La canicule qui frappe la France ce jeudi 25 juin place les EHPAD et les personnes âgées isolées en première ligne. Météo-France parle d’un épisode d’une sévérité exceptionnelle, les services d’urgence montent déjà en charge et les établissements ont activé leur plan bleu. Tour d’horizon de la situation et des obligations, à destination des directeurs, médecins coordonnateurs et IDEC.
Une vague de chaleur d’une sévérité exceptionnelle
Les chiffres météo sont sans précédent. Selon Météo-France, mercredi 24 juin a été la journée la plus chaude jamais mesurée dans le pays, le thermomètre grimpant jusqu’à 43,6 °C à Cazaux (Gironde). L’établissement public juge cet épisode exceptionnellement sévère, à un niveau qu’il rapproche de celui d’août 2003.
La carte de vigilance traduit l’ampleur du phénomène. Au plus fort de l’épisode, 90 départements ont été classés en vigilance orange canicule, couvrant 91 % de la population ; plus d’une trentaine atteignent ce jeudi le niveau de danger élevé, et deux le niveau de danger très élevé. Santé publique France relève d’ailleurs qu’il s’agit, à ce stade, du plus sévère jamais observé à cette période de l’année.
Des urgences déjà sous tension
L’impact sanitaire est mesurable. D’après le bulletin « Canicule et santé » de Santé publique France du 24 juin, du 18 au 21 juin, on comptait chaque jour de 300 à 450 passages aux urgences rattachés à l’indicateur iCanicule. Puis l’accélération : le 22 juin, ces recours bondissent, avec plus de 650 passages aux urgences sur la seule journée. Surtout, on enregistre de 160 à 220 hospitalisations par jour, dont près de 60 % concernent des personnes de 75 ans et plus.
Cette sur-représentation des plus âgés n’est pas nouvelle : lors des étés précédents, les 75 ans et plus ont concentré 53 % des passages aux urgences liés à l’indicateur iCanicule. Pour les EHPAD, l’enjeu est double : protéger les résidents et éviter d’engorger des urgences déjà saturées, dans la logique décrite par notre guide sur la réduction des hospitalisations non programmées. À l’échelle hospitalière, le volet ORSAN-CLIM vise à organiser la prise en charge médicale d’un afflux de patients.
Plan bleu : ce que la réglementation impose aux EHPAD
Face à la chaleur, les EHPAD ne sont pas démunis : la loi les oblige à anticiper. Le Code de l’action sociale et des familles prévoit que les établissements assurant l’hébergement des personnes âgées mentionnés au 6° du I de l’article L. 312-1 sont tenus d’intégrer un plan de gestion de crise. Aux termes de l’arrêté qui encadre ce dispositif, le plan mentionné à l’article D. 312-155-4-1 est intitulé « Plan bleu ». Il prévoit notamment la mise en place d’une convention avec un établissement de santé proche définissant les modalités de coopération.
Concrètement, le plan bleu désigne un référent de crise, organise l’accès à une pièce rafraîchie, renforce l’hydratation et la surveillance, et s’articule avec les plans blancs des hôpitaux. Pour le détail opérationnel, on se reportera à nos ressources sur les seuils et protocoles d’hydratation en EHPAD, sur les protocoles à appliquer auprès des résidents et sur les obligations envers les soignants, sans oublier la gestion du mode dégradé pendant l’été.
Personnes âgées à domicile : le maillon le plus fragile
Si l’EHPAD offre un cadre protégé, la situation des personnes âgées vivant seules à domicile est plus préoccupante. Le portail officiel Pour les personnes âgées rappelle les gestes essentiels : boire de l’eau à intervalles réguliers, même sans soif, et s’abstenir d’alcool. Il recommande aussi un réflexe simple : s’inscrire sur le registre de sa commune pour être aidé durant les fortes chaleurs, et garder à portée le numéro vert Canicule Info Service, joignable au 0 800 06 66 66.
Les signes d’alerte doivent être connus de l’entourage et des intervenants à domicile. Une déshydratation peut se traduire par des urines moins abondantes et plus foncées, tandis qu’un coup de chaleur s’annonce par des maux de tête, des vertiges, une fatigue inhabituelle, des propos incohérents ou de la fièvre. Ces symptômes, parfois confondus avec un simple coup de fatigue, justifient une vigilance accrue — d’autant qu’ils peuvent masquer ou aggraver une confusion aiguë chez la personne âgée.
Surmortalité : pourquoi la vigilance doit tenir dans la durée
Aucun bilan de surmortalité n’est encore disponible pour cet épisode — Santé publique France publie ses estimations plusieurs semaines après la fin d’une vague de chaleur. Mais l’histoire récente rappelle l’enjeu vital. Sur la dernière décennie, 11 700 décès sont imputables à l’exposition de la population à la chaleur lors des canicules. Et pour le seul été 2025, plus de 5 700 décès ont été attribués à la chaleur sur l’ensemble de la saison.
La comparaison faite par Météo-France avec la canicule d’août 2003 n’est donc pas anodine : elle rappelle que les premiers jours d’un épisode ne disent pas tout, et que les effets sanitaires se prolongent au-delà du pic de température. Pour les directeurs et médecins coordonnateurs, le mot d’ordre est de maintenir le dispositif — hydratation, surveillance, pièce rafraîchie, coordination avec l’ARS et l’hôpital — tant que dure l’alerte, sans relâchement prématuré.

