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Circuit du médicament

Hypertension artérielle en EHPAD : surveillance, traitement et iatrogénie

26 juillet 2026 15 min de lecture Aurélie Mortel
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Guide Pratique du Circuit du Médicament en EHPAD

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Mis à jour en juillet 2026 — L’hypertension artérielle concerne la majorité des résidents âgés accueillis en EHPAD ; sa prise en charge exige un équilibrage permanent entre contrôle tensionnel, prévention des chutes et sécurisation du circuit du médicament, sous la coordination du médecin coordonnateur, de l’IDEC et des équipes soignantes.

Contexte et enjeux : l’hypertension artérielle, un défi de fond en gérontologie

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En population générale française, près de 30 % des adultes sont hypertendus, soit environ 17 millions de personnes, et plus de 4 millions d’hypertendus traités n’ont pas une pression artérielle contrôlée. L’Assurance Maladie définit l’HTA comme une élévation trop importante de pression dans les artères qui persiste dans le temps, un diagnostic posé dès lors que la pression artérielle systolique atteint ou dépasse 140 mmHg — un seuil que la HAS formule de façon similaire en définissant l’HTA comme une pression artérielle supérieure ou égale à 140/90 mmHg mesurée en consultation et persistant dans le temps.

Ce risque croît fortement avec l’âge : il touche 40 % des personnes de 65 ans et atteint 90 % des personnes de 85 ans, et la prévalence du traitement antihypertenseur suit la même trajectoire, passant de 3,1 % chez les 25-44 ans à 58,9 % chez les 65-84 ans puis à 75,7 % au-delà de 85 ans — en 2014, plus de 12,2 millions de patients, soit 18,6 % de la population française, étaient traités par médicament antihypertenseur. Compte tenu de l’âge moyen d’entrée en établissement, la quasi-totalité des résidents accueillis en EHPAD relèvent de cette tranche à très forte prévalence, même si aucune donnée chiffrée spécifique à la population résidente en EHPAD n’a pu être identifiée dans les sources consultées pour cet article.

L’HTA du résident âgé s’inscrit rarement de façon isolée : elle s’associe le plus souvent à d’autres pathologies chroniques suivies au long cours (voir notre article sur les maladies chroniques en EHPAD et le suivi de la polypathologie). La HAS rappelle que 57 % des personnes âgées de 75 ans et plus ont au moins une affection de longue durée, 40 % en ont au moins deux, 3,6 % au moins trois et 0,8 % au moins quatre, et met en garde contre le fait de négliger les 4 principaux facteurs de risque d’hospitalisation que sont la chute, la polymédication, la dénutrition et la dépression. Non contrôlée, l’HTA fatigue le cœur et peut mener à l’insuffisance cardiaque — un lien détaillé dans notre article dédié à l’insuffisance cardiaque du résident âgé en EHPAD.

Cibles tensionnelles et bonnes pratiques de surveillance

Sur le terrain, l’enjeu n’est pas seulement de faire baisser la tension artérielle : chez le sujet âgé, un contrôle trop strict expose au risque inverse, l’hypotension orthostatique. La HAS distingue plusieurs niveaux de cible selon l’âge et les comorbidités.

PopulationCible tensionnelleSource
Diagnostic d’HTA (adulte)≥ 140/90 mmHg mesuré en consultationHAS, fiche mémo 2016
Sujet âgé de 80 ans ou plus, population généralePAS < 150 mmHg, sans hypotension orthostatiqueHAS, fiche mémo 2016
Maladie rénale chronique, population généralePAS < 140 mmHg et PAD < 90 mmHgHAS, guide MRC 2021
Sujet âgé fragile de 80 ans ou plus + MRCTraiter si PAS > 150-160 mmHg, objectif retour à ce niveauHAS, guide MRC 2021

Chez le sujet âgé de 80 ans ou plus, la HAS recommande d’obtenir une pression artérielle systolique inférieure à 150 mmHg, sans provoquer d’hypotension orthostatique. Ce repère, issu de la fiche mémo HAS sur la prise en charge de l’hypertension artérielle de l’adulte (version 2016, seule version consultée pour ce dossier), s’applique à la population âgée en général. Lorsqu’une maladie rénale chronique est associée, le guide HAS du parcours de soins précise que l’objectif en population générale est de ramener la pression artérielle systolique sous 140 mmHg et la diastolique sous 90 mmHg, mais que chez les personnes âgées fragiles de 80 ans ou plus, il est proposé de ne traiter que si la systolique dépasse 150 à 160 mmHg, avec pour objectif de la ramener à ce niveau et non plus bas. À notre connaissance, aucune source HAS consultée ne formalise de protocole de surveillance tensionnelle spécifique à l’EHPAD par opposition au sujet âgé en population générale : ces cibles doivent donc être adaptées au cas par cas par le médecin coordonnateur et le médecin traitant, en tenant compte de la fragilité individuelle.

La HAS recommande de proposer des mesures hygiéno-diététiques à tous les patients hypertendus, et le guide MRC rappelle que les interventions sur le mode de vie sont primordiales et systématiquement intégrées à la stratégie thérapeutique. En pratique, cela recouvre la limitation du sel, le maintien d’une activité physique adaptée et la surveillance du poids — des axes à intégrer au projet de soins personnalisé du résident.

La vigilance tensionnelle est particulièrement structurée dans les suites d’un AVC, un contexte fréquent en EHPAD (voir notre article sur l’AVC en EHPAD : prévention, signes d’alerte et protocoles). La HAS rappelle que l’hypertension artérielle est à la fois un facteur de risque et une complication possible de l’AVC. Ses indicateurs de qualité en soins médicaux et de réadaptation demandent une surveillance de la pression artérielle au moins une fois par jour, 5 jours par semaine, durant les 2 premières semaines du séjour, avec une décision médicale attendue dès que 2 mesures de pression systolique sont strictement supérieures à 140 mmHg durant cette période. Un enjeu réel puisque, sur les données 2019 de cette campagne nationale, 46 % des patients avaient présenté 2 mesures de pression systolique strictement supérieures à 140 mmHg durant les 2 premières semaines de leur séjour.

Classes médicamenteuses et stratégie thérapeutique

Côté traitement pharmacologique, la fiche mémo HAS retient un socle de quatre classes de première intention : le diurétique thiazidique, l’inhibiteur calcique, l’inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC) ou l’antagoniste des récepteurs de l’angiotensine 2 (ARA2). Lorsqu’une maladie rénale chronique est associée, le guide HAS priorise une classe en particulier : les inhibiteurs du système rénine-angiotensine sont recommandés comme traitement de première intention.

Chez le résident âgé, souvent polypathologique, la prudence prévaut à l’instauration. Le guide HAS MRC précise que l’initiation d’un traitement se fait à faible dose, avec une augmentation progressive par paliers successifs dans un délai de 1 à 4 semaines. Plus largement, la HAS recommande, chez la personne âgée polypathologique, de hiérarchiser les thérapeutiques en fonction de la gravité des maladies et des priorités du patient plutôt que de traiter chaque pathologie de façon indifférenciée — un principe central pour éviter la surenchère médicamenteuse, détaillé dans notre guide complet du circuit du médicament en EHPAD.

Mise en œuvre par métier : qui fait quoi

La prise en charge de l’HTA en EHPAD repose sur une coordination pluriprofessionnelle resserrée.

  • Médecin coordonnateur : hiérarchise les priorités thérapeutiques avec le médecin traitant, valide les cibles tensionnelles adaptées à l’âge et à la fragilité de chaque résident, et arbitre les décisions de déprescription lorsque le rapport bénéfice-risque du traitement le justifie.
  • IDEC : organise le protocole de surveillance tensionnelle, assure la traçabilité des mesures dans le dossier de soins et coordonne les transmissions entre équipes de jour et de nuit, en lien avec le repérage global du déclin fonctionnel (voir notre article sur la géroscience et l’approche ICOPE en EHPAD).
  • IDE et aides-soignantes : mesurent la pression artérielle selon le protocole défini, surveillent les signes d’hypotension orthostatique au lever (vertiges, malaises) et signalent toute chute suspecte, sachant que certains malaises, chutes, amaigrissements et hypotensions chez la personne âgée sont parfois liés aux antihypertenseurs, diurétiques et laxatifs — un signal à ne jamais banaliser, y compris lorsqu’il s’accompagne d’une confusion aiguë (voir notre article sur la confusion aiguë (delirium) en EHPAD).

Prévention de l’iatrogénie et de l’hypotension orthostatique

L’Assurance Maladie définit l’iatrogénie médicamenteuse comme l’ensemble des effets indésirables provoqués par la prise d’un ou plusieurs médicaments — un risque amplifié par la polymédication qui caractérise la majorité des résidents. Une personne sur deux âgée de 65 ans et plus est en situation de polymédication, définie par la délivrance de plus de 5 molécules au moins 3 fois dans l’année, et 14 % de cette population reçoit plus de 10 molécules délivrées au moins 3 fois dans l’année. Chez la personne âgée polypathologique, la HAS observe une polymédication moyenne de 8 à 10 médicaments qui accroît les risques d’interactions — un enjeu de sécurisation qui rejoint directement les priorités du circuit du médicament en EHPAD. Le risque n’est pas théorique : l’exposition à des interactions médicamenteuses pourtant contre-indiquées multiplie par près de 2,5 le risque d’hospitalisation urgente, un facteur à surveiller de près pour limiter les hospitalisations non programmées en EHPAD. Face à ce constat, l’Assurance Maladie rappelle que la déprescription d’un médicament est parfois nécessaire au regard des risques encourus par la personne âgée — une décision qui relève du médecin traitant en lien avec le médecin coordonnateur, jamais d’une initiative isolée de l’équipe soignante.

Le risque inverse, l’hypotension orthostatique, mérite une vigilance égale, en particulier chez les résidents cumulant plusieurs classes de médicaments à visée cardiovasculaire ou urinaire — un terrain qui recoupe aussi d’autres comorbidités comme le diabète de type 2, autre facteur de risque de chutes en EHPAD. Le PNDS HAS consacré à l’atrophie multisystématisée, une pathologie neurodégénérative rare associée à une dysautonomie sévère, détaille des mesures de prise en charge de l’hypotension orthostatique et de l’hypertension de décubitus qui, bien que formulées pour ce contexte spécifique, offrent des repères transposables avec prudence à la pratique gériatrique courante. Il y est recommandé, en cas d’hypertension en position couchée, d’éviter la position allongée pour dormir et de surélever la tête du lit de 30 à 45 degrés, et d’envisager, en cas d’HTA sévère de décubitus associée à une hypotension orthostatique, une dose d’antihypertenseur à action rapide au coucher (losartan ou captopril) — une décision médicale au cas par cas. Ce même PNDS signale que les alpha-bloquants comme la tamsulosine ou la prazosine, parfois prescrits pour des troubles urinaires, sont généralement contre-indiqués car ils aggravent l’hypotension orthostatique, tout comme les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 tels que le sildénafil, qui exposent à un risque d’aggravation de l’hypotension orthostatique et de syncope. Nous n’avons pas retrouvé, dans les sources HAS consultées pour ce dossier, de seuil chiffré consensuel permettant de diagnostiquer formellement l’hypotension orthostatique : toute baisse tensionnelle au lever accompagnée de vertiges ou de malaise doit être documentée et transmise sans délai au médecin traitant plutôt que quantifiée de façon approximative sur le terrain.

Évolutions récentes et points de vigilance

La HAS conduit par ailleurs un programme dédié à la prescription médicamenteuse chez le sujet âgé (PMSA), destiné à outiller les équipes sur l’ensemble du circuit du médicament — son contenu détaillé n’a pas pu être vérifié verbatim pour cet article, nous recommandons de le consulter directement sur has-sante.fr en complément de nos repères. Sur le plan épidémiologique, les chiffres de l’Assurance Maladie restent préoccupants : 20 % des personnes hypertendues ne prennent pas de traitement antihypertenseur, et parmi celles qui sont traitées, 50 % le sont de façon insuffisante. C’est précisément sur ce dernier point que la coordination gériatrique en EHPAD peut faire la différence : une surveillance rapprochée, une traçabilité rigoureuse et une réévaluation régulière des traitements, dans l’esprit des indicateurs de qualité que la HAS a déjà formalisés pour le suivi post-AVC en SSR.

Questions fréquentes

Comment la HAS définit-elle l’hypertension artérielle ?

La HAS définit l’HTA comme une pression artérielle supérieure ou égale à 140/90 mmHg mesurée en consultation et persistant dans le temps.

Quelle cible tensionnelle viser chez un résident de 80 ans ou plus ?

La HAS recommande une pression artérielle systolique inférieure à 150 mmHg, sans provoquer d’hypotension orthostatique. En cas de maladie rénale chronique associée chez un résident fragile, l’objectif est ajusté à un seuil de traitement de 150 à 160 mmHg.

Quelles classes de médicaments antihypertenseurs sont recommandées en première intention ?

Le diurétique thiazidique, l’inhibiteur calcique, l’IEC ou l’ARA2, avec une initiation à faible dose et une augmentation progressive sur 1 à 4 semaines chez le sujet âgé.

Comment prévenir l’hypotension orthostatique chez un résident polymédiqué ?

En surveillant les signes évocateurs au lever et en réexaminant les traitements à risque : les alpha-bloquants sont généralement contre-indiqués car ils aggravent l’hypotension orthostatique, de même que les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5, qui exposent à un risque de syncope.

Qui décide d’une déprescription en EHPAD ?

La décision relève du médecin traitant en lien avec le médecin coordonnateur. La déprescription d’un médicament est parfois nécessaire au regard des risques encourus par la personne âgée, en particulier lorsque l’exposition à des interactions médicamenteuses contre-indiquées multiplie par près de 2,5 le risque d’hospitalisation urgente.

Quel est le lien entre hypertension non contrôlée et insuffisance cardiaque ?

Une hypertension artérielle mal contrôlée par un traitement adapté fatigue le cœur et peut mener à l’insuffisance cardiaque, ce qui justifie une surveillance tensionnelle régulière chez les résidents à risque cardiovasculaire.

Pour aller plus loin

Pour approfondir la sécurisation de la prise en charge médicamenteuse du résident hypertendu, notre guide pilier détaille l’ensemble du processus : Circuit du médicament en EHPAD, guide complet.

📚 Pour approfondir — SOS EHPAD propose un Pack Circuit du médicament, une ressource pratique pour sécuriser la prescription, la surveillance et la traçabilité des traitements antihypertenseurs et de l’ensemble du circuit du médicament en EHPAD.

Sources officielles : HAS — Prise en charge de l’hypertension artérielle de l’adulte, Assurance Maladie — Prévention du risque iatrogénique chez la personne âgée, Santé publique France — Épidémiologie de l’hypertension artérielle en France.

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