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Maladies neurodégénératives & Alzheimer

Alzheimer en EHPAD : désamorcer les troubles du comportement

Mis à jour le 16 min de lecture Aurélie Mortel
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Les troubles du comportement perturbateurs (SPCD) concernent une large proportion des résidents porteurs de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée en EHPAD. Agitation, agressivité verbale ou physique, déambulation nocturne : ces manifestations ne sont pas des caprices, mais des signaux. Comprendre ce qui se cache derrière chaque comportement et disposer de techniques concrètes de désamorçage est indispensable au quotidien pour les aides-soignantes.

Ce que sont les troubles du comportement : cadre et prévalence

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Environ 268 200 résidents en EHPAD souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée en 2023, soit 38 % des personnes accueillies, selon les données de la DREES. Parmi eux, seuls 14 % sont hébergés dans une unité spécifique dédiée à la maladie d’Alzheimer : l’immense majorité vit en unité classique, au contact de l’ensemble de l’équipe soignante.

Un fait souvent méconnu : chez les résidents en situation de perte d’autonomie âgés de moins de 70 ans, 91 % présentent des troubles de cohérence, contre 84 % de ceux de 90 ans ou plus, selon la même étude DREES. Les troubles cognitifs sévères ne sont donc pas l’apanage des grands âges.

À l’échelle mondiale, la maladie d’Alzheimer représente l’étiologie la plus répandue des syndromes démentiels, à l’origine de 60 à 70 % des cas, selon l’Organisation mondiale de la Santé (mars 2025). En 2021, 57 millions de personnes dans le monde étaient atteintes de démence, dont plus de 60 % vivaient dans des pays à revenu bas ou intermédiaire. En mai 2017, l’OMS a adopté un Plan mondial d’action en santé publique pour lutter contre la démence 2017-2025, cadre de référence qui a structuré les politiques nationales de nombreux pays.

Les SPCD regroupent des manifestations très diverses : agitation motrice, cris, stratégies non médicamenteuses face à la déambulation nocturne, agressivité physique ou verbale, opposition aux soins, fugues, comportements répétitifs, troubles du sommeil. Ces signes ne définissent pas la personne : ils traduisent une souffrance que la personne ne peut plus exprimer autrement. La HAS a publié en juin 2012 une recommandation de bonne pratique spécifiquement dédiée à la prise en charge des troubles du comportement perturbateurs dans la maladie d’Alzheimer, qui reste la référence pour structurer les réponses d’équipe. En 2014, la HAS a également publié une recommandation spécifique sur le diagnostic et la prise en charge de l’apathie dans la maladie d’Alzheimer, symptôme souvent sous-estimé qui peut précéder ou accompagner les SPCD.

Pour aller plus loin sur l’accompagnement global, consultez notre guide complet sur l’accompagnement Alzheimer en EHPAD, qui pose le cadre éthique et organisationnel de la prise en charge.

Comprendre le déclencheur : la première étape

Face à une situation d’agitation ou d’agressivité, le désamorçage commence par une question : qu’est-ce qui a pu déclencher ce comportement maintenant ? Ce n’est pas une question rhétorique, c’est une méthode.

Les facteurs déclenchants les plus fréquents sont :

  • La douleur non exprimée : un résident qui ne peut plus verbaliser sa douleur peut devenir agité lors des soins. Un bilan douleur systématique (échelle Algoplus ou DOLOPLUS) est indispensable avant toute autre interprétation.
  • Un environnement sur-stimulant : bruit excessif, lumière vive, agitation dans le couloir, changement de chambre. La conception des unités Alzheimer prend en compte la nécessité de créer un cadre qui ne génère pas de sur-stimulations sensorielles, lesquelles peuvent être à l’origine de manifestations comportementales et psychologiques. Cela s’applique aussi à l’environnement immédiat lors des soins.
  • Un besoin non satisfait : faim, soif, envie d’uriner, chaleur excessive. La déambulation nocturne est souvent liée à l’inconfort ou à un rythme veille/sommeil inversé.
  • Une rupture de routine : un soin inhabituel, un soignant inconnu, une visite imprévue peuvent suffire à désorienter profondément une personne atteinte d’Alzheimer.
  • Une incompréhension de la situation : être aidé pour la toilette peut être vécu comme une intrusion. Ne pas reconnaître le lieu où l’on se trouve génère une angoisse réelle.

En EHPAD, les équipes pluridisciplinaires comprennent des professionnels formés et expérimentés dans l’accompagnement des personnes atteintes d’Alzheimer et de pathologies apparentées : aides-soignants, infirmiers, accompagnateurs éducatifs et sociaux, médecins. Cette pluridisciplinarité est une force : chaque professionnel peut repérer un signal et le transmettre.

Techniques de communication et de désamorçage

La communication avec une personne en crise cognitive ne repose pas sur les mots seuls. Le langage non verbal — posture, voix, regard — pèse davantage que le contenu du message. Voici les repères essentiels :

  • Se mettre à la hauteur : s’accroupir ou s’asseoir pour être à hauteur des yeux du résident, éviter toute posture de domination.
  • Un contact visuel doux et stable : maintenir un regard bienveillant, sourire légèrement.
  • La voix lente et grave : parler doucement, avec des phrases courtes. Répéter si nécessaire sans montrer d’impatience.
  • Ne pas contredire : entrer en contradiction avec une personne désorientée renforce son angoisse. Détourner doucement l’attention plutôt qu’imposer la réalité.
  • Proposer une alternative : « Venez, je vous accompagne jusqu’au salon » est souvent plus efficace que toute explication rationnelle.
  • Nommer et valider l’émotion : « Je vois que vous êtes inquiet(e), je suis là » signifie à la personne qu’elle est entendue.

Ces techniques s’inscrivent dans une approche relationnelle approfondie par les thérapies non médicamenteuses et approches comportementales en EHPAD, dont certaines sont spécifiquement validées pour les SPCD.

Les approches non médicamenteuses : en première intention

La HAS recommande de déployer des interventions préventives et thérapeutiques face aux manifestations comportementales et psychologiques chez les résidents Alzheimer en EHPAD. Ces interventions sont d’abord non médicamenteuses, à mettre en œuvre avant tout recours aux psychotropes.

  • L’activité physique adaptée : la HAS recommande de maintenir une activité motrice par des exercices physiques adaptés dans le parcours de soins Alzheimer. La marche encadrée ou la gymnastique douce réduisent l’agitation et améliorent le sommeil.
  • La musicothérapie : la mémoire musicale est souvent préservée longtemps. Écouter de la musique familière peut calmer une agitation ou faciliter un soin difficile.
  • La stimulation sensorielle : approche Snoezelen, jardins thérapeutiques, toucher-massage. Ces techniques agissent sur le confort sensoriel et réduisent l’anxiété.
  • Les activités de réminiscence : revisiter des souvenirs agréables (photos, objets familiers, musiques d’époque) apporte une ancre identitaire sécurisante.
  • La danse-thérapie : pour les résidents encore mobiles, la danse-thérapie en EHPAD est un outil reconnu pour maintenir le lien social et réduire les comportements d’agitation.

Les PASA (Pôles d’Activités et de Soins Adaptés) accueillent en journée des résidents présentant des troubles comportementaux modérés et leur offrent des activités en format individuel ou en groupe, assortis d’un suivi spécifique et personnalisé. Ces recommandations viennent compléter le décret n° 2016-1164 du 26 août 2016 relatif à l’accompagnement des personnes ayant des troubles du comportement modérés liés à une maladie neuro-dégénérative.

Pour les résidents dont les troubles sont sévères, les UHR (Unités d’Hébergement Renforcé) prennent en charge des résidents dont les troubles du comportement sévères compromettent leur sécurité et leur qualité de vie. L’objectif du séjour en UHR est d’identifier des solutions thérapeutiques médicamenteuses et non médicamenteuses permettant d’atténuer ces troubles, et la conception architecturale de ces unités vise à favoriser l’orientation et la la signalétique cognitive pour aider à s’orienter dans un cadre sécurisé.

Psychotropes et contention : des outils de dernier recours

Lorsque les approches non médicamenteuses ne suffisent plus, une prescription médicale peut être envisagée. L’ANSM indique que certains antipsychotiques peuvent être prescrits pour prendre en charge les épisodes d’agitation ou d’agressivité survenant dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, mais toujours dans une prise en charge globale. L’instauration d’un traitement antipsychotique doit toujours s’inscrire dans une prise en charge globale, sans constituer une réponse isolée ou de confort.

En pratique, pour l’aide-soignante, cela implique :

La HAS a inclus des programmes professionnels sur la déprescription des psychotropes dans ses travaux relatifs à la maladie d’Alzheimer, rappelant que ces médicaments doivent faire l’objet d’une réévaluation régulière. La tendance est à la réduction des prescriptions inadaptées, conformément aux recommandations de l’ANSM sur les antipsychotiques (juin 2025).

La contention physique est encadrée strictement par la réglementation. Son usage doit être exceptionnel, prescrit médicalement, réévalué quotidiennement et documenté. Elle n’est jamais une solution de gestion du comportement : elle peut aggraver l’agitation et entraîne des risques physiques réels (escarres, déconditionnement, chutes lors de tentatives pour se libérer). Toute décision engage la responsabilité de l’équipe et doit être tracée dans le dossier de soins.

Impact au quotidien : le rôle clé de l’aide-soignante

Selon la HAS, l’accompagnement en EHPAD vise à soutenir, conserver et, autant que possible, restaurer l’autonomie de la personne dans ses choix et dans les actes de la vie quotidienne. L’aide-soignante est au cœur de cette mission : c’est elle qui assure les soins de base quotidiens, au plus proche du résident dans les moments les plus intimes et les plus vulnérables.

Cette proximité est une force, mais aussi une source de charge émotionnelle. Quelques repères :

  • Ne pas prendre l’agressivité personnellement : elle n’est pas dirigée contre vous en tant que personne, mais contre une situation incomprise ou une souffrance que le résident ne peut pas exprimer autrement.
  • Pratiquer le « recul professionnel » : quitter la pièce quelques instants, reprendre le soin plus tard si ce n’est pas urgent. Insister en pleine crise aggrave quasi systématiquement la situation.
  • Documenter et transmettre : noter dans le dossier de soins la nature du trouble, son contexte, ce qui a fonctionné ou non. Ces informations sont précieuses pour l’équipe et le médecin.

Selon la HAS, l’accompagnement prend corps dans le projet personnalisé élaboré conjointement avec chaque personne accueillie ainsi que dans le projet d’établissement. Pour l’aide-soignante, cela se traduit par une participation active aux réunions pluridisciplinaires, qui transforment les observations du quotidien en stratégies collectives. Notre article sur le projet de vie personnalisé en EHPAD détaille cette méthodologie.

L’IDEC ou le médecin coordonnateur centralise les observations, ajuste les stratégies non médicamenteuses et évalue la pertinence d’un recours médical. La qualité de la transmission entre aide-soignante et équipe infirmière est donc déterminante. Retrouvez les recommandations récentes sur la prise en charge Alzheimer selon la SFGG 2026, qui intègrent les dernières évolutions sur les SPCD.

Conduite à tenir : guide pratique face à trois situations

Face à l’agitation ou l’agressivité

  1. Évaluer si la situation est dangereuse. Si oui, appeler du renfort — jamais seul(e) face à une crise physique sévère.
  2. S’éloigner de 50 cm, adopter une posture ouverte et non menaçante.
  3. Parler lentement, voix douce : « Je vois que vous êtes en colère. Je suis là. Qu’est-ce qui ne va pas ? »
  4. Chercher le déclencheur : douleur, besoin, bruit, incompréhension du soin en cours.
  5. Proposer une alternative ou reporter le soin si ce n’est pas urgent.
  6. Transmettre l’incident à l’infirmière avec le contexte précis.

Face à la déambulation

  1. Ne pas bloquer physiquement le passage — accompagner plutôt qu’arrêter.
  2. Marcher avec la personne, créer un contact doux (main dans le bras).
  3. Orienter progressivement vers un espace sécurisé (salon, jardin intérieur).
  4. Identifier si la déambulation a un schéma : heure, durée, déclencheur possible.
  5. Signaler si la déambulation nocturne perturbe le sommeil ou représente un risque de chute.

Les troubles cognitifs peuvent coexister avec d’autres pathologies neurologiques. Consultez notre guide pratique sur la prise en charge Parkinson en EHPAD pour les situations de comorbidité.

Face à l’opposition aux soins

  1. Ne jamais forcer un soin non urgent — respecter le refus est un droit fondamental.
  2. Reporter et revenir plus tard, éventuellement avec un(e) collègue différent(e).
  3. Modifier l’approche : changer l’ordre des étapes, laisser le résident participer activement, expliquer geste par geste.
  4. Tracer le refus dans le dossier et en informer l’infirmière.

Perspectives : vers un accompagnement de plus en plus personnalisé

Si aucun médicament ne permet à ce jour de guérir la maladie d’Alzheimer, la HAS souligne qu’un diagnostic dès les premiers signes est indispensable pour mettre en place un parcours adapté. Le guide de parcours de soins HAS couvre l’ensemble du continuum, des premiers signes jusqu’aux stades sévères de la maladie, ce qui implique une adaptation permanente des pratiques en EHPAD.

La HAS a publié en mars 2018 une recommandation sur la prise en charge des personnes atteintes d’Alzheimer ou de pathologies apparentées en établissement médico-social, puis une recommandation complémentaire en juin 2018 sur l’adaptation du projet d’établissement à l’accueil des personnes âgées souffrant de maladies neuro-dégénératives en EHPAD. Ces textes continuent d’orienter les pratiques. En septembre 2023, la HAS a également publié un guide sur les services d’aide et de soins à domicile pour les personnes touchées par une maladie neurodégénérative, prolongeant cette dynamique réglementaire.

Plus récemment, la HAS a publié en janvier 2026 un guide méthodologique pour recueillir le point de vue des personnes âgées touchées par des troubles neurocognitifs modérés à sévères en ESSMS, signe que la place de la personne — même lorsqu’elle ne peut plus s’exprimer verbalement — est au cœur des évolutions réglementaires.

La stratégie nationale Alzheimer pose les bases d’une montée en compétences collective dans laquelle l’aide-soignante est un acteur central. La page panoramique de la HAS sur la maladie d’Alzheimer rassemble l’ensemble des recommandations actualisées.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un SPCD et comment les reconnaître en EHPAD ?
Les SPCD (symptômes psychologiques et comportementaux de la démence) désignent l’ensemble des manifestations comportementales et émotionnelles liées à la maladie d’Alzheimer ou aux maladies apparentées. En EHPAD, les plus fréquents sont l’agitation motrice (déambulation, gestes répétitifs), l’agressivité verbale ou physique (cris, coups), les troubles du sommeil et l’opposition aux soins. La HAS a publié en juin 2012 une recommandation de bonne pratique dédiée à la prise en charge de ces troubles, qui précise les critères de reconnaissance et les stratégies d’intervention.
Quand orienter vers le PASA ou l’UHR ?
Le PASA accueille durant la journée des résidents ayant des troubles du comportement modérés et constitue une réponse adaptée avant la saturation des ressources d’équipe. L’orientation se décide en concertation avec le médecin coordonnateur et l’IDEC. L’UHR est réservée aux résidents présentant des troubles sévères du comportement qui altèrent leur sécurité et leur qualité de vie : c’est une décision médicale impliquant l’équipe pluridisciplinaire, la famille et, dans la mesure du possible, la personne elle-même.
Les psychotropes sont-ils incontournables pour gérer l’agressivité ?
Non. La HAS recommande de déployer des interventions non médicamenteuses comme première intention dans la gestion des troubles du comportement. Les approches relationnelles, sensorielles et environnementales doivent être systématiquement essayées et documentées avant tout recours médicamenteux. Selon l’ANSM, l’instauration d’un traitement antipsychotique doit toujours s’inscrire dans une prise en charge globale et ne peut être une réponse de première ligne. La HAS a d’ailleurs inclus des programmes professionnels sur la déprescription des psychotropes dans ses travaux sur la maladie d’Alzheimer.

Sources officielles

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