déficiences sensorielles EHPAD
Douleur & Soins palliatifs

Déficiences sensorielles en EHPAD : repérer, accompagner et adapter les soins — guide 2026

23 juin 2026 13 min de lecture Nicolas Mortel
Ressource recommandée Nouveauté 2026
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Mis à jour — juin 2026 — Fin 2023, 697 000 personnes fréquentent un établissement d’hébergement pour personnes âgées ; la moitié des résidents ont dépassé 87 ans et 11 mois et 38 % souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Dans ce contexte de grand âge, les déficiences sensorielles — auditives, visuelles, gustatives, olfactives — sont omniprésentes et souvent sous-diagnostiquées. Sans prise en charge précoce, elles font courir aux résidents un risque élevé d’isolement, de dépression et de dénutrition (HAS). Ce guide pratique présente les données clés, les recommandations officielles et les protocoles concrets pour les équipes soignantes.

Prévalence des déficiences sensorielles en EHPAD : les chiffres essentiels

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Les déficiences sensorielles concernent une proportion importante des résidents, bien au-delà de ce que perçoivent les équipes au quotidien :

Déficience auditive

  • 42 % des résidents d’EHPAD souffrent de limitations fonctionnelles auditives légères à totales, dont 9 % de limitations graves et 6 % de limitations très graves ou totales (DREES, enquêtes Handicap-Santé).
  • Plus de 65 % des personnes de 65 ans et plus sont concernées par la surdité ; la perte auditive progresse de 0,5 dB/an à 65 ans, 1 dB/an à 75 ans, et 2 dB/an à partir de 85 ans (Inserm).
  • En France, 25 % des adultes sont touchés par une forme de déficience auditive ; seuls 37 % des patients atteints d’une déficience auditive invalidante portent un appareillage (Inserm).
  • On estime qu’en 2050, une personne sur trois souffrira de presbyacousie en France (Ameli).

Déficience visuelle

  • DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) : touche environ 10 % des personnes de 65-75 ans et 25 à 30 % des personnes de plus de 75 ans ; c’est la première cause de handicap visuel chez les plus de 50 ans en France (Inserm).
  • Glaucome : touche environ 10 % des personnes après 70 ans ; environ 800 000 personnes sont traitées en France, mais 400 000 à 500 000 présenteraient la maladie sans le savoir (Ameli).
  • Cataracte : pathologie très fréquente après 65 ans, souvent opérable, mais dont le suivi peut être insuffisant en EHPAD.

Autres déficiences sensorielles

La HAS recense 6 types de déficiences sensorielles en EHPAD : visuelle, auditive, gustative, olfactive, vestibulaire et tactile. Les déficiences gustatives et olfactives, souvent méconnues, contribuent directement au risque de dénutrition — voir notre guide sur la dénutrition en EHPAD. La déficience vestibulaire augmente le risque de chutes.

Impact sur la qualité de vie, la cognition et la santé mentale

Les déficiences sensorielles non prises en charge ont des conséquences en cascade sur la santé globale des résidents :

Lien avec les troubles cognitifs

La surdité est identifiée par la commission Lancet sur la démence comme le principal facteur de risque modifiable de troubles neurocognitifs, potentiellement responsable de 8 % des cas de démence dans le monde. Une surdité légère augmente de 10 % la probabilité d’altération cognitive globale, et une surdité invalidante l’augmente de 24 % (étude CONSTANCES, Inserm 2025).

Ce lien est majeur pour les EHPAD, où 38 % des résidents souffrent déjà d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Prendre en charge la surdité peut ralentir le déclin cognitif ou en retarder l’apparition. Consultez notre guide Alzheimer et maladies neurodégénératives en EHPAD.

Lien avec la dépression et l’isolement

Un tiers des personnes âgées vivant en établissement sont dans un état psychologique dégradé, contre un quart des personnes de plus de 75 ans vivant à domicile ; un résident sur cinq déclare souffrir de dépression ; la motivation pour les activités quotidiennes est sept fois moins fréquente en établissement qu’à domicile (DREES).

Les déficiences sensorielles non compensées amplifient ce risque : un résident mal entendant ou mal voyant s’isole progressivement des activités, perd ses repères sociaux et développe plus facilement anxiété et dépression. Sur ce sujet, consultez notre guide dépression et risque suicidaire en EHPAD.

Recommandations HAS : le cadre de référence

La HAS a publié en décembre 2016 (mise à jour mars 2018) des recommandations de bonnes pratiques (RBPP) spécifiquement dédiées au repérage des déficiences sensorielles et à l’accompagnement des personnes qui en sont atteintes dans les EHPAD.

Ces recommandations sont organisées en 4 chapitres et 6 fiches-repères par type de déficience :

  • Chapitre 1 : Repérage précoce et prévention ;
  • Chapitre 2 : Compensation et pratiques adaptées ;
  • Chapitre 3 : Coordination territoriale ;
  • Chapitre 4 : Stratégie institutionnelle de l’établissement.

Ces fiches incluent des recommandations « savoir-être » et « savoir-faire » adaptées à chaque type de déficience, utilisables directement en formation interne.

Protocoles pratiques : repérer et accompagner au quotidien

Étape 1 : Repérage et évaluation à l’entrée

  • Inclure un bilan sensoriel systématique dans le bilan d’entrée : acuité visuelle, audition (whisper test ou audiométrie), perception olfactive et gustative ;
  • Recueillir les antécédents : port antérieur d’appareil auditif, dernière consultation ophtalmologique, traitements en cours affectant la sensibilité ;
  • Utiliser des outils validés : grille d’Amsler pour la DMLA (recommandée par la HAS pour les personnes à risque), test de Rinne/Weber pour l’audition ;
  • Tracer dans le DUI les résultats et les aides prescrites ou recommandées.

Étape 2 : Adaptation de l’environnement

  • Déficience visuelle : contrastes visuels renforcés aux points de passage (sol, rebords de portes), éclairage adapté (éviter l’éblouissement), signalétique en grands caractères ;
  • Déficience auditive : réduction du bruit de fond lors des communications, face-à-face privilégié, utilisation d’un amplificateur de son portable, alertes visuelles (lumières) en complément des alarmes sonores ;
  • Déficience vestibulaire/tactile : sol antidérapant, poignées de maintien, température eau testée avant le bain.

Étape 3 : Aides techniques et suivi des appareillages

La gestion des appareils auditifs est souvent négligée en EHPAD. Les points de vigilance :

  • Vérifier que l’appareil est porté et fonctionnel quotidiennement (pile, entretien) ;
  • Identifier un référent « appareillage auditif » dans l’équipe soignante ;
  • Depuis 2021, la réforme 100% Santé garantit des aides auditives de classe I sans aucun reste à charge, avec un prix plafonné à 950 € par oreille (Ameli) — information à transmettre aux familles des résidents non appareillés ;
  • Organiser un suivi annuel avec un audioprothésiste, si possible en partenariat avec des structures mobiles.

Étape 4 : Adaptation de la communication

  • Se placer à hauteur du résident, face à face, dans un lieu bien éclairé ;
  • Parler lentement, articuler sans crier (élever le volume déforme les phonèmes) ;
  • Utiliser des pictogrammes ou des supports écrits pour les résidents malentendants ;
  • Pour la déficience visuelle : annoncer toujours sa présence avant de toucher le résident, décrire l’environnement immédiat, lire les menus à voix haute.

Rôle de chaque professionnel

ProfessionnelActions clés
IDE / IDECBilan sensoriel à l’entrée, transmission des résultats au médecin, suivi des appareillages, formation AS/ASH
Aide-soignante (AS)Détection des signaux d’alerte au quotidien (résident qui ne réagit plus, isolement, chutes), entretien de base des appareils auditifs
Médecin coordonnateurPrescriptions de bilans spécialisés (audiométrie, ophtalmo), coordination avec libéraux, mise à jour du DPPH
PsychologueÉvaluation de l’impact psychologique des déficiences, soutien en cas de dépression liée à l’isolement sensoriel
Animateur/AnimatriceAdaptation des activités aux déficiences présentes (activités tactiles pour les malvoyants, support visuel pour les malentendants)
DirectionIntégration dans le projet d’établissement, plan de formation, partenariats avec opticiens et audioprothésistes

Intégration dans le projet de vie personnalisé

Les déficiences sensorielles doivent figurer explicitement dans le projet de vie personnalisé (PVP) de chaque résident concerné :

  • Nature et degré de chaque déficience sensorielle ;
  • Aides techniques en place (appareil auditif, lunettes, loupe) ;
  • Adaptations spécifiques à l’environnement ;
  • Préférences du résident pour sa communication ;
  • Contacts des spécialistes (ophtalmologue, ORL, audioprothésiste) ;
  • Date du dernier bilan et date du prochain.

Cette formalisation garantit la continuité du suivi en cas de changement d’équipe et facilite les transmissions lors des hospitalisations. Pour aller plus loin sur les droits des résidents liés à leur prise en charge, consultez notre guide des droits des résidents en EHPAD.

FAQ — Déficiences sensorielles en EHPAD

Comment détecter une déficience auditive chez un résident atteint d’Alzheimer ?
Les signes indirects sont les plus fiables : agitation inexpliquée lors des soins, non-réponse aux sollicitations verbales, volume de la télévision ou de la radio très élevé, repli sur soi lors des repas ou des activités collectives. Le whisper test (chuchotement à 60 cm dans chaque oreille) peut être réalisé par l’IDE. En cas de doute, orienter vers un bilan ORL ou audioprothésiste. La HAS recommande de ne pas attribuer ces signes automatiquement à la démence avant d’avoir éliminé une cause sensorielle.
Un résident peut-il bénéficier de la réforme cent pour cent Santé pour son appareil auditif en EHPAD ?
Oui, à condition d’avoir une prescription médicale d’un ORL ou d’un généraliste, une audiométrie documentant la perte auditive, et d’être affilié à l’Assurance Maladie. La réforme 100% Santé (depuis 2021) garantit une prise en charge sans reste à charge pour les appareils de classe I (plafond à 950 €/oreille). L’EHPAD peut faciliter cette démarche en organisant des consultations mobiles d’audioprothésiste.
Quelle est la fréquence recommandée des bilans visuels en EHPAD ?
La HAS recommande un examen ophtalmologique tous les 1 à 2 ans pour les personnes présentant des facteurs de risque de DMLA. En l’absence de facteur de risque, un suivi annuel est conseillé chez les personnes de plus de 80 ans. Pour le glaucome, la HAS préconise un dépistage chez le médecin généraliste et un suivi par ophtalmologiste en cas d’antécédents familiaux ou de symptômes. La traçabilité de ces bilans doit figurer dans le DUI.
Les déficiences sensorielles augmentent-elles le risque de chutes ?
Oui, de façon significative. La déficience visuelle réduit la perception des obstacles, celle de l’équilibre (vestibulaire) déstabilise la marche, et la déficience tactile diminue les sensations proprioceptives. La combinaison de plusieurs déficiences multiplie le risque. Le protocole de prévention des chutes doit donc systématiquement intégrer une évaluation sensorielle. Pour le protocole complet, consultez notre guide sur la prévention des chutes en EHPAD : https://sosehpad.com/prevention-chutes-ehpad-guide-complet/50083/
Comment adapter les activités d’animation pour les résidents malvoyants ou malentendants ?
Pour les résidents malvoyants : activités sensorielles (toucher, odorat, kinesthésie), livres audio, ateliers créatifs en relief, lecture à voix haute. Pour les résidents malentendants : support visuel systématique (images, pictogrammes), boucle magnétique pour les amplis, activités kinesthésiques et motrices. L’animateur doit toujours vérifier avant chaque séance que les appareillages sont en place et fonctionnels. La formation spécifique à la communication adaptée est recommandée par la HAS.
Peut-on améliorer l’odorat et le goût des résidents dénutris en EHPAD ?
Oui, partiellement. Les recommandations incluent : enrichir les repas en arômes naturels (herbes fraîches, épices douces), varier les textures et les couleurs pour stimuler l’appétit visuel, servir les plats à température optimale (les aliments chauds libèrent davantage d’arômes), limiter les médicaments affectant le goût (voir avec le médecin coordonnateur), et proposer des ateliers de stimulation sensorielle. Ces adaptations relèvent du projet personnalisé et du projet de soins nutritionnel.

Pour aller plus loin

Ressources sosehpad.com :

Sources officielles :

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