Selon l’enquête EHPA 2023 publiée par la DREES en novembre 2025, 55 % des résidents en EHPAD se trouvent en forte perte d’autonomie (GIR 1 ou 2). Le GIR moyen pondéré national atteignait 744 en 2024 selon la CNSA — un niveau stable depuis 2019. Derrière ces chiffres se cache une réalité quotidienne que les équipes connaissent bien : une proportion croissante de résidents dont le déclin fonctionnel pourrait être ralenti, voire partiellement inversé, par des pratiques de rééducation et de réadaptation structurées.
Ce que révèle l’enquête EHPA 2023 sur la dépendance en EHPAD
En novembre 2025, la DREES a publié les résultats de l’enquête EHPA 2023 — la photographie quadriennale la plus complète des établissements d’hébergement pour personnes âgées en France. Les données sont sans ambiguïté : au 31 décembre 2023, 573 100 personnes vivaient en EHPAD. Parmi elles, 85 % étaient classées en GIR 1 à 4, attestant d’une perte d’autonomie au sens de la grille AGGIR. Plus significatif encore, plus de la moitié (55 %) des résidents se trouvaient en GIR 1 ou GIR 2, c’est-à-dire en forte dépendance fonctionnelle.
En parallèle, la CNSA publie chaque année un rapport sur les valeurs de points GIR. Le rapport 2024 établit un GIR moyen pondéré (GMP) national à 744, avec la moitié des départements concentrés dans une fourchette de 730 à 760. Ce niveau de GMP, stable par rapport à 2019, ne doit pas masquer une réalité plus hétérogène sur le terrain : certains établissements accueillent des profils de plus en plus lourds, en lien avec le vieillissement à l’entrée en EHPAD (âge médian : 87 ans et 11 mois en 2023) et la hausse des comorbidités.
L’enquête EHPA 2023 révèle également que 268 200 résidents souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, soit 38 % des personnes accueillies — 4 points de plus qu’en 2019. Cette progression constante renforce le besoin de pratiques de réadaptation non médicamenteuses, qui constituent souvent le premier levier pour préserver une capacité fonctionnelle résiduelle et prévenir les complications de l’immobilisation.
De la dépendance subie à l’autonomie préservée : un enjeu organisationnel majeur
La loi n° 2024-317 du 8 avril 2024 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie a replacé la personne au cœur de l’accompagnement en établissement médico-social. Sans créer d’obligations formelles nouvelles en matière de rééducation, ce texte renforce la logique de parcours individualisé — ce qui implique, concrètement, d’intégrer le maintien des capacités fonctionnelles dans chaque projet personnalisé de vie et de soin.
La DREES a par ailleurs publié en février 2026 une étude prospective montrant qu’entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seront nécessaires d’ici 2050 pour accompagner les personnes âgées en perte d’autonomie. Une part de ces besoins concerne directement les métiers de la réadaptation : kinésithérapeutes, ergothérapeutes, professeurs d’activité physique adaptée (APA). Cette projection confirme que la réhabilitation est désormais reconnue au niveau institutionnel comme un levier de santé à part entière — et non plus comme un service accessoire.
Pour les EHPAD, l’enjeu est très concret : les soignants ne peuvent pas tout porter seuls. Des protocoles de mobilisation douce, des bilans d’autonomie réguliers, des fiches de suivi partagées entre l’équipe infirmière, les aides-soignantes et les rééducateurs sont indispensables pour agir de façon cohérente et mesurable. C’est précisément l’objet de ce guide pluridisciplinaire sur le maintien de l’autonomie en EHPAD, qui propose 18 chapitres couvrant l’ensemble du spectre : du bilan initial à la coordination des intervenants, en passant par les techniques de mobilisation adaptées aux profils GIR 1 à 4, les outils de traçabilité et les 108 tableaux synthétiques utilisables au quotidien.
Ce que ces chiffres impliquent concrètement pour chaque métier
Le maintien de l’autonomie est une responsabilité partagée entre plusieurs professionnels. Les données DREES et CNSA permettent de mesurer l’ampleur du défi — et de mieux cibler les actions prioritaires pour chaque rôle.
Pour l’IDEC, le maintien de l’autonomie est une mission de coordination à part entière. Il s’agit de s’assurer que les bilans AGGIR sont actualisés régulièrement, que le projet de soin individualisé intègre un volet réadaptation, et que les rééducateurs libéraux ou salariés sont mobilisés sur les cas prioritaires. Avec 55 % de résidents en GIR 1-2, le risque est de concentrer les ressources sur les actes de soins urgents au détriment des gestes quotidiens de maintien fonctionnel — pourtant déterminants sur le long terme.
Pour les aides-soignantes, les actes du quotidien (aide à la toilette, habillage, transferts, déambulation) sont autant d’opportunités de préserver ou de réactiver des capacités. La différence entre une aide réalisée « à la place de » et une aide réalisée « avec » le résident est cliniquement significative. Cela suppose des formations pratiques aux techniques de mobilisation douce, au repérage précoce des signaux de dégradation fonctionnelle, et à la posture de soin qui favorise l’initiative du résident.
Pour le médecin coordonnateur, l’enjeu est celui du PATHOS et de la codification précise du niveau de soins requis. Une bonne évaluation de la capacité résiduelle — parfois sous-estimée en GIR 2 — ouvre la voie à des actes de rééducation remboursables par l’Assurance maladie dans le cadre du forfait soins. Par ailleurs, avec 38 % de résidents Alzheimer, la distinction entre déclin fonctionnel lié à la maladie neurodégénérative et déclin lié à la sédentarité est déterminante pour orienter les interventions et justifier les prescriptions de kinésithérapie.
Pour le directeur, le maintien de l’autonomie est un indicateur de qualité inscrit dans le CPOM et examiné lors des évaluations HAS. Des résultats mesurables sur la préservation des capacités fonctionnelles sont attendus par les autorités de tarification. À ce titre, structurer l’organisation des pratiques de réadaptation de son établissement avec des outils standardisés — tableaux de suivi, fiches techniques par pathologie, arbres décisionnels — n’est plus seulement une bonne pratique : c’est un impératif de pilotage et de traçabilité.
Points de vigilance pour les équipes en 2026
Plusieurs échéances et enjeux méritent l’attention des professionnels cette année.
L’évaluation HAS. Le référentiel national d’évaluation des EHPAD intègre des critères explicites sur la qualité de vie et le maintien des capacités fonctionnelles. La rubrique dédiée à la prévention de la perte d’autonomie sera systématiquement examinée lors des prochaines visites d’évaluation. Les équipes capables de documenter leurs pratiques — bilans réguliers, protocoles formalisés, suivi des indicateurs fonctionnels — sont nettement mieux préparées à ces échanges.
Le plan national antichute (2022-2027). Ce programme quinquennal encourage les ARS à financer des programmes d’activité physique adaptée (APA) dans les EHPAD, avec des appels à candidatures renouvelés chaque année dans plusieurs régions. Les établissements qui disposent d’une organisation structurée du maintien de l’autonomie sont mieux positionnés pour répondre à ces appels et accéder à des financements dédiés.
L’actualisation du PATHOS. Avec un GMP national à 744 et une proportion croissante de résidents Alzheimer, les établissements ont tout intérêt à s’assurer que le PMP (pathos moyen pondéré) reflète fidèlement la réalité clinique de leurs résidents. Un PMP sous-évalué se traduit directement par un forfait soins insuffisant, réduisant les marges de manœuvre pour financer les interventions de réadaptation.
La délégation encadrée des gestes de réhabilitation. Face à la tension sur les ressources humaines — la DREES projette 150 000 à 200 000 emplois à créer d’ici 2050 —, les établissements doivent optimiser leurs pratiques. Cela passe notamment par la délégation encadrée de certains gestes de réadaptation aux aides-soignantes formées, sous supervision d’un kinésithérapeute, avec des protocoles validés par le médecin coordonnateur. Une approche que détaille avec précision l’ouvrage de référence sur la rééducation et le maintien de l’autonomie en EHPAD — conçu pour être opérationnel dans des établissements aux ressources et aux configurations variées.
Questions fréquentes sur la rééducation en EHPAD
Un EHPAD est-il obligé de salarier un kinésithérapeute ?
Comment financer des actions de maintien de l’autonomie en EHPAD ?
Quelle différence entre rééducation et réadaptation en EHPAD ?
Sources :
DREES, Études & Résultats n° 1351 — Établissements d’hébergement pour personnes âgées, novembre 2025
CNSA — Synthèse des valeurs de points GIR 2024 et des GIR moyens pondérés, 2025
DREES — Soutien à l’autonomie des personnes âgées : entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires nécessaires en 2050, février 2026