En avril 2025, la Commission européenne a approuvé le lecanemab — première thérapie modifiant réellement le cours de la maladie d’Alzheimer depuis plus de vingt ans. Puis, en juillet 2025, une seconde thérapie, le donanemab, a suivi. Pour les 268 200 résidents en EHPAD touchés par Alzheimer ou une maladie apparentée (38 % des personnes accueillies selon la DREES), ce virage scientifique est loin d’être théorique.
Un tournant historique : deux thérapies anti-amyloïdes approuvées en Europe en 2025
Pendant deux décennies, les traitements de la maladie d’Alzheimer se sont limités à des molécules symptomatiques — capables d’atténuer certains symptômes, sans jamais ralentir la destruction des neurones. L’approbation du lecanemab (Leqembi) par la Commission européenne le 15 avril 2025 change la donne. C’est la première thérapie dite « modificatrice de la maladie » disponible dans l’Union européenne : elle cible directement les plaques amyloïdes bêta dans le cerveau, responsables des lésions caractéristiques d’Alzheimer. Quelques mois plus tard, le 25 juillet 2025, le donanemab (Kisunla) a obtenu à son tour son autorisation de mise sur le marché européen.
Ces deux médicaments partagent une même indication : les patients présentant un trouble cognitif léger ou une démence légère, avec confirmation biologique de la présence de plaques amyloïdes. Autrement dit, des stades très précoces — bien en amont du profil habituel d’un résident d’EHPAD. Cela soulève immédiatement une question pour les professionnels du secteur médico-social : si ces traitements ne concernent pas directement nos résidents, faut-il s’y intéresser ?
La réponse est oui. Et les raisons sont multiples.
38 % des résidents EHPAD concernés : pourquoi les équipes ne peuvent ignorer ce virage
Selon l’enquête EHPA 2023 de la DREES (publiée en novembre 2025), environ 268 200 résidents en établissement souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, soit 38 % des personnes accueillies — en hausse de 4 points par rapport à 2019. Ces résidents sont, pour la très grande majorité d’entre eux, à un stade modéré à sévère de la maladie : les thérapies anti-amyloïdes ne leur sont pas indiquées.
Mais les EHPAD accueillent aussi des résidents à des stades plus précoces, orientés parfois avant que la perte d’autonomie soit totale. Et surtout, les EHPAD de demain recevront des résidents dont le parcours aura été transformé par ces nouveaux traitements : des personnes qui auront été diagnostiquées et traitées plus tôt, dont la progression de la maladie aura été ralentie, et qui arriveront en établissement à un profil clinique différent — avec un historique médicamenteux plus complexe, des IRM de surveillance dans leur dossier, une meilleure conscience de leur diagnostic.
Comprendre le mécanisme de ces thérapies, leurs limites, et leur impact sur le parcours de soin est désormais une compétence utile pour tout professionnel du secteur. C’est précisément l’objet de cet ouvrage de référence sur les nouvelles frontières d’Alzheimer, qui traduit les avancées scientifiques 2023-2026 — biomarqueurs, immunothérapies, approches non médicamenteuses — en implications concrètes pour les soignants et les aidants.
Impact par métier : ce qui change concrètement dans les pratiques EHPAD
Ces deux approbations ne modifient pas l’organisation des soins en EHPAD à court terme. Elles posent néanmoins des questions pratiques selon les métiers.
Le médecin coordonnateur
Les futurs résidents traités par lecanemab ou donanemab arriveront avec un dossier médical incluant des IRM de contrôle régulières et, potentiellement, des antécédents d’effets indésirables liés à la thérapie (anomalies d’imagerie liées à l’amyloïde, connues sous l’acronyme ARIA). Le médecin coordonnateur devra être en mesure d’en comprendre les implications pour le suivi en EHPAD, sans que ce suivi spécialisé lui revienne directement. Une connaissance du mécanisme d’action et des précautions associées à ces molécules devient progressivement utile à la coordination du parcours.
L’IDEC et l’équipe IDE
Les IDE et IDEC sont souvent en première ligne pour repérer les signes précoces de déclin cognitif chez des résidents encore à des stades légers. Ce repérage — ralentissement des apprentissages, difficultés de traçabilité médicamenteuse, changements de comportement inhabituels — prend une nouvelle dimension : orienter rapidement vers une consultation mémoire peut désormais ouvrir l’accès à un traitement modificateur. C’est un changement de paradigme pour des professionnels habitués à un accompagnement majoritairement palliatif sur le plan cognitif.
Pour outiller cette montée en compétence, ce guide pluridisciplinaire sur les avancées récentes d’Alzheimer offre aux équipes infirmières un éclairage complet sur les mécanismes biologiques, les outils diagnostiques et les approches non médicamenteuses validées — un socle indispensable pour accompagner les résidents et leurs familles dans ce nouveau contexte.
L’ensemble de l’équipe soignante
La Commission Lancet 2024 sur la prévention des démences a identifié 14 facteurs de risque modifiables, estimant que 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur ces facteurs tout au long de la vie. Parmi eux, plusieurs sont directement actionnables en EHPAD : l’isolement social, l’inactivité physique, la dépression non traitée, la perte auditive non appareillée, et désormais la perte de vision non corrigée et un cholestérol LDL élevé non traité (deux nouveaux facteurs ajoutés en 2024). L’EHPAD est un lieu de prévention secondaire et tertiaire — il peut ralentir la progression et améliorer la qualité de vie, même pour des résidents déjà diagnostiqués.
Prévention : les 14 facteurs de risque modifiables en pratique EHPAD
Les travaux de la Commission Lancet constituent une feuille de route concrète pour les établissements. Agir sur l’isolement social par des programmes d’animation structurés, maintenir une activité physique adaptée, dépister systématiquement les déficits sensoriels (audition, vision) et les traiter, prévenir et prendre en charge la dépression : autant d’actions qui, combinées, ont un impact documenté sur le risque de déclin cognitif et sur la progression de la maladie.
Ces 14 facteurs concernent aussi le travail d’information auprès des familles et aidants. Les EHPAD qui communiquent sur ces leviers de prévention — y compris pour les proches des résidents, dont certains sont eux-mêmes à risque — jouent un rôle de santé publique qui dépasse le seul accompagnement en institution.
Pour les équipes qui souhaitent approfondir leur compréhension du spectre complet — des mécanismes moléculaires aux stratégies de prévention et d’accompagnement non médicamenteux —, cette référence sur les nouvelles frontières scientifiques de la maladie d’Alzheimer constitue un investissement durable, adossé à près de 300 sources croisées et à une analyse comparative de 6 pays.
Questions fréquentes
Le lecanemab peut-il être prescrit à un résident en EHPAD ?
Qu’est-ce que l’ARIA et pourquoi un soignant EHPAD devrait-il le connaître ?
Que recommande la HAS pour le diagnostic Alzheimer en France ?
Sources officielles : Alzheimer’s Disease International — European Commission approves first disease-modifying treatment for Alzheimer’s disease in the EU (avril 2025) — DREES, Études et Résultats n° 1351 — Établissements d’hébergement pour personnes âgées (novembre 2025) — Livingston G. et al., Dementia prevention, intervention, and care 2024, The Lancet Commission.