Perf'EHPAD
Financement & Aides

Perf’EHPAD : l’ARS accompagne les EHPAD en difficulté financière

20 juin 2026 9 min de lecture Nicolas Mortel
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Perf’EHPAD, le dispositif d’appui collectif piloté par l’ANAP, monte en puissance pour soutenir les directions confrontées à la dégradation financière du secteur. Une Agence régionale de santé vient d’annoncer que 91 EHPAD ont bénéficié du dispositif en 2025, avant 60 EHPAD supplémentaires de la région en 2026. Derrière cet appui méthodologique se joue un enjeu majeur de pilotage : alors que les comptes des établissements et de la branche Autonomie se sont dégradés, quels leviers de redressement le directeur d’EHPAD peut-il réellement actionner ?

Perf’EHPAD : ce que recouvre le dispositif d’appui

Perf’EHPAD n’est pas une enveloppe financière directe, mais un accompagnement à la performance. La Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) a confié à l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (ANAP) le déploiement de ce programme. Il s’agit d’un dispositif d’appui collectif destiné à aider les établissements fragilisés à consolider leur performance, en croisant analyse budgétaire, organisation des ressources humaines et qualité de l’accompagnement.

Concrètement, la méthode repose sur un accompagnement intensif et borné dans le temps : sur une période de quatre à six mois, chaque direction est épaulée par les experts de l’ANAP, répartis au sein de neuf groupes d’accompagnement pour favoriser le partage d’expérience entre pairs. L’objectif est de doter chaque direction d’un plan d’action concret sur ses postes de charges les plus sensibles. Pour replacer ce dispositif dans la stratégie globale de l’établissement, notre décryptage des obligations du directeur d’EHPAD au titre de la loi Bien Vieillir 2024 reste un point de repère utile.

Une dégradation financière qui frappe l’ensemble du secteur

Si l’ANAP déploie ce dispositif, c’est que les indicateurs financiers sont préoccupants. D’après les données publiées par la CNSA, 68,3 % des EHPAD publics et privés non lucratifs terminaient l’exercice 2023 en déficit. Plus alarmant encore pour la trésorerie : 42,8 % de ces établissements affichaient une capacité d’autofinancement (CAF) négative au titre de l’exercice 2023, signe d’une incapacité à dégager les ressources nécessaires pour financer leurs investissements. Et 36,4 % d’entre eux accusaient un déficit supérieur à 5 % de leurs recettes, soit un niveau de déséquilibre structurel difficilement soutenable.

Cette dégradation tient d’abord à un effet de ciseau entre charges et recettes. La CNSA relève que les charges des EHPAD publics et privés non lucratifs ont augmenté à un rythme soutenu depuis 2020 : +6,3 % en 2023, quand les recettes n’ont progressé que de +4,9 % en 2023. Le recours à l’intérim a joué un rôle aggravant : ces charges de personnel extérieur ont globalement doublé entre 2017 et 2022, dépassant le milliard d’euros par an. Seule éclaircie, le taux d’occupation s’est partiellement redressé pour atteindre 92,4 % en 2023. La tendance n’est pas nouvelle : dès 2022, 60,3 % des EHPAD présentaient un résultat net négatif en 2022, contre 49,3 % en 2021. Nous avions détaillé ces mécanismes dans notre tableau de bord financier des directeurs d’établissement.

La branche Autonomie elle-même dans le rouge

Le déséquilibre ne s’arrête pas aux portes des établissements. Pour la première fois, la branche Autonomie a enregistré un déficit de 574,6 millions d’euros en 2023. Et la trajectoire se prolonge : le premier budget rectificatif 2025 porte le déficit prévisionnel de la branche Autonomie à – 762,9 millions d’euros. Ce contexte macro-budgétaire pèse directement sur les marges de manœuvre des ARS pour soutenir les établissements, comme nous l’analysions à propos de la certification de la branche Autonomie.

Les leviers financiers mobilisables par les directeurs en 2026

Face à cette situation, l’État a multiplié les dispositifs de soutien. Dès 2023, un fonds d’urgence de 100 millions d’euros, intégralement délégué aux agences régionales de santé dans le courant de l’année. Le mouvement s’est amplifié : le budget rectificatif 2025 a prévu un fonds d’urgence de 300 millions d’euros fléché vers les EHPAD et les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) fragilisés. En parallèle, l’instruction budgétaire 2025 a précisé qu’une enveloppe de 250 millions d’euros est déléguée aux agences régionales de santé pour soutenir les établissements fragiles.

D’autres crédits ciblés complètent ce panorama. La CNSA a fléché 49 M€ de crédits non reconductibles pour accompagner la transition écologique des EHPAD — un sujet que nous avons traité dans notre article sur la transition énergétique des EHPAD. Pour ces crédits exceptionnels, le co-financement public est substantiel : ils pourront couvrir jusqu’à 80 % des coûts pour les prestations intellectuelles et travaux, et jusqu’à 100 % pour certains équipements. À ces leviers s’ajoutent les financements de la formation, comme l’enveloppe que la CNSA mobilise via OPCO Santé et Uniformation.

Impact concret par profil de poste

Pour le directeur d’EHPAD

Le directeur doit anticiper, et non subir. Un établissement structurellement déficitaire peut être convoqué devant une commission départementale de suivi des ESSMS en difficultés financières, créée par instruction du 21 septembre 2023. Mieux vaut donc objectiver sa situation en amont (CAF, taux d’occupation, poids de l’intérim) et solliciter de manière proactive l’accompagnement Perf’EHPAD ou les crédits d’urgence auprès de son ARS. La maîtrise du circuit de signalement reste par ailleurs un réflexe de gestion : voir notre guide pour signaler un EIG en EHPAD.

Pour le médecin coordonnateur et l’IDEC

La réduction du recours à l’intérim — premier poste d’emballement des charges — passe par une stabilisation des équipes soignantes. Le médecin coordonnateur et l’IDEC sont en première ligne pour fiabiliser les plannings, fidéliser les soignants et limiter le turnover, principaux moteurs des charges de personnel extérieur qui ont doublé en cinq ans.

Perspectives : des ressources nouvelles en 2026

L’horizon 2026 n’est pas uniquement marqué par les restrictions. L’objectif global de dépenses (OGD) consacré aux personnes âgées a été porté à 17,6 milliards d’euros en 2025. Et le budget initial 2026 de la branche Autonomie s’appuie sur une nouvelle ressource fiscale générant entre 1,4 et 1,5 milliard d’euros supplémentaires pour la branche Autonomie. Enfin, la réforme du financement progresse, avec 314 millions d’euros sont délégués au titre de la mise en œuvre de la fusion des sections soins et dépendance dans les départements pilotes. Pour les directeurs, ces évolutions imposent une veille budgétaire serrée et une candidature systématique aux dispositifs d’appui — Perf’EHPAD en tête.

Mini-FAQ : Perf’EHPAD et finances des EHPAD

Qu’est-ce que le dispositif Perf’EHPAD ?
Perf’EHPAD est un dispositif d’appui collectif confié par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) à l’ANAP. Il accompagne les établissements en difficulté pour renforcer leur performance pendant une période de quatre à six mois, en s’appuyant sur des groupes d’accompagnement entre pairs. Il ne s’agit pas d’une subvention, mais d’un appui méthodologique au pilotage budgétaire et organisationnel.
Mon EHPAD est en déficit : quelles aides financières mobiliser en 2026 ?
Plusieurs leviers existent. Le fonds d’urgence porté à 300 millions d’euros par le budget rectificatif 2025 cible les EHPAD et SSIAD en difficulté, et une enveloppe de 250 millions d’euros est déléguée aux agences régionales de santé. Des crédits non reconductibles (49 M€ pour la transition écologique) peuvent couvrir jusqu’à 80 % de certains coûts. Le directeur doit se rapprocher de son ARS pour identifier les dispositifs ouverts dans sa région.
Qu’est-ce qu’une commission départementale de suivi des ESSMS en difficulté ?
Créées par instruction du 21 septembre 2023, ces commissions réunissent l’ARS, le conseil départemental et les services financiers de l’État pour examiner la situation des établissements en difficulté financière et coordonner les mesures de soutien. Un EHPAD durablement déficitaire a tout intérêt à objectiver sa situation avant d’y être convoqué.

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