Soins palliatifs en EHPAD : la question de la formation soignante n’est plus théorique. Selon la DREES, 79 % des décès surviennent dans l’établissement lui-même. Et la HAS l’a chiffré : chaque EHPAD fait face, en moyenne, à plusieurs décès chaque mois dans ses murs. Accompagner dignement ses résidents jusqu’au dernier jour exige des équipes formées, outillées, et capables d’évaluer la douleur avec rigueur. La stratégie nationale soins palliatifs 2024-2034, lancée en avril 2024, fait de la formation des soignants un axe prioritaire — mais le terrain révèle que les équipes restent souvent démunies face à cette réalité quotidienne.
79 % des décès surviennent en EHPAD : un fait structurel que les données confirment
L’enquête EHPA 2023 de la DREES dresse un portrait sans ambiguïté de la réalité du grand âge en France. 55 % des résidents sont en GIR 1 ou 2, c’est-à-dire en forte perte d’autonomie. La plupart ne quitteront plus leur établissement. Les EHPAD ne sont plus seulement des lieux d’hébergement : ce sont devenus, de facto, les principaux lieux de fin de vie du pays.
Cette réalité démographique a une traduction concrète pour les équipes : la gestion de la douleur, l’accompagnement psychologique, les soins du corps après décès, le soutien aux familles endeuillées, la rédaction des directives anticipées — autant de compétences qui ne s’improvisent pas. Or, dans des structures où le temps de formation est compté et le turn-over élevé, la maîtrise de ces gestes professionnels reste fragile.
La HAS a structuré en 2017 les déterminants d’une prise en charge palliative réussie en EHPAD. Trois axes conditionnent la réussite : la cohérence des objectifs thérapeutiques à chaque étape du parcours, une approche individualisée tenant compte des préférences et des valeurs de chaque résident, et la solidité du triangle relationnel soignant-résident-famille. Atteindre ce niveau d’excellence nécessite que l’ensemble du personnel — des aides-soignantes aux IDEC, en passant par les ASH — soit formé et outillé.
La stratégie décennale soins palliatifs 2024-2034 : des ambitions nationales, des gaps locaux à combler
En avril 2024, le gouvernement a lancé la stratégie décennale des soins d’accompagnement 2024-2034, avec l’objectif de garantir un accès équitable aux soins palliatifs sur l’ensemble du territoire. Cette stratégie cible explicitement les établissements médico-sociaux, reconnaissant que le domicile et les EHPAD sont les principaux lieux où les Français souhaitent finir leur vie.
Pourtant, les données de terrain révèlent des écarts persistants. Si 77 % des EHPAD disposent d’un volet soins palliatifs dans leur projet d’établissement — une progression notable depuis les 62 % recensés en 2011 —, la mise en œuvre opérationnelle reste inégale. Plus révélateur encore : seulement 69 % des EHPAD ont signé une convention avec une équipe mobile de soins palliatifs (EMSP). Concrètement, cela signifie qu’un établissement sur trois ne bénéficie d’aucun appui externe spécialisé pour ses situations de fin de vie complexes.
Ce gap de couverture externe met directement en jeu les compétences internes des équipes soignantes. Quand il n’y a pas d’EMSP disponible, c’est l’infirmière coordinatrice ou l’aide-soignante référente qui doit tenir la ligne : évaluer la douleur avec les bons outils, adapter les protocoles de confort, rassurer la famille, coordonner avec le médecin traitant. Des compétences qui supposent une formation spécifique, régulièrement actualisée.
Ce que cela change concrètement pour les soignants EHPAD
L’évaluation de la douleur est au cœur du sujet. Chez les résidents sans troubles cognitifs, les échelles EVS ou EVA permettent une auto-évaluation directe. Mais pour les résidents atteints de maladies neurodégénératives — qui représentent une part croissante des admissions — il faut recourir à des outils d’hétéro-évaluation comme le DOLOPLUS, l’ALGOPLUS ou le PACSLAC. Ces outils demandent une appropriation progressive, une grille de lecture partagée par toute l’équipe et une traçabilité rigoureuse dans le dossier de soins.
La formation pratique reste le levier le plus efficace. Non pas les formations théoriques longues et coûteuses, mais des supports courts, immédiatement déployables en réunion d’équipe, en supervision, ou en formation terrain. C’est précisément l’approche de ce pack de micro-formation dédié aux soins palliatifs et à la douleur en EHPAD : 12 supports PowerPoint structurés, de l’évaluation de la douleur aux soins du corps après décès, conçus pour des professionnels en activité avec peu de temps disponible.
Les thèmes couverts touchent l’ensemble du parcours : protocoles de soins de confort, communication avec les familles en deuil anticipé, gestion des symptômes réfractaires, accompagnement psychologique, soins mortuaires. Des situations que les équipes rencontrent régulièrement et pour lesquelles elles ont besoin de repères validés, pas de bricolage empirique.
Pour les IDEC et infirmières, l’enjeu est aussi réglementaire : les recommandations HAS sur l’accompagnement de fin de vie en EHPAD rappellent que la traçabilité de l’évaluation de la douleur fait partie des indicateurs qualité. Autant de raisons pour lesquelles disposer de supports de formation structurés sur les soins palliatifs n’est plus un confort, mais une exigence professionnelle.
Points de vigilance pour les directions d’EHPAD en 2026
La loi relative à l’égal accès aux soins palliatifs, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale, est en cours de finalisation au Sénat. Elle vise à garantir à chaque personne en fin de vie un accompagnement de qualité, quel que soit son lieu de résidence ou son établissement d’accueil. Pour les EHPAD, cela signifie une montée en exigence réglementaire sur l’offre palliative interne : conventions EMSP, compétences soignantes, traçabilité douleur.
Plusieurs signaux concrets méritent l’attention des directions en 2026 :
- L’évaluation HAS : les indicateurs qualité incluent la traçabilité des soins palliatifs et de l’évaluation de la douleur dans le projet de soins personnalisé.
- La présence infirmière la nuit : la stratégie décennale prévoit des mesures pour renforcer la couverture infirmière nocturne en EHPAD. Une infirmière absente la nuit, c’est une aide-soignante seule face à une détresse en fin de vie.
- Le dossier de liaison urgences (DLU) : le DLU doit mentionner les directives anticipées et les souhaits du résident concernant la fin de vie. Sa complétude est un indicateur de maturité palliative de l’établissement.
- La convention EMSP : pour les 31 % d’EHPAD sans convention, la signer est désormais un objectif prioritaire. En attendant, renforcer les compétences internes via des ressources pédagogiques dédiées à la fin de vie reste la meilleure réponse opérationnelle disponible.
Questions fréquentes
L’EHPAD a-t-il l’obligation légale d’évaluer la douleur de ses résidents ?
Quelles formations aux soins palliatifs sont recommandées pour les aides-soignantes en EHPAD ?
Qu’est-ce qu’une équipe mobile de soins palliatifs (EMSP) et comment en bénéficier en EHPAD ?
Sources officielles consultées :
DREES — Enquête EHPA 2023 : les résidents et les établissements en 2023 (novembre 2025) — données sur la fin de vie, la dépendance et les conventions de soins palliatifs.
HAS — Référentiel palliatif EHPAD : prise en charge et accompagnement (2017) — référentiel de qualité pour l’ensemble des professionnels exerçant en EHPAD.