention de la climatisation et de la rénovation énergétique n’est pas anodine après les étés récents : ce sont les mêmes arbitrages que ceux que les EHPAD conduisent dans leur propre plan d’aide à l’investissement, mais financés ici sur une ligne distincte et pour un autre type d’habitat.
Le bilan 2025 : ce que l’AMI produit réellement
La montée en charge n’est pas théorique. En 2025, la CNSA a soutenu 110 projets d’investissement dans des habitats inclusifs : 49 projets dédiés en majorité pour les personnes âgées ; 58 projets dédiés en majorité aux personnes en situation de handicap ; 3 projets mixtes. Ces projets ont été proposés par 39 conseils départementaux et soutenus par une enveloppe de 7 millions d’euros.
Rapporté au nombre de départements, l’ordre de grandeur reste modeste : une poignée de projets par territoire engagé. Mais la dynamique territoriale, elle, est installée depuis plus longtemps — depuis 2022, à l’issue des deux premières années de lancement de l’aide à la vie partagée, 95 départements se sont engagés dans le déploiement de l’habitat inclusif.
Mise en perspective : complément, pas substitut
La définition institutionnelle est explicite sur le positionnement : l’habitat inclusif constitue une forme « d’habiter » complémentaire au domicile (logement ordinaire) et à l’accueil en établissement (hébergement). Concrètement, les diverses solutions d’habitat inclusif se caractérisent par des espaces de vie individuelle et par des espaces de vie partagée, dans un environnement adapté, sécurisé et propice au lien social, et la CNSA le décrit comme un habitat accompagné, partagé et inséré dans la vie locale.
Le public visé n’est donc pas celui de l’EHPAD médicalisé : il se rapproche de celui des résidences autonomie, qui accueillent des personnes âgées autonomes ou relativement autonomes. Le sujet relève de la même famille de réponses que celles décrites dans notre panorama des alternatives à l’entrée en EHPAD et dans notre analyse des nouveaux modèles d’organisation de l’établissement. Pour le montage opérationnel d’un projet, notre guide habitat inclusif pour personnes âgées détaille les étapes.
Un point de vigilance financière : le modèle de fonctionnement a changé. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2023 abroge le forfait habitat inclusif au 31 décembre 2024, et seule l’AVP permet de financer la vie sociale et partagée à compter de janvier 2025. L’aide à la vie partagée est une prestation sociale individuelle pour les personnes en situation de handicap et les personnes âgées de plus de 65 ans qui font le choix de vivre dans un habitat inclusif, et le soutien technique et financier de la CNSA via l’aide à la vie partagée porte sur l’animation et la coordination des projets de vie sociale et partagée des habitants. Autrement dit : l’AMI finance les murs, l’AVP finance l’animation. Dans cet habitat, les habitants peuvent disposer d’une aide pour la vie partagée par l’intervention d’un professionnel chargé de l’animation, de la coordination ou de la régulation du vivre ensemble.
Impact concret pour les directeurs d’EHPAD
- Veille territoriale. Vérifier si le conseil départemental candidate à l’AMI et si des habitats inclusifs figurent dans sa programmation AVP : c’est l’indicateur avancé de l’évolution de l’offre sur le bassin de recrutement.
- Portage de projet. Un gestionnaire d’EHPAD peut se positionner comme porteur ou partenaire d’un habitat inclusif, à condition de passer par l’inscription départementale et de respecter la date de soumission fixée au 15 octobre 2026.
- Lecture du taux d’occupation. La diversification de l’offre intermédiaire agit sur le profil des entrants, pas mécaniquement sur le volume. Aucune source publique ne quantifie à ce jour d’effet de l’habitat inclusif sur les admissions en EHPAD — le suivi reste à faire en interne, avec les outils décrits dans notre analyse du taux d’occupation comme levier d’équilibre.
- Arbitrage budgétaire. Le plafond de 150 000 euros par projet ne se substitue à aucune ligne du budget de l’établissement ; ils s’ajoutent à un paysage de financements que notre guide du financement en EHPAD récapitule, et qui reste sous tension comme l’a montré le cadrage budgétaire 2026.
Perspectives
Ces 10,5 M€ doivent être remis à l’échelle. En 2026, la CNSA consacre 44,45 milliards d’euros à l’aide à l’autonomie des personnes âgées ou en situation de handicap. L’aide à l’investissement en habitat inclusif représente donc une fraction infime de l’effort global : elle vaut moins par son volume que par la direction qu’elle indique.
Cette direction, le Conseil de la Caisse l’a formulée sans détour quelques semaines plus tôt. Aujourd’hui, le défi n’est plus de construire la branche Autonomie : il est de lui donner les moyens de répondre au choc démographique qui s’annonce. Cette enveloppe globale en hausse de 50 % par rapport à 2025 est l’une des rares traductions budgétaires concrètes de ce discours. Les directeurs qui anticipent la recomposition de l’offre sur leur territoire ont donc trois mois pour se rapprocher de leur conseil départemental.
Mini-FAQ
Un EHPAD peut-il candidater directement à l’AMI habitat inclusif 2026 ?
Quel montant maximal par projet, et pour quels travaux ?
L’habitat inclusif remplace-t-il l’EHPAD ?
Sources officielles
- CNSA, Habitat inclusif : l’appel à manifestation d’intérêt 2026 est lancé
- CNSA, Investissement en habitat inclusif 2026 — modalités et calendrier
- CNSA, L’aide à la vie sociale et partagée et le forfait habitat inclusif
- Portail national d’information pour l’autonomie des personnes âgées, Les résidences autonomie, pour qui ?


