Le refus de manger en EHPAD inquiète les familles, en particulier lorsqu’il dure plusieurs jours. Ce refus a une cause à rechercher — bucco-dentaire, digestive, psychologique ou liée à l’environnement du repas — avant d’insister ou de renoncer. Cet article explique ce que les équipes sont censées observer et faire, ce que dit la loi sur le droit de votre proche à refuser un traitement, et comment préparer un échange utile avec l’IDEC ou le médecin coordonnateur.
Un signal à repérer, pas un caprice
La Haute Autorité de Santé consacre au repérage des risques de perte d’autonomie en EHPAD une recommandation destinée aux établissements, dont elle précise que « Les repères qui sont fournis dans les recommandations peuvent également être un support d’échanges et de réflexions avec les personnes accueillies, leurs proches ». Parmi les signaux qu’elle demande de surveiller figurent du refus de manger et/ou de boire, de la diminution des quantités mangées et/ou bues et d’une perte visible de poids. Ces trois signaux se recoupent avec ceux que nous détaillons dans notre article sur les 5 signaux de dénutrition à repérer en visite, et avec notre fiche sur la dénutrition et la perte d’appétit en EHPAD.
Ce repérage n’est pas réservé à un seul professionnel : la HAS attend que « Le personnel soignant et non-soignant connaît les principaux facteurs de risque de mauvaise nutrition, dénutrition et déshydratation, identifie les signes d’alerte ». La même recommandation rappelle que « Partagent également le quotidien des résidents, les agents de services, les personnels de restauration, les jardiniers, les agents du service technique, les secrétaires, les animateurs, etc. » Vous pouvez consulter la fiche-repère de la HAS sur le repérage des risques en EHPAD pour le détail des critères observés par les équipes.
Dénutrition : le lien médical avec le refus alimentaire
Un refus de manger qui se prolonge n’est pas seulement un problème de confort : il peut conduire à un diagnostic médical de dénutrition. Selon la HAS : « La dénutrition touche plus près de 3 millions de Français, parmi lesquels au moins un tiers a plus de 70 ans ». Depuis novembre 2021, le diagnostic de dénutrition repose sur l’association d’un critère phénotypique et d’un critère étiologique. Notre guide complet sur la dénutrition en EHPAD détaille l’ensemble de ces critères.
Un des critères phénotypiques retenus est un IMC (indice de masse corporelle) < 22 kg/m ². Le critère étiologique concerne directement le refus de manger : une réduction de la prise alimentaire ≥ 50 % pendant plus d'1 semaine suffit à orienter vers ce diagnostic. Quant au dépistage par le MNA, la même recommandation précise : « Le Mini Nutritional Assessment® est un outil de repérage de risque de dénutrition mais ne constitue plus un critère de diagnostic de dénutrition. » Vous pouvez consulter la recommandation de la HAS sur le diagnostic de la dénutrition pour le détail de ces critères.
Les causes qu’une équipe doit rechercher avant d’insister
Face à un refus alimentaire, la bonne réaction n’est ni de forcer, ni de laisser le plateau repartir sans chercher pourquoi. La HAS liste plusieurs pistes que l’équipe est censée explorer. Côté bucco-dentaire, elle cite appareil dentaire perdu, cassé, inadapté ou mal entretenu, douleur dentaire — un point que nous détaillons dans notre article sur l’hygiène bucco-dentaire en EHPAD. Côté déglutition, elle pointe problème de digestion, douleur, difficultés pour se servir, manger, mâcher ou avaler, à rapprocher des gestes décrits dans notre guide sur les fausses routes au repas en EHPAD.
La dimension psychologique compte tout autant : souffrance psychique et dépression figurent parmi les facteurs à rechercher, un sujet que nous approfondissons dans nos repères sur la dépression du sujet âgé en EHPAD. La HAS mentionne également la prise de plusieurs médicaments à la fois et salle à manger bruyante, température élevée/froide, éclairage mal adapté. Sur l’organisation des repas, notre article sur le jeûne nocturne en EHPAD traite du dîner, de la collation et du petit-déjeuner.
Le Défenseur des droits a d’ailleurs constaté que certains établissements ne respectent pas les recommandations de bonnes pratiques relatives aux intervalles entre les repas – intervalle minimum de 12 heures entre le dîner et le petit déjeuner et intervalle minimum de 3 heures entre le gouter et le dîner. Plus largement, son rapport sur les droits fondamentaux des personnes âgées accueillies en EHPAD rappelle que La protection du résident nécessite, tout d’abord, la satisfaction de ses besoins les plus fondamentaux. La sécurité alimentaire est primordiale.
Il ajoute que le manque de qualité et l’inadéquation de la nourriture ainsi que l’insuffisance d’apport hydrique sont à l’origine de nombreux cas de malnutrition et de déshydratation. Le référentiel d’évaluation de la qualité des ESSMS attend, lui, une réponse active : « Les professionnels réinterrogent le refus de la personne tout au long de son accompagnement » et recherchent des alternatives avec la personne accompagnée. Le référentiel HAS d’évaluation de la qualité des ESSMS formule ces deux attentes. Si le refus persiste malgré ces recherches, des solutions existent : notre guide sur le repas thérapeutique en EHPAD présente des adaptations concrètes de texture et de présentation.
Cette recherche ne se fait pas seule dans son coin : la HAS recommande d’agir ainsi : « En échangeant avec la personne, son entourage, en équipe et avec les partenaires dans le respect des règles de partage d’informations (MT, MEDEC, IDEC, diététicien, orthophoniste, etc.) ». Vis-à-vis de votre proche lui-même, l’attitude attendue consiste à agir ainsi : « En encourageant la personne à exprimer ses attentes, besoins et difficultés », plutôt qu’à négocier ou céder.
Vos droits et ceux de votre proche face à un refus alimentaire
Le refus de manger interroge aussi les droits de votre proche, notamment quand l’équipe évoque une aide plus poussée. Plus largement, le code de la santé publique pose que « Toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un traitement », et que « Le médecin a l’obligation de respecter la volonté de la personne après l’avoir informée des conséquences de ses choix et de leur gravité ». Notre guide complet sur les droits des résidents en EHPAD revient sur l’ensemble de ce cadre. Si votre proche ne peut plus exprimer sa volonté, la loi prévoit que « Lorsque la personne est hors d’état d’exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité » sans consultation préalable de son entourage. Vous pouvez consulter l’article du code de la santé publique sur le droit de refuser un traitement.
C’est là qu’intervient la personne de confiance : « Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant et qui sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté ». La personne de confiance rend compte de la volonté de la personne. Son témoignage prévaut sur tout autre témoignage. Cette désignation n’est pas automatique : « Lors de sa prise en charge dans un établissement ou un service social ou médico-social, il est proposé à la personne majeure accueillie de désigner, si elle ne l’a pas déjà fait, une personne de confiance ». Si ce n’est pas encore fait pour votre proche, vous pouvez le demander à l’accueil ou à l’IDEC — voir l’article du code de la santé publique sur la personne de confiance.
La question se pose différemment en fin de vie. Le code de la santé publique précise que « Les actes mentionnés à l’article L. 1110-5 ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu’ils résultent d’une obstination déraisonnable », et que « La nutrition et l’hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article ». Cet arrêt suppose que « Lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu’ils n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris », conformément à la volonté du patient et, si votre proche ne peut plus l’exprimer, « si ce dernier est hors d’état d’exprimer sa volonté, à l’issue d’une procédure collégiale prenant la forme d’une concertation pluridisciplinaire entre les membres disponibles de l’équipe de soins et le médecin chargé du patient ». Cette décision ne se prend donc jamais dans l’urgence ni de façon isolée. L’article du code de la santé publique sur l’arrêt des traitements encadre précisément cette procédure.
Le document d’appui de la HAS sur l’accompagnement de la fin de vie reproduit une grille de questionnement, élaborée par une agence régionale de santé, qui invite à se demander si l’exigence d’efficacité nutritionnelle n’est plus pertinente à ce stade et, dans ce cas, à poursuivre en maintenant la symbolique du repas lorsque le patient l’exprime. Le même document rapporte, à propos d’une étude sur l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation en gériatrie, que « les pratiques sont fondées sur la question de la non obstination déraisonnable ». Par ailleurs, la recommandation HAS sur l’accompagnement de la fin de vie des personnes âgées en EHPAD attend des équipes qu’elles procèdent ainsi : « Les informer des situations ou complications possibles (notamment celles liées à l’alimentation) avant leur survenue », pour que vous ne découvriez jamais ces complications sans avoir été prévenu. Le document du CNSPFV sur la fin de vie rappelle que « L’accompagnement de la fin de vie en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) est important, tant pour la personne âgée que pour les proches ». Notre guide complet sur les soins palliatifs et la fin de vie en EHPAD détaille l’ensemble de cet accompagnement.
Perspectives : préparer un échange utile avec l’équipe
Avant de solliciter un rendez-vous, notez ce que vous observez : depuis quand le refus dure, sur quels repas il porte, si votre proche accepte encore de boire, si son comportement a changé (fatigue, douleur, retrait). Ces observations aident l’équipe à orienter ses recherches plutôt qu’à répondre par des généralités.
Demandez ensuite un temps dédié avec l’IDEC ou le médecin coordonnateur — pas seulement un échange informel dans le couloir. Vous pouvez poser des questions précises : un bilan bucco-dentaire a-t-il été réalisé ? Une évaluation de la déglutition a-t-elle été envisagée ? Le repas a-t-il été adapté en texture ou en présentation, par exemple avec un repas thérapeutique ? Si une personne de confiance n’a pas encore été désignée pour votre proche, c’est aussi le moment de le faire, pour que sa volonté soit relayée si elle ne peut plus s’exprimer elle-même.
Si le refus persiste, demandez si l’équipe a été formée au refus alimentaire en EHPAD, ou si une orientation vers une alimentation mixée adaptée à la dénutrition a été envisagée avec le médecin coordonnateur. Ces ajustements ne remplacent pas la recherche de la cause, mais ils aident concrètement les équipes à savoir comment nourrir une personne âgée qui ne mange plus, sans la forcer.
Mini-FAQ : refus de manger en EHPAD
Faut-il forcer un proche qui refuse de manger en EHPAD ?
Quelles causes l’équipe doit-elle rechercher si mon proche ne mange plus ?
Que se passe-t-il si mon proche ne mange plus du tout en fin de vie ?
Sources officielles
- HAS — Repérage des risques de perte d’autonomie en EHPAD
- Défenseur des droits — Droits fondamentaux des personnes âgées en EHPAD
- HAS — Diagnostiquer plus précocement la dénutrition chez la personne âgée
- HAS — Recommandation de bonne pratique sur le diagnostic de la dénutrition
- HAS — Référentiel d’évaluation de la qualité des ESSMS
- HAS — Accompagner la fin de vie des personnes âgées en EHPAD
- HAS — Document d’appui sur l’accompagnement de la fin de vie
- CNSPFV — Ressource documentaire sur la fin de vie
- Légifrance — Droit de refuser un traitement (Code de la santé publique)
- Légifrance — Arrêt des traitements et obstination déraisonnable (Code de la santé publique)
- Légifrance — La personne de confiance (Code de la santé publique)
- Légifrance — Personne de confiance en établissement médico-social (Code de l’action sociale et des familles)


