Le circuit du médicament en EHPAD est soumis à un critère de niveau d’exigence Standard/Impératif dans le référentiel qualité de la Haute Autorité de santé, dont le manuel d’évaluation a été actualisé le 8 juillet 2025. Signe de la mobilisation croissante du secteur, un webinaire coanimé par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, l’OMEDIT et le CEPPRAAL a réuni 650 professionnels le 8 avril 2025 pour objectiver les risques et partager les bonnes pratiques.
Les faits
Dans son Manuel d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS), mis à jour le 8 juillet 2025, la HAS a maintenu le critère 3.6.2 selon lequel « les professionnels respectent la sécurisation du circuit du médicament », avec un niveau d’exigence classé Standard / Impératif — ce qui en fait un point de vigilance central lors de l’évaluation externe des établissements. Ce critère s’appuie sur des références légales précises : l’article L5126-1 du Code de la santé publique, et les articles R5126-105 à R5126-112 du même code, qui encadrent l’organisation de la dispensation du médicament dans les structures médico-sociales.
Au-delà de ce critère isolé, la HAS demande plus largement que chaque ESSMS définisse et déploie une stratégie globale de gestion du risque médicamenteux, documentée et régulièrement réévaluée. Sur le terrain, cette exigence se traduit très concrètement : le 8 avril 2025, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, l’OMEDIT et le CEPPRAAL ont coanimé un temps d’échange régional dédié à ce sujet, qui a rassemblé pas moins de 650 participants — infirmiers coordinateurs, pharmaciens référents, directeurs et cadres de santé venus partager leurs difficultés et leurs solutions.
Mise en perspective
Cette double actualité — révision du référentiel HAS et mobilisation régionale — illustre une tendance de fond : la sécurisation du circuit du médicament ne se limite plus à une case à cocher lors de l’évaluation, elle devient un chantier permanent, documenté et piloté. Pour les nombreux EHPAD dépourvus de PUI (pharmacie à usage intérieur) et qui dépendent d’une officine partenaire, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes met à disposition un guide dédié pour aider ces structures à interroger, étape par étape, la fiabilité de leur propre organisation pharmaceutique. Ce type d’outil, comme le pack de supports pédagogiques dédié à la sécurisation du circuit du médicament, permet de décliner localement une méthodologie déjà éprouvée plutôt que de repartir de zéro à chaque révision de protocole.
Sur le plan clinique, la HAS rappelle que la sécurisation de l’administration repose sur la règle dite des 5B : administrer au bon patient, le bon médicament, à la bonne dose, sur la bonne voie, au bon moment. Cette règle, simple dans son énoncé, se heurte en pratique à la réalité du terrain : interruptions de tâche, écritures de prescription peu lisibles, changements fréquents de traitement. Selon la HAS, dans les démarches de conciliation des traitements médicamenteux, la principale nature des erreurs interceptées est l’omission d’un médicament, suivie des erreurs de dose, les classes cardio-vasculaires et antithrombotiques étant les plus souvent concernées — des erreurs aux conséquences potentiellement lourdes chez des résidents polymédiqués et fragiles.
Concrètement, le circuit du médicament recouvre une succession d’étapes interdépendantes : la prescription par le médecin, la dispensation (par la pharmacie d’officine ou la PUI), le transport et le stockage au sein de l’établissement, la préparation des doses à administrer, la distribution puis l’administration au résident, et enfin la traçabilité de l’acte. Une faille à n’importe laquelle de ces étapes — une ordonnance mal transmise, un stockage non sécurisé, une interruption pendant la préparation des piluliers — peut se répercuter sur l’ensemble de la chaîne. C’est ce qui explique que la HAS ait choisi de traiter ce sujet non pas comme une simple procédure technique, mais comme une véritable stratégie d’établissement, portée par la direction et déclinée par chaque métier impliqué.
Impact concret par métier
Pour l’IDEC, cette actualité renforce la nécessité de disposer d’un protocole écrit et actualisé du circuit du médicament, opposable lors d’une évaluation externe : de la prescription à l’administration, chaque étape (transport, dispensation, stockage, préparation, distribution, administration) doit être décrite et attribuée à un professionnel identifié. C’est précisément l’objet d’outils pratiques comme des supports prêts à l’emploi pour verrouiller chaque étape du circuit, qui permettent de structurer cette documentation sans mobiliser des semaines de travail en interne.
Pour les infirmiers diplômés d’État, la règle des 5B reste le repère quotidien, mais elle doit désormais s’accompagner d’une vigilance accrue sur les points de rupture identifiés par la HAS — omissions et erreurs de dose en tête. Pour les aides-soignantes, la HAS rappelle une limite de compétence souvent mal connue sur le terrain : la préparation des piluliers relève de la compétence de l’infirmier, et non de celle de l’aide-soignante ou de l’accompagnant éducatif et social, ce qui doit être clairement formalisé dans l’organisation du circuit pour éviter tout glissement de tâche. Pour la direction et le pharmacien référent, l’enjeu est de formaliser la stratégie de gestion du risque médicamenteux exigée par la HAS et de s’assurer qu’elle est connue de l’ensemble des équipes — un travail que une formation interne clé en main sur le circuit du médicament permet d’engager rapidement, y compris en établissement sans pharmacie à usage intérieur.
Perspectives
La révision de juillet 2025 du manuel HAS confirme que le critère 3.6.2 restera scruté de près lors des prochaines évaluations des ESSMS. Les EHPAD ont intérêt à anticiper : documenter la stratégie de gestion du risque médicamenteux, vérifier que chaque étape du circuit est tracée et attribuée, et former régulièrement les équipes aux bonnes pratiques (règle des 5B, gestion des interruptions de tâche, limites de compétence par métier). Les webinaires et guides régionaux, comme ceux portés par les ARS, constituent une ressource complémentaire utile, mais ne dispensent pas les établissements de structurer en interne leurs propres outils de suivi et d’auto-évaluation.
Reste que la mobilisation observée autour de ces sujets — qu’il s’agisse de la mise à jour du référentiel HAS ou de la forte affluence aux temps d’échange organisés par les ARS — traduit une prise de conscience partagée : la sécurisation du circuit du médicament n’est plus seulement l’affaire du pharmacien référent ou de l’IDEC, mais un enjeu transversal qui engage la responsabilité de l’ensemble de l’équipe pluriprofessionnelle. Les établissements qui auront formalisé et diffusé leurs protocoles avant la prochaine évaluation externe aborderont cet exercice avec davantage de sérénité que ceux qui découvrent le sujet au moment du contrôle.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le critère 3.6.2 de la HAS sur le circuit du médicament ?
Quels EHPAD sont concernés par le guide de l’ARS sur le circuit du médicament ?
Une aide-soignante peut-elle préparer les piluliers en EHPAD ?
Sources : Haute Autorité de santé — Manuel d’évaluation de la qualité des ESSMS, ARS Auvergne-Rhône-Alpes — guide régional pour les EHPAD sans pharmacie à usage intérieur, Haute Autorité de santé — guide pratique sur la règle des 5B et la prévention des erreurs d’administration.