Après l’épisode caniculaire hors norme de juin 2026, deux agences régionales de santé ouvrent des financements ciblés pour équiper les EHPAD face aux prochaines vagues de chaleur. L’ARS Bretagne finance jusqu’à 30 000 € pour l’acquisition d’un groupe électrogène dans les établissements qui en sont dépourvus, tandis que l’ARS Centre-Val de Loire rembourse les équipements de rafraîchissement acquis depuis le 18 juin. Les deux dispositifs ferment leurs guichets en septembre : de quoi bâtir un dossier avant la date limite.
Les faits : deux appels à candidatures régionaux, deux logiques différentes
En Bretagne, l’appel à candidatures publié par l’ARS part d’un constat climatique régional : la Bretagne, comme l’ensemble des régions françaises, doit désormais composer avec une fréquence croissante d’épisodes météorologiques et climatiques extrêmes, indique l’appel à candidatures publié par l’ARS Bretagne. Les projets peuvent être portés par un EHPAD, une maison d’accueil spécialisée (MAS) ou un établissement d’accueil médicalisé (EAM), avec un financement justifié par devis dans la limite de 30 000 € pour l’acquisition d’un groupe électrogène. La date butoir pour déposer un dossier complet sur la plateforme Démarche Numérique est fixée au 15 septembre 2026.
En Centre-Val de Loire, la logique est différente : il s’agit d’un remboursement de dépenses déjà engagées plutôt que d’un financement de projet. Dans le sillage du mécanisme national d’urgence décidé par l’État pour affronter les fortes chaleurs, l’ARS Centre-Val de Loire a décliné, à son échelle, un dispositif de prise en charge du matériel de rafraîchissement acheté par les établissements médico-sociaux, après un recensement de leurs besoins, précise le communiqué de l’ARS Centre-Val de Loire. Les gestionnaires peuvent demander le remboursement de leurs achats de matériel de rafraîchissement, parmi lesquels climatiseurs d’appoint et ventilateurs, sous réserve de respecter le cahier des charges fixé ; les dépenses engagées à compter du 18 juin 2026 et jusqu’au 31 août 2026 sont éligibles.
Ce dispositif régional s’accompagne d’un volet complémentaire : un dispositif d’urgence distinct, qui couvre à la fois l’achat de matériel de rafraîchissement et les surcoûts de personnel liés à la canicule, ouvert à l’ensemble des structures tarifées par l’ARS et accueillant des personnes âgées ou des personnes handicapées. La plateforme démarche numérique ferme ses dépôts le 10 septembre 2026 à 23h59, sachant qu’aucune demande n’ouvre droit, de façon automatique, à une délégation de crédits : leur examen dépend d’un arbitrage régional selon les priorités du moment, prévient l’ARS — un point de vigilance pour les directeurs qui bâtiraient leur budget sur un remboursement acquis d’avance. Ce cadre régional complète la réglementation nationale sur la climatisation en EHPAD déjà détaillée sur SOS EHPAD, avec cette fois deux financements concrets et datés à mobiliser sans tarder.
Mise en perspective : un cadre national préexistant, mobilisable dès maintenant
Ces deux dispositifs régionaux ne sont pas nés de la canicule de juin 2026 : ils s’appuient sur un cadre national antérieur. Une instruction de la CNSA du 26 novembre 2025 a ouvert 49 millions de crédits pour accélérer la transition écologique des EHPAD, décrits comme une enveloppe de 49 M€, non reconductible, dédiée à la transition écologique des établissements. Ces projets doivent permettre aux établissements de mieux résister aux vagues de chaleur et autres impacts climatiques, tout en réduisant leur consommation d’énergie et en améliorant la qualité de l’air intérieur ; certains dossiers de résidences de répit et de vacances partagées sont également éligibles. Le taux de prise en charge est élevé : jusqu’à 80 % du coût des études et des travaux peut être couvert, et ce taux grimpe à 100 % pour certains équipements. Pour épauler les établissements dans le montage de leurs dossiers, la CNSA finance un réseau de 165 postes dédiés, baptisés CTEES (l’acronyme désignant ce nouveau métier de conseil sur les questions d’énergie et d’écologie), chargés d’auditer les besoins et de lancer des plans d’action. Les projets doivent toutefois reposer sur un modèle économique viable fondé sur des partenariats et être déployés avant fin 2026.
Cette antériorité éclaire l’ampleur de la canicule qui a précipité l’ouverture des guichets régionaux bretons et centre-val-de-loiriens. Selon le bilan climatique de Météo-France, la France a traversé, du 17 au 30 juin 2026, un épisode de chaleur arrivé tôt dans la saison, qui s’est étalé dans la durée et s’est montré particulièrement sévère ; le 25 juin, le pays comptait 72 départements placés sous ce niveau d’alerte maximal et 14 en orange — une situation jamais vue depuis la création de ce dispositif de vigilance en 2004. Comparé à l’épisode de référence de 2003, cette vague de chaleur a été plus intense mais d’une durée inférieure — 14 jours contre 16 jours en 2003, et le mois de juin 2026 détient désormais le record du juin le plus chaud jamais mesuré dans le pays, avec 22,7 °C en moyenne, soit 3,8 °C de plus que la normale saisonnière. Un épisode qui a directement mis à l’épreuve l’obligation réglementaire pesant sur chaque établissement : les établissements assurant l’hébergement des personnes âgées sont tenus d’intégrer dans leur projet d’établissement un plan détaillant les modalités d’organisation à mettre en œuvre en cas de crise sanitaire ou climatique, rappelle l’article D.312-160 du Code de l’action sociale et des familles — le fameux Plan Bleu, déjà au cœur des mobilisations de bénévoles et du plan blanc activé pendant l’épisode de juin.
D’autres ARS ont, sur le même modèle, activé leurs protocoles de crise : en PACA, dès l’annonce du passage en vigilance orange par Météo France, l’ARS a activé sa cellule de veille et de gestion sanitaire, avec des directives diffusées auprès des EHPAD pour la mise en œuvre immédiate de plusieurs mesures, dont le renforcement de la surveillance des résidents les plus vulnérables, la mise à disposition d’espaces rafraîchis et un approvisionnement suffisant en eau. Pour la canicule 2026 spécifiquement, l’agence indique que l’ARS Paca renforce son dispositif régional, adapte ses modalités d’allocation des ressources et vient en aide aux structures médico-sociales, afin d’apporter une réponse rapide, coordonnée et proportionnée aux besoins nés de la canicule 2026, sans toutefois publier de montants pour ce volet à ce stade.
Impact concret par profil métier
- Directeur d’établissement : identifier dès maintenant si l’établissement dispose d’un groupe électrogène et d’équipements de rafraîchissement suffisants, rassembler les devis, et déposer un dossier sur Démarche Numérique avant le 10 ou le 15 septembre selon le dispositif régional mobilisé — sans compter sur une délégation automatique de crédits.
- Gestionnaire / responsable financier : croiser ces guichets régionaux avec l’enveloppe nationale CNSA de transition écologique et avec le cadre de la campagne budgétaire 2026, pour ne pas solliciter deux fois le même poste de dépense.
- IDEC / médecin coordonnateur : mettre à jour le Plan Bleu de l’établissement pour documenter concrètement les mesures de gestion de crise climatique exigées par l’article D.312-160 du CASF, en s’appuyant sur les enseignements de l’épisode de juin 2026.
- Responsable maintenance / travaux : solliciter l’appui d’un conseiller en transition énergétique et écologique (CTEES) pour objectiver les besoins d’équipement avant de monter le dossier, une ressource gratuite financée par la CNSA.
Perspectives
Pour l’instant, seules la Bretagne, le Centre-Val de Loire et, de façon moins formalisée, PACA ont publié des dispositifs financiers actifs post-canicule. Rien n’indique à ce jour que d’autres régions suivront avec des montants comparables : les EHPAD situés hors de ces trois régions ont donc intérêt à solliciter directement l’enveloppe nationale CNSA de transition écologique, via leur ARS dans le cadre du dispositif Perf’EHPAD ou de la feuille de route nationale de transition écologique en santé, plutôt que d’attendre un appel à candidatures régional qui n’existe pas encore chez eux. Avec des guichets qui ferment en septembre et des crédits nationaux à déployer avant fin 2026, la fenêtre pour sécuriser un financement de résilience climatique se resserre déjà pour la saison prochaine.

