Opticienne mobile réalisant un examen de la réfraction auprès d'un résident en EHPAD
Qualité & Réglementation

Opticien en EHPAD : ce que le décret du 12 juin 2026 change concrètement pour votre établissement

24 septembre 2026 20 min de lecture Aurélie Mortel
Contenu proposé par Les Opticiens Mobiles
Article partenaire — Les Opticiens Mobiles
Un décret publié cet été change la donne pour la santé visuelle en EHPAD : il permet à l’opticien-lunetier de se déplacer en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes afin de réaliser un examen de la réfraction et délivrer, si besoin, des équipements optiques. Pour le directeur, le médecin coordonnateur et l’IDEC, la question n’est plus « peut-on faire intervenir un opticien ? » mais « comment organiser ce nouveau circuit ? ». Voici notre décryptage de ce que ce texte change vraiment.
près de 40 %
des personnes de 78 ans et plus ne portent pas de lunettes adaptées à leur vue, selon une étude Inserm
573 100
personnes âgées sont hébergées en Ehpad ou en fréquentent, fin 2023 (DREES)
1/3
des Ehpad déclarent procéder de façon systématique au repérage des troubles auditifs et visuels (enquête citée par la HAS)

Ce que le décret autorise (et ce qui existait déjà)

Jusqu’à ce texte, le déplacement d’un opticien était déjà autorisé pour la délivrance d’équipements optiques. Le décret de 2016 qui a fixé les conditions de délivrance par un opticien-lunetier de verres correcteurs ou de lentilles de contact oculaire correctrices et règles d’exercice de la profession d’opticien-lunetier — en créant notamment la « Section 5 : Règles d’exercice de la profession d’opticien-lunetier » du code de la santé publique — prévoit que l’opticien-lunetier « peut procéder, à la demande du médecin ou du patient, à la délivrance des lentilles oculaires correctrices et verres correcteurs auprès des patients à leur domicile ou admis au sein des établissements de santé publics ou privés ou médico-sociaux ». L’examen de la réfraction, lui, restait attaché au magasin. Cette pratique itinérante de la délivrance a ensuite été confirmée par la convention nationale des opticiens, conclue le 31 mars 2021 entre, d’une part, l’Union nationale des caisses d’assurance maladie et les organisations professionnelles, puis étendue par arrêté en 2022 : elle vise expressément l’activité qui « consiste à délivrer, en magasin, sur internet ou de manière itinérante, tout ou partie des équipements d’optique médicale ».

Pour Les Opticiens Mobiles, ces évolutions réglementaires avaient permis le développement d’un réseau d’opticiens spécialisés et ouvert aux résidents l’accès à la santé visuelle sur leurs lieux de vie ; mais la pratique du métier hors magasin manquait encore de visibilité, alors même que son utilité était reconnue par les acteurs de terrain.

Le nouveau décret introduit une dérogation à la pratique de l’exercice du métier d’opticien préalablement définie : « Par dérogation à l’article D. 4362-18, l’opticien-lunetier peut réaliser les actes professionnels relevant de sa compétence conformément aux dispositions du présent code dans les établissements mentionnés au I de l’article L. 313-12 du code de l’action sociale et des familles » — c’est-à-dire les EHPAD. Le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication.

Un point mérite d’être clarifié : la délivrance d’équipements hors du magasin n’est pas, en tant que telle, la nouveauté de ce texte. Ce qui change, c’est la possibilité de réaliser sur place l’examen de la réfraction lui-même, avec l’obligation pour l’opticien d’en rendre compte — un rôle que le réseau Les Opticiens Mobiles décrit comme celui de « coordinateur de la santé visuelle des résidents ». Le décret permet cette organisation ; il n’impose rien à l’établissement, qui reste libre d’y recourir ou non et de choisir son partenaire.

D’où vient ce texte : de l’expérimentation à la généralisation

Ce nouveau décret est l’aboutissement d’un parcours engagé plusieurs années plus tôt, que le portail national dédié aux personnes âgées retrace clairement.

1
2016 — le cadre d’exercice

Le décret créant la « Section 5 : Règles d’exercice de la profession d’opticien-lunetier » pose les bases sur lesquelles s’appuiera, plus tard, l’intervention en établissement.

2
2019 — une expérimentation encadrée

La loi ouvre, à titre expérimental, à compter de la date fixée par arrêté du ministre chargé de la santé et jusqu’au 31 décembre de la troisième année suivant cette même date, les opticiens-lunetiers à réaliser une réfraction et à adapter, dans le cadre d’un renouvellement de délivrance, notamment « les prescriptions médicales initiales de verres correcteurs en cours de validité, sauf opposition du médecin ». Le décret d’application précise que l’opticien autorisé peut réaliser en établissement « un examen de la réfraction pour délivrer sans ordonnance médicale un nouvel équipement en cas de perte ou de bris des verres correcteurs d’amétropie ».

3
Un périmètre volontairement limité

Le législateur borne l’essai dans la limite de quatre régions ; deux ont été retenues par arrêté, la région « Centre-Val de Loire » et la « Normandie », où l’autorisation de l’agence régionale de santé « peut être accordée à compter du 1er janvier 2022 ».

4
2026 — la généralisation

Prévue pour trois ans, l’expérimentation a été prolongée à deux reprises, par un décret du 28 décembre 2021 puis par un décret du 31 décembre 2024 : l’autorisation de l’agence régionale de santé « est valable jusqu’au 31 décembre 2025 », soit « après 4 ans d’expérimentation » au lieu des trois années initialement prévues. Chaque agence régionale de santé pilote devait transmettre aux ministres « un bilan de l’expérimentation après consultation des opticiens-lunetiers, des établissements et des patients concernés ». Comme le résume le portail national pour les personnes âgées, c’est désormais « un décret qui généralise cette expérimentation » à l’ensemble du territoire.

Pourquoi c’est un enjeu de santé pour vos résidents

Le repérage des troubles visuels n’est pas un sujet secondaire en EHPAD — Les Opticiens Mobiles, « premier réseau national d’opticiens intervenant sur les lieux de vie », rappelle d’ailleurs, dans un article dédié, en quoi une bonne vue contribue à limiter les risques de chute. Les recommandations de la Haute Autorité de santé sur le repérage sensoriel rappellent qu’au-delà de 60 ans, « plus de 82 % de personnes sont concernées par une déficience visuelle », une prévalence qui « augmente progressivement à partir de 60 ans (5,9 % chez les personnes entre 70 et 79 ans, 14,10 % entre 80 et 89 ans, 23,1 % entre 90 et 99 ans et 33,71 % à 100 ans et plus ) » — des tranches d’âge dans lesquelles se situent la plupart des résidents accueillis en établissement.

La difficulté, documentée de longue date, tient surtout au repérage : une étude réalisée en Suisse en 2005, citée par la HAS, montrait déjà que « plus d’un résident sur deux était malvoyant selon les critères de l’OMS (acuité visuelle inférieure ou égale à 0,3) », alors même que « la plupart d’entre eux n’avaient pas été repérés comme souffrant d’un déficit ». Plus récemment, les chercheurs de l’Inserm, de Bordeaux et de Sorbonne Université ont montré que « près de 40 % des personnes âgées de 78 ans et plus ne portent pas de lunettes adaptées à leur vue », à partir d’une cohorte de plus de 700 personnes âgées de 78 ans et plus.

Une étude française plus ancienne, publiée dans une revue britannique, va dans le même sens : ses auteurs concluent, en anglais, que « Visual handicap was associated with institutional residence. The link persisted after adjustment for known confounding factors. », précisant que « Low vision was always significantly associated with institutional residence (ORs from 0.262 to 0.752). » — autrement dit, en français : les personnes atteintes d’un handicap visuel vivent plus souvent en institution, y compris lorsque l’on tient compte des autres facteurs connus (âge, autres handicaps, autonomie) ; et c’est vrai à chaque niveau de basse vision étudié.

Le profil des résidents actuels renforce l’enjeu : selon la DREES, ils ont désormais plus de 87 ans et 11 mois en moyenne ; 85,0 % des résidents sont en perte d’autonomie (classés en GIR 1 à 4), et 268 200 à souffrir d’une maladie neurodégénérative, soit 38 % des résidents. Autant de situations où un trouble visuel non repéré peut passer inaperçu.

La coordination de la prise en charge de la vue des résidents par l’opticien : le vrai changement d’organisation

Sur le plan organisationnel, l’apport le plus concret tient à la circulation de l’information. Le texte prévoit que « pour chaque intervention, l’opticien-lunetier adresse un compte rendu au patient, au médecin prescripteur, au médecin coordonnateur et le cas échéant au médecin traitant, par tout moyen garantissant la confidentialité des informations transmises ». Le médecin coordonnateur devient ainsi un destinataire systématique, à situer aux côtés du circuit habituel des consultations de spécialistes.

Cette logique rejoint les repères déjà posés par la HAS, qui recommande, en action de premier niveau, de « programmer une consultation avec le médecin traitant et, selon les besoins, avec un spécialiste de la vue (opticien, orthoptiste, ophtalmologiste) », et qui illustre l’exemple d’un établissement où « l’Ehpad établit des partenariats avec des opticiens et audioprothésistes afin de réaliser, dans les règles autorisées par la législation liée à la concurrence, des bilans visuels et auditifs ».

Les Opticiens Mobiles : un réseau national déjà organisé pour ce cadre

Cette nouvelle réglementation renforce le rôle des acteurs qui accompagnaient déjà, à leur façon, la santé visuelle en établissement. C’est le cas du réseau Les Opticiens Mobiles : l’entreprise, « créée en 2015 à Lyon par Matthieu Gerber », « compte plus de 50 collaborateurs.trices et plus de 110 Opticien.nes Mobiles présents partout en France » et se présente comme « première entreprise de l’optique agréée ESUS et société à mission », avec des opticiens « certifiés NF Service “Services aux personnes à domicile” par l’AFNOR ».

Sur le terrain, le réseau, spécialisé dans l’intervention en secteur médico-social, met en place des services adaptés au personnel soignant et aux personnes âgées, parmi lesquels :

  • une sensibilisation des aides-soignants et infirmiers aux signaux d’alerte d’une vue défaillante chez une personne âgée — d’après le réseau, « grâce à un module de formation dispensé par un Opticien Mobile, vos équipes soignantes seront capables de repérer les signaux d’alerte de déficience visuelle chez les personnes âgées » ;
  • un dispositif d’identification des équipements : « la gravure laser sur monture permet d’identifier en un clin d’œil quelle paire de lunettes appartient à qui » et d’éviter les pertes, un détail pratique pour les équipes, en complément des aménagements de l’environnement pour les résidents malvoyants ;
  • une coordination des soins « en relation avec la famille, les tutelles et l’ensemble des professionnels de santé (ophtalmologue, médecin traitant, médecin coordonnateur, équipe soignante) », avec une traçabilité : « chaque intervention est inscrite par l’opticien dans le logiciel de soins de l’EHPAD pour garantir un suivi auprès des équipes soignantes. »
Bon à savoir

Pour les établissements qui souhaitent organiser ce type d’intervention, le réseau détaille sur sa page dédiée aux EHPAD et maisons de retraite comment se déroule concrètement un passage d’opticien mobile en établissement, du premier contact jusqu’au suivi.

Le chaînon manquant : l’accès à l’ophtalmologiste

Le réseau ne présente pas ce nouveau décret comme une solution complète. Dans son communiqué, Les Opticiens Mobiles considère que « l’accès à l’expertise médicale de l’ophtalmologiste, centrale, reste hors de portée pour de nombreux résidents » et appelle à « organiser dans une logique de prévention/dépistage des bilans ophtalmologiques à distance en EHPAD », avec le médecin ophtalmologiste, en s’appuyant sur la mobilité et la disponibilité de l’opticien sur site. Une préoccupation qui rejoint celle exprimée dans notre article sur les urgences ophtalmologiques en EHPAD : aujourd’hui, l’opticien réalise l’examen de réfraction et propose un nouvel équipement optique adapté en cas de besoin avéré, mais il ne se substitue pas au suivi médical.

Pour aller plus loin

Le détail de cette position, ainsi que le contexte réglementaire complet vu par le réseau, est disponible dans le communiqué de presse que Les Opticiens Mobiles a consacré à ce décret.

En résumé : la check-list du directeur

Ce nouveau décret ouvre une possibilité, il n’impose rien. Pour en tirer parti sans improviser, quelques points de vigilance simples :

  • Organiser les passages d’opticien en lien avec le médecin coordonnateur, et non en dehors de son circuit d’information ;
  • Désigner un référent — souvent l’IDEC — chargé du lien avec le professionnel qui intervient ;
  • S’assurer de faire intervenir un opticien disponible pour se déplacer régulièrement dans l’établissement et en capacité de prendre en charge des patients âgés ;
  • Inscrire l’item « vision » dans le projet personnalisé de chaque résident, en cohérence avec les démarches d’accompagnement des déficiences sensorielles déjà en place ;
  • Prévoir un circuit clair pour la réception et l’archivage du compte rendu transmis par l’opticien ;
  • Informer les familles et, le cas échéant, les tuteurs, de l’existence de ce nouveau cadre d’intervention, en complément des travaux menés sur le rôle du médecin coordonnateur.

Sources

Les chiffres, dates et références réglementaires de cet article sont issus des documents suivants :

Questions fréquentes

Le décret oblige-t-il l’EHPAD à faire intervenir un opticien ?
Non. Le texte permet à l’opticien-lunetier de se déplacer en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes afin de réaliser un examen de la réfraction et délivrer, si besoin, des équipements optiques, sur la base de « prescriptions médicales initiales de verres correcteurs en cours de validité » ou dans les cas de renouvellement et d’adaptation prévus par la réglementation. C’est un service offert à l’établissement, qui reste libre d’y recourir et de choisir avec quel professionnel organiser ces interventions.
Qui reçoit le compte rendu après le passage de l’opticien en établissement ?
Le texte prévoit que « pour chaque intervention, l’opticien-lunetier adresse un compte rendu au patient, au médecin prescripteur, au médecin coordonnateur et le cas échéant au médecin traitant, par tout moyen garantissant la confidentialité des informations transmises ». Le médecin coordonnateur est donc destinataire systématique de ce document. Une traçabilité de l’intervention directement dans le logiciel de soins, partagé avec l’ensemble des soignants, peut être proposée par certains opticiens, comme ceux du réseau Les Opticiens Mobiles : « chaque intervention est inscrite par l’opticien dans le logiciel de soins de l’EHPAD pour garantir un suivi auprès des équipes soignantes. »
Pourquoi le repérage des troubles visuels est-il si important en EHPAD ?
Parce que la prévalence est élevée et le repérage souvent insuffisant : la HAS rappelle qu’au-delà de 60 ans, « plus de 82 % de personnes sont concernées par une déficience visuelle », alors que seul 1/3 des Ehpad déclarent procéder de façon systématique au repérage des troubles auditifs et visuels. Une étude suisse citée par la HAS montrait déjà que « plus d’un résident sur deux était malvoyant selon les critères de l’OMS (acuité visuelle inférieure ou égale à 0,3) », sans avoir été repéré comme tel. Chez les personnes âgées, la HAS décrit les déficits sensoriels comme des « accélérateurs majeurs de dépendance (isolement, pertes d’autonomie, troubles cognitifs et communicationnels) », cite parmi les signes d’alerte une personne qui « trébuche et/ou se cogne régulièrement, voire chute plus souvent » et vise à « limiter, par une prise en charge globale et précoce des déficiences sensorielles, les risques d’isolement, de dépression et de dénutrition ».
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Les Opticiens Mobiles, premier réseau national d’opticiens intervenant sur les lieux de vie, réalisent le bilan visuel au chevet du résident, proposent et ajustent l’équipement sur place, et travaillent en coordination avec le médecin coordonnateur, le médecin traitant, l’ophtalmologiste, les familles et les tutelles — avec une traçabilité de chaque intervention dans le logiciel de soins de l’EHPAD. Entreprise agréée ESUS et société à mission, certifiée NF Service.

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