L’aide sociale aux personnes âgées poursuit sa progression. Dans son panorama annuel paru le 25/06/2026, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) dresse le bilan 2024 des aides versées par les départements. Pour les directeurs d’EHPAD, ces chiffres éclairent le financement de la dépendance et le reste à charge des familles.
L’aide sociale départementale en forte progression en 2024
Le volume global est considérable. Selon le panorama de la DREES sur l’aide sociale aux personnes âgées ou handicapées, sur l’année 2024, les conseils départementaux ont versé 2,2 millions de prestations à des personnes âgées ou en situation de handicap. L’effort financier est considérable : la dépense brute atteint 20,2 milliards d’euros sur l’exercice. Et la facture grimpe d’année en année, avec une progression de 5,3 % par rapport à 2023 en euros courants, soit +3,2 % une fois l’inflation neutralisée.
Cette trajectoire prolonge celle déjà documentée sur le tableau de bord financier APA, budget Autonomie et tarifs des EHPAD, et alimente le débat récurrent sur le financement du secteur, comme l’a illustré la controverse autour d’une redevance sur les EHPAD lucratifs.
Aides aux personnes âgées : domicile contre établissement
En isolant le champ des personnes âgées, la DREES précise que fin 2024, 1,53 million de prestations bénéficient aux seules personnes âgées. Leur ventilation entre domicile et établissement est parlante : on dénombre 849 600 aides servies à domicile, contre 677 900 au titre de l’accueil en structure. Autrement dit, plus de quatre aides sur dix concernent un hébergement, un chiffre qui résonne directement avec l’activité des EHPAD et avec les arbitrages des familles entre maintien à domicile et entrée en établissement — un dilemme déjà décrit lorsqu’il s’agit de choisir entre un SAAD et un SSIAD.
Côté budget, les dépenses dédiées aux personnes âgées progressent un peu moins vite que la moyenne. D’après la DREES, le budget qui leur est consacré gagne 4,1 % sur un an en euros courants (+2,0 % en euros constants), pour s’établir à 9,2 milliards d’euros en 2024. Cette enveloppe forme le socle du financement public de la perte d’autonomie assumé par les conseils départementaux.
L’APA, pivot de l’aide aux personnes âgées
Au sein de cette enveloppe, une prestation domine très largement. À elle seule, l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) concentre plus de 90 % de cette aide aux personnes âgées. Son recours grimpe avec l’âge : fin 2024, elle est versée à 7,3 % des 60 ans et plus, et à 36 % des 85 ans et plus. La tendance reste vive, le nombre d’allocataires gagnant 2,1 % sur un an pour une dépense de 7,4 milliards d’euros.
Ce poids de l’APA n’a rien d’anecdotique pour un EHPAD : c’est elle qui finance, en établissement, une partie du tarif dépendance acquitté par le résident, dans un contexte où la population accueillie est de plus en plus dépendante — un constat déjà posé par l’analyse de la part majoritaire de résidents en GIR 1-2 et de l’enjeu de réhabilitation.
Handicap et PCH : la dépense la plus dynamique
Le panorama couvre aussi le champ du handicap, dont la dynamique est encore plus marquée. Fin 2024, le volet handicap totalise 660 800 prestations départementales (491 600 à domicile, 169 200 en accueil). Une fois ces aides agrégées à celles des personnes âgées, la dépense brute d’ensemble grimpe à 10,9 milliards d’euros sur l’exercice. La prestation de compensation du handicap (PCH) tire particulièrement cette dynamique : ses bénéficiaires atteignent désormais 436 740, en hausse de 6,6 % sur un an, pour un coût de 3,3 milliards d’euros, en bond de 10,5 % en euros courants (+8,3 % en euros constants). Cette montée en charge concerne directement les EHPAD accueillant des personnes handicapées vieillissantes et leurs proches aidants.
Ce que les directeurs d’EHPAD doivent en retenir
Pour un directeur d’établissement, ces données sont un outil de pilotage et de dialogue avec le conseil départemental, financeur du tarif dépendance et de l’aide sociale à l’hébergement. La progression continue des dépenses (+5,3 % en un an) confirme la pression budgétaire sur les départements, dont dépend une part des recettes de l’EHPAD. Suivre ces chiffres aide à anticiper les négociations tarifaires et à objectiver le profil de dépendance des résidents.
Pour l’IDEC et l’équipe d’encadrement, la lecture est plus opérationnelle : la part croissante des aides « à l’accueil » et la diffusion de l’APA chez les très âgés confirment l’alourdissement des profils accueillis. C’est un argument de plus pour documenter finement les niveaux de dépendance, dans la continuité des réformes de financement du domicile comme la transformation des SSIAD en services autonomie à domicile.
Perspectives
Le panorama 2026 laisse toutefois une zone d’ombre pour les gestionnaires d’établissement. Comme l’indique la DREES, les chiffres détaillés sur les allocataires de l’APA en structure et sur l’aide sociale à l’hébergement (ASH) des personnes âgées ne paraîtront qu’au premier trimestre 2026, via l’enquête Aide sociale auprès des conseils départementaux et les jeux de données détaillés sur les bénéficiaires et montants APA et ASH. Les directeurs disposeront alors d’une vision plus fine du financement de l’hébergement, attendue pour affiner leurs prévisions budgétaires 2026.
