Un parcours répit national pour les aidants familiaux de personnes âgées et de personnes en situation de handicap : c’est ce que doit préfigurer le projet retenu par la CNSA au titre de son appel à projets annuel, porté par la Fédération des plateformes de répit. Pour les équipes qui portent de l’hébergement temporaire, un accueil de jour, une plateforme d’accompagnement et de répit ou un dispositif de relayage, cette expérimentation en est au stade de la préfiguration : elle éclaire la direction que prend la structuration nationale du répit et de la suppléance à domicile.
Les faits
La CNSA a publié le bilan de l’édition 2026 de son appel à projets annuel destiné à faire émerger des expérimentations médico-sociales. Cette année 2026, 152 projets ont été soumis dans le cadre de l’appel à projets annuel « Expérimenter pour accompagner l’évolution de l’offre médico-sociale » À l’issue de la sélection par le comité des subventions de la CNSA, 5 projets ont été retenus, pour un montant total de soutien de plus d’un million d’euros Depuis 2022, près de 38 actions ont pu être déployées sur le terrain
Parmi les cinq lauréats de cette édition figure un projet porté par la Fédération des plateformes de répit (FPFR), qui fédère 135 plateformes de répit adhérentes parmi les 330 recensées en France et constitue l’interlocuteur national de la structuration des PFR. Plusieurs ARS lui ont confié des missions d’animation territoriale Le projet vise à préfigurer un parcours répit national pour les aidants familiaux de personnes âgées et de personnes en situation de handicap, à un moment où la Stratégie nationale Agir pour les aidants 2023-2027 et le décret n° 2025-827 du 19 août 2025 sur la suppléance à domicile viennent d’en poser le cadre
Une méthode de co-construction avant tout déploiement
La méthode des ateliers de design citoyen, portée par la Chaire SIÂGE de l’université de Lorraine est adossée au réseau européen COST PAAR-Net, structure la démarche participative (trois groupes par territoire, carrefour des parcours à douze mois où les décideurs rendent compte) L’expérimentation se déploie sur trente-six mois en quatre étapes : état des lieux initial, ateliers de design citoyen, expérimentation terrain et capitalisation Trois départements aux configurations contrastées sont mobilisés (Hautes-Alpes, Nord, Pas-de-Calais) pour cette expérimentation
Mise en perspective
Ce projet de préfiguration ne surgit pas dans un vide juridique. Il s’inscrit dans le prolongement d’un texte récent, le Décret n° 2025-827 du 19 août 2025 relatif à la mise en œuvre de prestations de suppléance à domicile du proche aidant et dans le cadre de séjours dits de répit aidant-aidé dérogeant au droit du travail, dont l’intitulé officiel donne la mesure du chantier ouvert par les pouvoirs publics sur les modalités concrètes du répit.
Sur le terrain, ce cadre s’appuie sur un maillage déjà constitué : les plateformes d’accompagnement et de répit (PFR). Les plateformes d’accompagnement et de répit apportent un soutien aux proches aidants de personnes âgées en perte d’autonomie et de personnes atteintes d’une maladie chronique invalidante ou en situation de handicap Autrement dit, ces plateformes ne sont pas un dispositif réservé aux familles de résidents d’EHPAD : elles couvrent un public plus large, ce que le futur parcours national vise justement à mieux articuler.
Le nombre exact de plateformes en activité varie selon la source et la date du décompte. Le portail officiel destiné aux personnes âgées indiquait, à la date de sa dernière mise à jour : « Il existe aujourd’hui 220 plateformes d’accompagnement et de répit en France ». La CNSA, dans sa présentation du projet retenu en 2026, avance un chiffre différent : la FPFR fédère 135 plateformes de répit adhérentes parmi les 330 recensées en France. Ces deux décomptes, réalisés à des dates et selon des méthodes distinctes, ne se comparent pas terme à terme ; ils indiquent en revanche un paysage des plateformes en évolution, que la préfiguration en cours doit précisément aider à mieux structurer.
Impact concret par profil métier
L’expérimentation nationale portée par la FPFR se déploie sur des territoires pilotes distincts de ceux de la plupart des EHPAD. Elle reste cependant utile à suivre, car un autre projet retenu à la même édition, dans les Landes, offre une lecture concrète de ce qu’une démarche de parcours répit peut recouvrir pour un établissement qui porte plusieurs types d’offre. Ce projet, distinct de celui de la FPFR, s’appelle CAP PARCOURS et TERRITOIRE.
Direction
Trois centre intercommunaux d’action sociale (CIAS) landais (Cœur Haute Lande chef de file, Landes d’Armagnac, Pays de Villeneuve en Armagnac Landais) portent ensemble le projet CAP PARCOURS et TERRITOIRE Le CIAS Cœur Haute Lande compte 450 équivalents temps plein et déploie une offre médico-sociale étendue (Ehpad, services à domicile, accueil de jour, plateforme d’accompagnement et de répit, dispositif de relayage) C’est le seul des cinq projets retenus dont la description mentionne un EHPAD, au sein d’une offre médico-sociale que la CNSA détaille service par service. Les trois établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ruraux couvrent un territoire de référence de la Haute Lande marqué par une densité inférieure à trente habitants au kilomètre carré et un vieillissement accéléré Pour une direction confrontée à ce type de configuration territoriale, une préfiguration de parcours répit pourrait, à terme, offrir une grille de lecture pour articuler ses propres dispositifs entre eux.
IDEC
La fonction de coordination occupe une place centrale dans la méthode testée par les porteurs de projet. L’expérimentation déploie pour cela une fonction de référent de parcours, mise à l’épreuve simultanément sous trois scénarios (référent intégré, partenarial, hybride) afin de distinguer la part du modèle de celle du contexte Un IDEC pourrait, dans les années à venir, reconnaître dans cette fonction de référent de parcours des missions déjà proches des siennes : suivi individualisé, lien avec les partenaires extérieurs, articulation entre soin et accompagnement social de l’aidant comme de l’aidé.
Psychologue
Les plateformes d’accompagnement et de répit apportent un soutien aux proches aidants de personnes âgées en perte d’autonomie et de personnes atteintes d’une maladie chronique invalidante ou en situation de handicap, un public dont l’accompagnement psychologique fait partie des missions déjà exercées par nombre de psychologues d’EHPAD auprès des familles. Une structuration plus lisible du parcours répit pourrait, si elle se confirme, clarifier les relais disponibles pour orienter un aidant en difficulté vers un accompagnement adapté.
Animateur
L’accueil de jour et l’hébergement temporaire, quand ils existent au sein d’un établissement, sont des portes d’entrée fréquentes vers le répit pour les familles. Un parcours mieux structuré pourrait, à terme, faciliter le lien entre ces temps d’accueil ponctuels et la vie sociale de l’établissement, un terrain où l’animateur occupe déjà un rôle de première ligne auprès des résidents accueillis temporairement comme de leurs proches.
Perspectives
Pour l’édition 2026, 5 nouveaux projets expérimentaux ont été sélectionnés. Leur mise en œuvre débutera au plus tard début 2027, pour une durée de 26 à 36 mois Cette échéance vaut pour l’ensemble des cinq projets retenus en 2026, dont celui de la FPFR. L’évaluation est confiée à émiCité, bureau d’études reconnu dans le champ des aidants
Pour les professionnels d’EHPAD, plusieurs points méritent d’être surveillés dans les mois qui viennent : les publications de la CNSA sur l’avancée de la préfiguration, les suites données au Décret n° 2025-827 du 19 août 2025 relatif à la mise en œuvre de prestations de suppléance à domicile du proche aidant et dans le cadre de séjours dits de répit aidant-aidé dérogeant au droit du travail, et les retours d’expérience des trois territoires pilotes. Le projet en est au stade de la préfiguration : c’est à ce titre qu’il intéresse aujourd’hui les établissements, qui peuvent en suivre les enseignements territoire par territoire.


