Alzheimer en EHPAD : 100 000 soignants à former selon la stratégie nationale 2025-2030
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Alzheimer en EHPAD : 100 000 soignants à former selon la stratégie nationale 2025-2030

15 mai 2026 11 min de lecture Aurélie Mortel
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1,4 million de personnes vivent en France avec la maladie d’Alzheimer, et 225 000 nouveaux cas surviennent chaque année. Dans les EHPAD, 70 à 80 % des résidents présentent des troubles cognitifs, et 53 % des résidents de 75 ans et plus sont atteints d’une maladie neurodégénérative. La Stratégie nationale Maladies Neurodégénératives 2025-2030, lancée officiellement le 5 septembre 2025, engage les établissements sur trois fronts concrets : généraliser les PASA, doubler les équipes spécialisées et former 100 000 professionnels d’ici 2030. En octobre 2025, la HAS a simultanément refusé le remboursement du lécanémab (Leqembi), le premier traitement anti-amyloïde disponible en Europe. Ces deux décisions, prises à quelques semaines d’intervalle, envoient un signal sans équivoque aux équipes soignantes : l’expertise humaine reste la réponse incontournable.

Une stratégie d’État qui place les EHPAD en première ligne

Publiée par les ministères de la Santé et des Solidarités, la Stratégie nationale Maladies Neurodégénératives (MND) 2025-2030 s’organise en 6 axes et 37 mesures. Elle fait suite au Plan maladies neurodégénératives 2014-2019 qui avait impulsé la création des PASA et des UHR dans les EHPAD — des dispositifs dont la couverture reste aujourd’hui inégale sur le territoire.

Le volume des personnes concernées est considérable : 1,5 million de Français vivent avec une maladie neurodégénérative en 2025. Sans intervention structurée, ce chiffre est appelé à dépasser les 3 millions d’ici 2050, selon les projections gouvernementales. La seule maladie d’Alzheimer touche 1,4 million de personnes, avec 225 000 nouveaux diagnostics posés chaque année. Pour les EHPAD, ces données ne sont pas abstraites : elles décrivent la réalité quotidienne de la grande majorité des résidents accueillis.

L’axe 5 de la stratégie porte explicitement sur les établissements médico-sociaux. Il prévoit notamment :

  • La généralisation des PASA (Pôles d’activités et de soins adaptés) dans l’ensemble des EHPAD — une mesure structurante qui imposera aux établissements non équipés de repenser leur organisation interne et leurs ressources humaines ;
  • Le doublement des équipes spécialisées MND pour dépasser le seuil de 500 équipes sur le territoire (équipes mobiles, consultations mémoire, équipes pluridisciplinaires) ;
  • La formation de 100 000 professionnels d’ici 2030, couvrant les soignants de première ligne, les personnels des services publics et d’accueil en contact avec les personnes atteintes ;
  • Le développement de 6 000 solutions de répit supplémentaires à l’échelle nationale.

Pour un directeur d’EHPAD ou un IDEC, ces mesures ont une traduction concrète : d’ici 2030, l’établissement devra justifier d’une organisation adaptée à la prise en charge des MND — PASA opérationnel, professionnels formés, protocoles actualisés. L’évaluation HAS des ESSMS, déployée progressivement depuis 2023, intégrera naturellement ces dimensions dans ses critères d’appréciation.

Le refus du Leqembi par la HAS : un tournant pour les équipes soignantes

Le 22 octobre 2025, la Haute Autorité de Santé a rendu un avis défavorable au remboursement du lécanémab (Leqembi), premier traitement anti-amyloïde disponible en Europe après son autorisation de mise sur le marché par l’EMA. La HAS a invoqué plusieurs motifs : une efficacité modeste et cliniquement non pertinente selon les données disponibles (amélioration statistiquement significative mais cliniquement discutable sur l’échelle CDR-SB), des lacunes méthodologiques dans l’étude de référence, un profil de sécurité préoccupant (risques d’œdème cérébral et de microhémorragies touchant jusqu’à 2 % des patients sous forme sévère), une faisabilité logistique fortement contraignante (IRM fréquentes, tests génétiques obligatoires, suivi neurologique rapproché), et l’absence de données sur le long terme au-delà de 18 mois.

Cette décision, publiée le 7 novembre 2025, a suscité des réactions dans la communauté des associations de malades et des neurologues. Elle confirme cependant une réalité que les équipes EHPAD connaissent bien : il n’existe pas, à ce jour, de traitement capable de stopper ou d’inverser significativement la progression d’Alzheimer. Et même si le lécanémab ou le donanémab devaient être disponibles en France dans les prochaines années, leurs critères d’éligibilité stricts (formes légères à modérées, patients sans comorbidités sévères, génotype APOE4 à risque réduit) les rendraient inapplicables à la majorité des résidents EHPAD — dont la maladie est souvent diagnostiquée à un stade avancé au moment de l’entrée en établissement.

Ce double contexte — stratégie nationale ambitieuse et horizon thérapeutique encore limité — place la montée en compétences des équipes au rang de priorité non négociable. Pour les établissements qui souhaitent anticiper dès maintenant, ce pack complet sur l’Alzheimer et la neuro-gériatrie en EHPAD rassemble 14 mini-formations, deux ouvrages experts et une procédure dédiée aux troubles du comportement — exactement les ressources dont les équipes ont besoin pour répondre aux exigences de la stratégie 2025-2030.

Ce que la stratégie change concrètement pour chaque métier

Pour les IDEC et médecins coordonnateurs, la stratégie 2025-2030 implique de piloter la mise en conformité de l’établissement : état des lieux des pratiques autour des troubles cognitifs, identification des résidents éligibles au PASA, actualisation du projet de soins individualisé pour chaque résident atteint de MND, et organisation du plan de formation des équipes. L’IDEC et le médecin coordonnateur deviennent les chefs d’orchestre de cette transformation — un rôle qui suppose une maîtrise fine des pathologies neurodégénératives, de leurs évolutions et de leurs spécificités cliniques (MMSE, NPI, évaluation comportementale).

Pour les aides-soignantes et les IDE, la demande est double : développer des techniques de communication adaptées aux personnes en stade modéré ou avancé (approche Montessori, validation de Feil, communication non-verbale) et acquérir les outils pour gérer les troubles du comportement productifs — agitation, agressivité, déambulation — sans recourir systématiquement aux contentions ou à l’escalade médicamenteuse. La stratégie nationale cible explicitement la réduction de la iatrogénèse médicamenteuse chez les personnes âgées atteintes de MND, dans la continuité des recommandations HAS sur la prescription des psychotropes chez la personne âgée.

Pour les animateurs et psychologues, la généralisation des PASA crée un besoin de compétences spécifiques : animer des ateliers de stimulation cognitive adaptés aux stades de la maladie, gérer les groupes avec des personnes présentant des déficits comportementaux importants, concevoir des activités qui préservent l’autonomie fonctionnelle résiduelle. Ces professionnels constituent les piliers du PASA — et leur formation est une condition sine qua non de l’efficacité du dispositif.

Pour les directeurs, l’enjeu est stratégique : comment planifier cette montée en compétences à l’échelle de l’établissement, mobiliser les financements disponibles (OPCO Santé, ANFH, CPOM) et structurer un plan de développement des compétences cohérent avec les obligations de la stratégie nationale ? Comment documenter cette démarche dans le cadre de l’évaluation HAS ? Ce pack de référence en neuro-gériatrie et accompagnement Alzheimer constitue une base structurée pour outiller l’ensemble des équipes — du soin de base à la coordination médicale, en passant par la procédure de gestion des troubles du comportement.

Points de vigilance pour les prochains mois

L’évaluation HAS des ESSMS, dont le dispositif est déployé progressivement depuis 2023, intégrera la qualité de la prise en charge des résidents atteints de troubles cognitifs parmi ses critères. Les EHPAD qui ne disposent pas encore d’un PASA opérationnel ou dont les équipes n’ont pas été formées à la gestion des MND s’exposent à des écarts susceptibles d’être relevés lors des visites d’évaluation externe.

Le financement de la formation mérite d’être anticipé. L’OPCO Santé et l’ANFH proposent des dispositifs de prise en charge pour les formations continues en EHPAD, mais les dossiers doivent être déposés en amont des plans de formation annuels. La stratégie nationale MND 2025-2030 crée un argument solide pour prioriser ces formations : elles s’inscrivent directement dans les objectifs officiels du plan gouvernemental, ce qui facilite leur validation par les instances paritaires.

La pénurie de profils spécialisés reste un défi structurel. Le manque de psychomotriciens, d’ergothérapeutes et d’assistants de soins en gérontologie (ASG) — profils clés du PASA — ne se résoudra pas rapidement. Disposer d’une ressource complète sur les maladies neurodégénératives et les troubles comportementaux associés permet de capitaliser sur les compétences des professionnels déjà en poste, en attendant des recrutements qui tardent souvent à se concrétiser dans le secteur médico-social.

Questions fréquentes

Tous les EHPAD sont-ils concernés par la généralisation des PASA prévue par la stratégie 2025-2030 ?
La Stratégie nationale MND 2025-2030 prévoit que chaque EHPAD doit à terme disposer d’un PASA opérationnel, compte tenu de la proportion élevée de résidents présentant des troubles cognitifs (70 à 80 %). Les établissements qui n’en sont pas encore dotés doivent anticiper ce déploiement, qui implique des espaces aménagés, des professionnels formés et des créneaux d’activités dédiés. L’ARS de chaque région accompagne progressivement ce déploiement, avec des calendriers qui peuvent varier selon les territoires et les priorités régionales.
Le refus du remboursement du Leqembi signifie-t-il qu’aucun traitement ne sera jamais disponible pour Alzheimer en France ?
Non. La décision de la HAS du 22 octobre 2025 est un avis sur le remboursement à ce stade, pas une décision définitive. La HAS peut réévaluer sa position si de nouvelles données cliniques sont publiées ou si la demande de remboursement est représentée avec un dossier enrichi. Par ailleurs, des traitements symptomatiques (inhibiteurs de l’acétylcholinestérase, mémantine) continuent d’être prescrits. D’autres molécules anti-amyloïdes (donanémab) sont en cours d’évaluation réglementaire en Europe.
Comment financer la formation des équipes EHPAD sur les maladies neurodégénératives dans le cadre de la stratégie 2025-2030 ?
Plusieurs dispositifs sont mobilisables. L’OPCO Santé finance les formations continues des salariés d’EHPAD privés et associatifs, via le plan de développement des compétences (PDC) ou le CPF. L’ANFH couvre les agents du secteur public hospitalier et médico-social. La stratégie nationale MND 2025-2030 constitue un argument documenté pour inscrire ces formations comme priorité dans le PDC annuel. Les EHPAD sous CPOM peuvent également négocier des dotations spécifiques pour la montée en compétences liée aux MND dans le cadre de leur dialogue de gestion avec l’ARS.

Sources :
— Ministère des Solidarités, Stratégie nationale Maladies Neurodégénératives 2025-2030, lancée le 5 septembre 2025
— Haute Autorité de Santé, Avis sur le Leqembi (lécanémab) — avis défavorable au remboursement, publié le 7 novembre 2025
— Ministère de la Santé, La Stratégie nationale MND 2025-2030

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