En EHPAD, la journée type aide-soignante s’articule autour de quatre temps forts, sans horaire imposé par un texte quelconque : le début de poste et les soins d’hygiène, le repas et l’hydratation, l’après-midi consacré à la vie du résident, puis la soirée et la relève. Entre ces temps, le fil conducteur reste le même : observer, accompagner, transmettre, en collaboration constante avec l’infirmier. Cet article détaille ce que recouvre chacun de ces moments, le cadre de collaboration avec l’infirmier, les points de vigilance qui reviennent dans les retours d’expérience, et la réalité des conditions de travail décrite par les études disponibles.
Un métier cadré par le code de la santé publique, au service de résidents très dépendants
L’article L. 4391-1 du code de la santé publique réserve l’exercice du métier : Peuvent exercer la profession d’aide-soignant les personnes titulaires : 1° Du diplôme d’Etat d’aide-soignant ; 2° Du certificat d’aptitude aux fonctions d’aide-soignant ; 3° Du diplôme professionnel d’aide-soignant. Ce cadre s’articule avec l’article R. 4311-5 du même code : Pour des actes et soins dispensés dans un établissement ou un service à domicile à caractère sanitaire, social ou médico-social, l’infirmier peut, dans le cadre de son rôle propre, confier sous sa responsabilité certains actes et soins qu’il détermine en fonction de l’évaluation de la situation clinique de la personne et qui figurent sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de la santé. Ces actes peuvent être confiés aux aides-soignants, auxiliaires de puériculture ou accompagnants éducatifs et sociaux avec lesquels il collabore et qu’il encadre, en fonction des formations et qualifications de chacun. Le même article ajoute que L’infirmier peut également confier à l’aide-soignant ou l’auxiliaire de puériculture la réalisation, le cas échéant en dehors de sa présence, de soins courants de la vie quotidienne, définis comme des soins liés à un état de santé stabilisé ou à une pathologie chronique stabilisée et qui pourraient être réalisés par la personne elle-même si elle était autonome, ou par un aidant.
Cette organisation répond à une population lourdement dépendante. Selon la DREES, Plus de la moitié des résidents en Ehpad (55 %) sont en forte perte d’autonomie (GIR 1 ou 2), et « Environ 268 200 résidents souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée en 2023, soit 38 % des personnes accueillies ». C’est cette réalité qui place l’observation du résident au cœur du poste d’aide-soignante, du premier soin du matin à la dernière transmission du soir.
Les temps forts du poste, du début de journée à la relève
En début de poste : les soins d’hygiène et l’observation du résident
Le référentiel de repérage des risques de perte d’autonomie de la HAS et de l’ex-Anesm, qui porte sur le volet domicile, pose une distinction reprise dans l’organisation en EHPAD : l’aide à la toilette est assimilée à un acte essentiel de la vie quotidienne qui peut être réalisé par l’auxiliaire de vie si elle n’a pas fait l’objet d’une prescription médicale (SAAD). Dans le cas contraire, il s’agit d’un acte de soins réalisé par l’aide-soignant ou l’infirmier. En établissement, ce n’est pas ce référentiel qui s’applique, mais le cadre de collaboration avec l’infirmier décrit plus loin. Le même référentiel détaille les signes à observer pendant ce temps de proximité avec le résident : Présence de lésions cutanées pouvant aller de la rougeur à l’escarre (notamment vérification de la peau au niveau des points d’appui). Cette vigilance s’appuie souvent sur une grille d’observation qui fait du soin d’hygiène un temps de repérage clinique, pas seulement un soin de confort.
Au moment du repas et de l’hydratation : présence et vigilance
Le repas est un autre temps fort du poste, avec un double enjeu de plaisir et de sécurité. La HAS recommande, pour la personne âgée en général, à domicile comme en institution, d’éviter une période de jeûne nocturne trop longue (> 12 heures) en retardant l’horaire du dîner, en avançant l’horaire du petit déjeuner et/ou en proposant une collation — une recommandation datée de 2007. Cette vigilance côtoie un risque documenté par un flash sécurité patient de la HAS : Il y a eu un défaut de surveillance de la prise du repas d’un résident présentant des risques de fausse route connus. L’analyse des causes profondes de cet événement indésirable grave écarte la piste du seul sous-effectif : L’organisation du petit déjeuner et des tâches à accomplir durant ce temps d’accompagnement du résident était défaillante, alors que l’effectif était adapté en nombre et en compétences. Ce temps de vigilance est détaillé dans notre guide sur l’aide au repas en EHPAD.
Côté ressenti des résidents, une enquête de la DREES menée en maisons de retraite/EHPAD et USLD (2013) montre que près de 20 % des résidents ne sont pas satisfaits de l’horaire du soir, tandis que « Les horaires du petit-déjeuner quant à eux conviennent à près de 90 % » des résidents interrogés — une donnée d’enquête, pas une norme d’organisation. La même étude relève que la possibilité de choisir son voisin de table est particulièrement limitée : seuls 19 % des résidents le peuvent.
L’après-midi et la vie du résident : mobilité et accompagnement
L’après-midi est aussi un temps de mobilisation et d’accompagnement à la mobilité : aides au lever, transferts, déplacements vers les temps collectifs. L’IGAS rapproche à ce titre le secteur médico-social d’un secteur réputé pour sa pénibilité physique : le BTP est le secteur le plus accidentogène de l’ensemble des CTN et partage avec le médico-social la prééminence des risques liées aux manutentions manuelles de charge. Cet enjeu renvoie directement aux gestes et postures mobilisés lors des repositionnements répétés au fil de la journée. Une chute survenant hors de la présence d’un professionnel, plus probable à ce moment de sollicitation, appelle un protocole d’observation dédié, détaillé dans notre fiche réflexe sur la chute sans témoin.
En soirée et à la relève : la continuité aux périodes de vulnérabilité
La fin de journée est marquée par la transmission de l’information aux équipes qui prennent le relais. L’ANFH souligne, dans son offre de formation 2026 pour le Grand Est, que des transmissions ciblées efficaces doivent être réalisées par les personnels. Le référentiel d’évaluation des établissements et services sociaux et médico-sociaux de la HAS range d’ailleurs, parmi les éléments attestant du partage d’informations entre professionnels, les « Transmissions ciblées, synthèses. » Un flash sécurité patient de la HAS relate un événement survenu ainsi : En l’absence de l’infirmière coordinatrice le dimanche soir et d’infirmier de nuit, l’aide-soignante n’a pas pu bénéficier de soutien infirmier dans la gestion de la situation. L’analyse de cet événement pointe une défaillance de transmission : Lors des transmissions, l’infirmière n’a pas précisé la nécessité d’une surveillance rapprochée à l’aide-soignante de nuit, ni donné la consigne de recontacter le SAMU si nécessaire. Notre guide sur les transmissions ciblées détaille les points de vigilance à ces moments-clés ; sur l’organisation du plan de soins infirmier qui encadre cette continuité, voir aussi notre article sur la journée type d’une IDE en EHPAD.
Ce que ce déroulé implique selon les métiers
Pour l’aide-soignante : une charge physique et mentale documentée
La DREES a interrogé les personnels sur leur perception du travail en EHPAD : Aux dires des personnels soignants, travailler en EHPAD est difficile, aussi bien physiquement que psychiquement, et la charge mentale y est importante. Le sentiment de cadence est renforcé par deux mécanismes récurrents. D’abord : La « pression de la pendule », autrement dit le travail dans l’urgence, est systématiquement mentionnée par les soignants : il s’agit de travailler vite, en ayant en tête la prochaine tâche ou le prochain résident, sans prendre le temps de « bien » travailler. Ensuite, « Les multiples interruptions qui jalonnent la journée de travail des soignants contribuent à accroître la perception de cadences élevées. » Parmi ces interruptions, les sonnettes, souvent détournées de leur objectif premier (répondre à l’urgence) sont sources d’agacement du fait d’une utilisation parfois abusive de la part des résidents. À cela s’ajoute une exposition au risque physique : l’IGAS relève que le secteur médico-social — qui ne se limite pas aux seuls EHPAD — présente en 2023 une fréquence des sinistres AT de 69,9 accidents de travail pour 1 000 salariés du régime général, deux fois et demie supérieure à la moyenne nationale qui est de 26,8 accidents de travail pour 1 000 salariés. Ce constat éclaire les enjeux de qualité de vie au travail et de prévention du burnout propres au métier.
Pour l’IDEC et l’infirmier : encadrer les délégations de soins
L’ANFH observe, dans son offre de formation régionale (Occitanie, 2024), que les directions leur assignent souvent une fonction d’encadrement de leurs équipes en qualité de chefs d’équipe, afin qu’elles organisent et coordonnent les soins requis par les résidents et qu’elles en assurent le contrôle. C’est ce même infirmier qui, dans le cadre de son rôle propre décrit plus haut, encadre les délégations d’actes confiées aux aides-soignantes.
Pour le directeur : un encadrement dont le taux n’est pas normé
Côté pilotage d’établissement, le HCFEA rappelle, dans son rapport sur les Ehpad (2026), une limite structurelle : Ces règles minimales ne définissent pas de normes, ni de taux d’encadrement.
Organiser le déroulé du poste sans fabriquer d’horaires imposés
Aucun texte ne fixe d’horaires de journée type pour l’aide-soignante : le déroulé — soins d’hygiène, repas, vie sociale, transmissions — s’organise établissement par établissement, en fonction du roulement retenu et de la charge en soins du moment. Ce que les textes et les retours d’expérience balisent, en revanche, ce sont les points de contrôle : la vérification cutanée à chaque toilette, la présence effective pendant les repas à risque de fausse route, et la traçabilité des transmissions. Sur ce dernier point, l’ANFH rappelle que les transmissions ciblées servent à répondre aux exigences de continuité des soins et de traçabilité des actes infirmiers. Notre guide sur la fiche de poste d’aide-soignante détaille les missions socle sur lesquelles caler ces points de contrôle au fil du poste.
Perspectives : un métier sous tension, entre reconnaissance et prévention
Le rapport de l’IGAS qui documente ces constats porte sur le secteur médico-social dans son ensemble, dont les EHPAD ne sont qu’une composante. Il rappelle que ce secteur partage avec le médico-social la prééminence des risques liées aux manutentions manuelles de charge avec le secteur du BTP. La même année, le HCFEA a remis son rapport sur les Ehpad, qui interroge, comme rappelé plus haut, la question du taux d’encadrement sans la trancher par une norme nationale. Pour l’aide-soignante, ces travaux convergent vers un même constat : le cœur du métier — observation pendant les soins d’hygiène, présence aux repas, transmission fiable de l’information aux périodes de vulnérabilité — repose sur une coordination fine avec l’infirmier, plus que sur un seul ajustement d’effectifs.
Mini-FAQ : la journée d’une aide-soignante en EHPAD
Une aide-soignante peut-elle réaliser la toilette d’un résident sans intervention infirmière ?
Qui peut confier des soins courants de la vie quotidienne à l’aide-soignante ?
Pourquoi la présence pendant les repas est-elle un point de vigilance particulier ?
Sources officielles
- HAS / ex-Anesm — référentiel de repérage des risques de perte d’autonomie (volet domicile)
- HAS — référentiel et manuel d’évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux
- HAS — flash sécurité patient sur les périodes de vulnérabilité
- HAS — flash sécurité patient sur les fausses routes
- HAS — recommandations sur la dénutrition protéino-énergétique de la personne âgée
- DREES — enquête sur la vie en établissement d’hébergement pour personnes âgées
- DREES — étude sur les conditions de travail en EHPAD
- ANFH — plan d’actions régional Grand Est
- ANFH — plan d’actions régional Occitanie
- HCFEA — rapport sur les Ehpad
- IGAS — rapport sur l’attractivité des métiers de l’autonomie
- DREES — étude sur les établissements d’hébergement pour personnes âgées
- Légifrance — collaboration entre l’infirmier et l’aide-soignant dans le code de la santé publique
- Légifrance — les titres permettant d’exercer la profession d’aide-soignant


