Un EHPAD hôpital de proximité, c’est la norme plus que l’exception. La DREES le confirme dans une étude « Études et Résultats » consacrée aux hôpitaux de proximité (HPR). Pour les familles qui comparent des établissements et pour les directeurs qui pilotent un EHPAD hospitalier, ce lien juridique et budgétaire change la donne : implantation, plateau technique, patientèle accueillie, modes de sortie.
Les faits
La DREES s’appuie sur les données d’activité hospitalière de 2024 dans cette étude consacrée aux hôpitaux de proximité, qui dresse le portrait détaillé de ce type d’établissement de santé de premiers recours. Selon ce travail, au 1er juillet 2026, la France compte 333 HPR labellisés. Les HPR sont majoritairement publics (85 %) et ces hôpitaux représentent 20 % de l’ensemble des établissements hospitaliers publics.
Leur labellisation nécessite une activité de médecine, mais leurs capacités d’accueil sont davantage orientées vers le moyen ou le long séjour, et ils comportent presque systématiquement un Ehpad. Concrètement, 95 % des HPR publics sont dans une entité juridique avec au moins un Ehpad, une proportion à mettre en regard des autres hôpitaux publics : cette configuration concerne aussi 82 % des entités juridiques publiques sans HPR et avec une activité de médecine. Le poids financier suit une logique comparable : les produits liés aux budgets annexes dédiés aux Ehpad, c’est-à-dire les ressources financières correspondantes, représentent 20 % l’ensemble des ressources financières des HPR publics concernés, alors que parmi les hôpitaux publics non HPR avec activité de médecine et disposant d’un Ehpad, la part des produits issus des budgets annexes médico-sociaux est nettement plus faible, de 6 %. À l’échelle du pays, on retrouve la même dynamique : Les Ehpad des HPR publics représentent 38 % des produits de l’ensemble des Ehpad des hôpitaux publics.
Ce maillage médico-social ne s’arrête pas à l’hébergement permanent : 65 % des HPR publics ont une activité de services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), une part proche de celle observée dans les entités juridiques publiques sans HPR avec une activité de médecine (64 %), un service que la réforme des soins infirmiers à domicile transforme actuellement. Sur le plan des capacités : Les HPR ont une capacité en lits de médecine nettement moindre que les hôpitaux publics non HPR avec activité de médecine (en moyenne 25 lits, contre 155), mais seulement un peu moindre en lits en USLD (14 lits contre 19). Sur le pilotage d’une unité de soins de longue durée en tension, sujet que l’étude n’aborde pas, voir nos propres travaux. À l’inverse, ils disposent en moyen séjour (SMR) d’un peu plus de lits (en moyenne 34 lits contre 32).
Les HPR sont aussi généralement constitués d’un seul site hospitalier au sens sanitaire (89 %) en lien avec leur vocation de proximité et leur fort ancrage territorial. Cette proximité se lit aussi dans la carte : les HPR sont surtout implantés en zone rurale, avec 56 %, contre 7 % pour les établissements publics non HPR situés dans les zones les moins denses.
Mise en perspective
Les HPR sont labellisés par les agences régionales de santé (ARS), dans un cadre fixé par les pouvoirs publics : L’ordonnance n° 2021-582 du 12 mai 2021 prévoit ainsi explicitement que les HPR conventionnent dans un délai d’un an avec les acteurs de soins du premier recours des territoires qu’ils desservent, notamment les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Sur le terrain : Les médecins y sont plus souvent à temps partiel, ce qui reflète un exercice médical plus souvent mixte. Les HPR disposent des équipements nécessaires à la réalisation des examens radiologiques standards, et recourent fréquemment à la télémédecine — un recours que détaille notre guide complet sur la télémédecine en EHPAD, complémentaire d’un plateau technique volontairement limité au regard de sa vocation de proximité.
Sur le plan financier, la situation de ces hôpitaux est également particulière. En 2024, les recettes des HPR publics représentent 13,3 % de l’ensemble des recettes des établissements hospitaliers publics. Leur déficit global atteint -342,9 millions d’euros (après -272,9 millions en 2023) et représente 11,8 % du déficit de l’ensemble des établissements publics en 2024. À l’inverse, l’encours de la dette s’établit à 24,7 % des recettes pour les HPR, contre 27,9 % dans l’ensemble des établissements hospitaliers publics — un chiffre que détaille ce même document de la DREES. Ces montants sont ceux de l’hôpital pris dans son ensemble, et non ceux du budget annexe consacré à l’hébergement des personnes âgées — une distinction à garder à l’esprit lorsqu’on aborde la situation d’un EHPAD en déficit et la recherche de leviers de redressement.
Impact concret par profil
Pour les familles
Pour une famille qui compare des établissements, cette architecture explique une partie du profil des patients accueillis. Sur les 242 500 séjours de court séjour réalisés dans les HPR publics en 2024, l’âge moyen des patients est de 70 ans, contre 50 ans parmi l’ensemble des patients hospitalisés dans les établissements publics non HPR. En moyen séjour, l’écart se creuse encore : Les 92 300 séjours de moyen séjour réalisés en 2024 dans les HPR publics concernent des patients plus âgés en moyenne (74 ans) que dans les établissements publics non HPR (67 ans, avec une activité de 459 600 séjours). L’âge médian est également plus élevé dans les HPR (78 ans contre 72 ans). Une patientèle âgée pour laquelle l’évaluation de l’autonomie via la grille AGGIR qui mesure le degré de dépendance reste un repère central au moment de préparer l’entrée d’un proche en EHPAD. Sur le volet budgétaire, le raisonnement rejoint celui détaillé dans notre analyse du coût d’un EHPAD et du reste à charge pour les familles.
Pour les directeurs d’EHPAD hospitaliers
Pour un directeur qui pilote un EHPAD au sein d’un HPR, le budget de l’hôpital n’est jamais très loin. Les chiffres qui suivent décrivent l’ensemble des patients hospitalisés dans un hôpital de proximité, et non les seuls résidents d’EHPAD — une précision utile quand on les rapproche de la question des hospitalisations de résidents d’EHPAD. Les sorties de patients des HPR se caractérisent majoritairement par un retour au domicile, quoique dans une proportion moindre que dans les établissements publics non HPR (68 % des séjours de médecine, contre 88 %). Une part importante des sorties concerne en effet des transferts ou mutations vers d’autres établissements lorsque l’état du patient nécessite un niveau de soins plus spécialisé (26 %, contre 10 % dans les établissements publics non HPR). L’étude s’arrête à ce constat et ne décrit pas l’organisation des transferts. Les sorties sous forme de décès sont un peu plus élevées (7 %, contre 2 % dans les autres établissements) et reflètent la prise en charge d’une population relativement âgée.
Pour les IDEC
Côté soins, l’étude documente deux caractéristiques d’activité des hôpitaux de proximité. En 2024, 99 % des HPR ont une activité de médecine dans l’année, et par ailleurs la part d’établissements proposant une activité de soins palliatifs est moins élevée parmi les HPR (64 %) que dans les établissements publics non HPR (75 %) — un enjeu que développe notre guide complet sur les soins palliatifs et la fin de vie en EHPAD. 92 % d’entre eux proposent également une activité en moyen séjour, soit des soins médicaux et de réadaptation (SMR), contre 64 % pour les établissements publics non HPR. Sur le versant pratique, qui relève de nos propres travaux et non de l’étude, voir notre article sur les responsabilités et la traçabilité lors de l’hospitalisation d’un résident.
Perspectives
La publication de la DREES décrit aussi le cadre dans lequel s’inscrivent ces hôpitaux. Le conventionnement territorial — les HPR conventionnent dans un délai d’un an avec les acteurs de soins du premier recours des territoires qu’ils desservent — dessine le cadre de leur insertion locale, tout comme le fait qu’ils recourent fréquemment à la télémédecine. Sur le plan financier, la DREES situe la trajectoire des comptes à l’échelle de l’hôpital tout entier : un déficit global atteint -342,9 millions d’euros en 2024, un agrégat qui ne se confond pas avec le budget annexe consacré à l’hébergement des personnes âgées. L’étude ne formule, elle, aucune recommandation : elle décrit une situation.


