Le retour en établissement des personnes évacuées lors des incendies de Gironde d’août 2026 est désormais achevé : 2 446 personnes évacuées de Gironde, 100 % ont réintégré leur lieu de vie au 12/08, selon le communiqué de l’ARS Nouvelle-Aquitaine. Pour les directeurs d’EHPAD, cette phase de réintégration, moins commentée que l’évacuation elle-même, dessine un protocole méthodique dont chaque étape est transposable au plan bleu de n’importe quel établissement confronté demain à une crise similaire.
Les faits : une réintégration achevée et documentée
Selon l’ARS Nouvelle-Aquitaine, 2 446 personnes évacuées de Gironde, qu’il s’agisse de résidents et patients d’établissements de santé et médico-sociaux, de résidents de résidences senior ou de personnes vivant à domicile ou chez un proche : 100 % ont réintégré leur lieu de vie au 12/08. Lors des évacuations, 1 482 personnes ont pu être pris en charge dans un établissement de Gironde ou au sein de leur famille et 964 ont été transférés dans un autre département. Pour organiser cet accueil temporaire, plus de 680 structures d’accueil qui ont été mobilisées, réparties dans près de 260 communes et 24 départements.
Sur le terrain, les premiers retours ont été précoces : Dès le 3 août, plusieurs résidents d’EHPAD, de foyers d’accueil médicalisé ou de structures médico-sociales ont pu regagner l’établissement qu’ils avaient dû quitter en urgence. Cette antériorité montre que la réintégration n’a pas attendu la fin de la crise dans son ensemble, mais s’est enclenchée dès que les conditions le permettaient, établissement par établissement.
Mise en perspective : un retour piloté, pas improvisé
les retours se sont déroulés de manière progressive et sécurisée sur la base de consignes concertées avec les établissements et acteurs concernés. Cette distinction est le point central pour un directeur d’EHPAD : l’urgence gouverne l’évacuation, mais elle ne gouverne jamais le retour. Sur ce point, l’article consacré à ce que l’évacuation en Gironde impose aux directeurs détaillait déjà les obligations côté sortie de crise ; la présente analyse se concentre sur la phase symétrique, celle de la reprise d’activité, moins documentée dans le retour d’expérience publié après les évacuations de sept EHPAD en Gironde.
L’ARS Nouvelle-Aquitaine a coordonné ces retours en collaboration avec les établissements d’origine et d’accueil temporaire, le Conseil départemental de Gironde, les élus, les ambulanciers, les autres acteurs du transport sanitaire, ainsi que la Protection civile et la Croix rouge. Cette coordination interinstitutionnelle est la clé de voûte du dispositif : aucun établissement n’a géré seul la logistique de son retour.
L’ARS Nouvelle-Aquitaine a validé l’ensemble des plans de retour fournis par les 43 établissements qui avaient été évacués. Ces 43 structures regroupaient des profils très divers : EHPAD, établissements de santé, foyers d’accueil médicalisés, établissements médico-sociaux et structures spécialisées. Chaque dossier a fait l’objet d’un examen individuel avant validation, ce qui explique l’étalement des dates de retour d’un établissement à l’autre.
Chaque réintégration a fait l’objet d’une préparation attentive, en interaction constante avec le Conseil départemental, pour garantir aux résidents et aux patients un retour adapté à leur état général, notamment leur niveau d’autonomie et leurs besoins en accompagnement. Autrement dit, le retour n’a jamais été une simple réouverture de portes : il a été calibré résident par résident, selon son état de santé et son niveau de dépendance.
Ce que le plan bleu impose en matière de retour
Sur le plan juridique, cette organisation s’inscrit dans un cadre déjà ancien. le décret du 7 juillet 2005 a rendu obligatoire pour les EHPAD l’intégration dans le projet d’établissement d’un plan détaillant l’organisation à mettre en œuvre en cas de crise sanitaire ou climatique. Ce texte fondateur est le Décret n° 2005-768 du 7 juillet 2005 relatif aux conditions techniques minimales de fonctionnement des établissements mentionnés au 6° du I de l’article L. 312-1 du code de l’action sociale et des familles.
Depuis l’épisode de canicule en 2003, la rédaction d’un plan bleu est devenue obligatoire pour tous les établissements hébergeant des personnes âgées (article D. 312-160 du code de l’action sociale et des familles). Le fondement actuel de cette obligation est l’article D. 312-160 du code de l’action sociale et des familles. Les établissements accueillant des personnes en situation de handicap sont quant à eux soumis à cette même obligation depuis 2007.
Le plan bleu, qui constitue le plan global de gestion des risques des établissements médico-sociaux pour faire face à tout type de crises et de SSE susceptibles de les impacter, doit être pleinement intégré dans la gouvernance de l’établissement. Élaboré sous la responsabilité du directeur de l’établissement, il constitue le plan global de gestion des risques des établissements médico-sociaux pour faire face à tout type de crises et de situations sanitaires exceptionnelles (SSE) susceptibles de les impacter, rappelle l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Le plan bleu s’inscrit en cohérence avec le dispositif ORSAN qui permet de mobiliser l’ensemble des secteurs du système de santé pour faire face aux situations sanitaires exceptionnelles — un rapprochement utile pour situer le plan bleu dans l’écosystème plus large de la gestion des situations sanitaires exceptionnelles.
Pour un rappel complet des obligations de sécurité incendie et de structuration du plan bleu, voir le guide complet sécurité incendie et plan bleu en EHPAD ainsi que le guide pratique de gestion de crise en EHPAD.
Impact concret par profil métier
Directeur d’EHPAD : piloter le dossier de retour
Le directeur porte la responsabilité de constituer et transmettre le plan de retour à l’ARS, puis de coordonner sa mise en œuvre avec le Conseil départemental et les autres acteurs. Avant toute réintégration, il doit être en mesure de garantir que sécurisation des bâtiments, remise en service des réseaux, contrôle de la qualité de l’eau, nettoyage approfondi des locaux et présence des équipes soignantes pour accueillir les résidents.
IDEC et équipes soignantes : sécuriser l’accompagnement individuel
Côté soins, Chaque réintégration a fait l’objet d’une préparation attentive, en interaction constante avec le Conseil départemental, pour garantir aux résidents et aux patients un retour adapté à leur état général, notamment leur niveau d’autonomie et leurs besoins en accompagnement. Sur le volet psychologique, Une attention particulière a été et sera portée à l’accompagnement psychologique de ces personnes, afin d’aider chacun à reprendre progressivement son quotidien dans les meilleures conditions — un point que l’IDEC doit anticiper dans le planning de reprise, au même titre que la remise en route des traitements et des dossiers de soins.
ASH et services techniques : le nettoyage post-sinistre
Pour les logements et locaux exposés aux fumées, le nettoyage complet du logement exposé aux poussières, cendres ou suies devait être réalisé conformément aux recommandations sanitaires (port de gants et d’un masque FFP2, nettoyage des surfaces à l’eau, sans balayage à sec, aspirateur, souffleur ou nettoyeur haute pression, lavage des textiles, nettoyage des systèmes de ventilation, etc.). Ces consignes concernent en priorité les services techniques et le personnel d’entretien, qui doivent être formés à ces protocoles avant toute reprise d’activité dans les zones concernées.
Pour les retours à domicile ou en dehors d’un établissement, un relais spécifique a existé : les Centres communaux d’action sociale (CCAS) sont intervenus pour évaluer les besoins de la personne. Ce mécanisme peut inspirer un partenariat local formalisé dans le plan bleu de chaque établissement.
Ce qu’un directeur peut vérifier dès maintenant
La séquence observée en Gironde peut être transposée en checklist opérationnelle, à intégrer ou à mettre à jour dans le plan bleu de tout établissement :
- Vérifier que le plan bleu prévoit une procédure de retour distincte de la procédure d’évacuation, avec ses propres critères de validation.
- Identifier à l’avance l’interlocuteur ARS et le Conseil départemental compétents pour la validation d’un plan de retour en situation de crise.
- Lister les conditions matérielles à contrôler avant réintégration : sécurisation du bâti, réseaux, qualité de l’eau, nettoyage approfondi.
- Prévoir un protocole de nettoyage post-sinistre spécifique aux fumées, poussières et cendres, avec les équipements de protection adaptés.
- Prévoir l’organisation du soutien psychologique des résidents et des personnels dans le calendrier de reprise.
- Formaliser le lien avec le CCAS pour l’évaluation des besoins des personnes de retour à domicile.
- Documenter, établissement par établissement, un état des lieux permettant d’individualiser chaque retour selon l’autonomie du résident.
Cette checklist peut être croisée avec les points de contrôle rappelés dans les documents qu’un EHPAD doit pouvoir sortir en dix minutes et avec la cartographie des risques présentée dans l’article sur la gestion des risques en EHPAD.
Perspectives
Ces retours se sont déroulés dans les meilleures conditions, grâce à la mobilisation des personnels des établissements qui se sont relayés pour les accompagner. Cette mobilisation prolongée illustre une réalité souvent sous-estimée dans la planification : le retour post-crise mobilise les équipes presque autant que l’évacuation, sur une durée plus longue et avec une charge émotionnelle propre, y compris pour les personnels eux-mêmes affectés par les incendies. Les questions de droit du travail et de statut de l’établissement sinistré restent par ailleurs à part entière : elles sont traitées dans la FAQ des incendies de l’été 2026 pour les EHPAD employeurs.
Questions fréquentes
Le retour des personnes évacuées après les incendies de Gironde est-il totalement terminé ?
Quelles conditions un établissement doit-il réunir avant de réintégrer ses résidents ?
Le plan bleu est-il obligatoire pour tous les EHPAD ?
Sources officielles
- ARS Nouvelle-Aquitaine, Communiqué de presse — Incendies de Gironde, les personnes fragiles ont réintégré leurs lieux de vie
- Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) — Direction générale de la santé (DGS), Guide d’aide à l’élaboration du plan bleu en EHPAD
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes, Le plan bleu en établissements médico-sociaux
- Légifrance, article D. 312-160 du code de l’action sociale et des familles
- Légifrance, Décret n° 2005-768 du 7 juillet 2005

