Canicule et EHPAD : le bulletin que Santé publique France a publié le 16 septembre 2026 chiffre le seul épisode du 27 juillet au 20 août 2026 — et la part de mortalité qui revient aux établissements pour personnes âgées. Ces premiers chiffres dessinent deux constats : l’excès de mortalité de la période frappe presque exclusivement les plus de 75 ans, et une fraction significative des décès survenus pendant l’épisode s’est produite en EHPAD ou en maison de retraite. Voici ce que ces données, encore provisoires, disent — et ce qu’elles ne disent pas encore.
Les faits
Deux échelles de temps se superposent ce mois de septembre. Sur l’ensemble de la période allant du 24 mai au 20 août 2026, France Assos Santé rapporte que Plus de 8 000 personnes sont décédées, en France, en raison des épisodes caniculaires qui ont sévi de manière quasi continue, selon les informations communiquées le 16 septembre 2026 par Santé publique France. Le chiffre précis avancé est de 8 124 morts dits « en excès », chiffre qui fait de cet été, et même un peu plus, l’un des plus meurtriers depuis les fortes chaleurs de 2003 qui avaient entraîné le décès de 14 802 personnes. Sur cette période longue, ce sont les personnes de 75 ans et plus qui paient le plus lourd tribut à ces excès de chaleur : elle représente 70 % des victimes, tandis que la source relève, pour les personnes entre 45 ans et 64 ans, avec 11 % de décès en excès de mortalité toutes causes, notamment en juillet. Dès son premier bilan portant sur juin 2026, Santé publique France avait fait état, dans son premier bilan, d’une surmortalité plus marquée chez les 15-44 ans, qui s’élevait à 30 % — un signal propre à cet épisode initial, qui ne se retrouve pas dans la suite de l’été.
Ce total n’est donc pas, à ce stade, un bilan publié tel quel par Santé publique France : ce sont des informations que l’agence a communiquées le 16 septembre 2026, rapportées par France Assos Santé. Santé publique France est d’ailleurs explicite sur ce point : L’estimation finale de l’excès de mortalité toutes causes consolidée sur l’ensemble de l’été et détaillée par vague de chaleur sera présentée dans le bilan estival produit après la période de surveillance. Le document officiel mis en ligne le même jour sur le site de l’agence ne porte donc pas sur l’été entier : Ce point sur l’excès de mortalité toutes causes se concentre sur la période du 27 juillet au 20 août 2026, soit le seul dernier épisode caniculaire de la saison.
Son emprise géographique et sa durée sont documentées par le bulletin. 79 départements de l’ensemble des régions hexagonales ont été concernés par cet épisode de canicule, soit 89 % de la population hexagonale. Selon Météo-France, cet épisode, à l’échelle nationale, a été particulièrement long et égale la plus longue vague de chaleur jamais observée (juillet 1983) ; la durée moyenne de canicule sur cette période est de 13,3 jours, avec un pic marqué puisque Les 13 et 14 août ont été les deux journées les plus chaudes de cet épisode avec des maximales dépassant 40 °C. Plus largement, toujours selon Météo-France, l’été 2026 devient l’été le plus chaud depuis 1900 avec une anomalie de + 3,6 °C, devant les étés 2003 (+ 2,7 °C) et 2022 (+ 2,3 °C).
Sur ce seul épisode du 27 juillet au 20 août 2026, 817 décès en excès toutes causes ont été estimés (16 552 décès observés vs 15 735 décès attendus), soit une augmentation de 5,2 % de la mortalité par rapport à celle attendue. Près de la moitié de ces décès toutes causes en excès (46 %) ont été observés sur les journées du 14 au 16 août, après les journées les plus chaudes de cet épisode. Sans surprise, cet excès de mortalité toutes causes concerne quasi-exclusivement les personnes âgées de 75 ans et plus avec au moins 751 décès en excès (+ 6,7 %) — soit l’écrasante majorité des décès en excès de cet épisode. Géographiquement, toutes les régions ont été concernées par un excès de mortalité toutes causes à l’exception de la Normandie et de l’Occitanie, et La région la plus concernée par un excès de mortalité toutes causes est la région Bourgogne-Franche-Comté avec 140 décès toutes causes en excès (+ 10,3 %).
C’est ici que le périmètre compte le plus. 16 552 décès toutes causes ont été observés (données mortalité arrêtées le 15/09) dans les 79 départements concernés, tous décès confondus — et non les seuls 817 décès en excès. Sur ce total, Santé publique France précise que la moitié (50,7 %) sont survenus en établissement hospitalier, 24,5 % à domicile et 20,3 % en EHPAD/Maison de retraite. Autrement dit : environ un décès sur cinq recensé pendant l’épisode, toutes causes confondues, l’a été en EHPAD ou en maison de retraite — ce n’est pas la part des 817 décès en excès qui revient aux EHPAD, un chiffre que le bulletin ne détaille pas par lieu de décès. Il note par ailleurs que Le nombre de décès toutes causes observés durant cet épisode est resté à un niveau plus élevé par rapport à début juin pour tous les types de lieux de décès, EHPAD compris.
Ces chiffres restent provisoires : Ces premières estimations sont établies 3 semaines après la fin de la période de canicule étudiée (27 juillet au 20 août) et sont issues de données de mortalité toutes causes non consolidées recueillies par l’INSEE (données arrêtées le 15 septembre). Elles complètent deux estimations antérieures : Cette première estimation pour la période du 27 juillet au 20 août 2026 complète les estimations non consolidées, réalisées pour les canicules du 17 juin au 2 juillet et du 3 au 20 juillet 2026 avec au moins 5 764 et 1 243 décès toutes causes en excès, respectivement. Sur le plan méthodologique, Le suivi de la mortalité s’appuie sur les données issues d’un échantillon d’environ 5 000 communes transmettant leurs données d’état-civil, et Le nombre hebdomadaire de décès est comparé à un nombre attendu de décès, estimé à partir du modèle statistique développé dans le cadre du projet Européen EuroMomo et utilisé par 28 pays ou régions européens.
Mise en perspective
Cette publication du 16 septembre 2026 est la troisième pièce d’un puzzle que Santé publique France construit épisode après épisode. Nous avions déjà détaillé comment lire les premiers chiffres de la canicule de juillet, avec les mêmes précautions méthodologiques : des données non consolidées, qui ne préjugent pas du bilan final. Le chiffre le plus frappant qui circule, celui de l’excès de mortalité agrégé sur l’ensemble de l’été, n’est pas encore le document consolidé que Santé publique France annonce pour plus tard ; il provient d’informations fournies par Santé publique France et rapportées par France Assos Santé. Un chiffre provisoire, agrégé sur trois mois, ne raconte pas la même histoire qu’un chiffre définitif détaillé vague par vague.
Ce que disent les deux sources, chacune sur son périmètre, c’est la concentration de la surmortalité sur les âges les plus avancés : sur l’été entier, ce sont les personnes de 75 ans et plus qui paient le plus lourd tribut à ces excès de chaleur selon France Assos Santé ; sur le seul épisode du 27 juillet au 20 août, le bulletin officiel relève un excès qui concerne quasi-exclusivement les personnes âgées de 75 ans et plus. Cette convergence n’est pas anecdotique pour un secteur dont les résidents relèvent précisément de cette tranche d’âge. La comparaison avec 2003, évoquée par France Assos Santé, n’est pas de circonstance : ce sont des fortes chaleurs qui avaient entraîné le décès de 14 802 personnes. Pour les établissements hébergeant des personnes âgées, le cadre réglementaire du plan bleu détaillé plus loin a été fixé en 2005.
Impact concret par profil métier
Le bulletin de Santé publique France ne formule aucune recommandation opérationnelle : c’est un relevé épidémiologique. Ce qui suit est une lecture de la rédaction, qui n’engage pas Santé publique France, sur ce que ces chiffres appellent à vérifier selon les fonctions.
Pour les directeurs d’établissement, la première question que pose ce bulletin est celle du calendrier : l’épisode analysé ici a duré en moyenne 13,3 jours par département, avec un pic les 13 et 14 août, en plein cœur de la période de congés d’été où les effectifs sont souvent les plus tendus. De notre point de vue, cela justifie d’anticiper, dès la révision annuelle du plan bleu, un scénario de canicule longue qui chevauche la période de congés — et pas seulement un pic bref. Nous avions déjà recensé les failles que la FNADEPA a pointées cet été sur ce terrain précis des moyens humains disponibles en pleine canicule.
Pour les IDE et IDEC, le bulletin ne détaille pas les causes médicales des décès en excès, mais la concentration quasi exclusive sur les 75 ans et plus renvoie directement aux protocoles de surveillance des résidents les plus fragiles. C’est, de notre point de vue, l’occasion de revoir en amont les protocoles d’hydratation et de surveillance déjà en place, en particulier leur déclenchement dès les premiers signaux de vague de chaleur plutôt qu’au moment du pic.
Pour les médecins coordonnateurs, la question du manque d’aval hospitalier prend un relief particulier à la lecture de ce bulletin : une partie non négligeable des décès pendant l’épisode est survenue en établissement hospitalier, ce qui pose la question des transferts et de leur fluidité en période de tension. Nous avions documenté le manque de places d’aval en gériatrie constaté cet été ; le bulletin ne fait pas ce lien explicitement, mais il fournit, de notre point de vue, un argument chiffré supplémentaire pour le porter auprès des ARS.
Pour les animateurs, ASH et gouvernants, l’enjeu reste le même que lors de la mobilisation observée dès la canicule de juin : la gestion des pièces rafraîchies, des temps d’activité déplacés aux heures les moins chaudes, et de la vigilance sur l’hydratation en continu. Ces gestes n’apparaissent pas dans un bulletin épidémiologique, mais ils restent, de notre point de vue, la première ligne de défense quotidienne face à un été que Météo-France qualifie déjà de plus chaud depuis 1900.
Perspectives
Le bulletin de Santé publique France n’établit aucun lien de causalité entre la part des décès en EHPAD observée cet été et la qualité des plans bleus des établissements concernés : ce rapprochement n’est pas fait par la source, et le bulletin n’aborde pas ce point. Il reste que le cadre réglementaire existe depuis vingt ans et mérite d’être rappelé. L’arrêté du 7 juillet 2005 fixe le cahier des charges de ce dispositif : Le plan mentionné à l’article D. 312-155-4-1 est intitulé « Plan bleu ». Ce même texte encadre l’aménagement d’un espace rafraîchi : Les conditions à respecter pour aménager une pièce ou un local équipés d’un système fixe de rafraîchissement de l’air, mentionnées à l’article D. 312-155-4-2, figurent à l’annexe du présent arrêté. Concrètement, cette annexe recommande qu’Une température de l’ordre de 25 °C ou 26 °C pour l’espace climatisé semble raisonnable, et qu’Il convient de maintenir en permanence une hygrométrie comprise entre 30 % et 60 %.
De notre point de vue, ces deux paramètres — température et hygrométrie de la pièce rafraîchie — méritent d’être recontrôlés avant l’été prochain. Nous avons consacré un guide complet au plan bleu à l’ensemble du cahier des charges, et un article à la révision annuelle du plan bleu. La question des moyens ne se limite pas au bâti : le SYNERPA a chiffré cet été les dépenses exceptionnelles engagées par les établissements, et certaines ARS ont ouvert des financements pour la résilience électrique des établissements, avec des échéances à surveiller de près.
Enfin, gardons à l’esprit que le chiffre définitif de l’été reste à venir : L’estimation finale de l’excès de mortalité toutes causes consolidée sur l’ensemble de l’été et détaillée par vague de chaleur sera présentée dans le bilan estival produit après la période de surveillance.


