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Maladies neurodégénératives & Alzheimer

Maladie d’Alzheimer en EHPAD : mécanismes, diagnostic et traitements 2026

26 juillet 2026 15 min de lecture Nicolas Mortel
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Mis à jour en juillet 2026 — La maladie d’Alzheimer en EHPAD touche aujourd’hui plus d’un résident sur trois : mécanismes biologiques, démarche diagnostique et statut réel des traitements, ce que l’équipe médicale doit maîtriser en 2026.

Contexte et enjeux : la maladie d’Alzheimer, un poids majeur en EHPAD

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En France, entre 1 et 1,2 million de personnes sont aujourd’hui atteintes de la maladie d’Alzheimer, et l’on dénombre environ 225 000 nouveaux diagnostics par an, d’après le dossier de référence de l’Inserm. Sous l’effet du vieillissement démographique et de l’allongement de la durée de vie, ce nombre pourrait doubler à l’horizon 2050. La fréquence de la maladie augmente fortement avec l’âge : elle concerne 2 à 4 % de l’ensemble de la population, une proportion qui grimpe jusqu’à 23 % chez les personnes de 80 ans. Les femmes âgées sont également plus exposées : sur 25 malades, 10 sont des hommes et 15 des femmes, une différence en partie liée aux écarts d’espérance de vie entre les sexes.

La maladie d’Alzheimer représente environ 70 % des cas de démence, ce qui en fait la première cause de trouble neurocognitif majeur accueilli en établissement. Selon la dernière étude de la DREES, environ 268 200 résidents d’EHPAD sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’un trouble neurocognitif apparenté en 2023, soit 38 % des personnes accueillies. Pourtant, seuls 14 % des résidents concernés sont accueillis dans une unité spécifique dédiée, ce qui place l’ensemble des équipes — pas seulement les unités protégées — en première ligne face aux troubles cognitifs et comportementaux. Cette réalité rejoint les constats détaillés dans notre guide sur l’accompagnement pratique et les thérapies adaptées aux résidents Alzheimer, centré sur le quotidien plutôt que sur la dimension médicale traitée ici.

Comprendre la maladie : mécanismes biologiques et formes cliniques

Sur le plan biologique, deux processus pathologiques principaux sont à l’œuvre. D’une part, la protéine Tau, physiologiquement chargée de stabiliser les microtubules du neurone : un phénomène chimique — la phosphorylation — dégrade cette protéine, qui ne peut alors plus prendre sa forme habituelle ni remplir son rôle. D’autre part, la pathologie amyloïde : elle est caractérisée par l’accumulation extracellulaire du peptide β-amyloïde (Aβ), normalement présent à faible concentration. Selon l’expertise collective de l’Inserm, le certitude diagnostique suppose de mettre en évidence les lésions cérébrales typiques de la maladie — plaques séniles et dégénérescences neurofibrillaires —, que l’on ne repère le plus souvent qu’après le décès, à l’autopsie, ce qui explique pourquoi le diagnostic du vivant du patient reste probabiliste et s’appuie sur un faisceau d’arguments cliniques et biologiques.

La grande majorité des formes sont sporadiques, mais il existe une minorité de formes héréditaires : dans 1 à 2 % des cas seulement, l’affection se transmet de façon héréditaire ; elle débute alors tôt, avant 65 ans et fréquemment vers 45 ans. Repérer ces formes précoces est important pour orienter le résident et sa famille, en lien avec les outils d’évaluation des troubles psychocomportementaux utilisés en routine par l’IDEC.

Diagnostic : démarche en deux temps, outils et biomarqueurs

Selon la Haute Autorité de Santé, si aucun médicament ne permet à ce jour de guérir ces malades, un diagnostic dès les premiers signes est indispensable pour organiser un parcours de soins adapté. Les professionnels de santé libéraux et les intervenants au domicile ont un rôle sentinelle dans le repérage des premiers signes de la maladie — un rôle que l’équipe d’EHPAD partage pleinement, notamment via le test MMSE, outil de repérage de première intention.

Sur le plan méthodologique, la démarche diagnostique s’organise en deux temps : en premier lieu, vérifier d’abord qu’un trouble neurocognitif évolutif est bien installé — au moyen de l’examen clinique et de l’imagerie —, avant d’en préciser l’origine exacte. Cette seconde étape s’appuie de plus en plus sur les biomarqueurs : le diagnostic biologique différentiel repose sur l’analyse du liquide cérébrospinal prélevé par ponction lombaire, la maladie d’Alzheimer se traduisant par une diminution de la quantité de peptide amyloïde Aβ42 et une augmentation des protéines Tau totales et phosphorylées. Ces avancées biologiques complètent les outils déjà déployés en établissement, comme le test sanguin des biomarqueurs ou le suivi structuré via la grille NPI-ES. Un diagnostic différentiel rigoureux reste par ailleurs nécessaire face à un tableau confusionnel aigu, qui peut mimer ou aggraver un trouble neurocognitif préexistant — voir notre repère sur la confusion aiguë (delirium) en EHPAD.

Traitements médicamenteux : un statut de remboursement à connaître

Quatre molécules ont obtenu une autorisation de mise sur le marché en France pour le traitement symptomatique de la maladie d’Alzheimer. ARICEPT, EXELON et REMINYL ont l’AMM dans le traitement symptomatique de la maladie d’Alzheimer dans ses formes légères à modérément sévères, tandis que EBIXA a l’AMM dans le traitement des adultes atteints d’une forme modérée à sévère de la maladie d’Alzheimer. Mais leur statut a changé en profondeur depuis 2016 : la Commission de la Transparence de la HAS a considéré que le service médical rendu par EBIXA était insuffisant pour justifier sa prise en charge par la solidarité nationale, et plus largement, la HAS a donné, le 19 octobre 2016, un avis favorable au déremboursement des anticholinestérasiques et de la mémantine, considérant qu’ils n’avaient plus de place dans la stratégie thérapeutique. Concrètement, depuis le 1er août 2018, ces médicaments sont toujours disponibles mais ne sont plus remboursés par l’Assurance Maladie, comme le rappelle l’Assurance Maladie. La HAS avait publié dès un article du 12 juin 2019 concluant à un intérêt médical insuffisant de ces traitements.

Conséquence directe pour la pratique clinique : la Haute Autorité de santé estime que ces médicaments n’ont plus de place dans le traitement de la maladie d’Alzheimer et que les soins reposent avant tout sur une prise en charge non médicamenteuse pluridisciplinaire adaptée. Cette bascule irrigue aussi la prise en charge des troubles du comportement associés : les travaux de la HAS intègrent désormais des programmes professionnels sur la dé-prescription des psychotropes. Lorsqu’un traitement antipsychotique reste néanmoins nécessaire, l’ANSM rappelle que certains antipsychotiques peuvent être utilisés dans le prise en charge des situations d’agitation ou d’agressivité liés à la maladie d’Alzheimer, mais son instauration s’inscrit toujours dans une prise en charge globale — jamais en réponse isolée à un symptôme. Notre guide pour désamorcer les troubles du comportement liés à l’Alzheimer détaille les alternatives à privilégier avant tout recours médicamenteux.

Ce qu’apporte la recherche en 2026 : anticorps anti-amyloïdes et essais cliniques

La recherche progresse rapidement : en 2025, l’Inserm recensait plus de 180 essais cliniques portant sur 138 molécules expérimentales, dont 31 parvenues à la phase la plus aboutie (stade 3). Une nouvelle classe de traitements, les anticorps anti-amyloïdes, a franchi une étape réglementaire : le lecanemab (Leqembi®) dispose depuis 2024 d’une autorisation de mise sur le marché à l’échelle européenne, pour traiter les personnes présentant un déficit cognitif léger ou une forme toute débutante de la maladie. Ce traitement n’est toutefois pas encore accessible en France : les autorités françaises examinent actuellement son dossier avant de statuer sur sa mise à disposition et son éventuel remboursement, et dans l’attente du résultat de cette évaluation, la HAS n’a pas autorisé d’accès précoce au médicament. Sa balance bénéfice-risque impose par ailleurs une surveillance étroite : de 15 à 20 % des personnes recevant cet anticorps présenteraient une anomalie d’imagerie de type ARIA — gonflement ou micro-saignement cérébral —, le plus souvent silencieuse, mais pouvant se compliquer chez 5 à 10 % d’entre elles. Un second anticorps, le donanémab (Kinsula™), lui aussi dirigé contre la protéine amyloïde, est en passe d’obtenir une autorisation de mise sur le marché à l’échelle européenne : à ce stade, aucune disponibilité en France ne peut être anticipée pour ces deux molécules. Pour l’équipe d’EHPAD, l’enjeu immédiat reste donc la qualité de la prise en charge non médicamenteuse, et non l’attente d’une thérapeutique qui n’est pas encore accessible sur le territoire.

Prise en charge non médicamenteuse : PASA, UHR et approches recommandées

La HAS est claire sur la hiérarchie des interventions : le traitement comprend principalement des soins du corps, des traitements de réadaptation et la mise en œuvre de techniques cognitives et comportementales, et il est essentiel de maintenir une activité motrice par des exercices physiques adaptés. Ces approches sont au cœur de nos guides sur la stimulation cognitive en EHPAD et sur les thérapies non médicamenteuses (TCC et approches associées) déployées en établissement.

Deux dispositifs structurent l’organisation en EHPAD selon l’intensité des troubles du comportement. Les Pôles d’Activités et de Soins Adaptés (PASA) accueillent durant la journée des résidents ayant des troubles du comportement modérés, dans un cadre défini par les recommandations HAS/Anesm : ces recommandations viennent compléter le décret n° 2016-1164 du 26 août 2016 et se substituent au cahier des charges dédié aux PASA. Pour les situations plus complexes, les Unités d’Hébergement Renforcé (UHR) accueillent des résidents chez qui les troubles du comportement sont sévères qui altèrent leur sécurité et leur qualité de vie, l’objectif étant, selon le portail gouvernemental dédié, d’apporter des réponses sur mesure, combinant approches médicamenteuses et non médicamenteuses, pour réduire les troubles des résidents concernés.

Mise en œuvre par métier : médecin coordonnateur, IDEC, psychologue

Le corpus de recommandations HAS applicable à la maladie d’Alzheimer s’est construit sur plus d’une décennie et structure toujours la pratique en établissement. La recommandation de bonne pratique « Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : diagnostic et prise en charge » a été publiée le 30 décembre 2011, suivie par la recommandation « Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : annonce et accompagnement du diagnostic », publiée le 2 mai 2012, puis par la recommandation du 16 mars 2018 sur l’accompagnement des personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou apparentée en établissement médico-social, référence directe pour le projet de soins en EHPAD. Plus récemment, la HAS a publié le 15 janvier 2026 un guide méthodologique pour recueillir le point de vue des personnes âgées atteintes de troubles neurocognitifs modérés à sévères en ESSMS, un outil que le psychologue et l’équipe d’animation peuvent mobiliser pour construire le projet de vie personnalisé.

  • Médecin coordonnateur : arbitrer la déprescription des traitements devenus non remboursés, valider l’indication d’un éventuel antipsychotique dans une logique de prise en charge globale, et assurer la coordination avec le neurologue ou le gériatre référent pour le diagnostic différentiel.
  • IDEC : structurer le repérage précoce et le suivi des troubles du comportement avec la grille NPI-ES, organiser l’orientation vers le PASA ou l’UHR selon l’intensité des troubles, et sécuriser le circuit du médicament lors des ajustements thérapeutiques.
  • Psychologue : accompagner l’annonce diagnostique et son vécu, animer les techniques non médicamenteuses (stimulation cognitive, thérapies comportementales), et recueillir le point de vue du résident dans l’élaboration du projet personnalisé.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la maladie d’Alzheimer et les autres démences ?

La maladie d’Alzheimer représente environ 70 % des cas de démence, ce qui en fait la cause la plus fréquente de trouble neurocognitif majeur, loin devant les autres étiologies (vasculaire, à corps de Lewy, fronto-temporale).

Les traitements médicamenteux de la maladie d’Alzheimer sont-ils encore remboursés ?

Non. Depuis le 1er août 2018, les anticholinestérasiques et la mémantine sont toujours disponibles mais ne sont plus remboursés par l’Assurance Maladie, à la suite d’un avis défavorable de la HAS rendu en 2016.

Le lecanemab (Leqembi®) est-il disponible en France ?

Pas encore. Les autorités françaises examinent son dossier avant de trancher sur sa mise à disposition et, le cas échéant, son remboursement, et la HAS n’a pas autorisé d’accès précoce à ce médicament dans l’attente de cette évaluation.

Quels examens permettent de confirmer le diagnostic de maladie d’Alzheimer ?

La démarche se déroule en deux temps : établir d’abord, par la clinique et l’imagerie, la réalité d’un trouble neurocognitif qui progresse, puis en caractériser l’origine, au besoin grâce à l’analyse du liquide cérébrospinal, qui montre une diminution du peptide amyloïde Aβ42 et une augmentation des protéines Tau.

Quelle est la différence entre PASA et UHR ?

Le PASA accueille durant la journée des résidents ayant des troubles du comportement modérés, tandis que l’UHR accueille des résidents chez qui les troubles du comportement sont sévères qui altèrent leur sécurité et leur qualité de vie.

Combien de résidents d’EHPAD sont concernés par la maladie d’Alzheimer ?

Environ 268 200 résidents, soit 38 % des personnes accueillies en EHPAD, sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une pathologie apparentée en 2023, mais seuls 14 % d’entre eux sont accueillis dans une unité spécifique dédiée.

Existe-t-il des formes héréditaires de la maladie d’Alzheimer ?

Oui, mais elles restent rares : 1 à 2 % des cas sont héréditaires, avec une apparition précoce, avant 65 ans et bien souvent autour de 45 ans.

Pour aller plus loin

Ce guide s’inscrit dans notre dossier complet Alzheimer & maladies neurodégénératives en EHPAD, qui centralise l’ensemble de nos ressources sur le sujet.

📚 Pour approfondir — SOS EHPAD propose un Pack Neuro-Gériatrie & Troubles du Comportement, regroupant formations et outils pratiques pour accompagner les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer et de troubles neurocognitifs apparentés.

Sources officielles : Haute Autorité de Santé — Maladie d’Alzheimer, Inserm — Dossier Alzheimer, DREES — Établissements d’hébergement pour personnes âgées.

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