Les proches aidants reviennent sous les projecteurs avec la campagne nationale des aidants 2026, relayée par les agences régionales de santé. Pour les EHPAD, dont les résidents conservent presque tous un conjoint, un enfant ou un ami qui les accompagne, cette campagne est l’occasion de mieux repérer et orienter ces proches souvent invisibles, et de leur faire connaître les dispositifs de soutien existants.
Une campagne nationale pour rendre les aidants visibles
Le constat qui justifie cette mobilisation est simple : 1 Français sur 5 endosse le rôle d’aidant pour soutenir un proche en situation de fragilité, et pourtant près d’un aidant sur deux ne se reconnaît pas comme tel et exerce simultanément une activité professionnelle. À l’échelle du pays, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) rappelle qu’en France, huit à onze millions de personnes accompagnent régulièrement un parent, un enfant, un conjoint ou un proche en perte d’autonomie.
L’objectif affiché de l’édition 2026 est clair : rendre visibles les aidants, encourager la prise de conscience de leur rôle et les inciter à ne plus rester seuls face à leurs interrogations. La définition retenue par la campagne est volontairement large, puisqu’être aidant, c’est épauler de façon régulière et bénévole un parent, un conjoint, un enfant ou un ami devenu dépendant. Une formulation qui englobe pleinement les familles de résidents d’EHPAD, dont l’engagement ne s’arrête pas à la porte de l’établissement.
Moins d’aidants, mais une aide qui s’intensifie
La dernière étude de la DREES, le service statistique des ministères sociaux, précise le portrait. En 2022, 5,3 millions de personnes de 16 ans et plus — 8,9 % de la population — aident régulièrement un proche dans sa vie quotidienne. Le nombre de proches aidants connaît même une baisse de 340 000, soit – 6 % entre 2008 et 2022, comme le souligne la DREES dans son étude de juin 2026 sur le nombre de proches aidants.
Cette baisse globale masque une réalité plus lourde pour ceux qui restent. L’âge moyen des proches aidants atteint 55 ans et 4 mois en 2022, contre 52 ans et 11 mois en 2008, et surtout l’aide se concentre et s’alourdit : la proportion d’aidants n’intervenant que sur une seule tâche chute (de 35 % à 21 %), quand celle des aidants mobilisés sur trois à sept tâches grimpe de 40 % à 51 %. Côté temps, 47 % des aidants y consacraient moins de 7 heures hebdomadaires en 2022 (ils étaient 55 % dans ce cas en 2008) : la durée d’aide hebdomadaire progresse donc nettement. Cette intensification, déjà documentée dans notre analyse des données DREES sur la baisse et l’intensification de l’aide, a un coût sanitaire : 47 % de ces proches aidants déclarent au moins une conséquence de l’aide apportée sur leur santé.
Trois dispositifs à faire connaître aux familles
Toute cette mobilisation s’inscrit dans un cadre structurant : dans le cadre de la stratégie Agir pour les aidants 2023-2027, plusieurs dispositifs ont été créés pour les soutenir. Trois d’entre eux méritent d’être connus de chaque équipe d’EHPAD, car ce sont eux que les proches réclament le plus souvent au comptoir de l’accueil ou auprès du psychologue.
Le congé de proche aidant
Premier levier pour les aidants encore en activité : un congé de trois mois, renouvelable, dans la limite d’un an sur l’ensemble de la carrière. Le portail officiel aidant.gouv.fr précise les conditions du congé de proche aidant, accessible aux salariés dont le proche présente un fort niveau de dépendance.
L’allocation journalière du proche aidant (AJPA)
L’AJPA est un revenu de remplacement destiné aux aidants d’une personne en situation de handicap ou de perte d’autonomie (GIR 1 à 4) qui doivent lever le pied ou suspendre momentanément leur emploi. Son montant est désormais fixé à 65,80 € par jour (ou 32,90 € par demi-journée). Surtout, une évolution récente élargit ses droits : depuis le 1er janvier 2025, l’Allocation Journalière du Proche Aidant (AJPA) permet un renouvellement du droit à indemnisation jusqu’à trois fois, pour soutenir plusieurs proches différents au cours de la carrière professionnelle, portant la durée maximale d’indemnisation à 264 jours au total.
Les plateformes d’accompagnement et de répit
Les plateformes d’accompagnement et de répit (PFR) soutiennent les proches aidants de personnes âgées en perte d’autonomie. Aujourd’hui, la France compte environ 320 plateformes d’accompagnement et de répit dédiées aux proches aidants de personnes en perte d’autonomie ou en situation de handicap, que la CNSA soutient activement en les finançant pour plus de 24,2 millions d’euros en 2024. La dynamique doit se poursuivre, avec un objectif fixé pour 2027 : couvrir tous les départements français avec une plateforme de répit. Pour aller plus loin sur ces solutions, notre dossier sur le répit des aidants 2026, plateformes et financements ARS détaille les relais mobilisables territoire par territoire.
De nouvelles solutions de suppléance à domicile
Le cadre s’est encore enrichi avec la loi n° 2024-1028 du 15 novembre 2024 visant à améliorer le repérage et l’accompagnement des personnes présentant des troubles du neuro-développement et à favoriser le répit des proches aidants. Elle autorise les structures médico-sociales à organiser des prestations de suppléance, mais la durée d’une intervention au domicile d’une personne, ou en dehors du domicile dans le cadre des séjours dits de répit aidants-aidés, ne peut excéder six jours consécutifs. Ces dispositions sont entrées en vigueur le 1er janvier 2025.
Dans le prolongement, le décret n°2025-827 du 19 août 2025 encadre de nouvelles possibilités d’accompagnement pour soulager les proches aidants. Le relayage, en particulier, permet l’intervention à domicile d’un seul et même professionnel plusieurs jours consécutifs, en relais du proche aidant : une bouffée d’oxygène précieuse pour les familles qui hésitent encore à confier durablement leur proche. Lorsque le maintien à domicile devient trop lourd, les équipes peuvent aussi aider à comparer les relais professionnels, comme l’explique notre guide pour choisir entre un SAAD ou un SSIAD pour votre parent.
Ce que l’EHPAD peut concrètement faire
L’entrée d’un proche en EHPAD ne met pas fin au rôle d’aidant : elle le transforme. Le conjoint qui veillait jour et nuit devient un visiteur quotidien, parfois épuisé, parfois rongé par la culpabilité. Repérer ces signes de fatigue fait partie du quotidien des animateurs, des psychologues et des soignants. Orienter une famille vers les solutions de répit recensées sur le site officiel aidant.gouv.fr ne coûte rien et peut éviter une rupture. La santé psychique des proches rejoint d’ailleurs celle des résidents, un enjeu que nous abordons dans notre article sur la santé mentale et les troubles psychiques des résidents en EHPAD.
Pour le directeur, la campagne 2026 est aussi un argument d’ouverture de l’établissement sur son territoire : devenir un point de repérage et d’information des aidants, c’est se positionner comme ressource locale, dans la lignée des modèles que nous décrivons pour faire de l’EHPAD un centre de ressources via la démarche CIPEG 2026. L’effort financier de la collectivité est réel : le montant consacré par la CNSA pour les dépenses d’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) et AVA en 2025 est de 453 millions d’euros, signe que le soutien aux aidants est devenu une politique structurelle, pas un simple slogan.
Concrètement, pour rendre visibles tous les aidants et faciliter leur quotidien grâce aux dispositifs de soutien et aux solutions de répit qui leur sont proposés sur le site officiel « aidant.gouv.fr », n’hésitez pas à relayer les spots proposés par le Service public de l’autonomie : afficher les supports de campagne à l’accueil, en parler en conseil de la vie sociale ou lors des cafés des familles sont autant de gestes simples. Pour les directeurs, ces leviers s’articulent avec les aides existantes, que nous mettons en perspective dans notre analyse de l’APA et de l’aide à l’hébergement selon le panorama DREES 2026.

