Parkinson EHPAD
Maladies neurodégénératives & Alzheimer

Maladie de Parkinson en EHPAD : guide pratique pour l’équipe soignante 2026

12 juin 2026 10 min de lecture Aurélie Mortel
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Mis à jour le 4 juin 2026 — La maladie de Parkinson touche près de 270 000 personnes en France et représente la deuxième maladie neurodégénérative après Alzheimer. En EHPAD, sa prise en charge soulève des enjeux spécifiques : timing précis des médicaments, prévention des chutes, gestion des symptômes non moteurs et coordination pluridisciplinaire. Ce guide pratique est conçu pour aider chaque métier — médecin coordonnateur, IDEC, IDE, aide-soignant·e — à prendre en charge ces résidents avec la rigueur que la maladie exige.

Épidémiologie et contexte en EHPAD

La maladie de Parkinson touche 270 000 personnes en France avec environ 27 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, selon France Parkinson. Sa prévalence augmente avec l’âge : en EHPAD, les cliniciens estiment que 8 à 12 % des résidents présentent un diagnostic de Parkinson ou un syndrome parkinsonien.

La Haute Autorité de Santé a publié un guide du parcours de soins de la maladie de Parkinson qui définit les attentes en termes de suivi multidisciplinaire, d’évaluation régulière et d’accès aux centres experts régionaux. 25 centres experts régionaux Parkinson sont référencés sur le territoire, auxquels les EHPAD peuvent adresser leurs résidents pour des consultations spécialisées.

Évaluer les symptômes : moteurs et non moteurs

La maladie de Parkinson présente deux grandes catégories de symptômes que l’équipe soignante doit surveiller de façon systématique.

Symptômes moteurs

  • Tremblements au repos : caractéristiques, disparaissent au mouvement volontaire
  • Rigidité musculaire : résistance à la mobilisation passive, douleurs articulaires
  • Bradykinesìie : lenteur des mouvements, difficulté à initier la marche
  • Instabilité posturale : risque majeur de chutes, problème n°1 en EHPAD
  • Troubles de la déglutition : fausses routes, modification de la texture des repas nécessaire

Symptômes non moteurs — souvent sous-évalués

Les symptômes non moteurs sont fréquents et impactent fortement la qualité de vie. Ils sont souvent le signe d’une mauvaise efficacité du traitement ou d’une évolution de la maladie :

SymptômePrévalence estiméeAction soignante
Troubles du sommeilTrès fréquentsObserver agitation nocturne, signal au médecin
Dépression / anxietéFréquenteÉvaluation régulière, soutien psychologique
ConstipationFréquenteHydratation, alimentation fibres, laxatifs si besoin
Hallucinations visuellesVariableSignaler immédiatement au médecin (interaction médicaments)
Hypotension orthostatiqueVariableLever progressif, contention veineuse, éviter déshydratation
HypersalivationFréquenteSoins de bouche réguliers, orthophonie

Le timing des médicaments : point critique en EHPAD

La lévodopa est le principal médicament de la maladie de Parkinson. Son efficacité dépend directement du respect strict des horaires de prise. En EHPAD, c’est l’une des sources d’erreur les plus fréquentes et les plus impactantes.

Concrètement : la lévodopa doit être prise 30 à 60 minutes avant le repas ou 90 minutes après, car les protéines alimentaires entrent en compétition avec l’absorption du médicament et peuvent réduire son efficacité de façon significative.

En pratique, cela signifie :

  • Intégrer les horaires de lévodopa dans les transmissions et le plan de soins de chaque résident concerné
  • Anticiper les repas pour ne pas décaler la prise
  • Ne jamais cumuler ou décaler la prise même d’une heure sans prescription médicale
  • Signaler au médecin coordonnateur tout écart systématique (contraintes d’organisation : horaires des repas, kinetherapeutes, etc.)
  • Utiliser des fiches de traitement nominatives avec les horaires stricts

D’autres médicaments peuvent être utilisés selon la progression de la maladie (agonistes dopaminergiques, inhibiteurs MAO-B, etc.). Le médecin coordonnateur est responsable de la révision régulière des ordonnances en lien avec le neurologue référent. Voir notre guide sur le circuit du médicament en EHPAD.

Prise en charge multidisciplinaire : le rôle de chaque professionnel

La qualité de la prise en charge Parkinson en EHPAD repose sur la coordination de plusieurs métiers :

Médecin coordonnateur

  • Révise régulièrement l’ordonnance Parkinson et les interactions médicamenteuses
  • Organise la consultation neurologique annuelle (minimum) avec un centre expert régional
  • Coordonne les évaluations giatrique et fonctionnelle (MDS-UPDRS recommandé par la HAS)
  • Adapte le projet personnalisé de soins à l’évolution de la maladie

IDEC

  • S’assure que les horaires de prise de lévodopa sont intégrés dans les plans de soins
  • Organise la communication avec la famille sur l’évolution
  • Coordonne les interventions des paramédicaux (kinesithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute)

IDE

  • Surveille les effets secondaires des médicaments (mouvements involontaires en « dys », blocages moteurs, hallucinations)
  • Transmet les modifications comportementales dans les transmissions (NPI-ES recommandé)
  • Assure la tracçabilité des prises médicamenteuses aux horaires prescrits

Aide-soignant·e

  • Adapte le temps de toilette et les soins à la lenteur motrice du résident
  • Surveille la déglutition au moment des repas, alerte en cas de fausse route
  • Aide à la mobilisation et aux transferts sécurisés pour prévenir les chutes
  • Signale les changements d’état — une aide-soignante qui observe chaque jour détecte souvent la première un épisode de blocage moteur

Kinesithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute

Ces professionnels sont essentiels mais souvent insuffisamment sollicités en EHPAD. La kinesithérapie régulière maintient les capacités posturales et limite la progression de la rigidité. L’orthophonie intervient sur la parole (voix forcée, dysarthrie) et la déglutition. L’ergothérapie adapte l’environnement et les aides techniques.

Adaptations pratiques au quotidien

Alimentation et déglutition

  • Adapter les textures progressivement (mixte mouliné, puis mixte lisse) si troubles de la déglutition installés
  • Laisser du temps au résident : ne pas précipiter le repas
  • Assurer une alimentation régulière et équilibrée (la constipation est fréquente)
  • Surveiller la perte de poids qui s’aggrave souvent avec la progression de la maladie

Mobilité et prévention des chutes

La prévention des chutes est une priorité absolue. Le résident parkinsonien chute souvent en avant, rapidement, lors des démarrages ou des virages. Quelques règles pratiques :

  • Dégager les allées, retirer les tapis et obstacles
  • Former les soignants aux techniques de transfert adaptées
  • Utiliser des chaussures fermées avec semelles antidérapantes
  • Ne pas brusquer le résident pendant les périodes de blocage (« freezing »)
  • Installer des barres d’appui dans les zones de circulation

Communication et bien-être psychologique

La maladie de Parkinson s’accompagne fréquemment d’une dépression et d’une anxieté que les équipes sous-estiment parfois, à tort. Le soutien psychologique (par le psychologue ou des échanges réguliers avec les soignants formés) est déterminé dans les recommandations HAS. Des approches non médicamenteuses comme la musicothérapie ou les activités sensorielles peuvent compléter la prise en charge. Consultez également notre article sur les 6 thérapies non médicamenteuses recommandées en 2026.

Écarts aux recommandations : les erreurs les plus fréquentes

  • Non-respect des horaires de prise médicamenteuse : c’est l’écart le plus délétère et le plus couramment cité par les spécialistes
  • Absence de kinesithérapie régulière : la séance occasionnelle ne suffit pas
  • Sous-estimation des symptômes non moteurs (hypotension orthostatique, hallucinations, dépression)
  • Pas de consultation neurologique annuelle : l’EHPAD doit organiser cet accès
  • Communication insuffisante en équipe : une modification du traitement non transmise peut avoir des conséquences graves

Pour approfondir : page pilier et ressources

Retrouvez tous les guides thématiques liés aux maladies neurodégénératives sur notre guide complet Alzheimer et maladies neurodégénératives en EHPAD.

Articles complémentaires sur sosehpad.com :

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Sources officielles :

Quel est le principal danger du Parkinson en EHPAD ?
Le premier danger est la chute, qui peut survenir brutalement pendant un épisode de blocage moteur (« freezing ») ou lors d’un changement de direction. La prévention passe par l’aménagement de l’environnement, la formation des soignants aux transferts et la kinesithérapie régulière.
Pourquoi le timing des médicaments est-il si important ?
La lévodopa, traitement principal du Parkinson, entre en compétition avec les protéines alimentaires au niveau intestinal. Une prise trop proche d’un repas riche en protéines peut significativement réduire son absorption et son efficacité. C’est pourquoi la prise doit être prise 30 à 60 min avant ou 90 min après le repas, selon la prescription médicale.
Que faire lors d’un épisode de freezing ?
Ne jamais brusquer le résident ni le tirer vers l’avant. Encourager la fixation du regard sur un point devant lui, utiliser des stratégies de déverrouillage (compter à voix haute, marcher sur place, utiliser des repaires visuels au sol). Signaler l’épisode dans les transmissions.
Comment gérer les hallucinations visuelles ?
Les hallucinations visuelles dans le Parkinson sont souvent liées aux médicaments (agonistes dopaminergiques) ou à une progression de la maladie. Elles doivent être signalées immédiatement au médecin coordonnateur qui peut ajuster le traitement. Ne pas confronter le résident sur la réalité de ce qu’il voit, mais le rassurer.
Quelle est la fréquence recommandée de consultation neurologique ?
La HAS recommande au minimum une consultation neurologique annuelle avec un spécialiste, idéalement dans un centre expert régional Parkinson. L’EHPAD doit organiser ce suivi. En cas de modification importante du traitement ou de décompensation, une consultation accélérée est nécessaire.
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