La pesée des résidents d’EHPAD se fait-elle au bon rythme, et que faire lorsque le poids baisse d’un mois sur l’autre ? Entre une recommandation de la HAS sur le diagnostic de la dénutrition et des repères de l’Anesm sur l’organisation de la veille, plusieurs textes se croisent. Cet article les remet en ordre : le rythme de surveillance, la différence entre un critère de diagnostic et un signe d’alerte, puis le trajet de l’information dans l’équipe. Il s’adresse d’abord aux soignants de terrain, puis aux IDEC et aux médecins coordonnateurs qui organisent le suivi.
Surveillance du poids en EHPAD : le rythme de référence
Partons du texte le plus récent. La recommandation de la HAS sur le diagnostic de la dénutrition vise les « Personnes âgées de 70 ans ou plus. » ; elle consacre un passage à la surveillance de l’état nutritionnel, dont fait partie la mesure du poids.
Pour cette surveillance, la HAS indique, en EHPAD et USLD : à l’entrée, puis au moins une fois par mois, et à la sortie. Ce rythme vaut pour la surveillance nutritionnelle dans son ensemble, dont la mesure du poids n’est qu’un élément.
Le rythme se resserre dans des situations précises. La HAS formule la règle ainsi : « En cas d’évènement clinique intercurrent (infection, chirurgie…) ou de diminution de l’appétit ou des consommations alimentaires, il est recommandé de rapprocher la surveillance nutritionnelle à au moins une fois par semaine ».
Le tableau suivant reprend les deux cas, tels que la recommandation les énonce.
| Situation | Fréquence de surveillance recommandée par la HAS |
|---|---|
| en EHPAD et USLD | à l’entrée, puis au moins une fois par mois, et à la sortie |
| En cas d’évènement clinique intercurrent (infection, chirurgie…) ou de diminution de l’appétit ou des consommations alimentaires | au moins une fois par semaine |
La baisse de l’appétit ou des consommations est l’un des déclencheurs du rythme resserré. Le repérage de ces signes à table est détaillé dans notre article sur les signaux de dénutrition à repérer en visite.
Le volet Ehpad de la recommandation de l’Anesm sur le repérage des risques de perte d’autonomie, publiée en 2016, rappelle en note de bas de page que l’Anesm préconise de « Peser tous les résidents une fois par mois et suivre l’évolution du poids en réunion pluridisciplinaire ».
La fiche-repère sur la mauvaise nutrition, la dénutrition et la déshydratation du même volet place la pesée parmi les moyens du dispositif de veille de la structure : « En pesant régulièrement la personne (une fois par mois) ».
Quand ces repères se lisent côte à côte, la rédaction retient le texte de 2021, le plus récent, comme référence pour le rythme, et celui de 2016 pour l’organisation du repérage. Pour replacer la pesée dans l’ensemble de la démarche, le guide sur la dénutrition en EHPAD sert de point d’entrée.
Seuils de la HAS : ce qu’une perte de poids permet de conclure
Un poids qui baisse alerte l’équipe, mais il ne suffit pas, à lui seul, à nommer une dénutrition. La HAS pose une règle de construction : « Le diagnostic de dénutrition nécessite la présence d’au moins : 1 critère phénotypique et 1 critère étiologique ». Elle ajoute : « Ce diagnostic est un préalable obligatoire avant de juger de sa sévérité. »
Le critère phénotypique : perte de poids et IMC
Parmi les critères phénotypiques de la recommandation (1 seul critère suffit), deux concernent directement la pesée :
- une perte de poids : ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois ou ≥ 10 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie ;
- un indice de masse corporelle (IMC) bas : IMC < 22.
Pour justifier ce seuil d’IMC, la HAS précise que « Les données épidémiologiques montrent une surmortalité en dessous de 22 d’IMC dans la population âgée. ». Le calcul suppose deux mesures : « Pour calculer l’IMC, le poids et la taille doivent être mesurés. La taille doit être mesurée en priorité par toise. »
Une seule condition de mesure est précisée pour le poids : « Il est recommandé que la mesure du poids soit toujours faite sur le même dispositif de pesée. »
Le critère étiologique : ce que le résident mange
Le second volet du diagnostic porte sur les apports. Parmi les critères étiologiques, la HAS cite notamment : réduction de la prise alimentaire ≥ 50 % pendant plus d’1 semaine, ou toute réduction des apports pendant plus de 2 semaines par rapport à la consommation alimentaire habituelle, ou aux besoins protéino-énergétiques. Les apports alimentaires font donc partie du diagnostic ; nos articles sur l’alimentation enrichie en protéines et en collations et sur les textures modifiées détaillent les leviers côté alimentation.
La sévérité, une fois le diagnostic posé
La sévérité ne se juge qu’une fois la dénutrition diagnostiquée. Parmi les critères de dénutrition sévère, la HAS retient IMC < 20 kg/m² et, pour la perte de poids, ≥ 10 % en 1 mois, ou ≥ 15 % en 6 mois, ou ≥ 15 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie.
Le MNA et les anciens repères
Le Mini Nutritional Assessment (MNA) a changé de statut : selon la HAS, il est un outil de repérage de risque de dénutrition mais ne constitue plus un critère de diagnostic de dénutrition.
La rédaction propose cette lecture : une perte de poids, même chiffrée, ne conclut pas à elle seule ; elle appelle un regard de l’équipe sur l’alimentation. Les recommandations citées ici ne définissent pas de seuil d’alerte intermédiaire pour les soignants : les pourcentages ci-dessus sont des critères de diagnostic, et le signe d’alerte est qualitatif (voir plus bas).
Du repérage au suivi : ce que les textes attendent de l’équipe
Les recommandations citées ne répartissent pas la pesée entre les métiers. Le partage des gestes entre aide-soignante et infirmier relève d’un autre cadre, que traite notre article sur la délégation de tâches entre aide-soignante et infirmier ; le portrait du poste est dans la fiche de poste de l’aide-soignante en EHPAD. La section suit donc l’ordre des étapes : repérer, transmettre, suivre.
Repérer
La HAS range parmi les acteurs de la surveillance nutritionnelle tous les professionnels du secteur médico-social concernés par la nutrition ou susceptibles de s’occuper des personnes âgées. La fiche-repère de l’Anesm décrit le résultat attendu : « Le personnel soignant et non-soignant connaît les principaux facteurs de risque de mauvaise nutrition, dénutrition et déshydratation, identifie les signes d’alerte. Il sait sur quels dispositifs (outils) s’appuyer pour faire remonter cette information. »
Parmi les signes qui doivent alerter, la même fiche cite une perte visible de poids et, à l’inverse, une prise rapide de poids. Ces deux signes sont qualitatifs : la fiche ne les chiffre pas. La rédaction suggère de noter une perte visible et de la transmettre à l’équipe dès qu’elle est constatée.
Pour situer la pesée dans le déroulé des soins, voir la journée type d’une aide-soignante en EHPAD.
Transmettre
L’Anesm définit l’objet des transmissions : « Les transmissions permettent de structurer le partage d’informations sur un problème ou un évènement non habituel qui se pose et dont la communication se fait dans l’intérêt de la personne accueillie. » Elle précise ce dont dépend leur qualité : « La qualité et l’efficacité des transmissions dépendent notamment de la connaissance par les professionnels des destinataires (professionnel encadrant, médecin traitant, infirmier coordinateur, etc.) et des modalités de transmission. »
Sur la forme, la recommandation indique : « La transmission orale peut être la plus adaptée à une situation particulièrement préoccupante ou d’urgence. » Elle ajoute : « Toutefois, il est recommandé de compléter l’information orale par un écrit. » La méthode des transmissions ciblées est détaillée dans notre guide sur les transmissions ciblées en EHPAD.
La recommandation demande au responsable d’encadrement de « Reporter dans le dossier de la personne les éléments communiqués lors des transmissions orales (y compris de manière informelle) et écrites liés à la perte d’autonomie ou de son aggravation repérés. » Les éléments visés concernent la perte d’autonomie ou son aggravation ; la rédaction suggère d’y faire figurer les variations de poids repérées.
À l’échelle de la structure, la fiche-repère demande de procéder « En organisant les remontées d’informations avec l’ensemble de l’équipe (professionnels soignants et non soignants). »
Suivre
Pour la trace du poids, la HAS recommande : « Il est recommandé de noter le poids mesuré (carnet de santé, dossier médical personnel, compte rendu, réunion de concertation pluridisciplinaire, courriers aux correspondants, outils numériques) » Côté Anesm, il s’agit de suivre l’évolution du poids en réunion pluridisciplinaire.
Mise en œuvre : un parcours de pesée et trois points de contrôle
Le parcours ci-dessous assemble les recommandations citées. Les formulations « la rédaction suggère » signalent ce qui relève d’un choix d’organisation et non du texte.
- Admission : la HAS place la mesure à l’entrée, et indique que « La taille doit être mesurée en priorité par toise. »
- Pesées suivantes : « Il est recommandé que la mesure du poids soit toujours faite sur le même dispositif de pesée. » La rédaction suggère de consigner dans le protocole de l’établissement le dispositif utilisé.
- Trace : noter le poids mesuré. La rédaction suggère d’y associer la date de la pesée.
- Transmission : en cas de transmission orale, compléter l’information orale par un écrit.
- Revue d’équipe : suivre l’évolution du poids en réunion pluridisciplinaire.
Trois points de contrôle suggérés
- Chaque dossier comporte-t-il une pesée à l’admission, et la date de la dernière pesée y est-elle lisible ?
- Le dispositif de pesée utilisé est-il identifié, pour que deux relevés successifs restent comparables ?
- Une baisse ou une prise rapide de poids constatée a-t-elle un destinataire identifié et une trace écrite ?
Le geste de pesée lui-même
Le volet Ehpad de la recommandation de l’Anesm, dans son passage sur la souffrance physique, cite la pesée parmi les facteurs techniques, au sein d’une liste de gestes : « gestes liés aux soins d’hygiène et de confort : transfert, retournement, pesée, toilette, soin de bouche/nez/oreille/yeux/peau, rasage, habillage et déshabillage, alimentation, etc. » La rédaction suggère d’en tenir compte au moment de planifier la pesée d’un résident qui souffre.
Perspectives : relier pesée, repas et prévention des chutes
Dans son argumentaire, la HAS écrit à propos de la dénutrition : « … même chez les sujets en surpoids ou obèses. Le risque de chutes, de fractures, d’hospitalisation, d’infections nosocomiales, de dépendance et de décès est augmenté. » Ce risque de chute est traité dans notre guide sur la prévention des chutes en EHPAD.
Les critères eux-mêmes ont évolué : les recommandations de 2021 représentent une évolution des critères diagnostiques par rapport à ceux publiés en 2007. La rédaction suggère de vérifier que les grilles et protocoles internes n’affichent plus d’anciens repères. Autre piste de travail, côté repas : notre article sur le jeûne nocturne en EHPAD traite de l’intervalle entre le dîner et le petit-déjeuner.
La rédaction suggère de préciser le moment de la pesée et la façon de peser un résident qui ne tient pas debout dans le protocole de l’établissement, avec les professionnels concernés.
Mini-FAQ : pesée et perte de poids
À quel rythme faut-il peser les résidents en EHPAD ?
Le MNA permet-il encore de diagnostiquer une dénutrition ?
À qui transmettre une perte de poids repérée ?
Sources officielles
- HAS — recommandation sur le diagnostic de la dénutrition de la personne âgée
- HAS — fiche-repère sur la mauvaise nutrition, la dénutrition et la déshydratation, volet Ehpad
- HAS — repérage des risques de perte d’autonomie ou de son aggravation, volet Ehpad
- HAS — argumentaire sur le diagnostic de la dénutrition de la personne âgée


