La CNSA a signé deux conventions, l’une avec OPCO Santé, l’autre avec Uniformation, pour soutenir la formation des professionnels de l’autonomie. Ce mécanisme mobilise environ 38 millions d’euros par an et permet de couvrir jusqu’à 80 % du coût des parcours diplômants, dont près de 25 000 euros pour la formation d’aide-soignant diplômé d’État. Pour les EHPAD confrontés à la pénurie de personnel qualifié, ce levier de financement mérite d’être activé sans attendre.
Deux conventions, un levier de financement structurel
Pour bien comprendre ce que ces accords représentent concrètement : la CNSA ne finance pas directement les formations, mais contractualise avec OPCO Santé et Uniformation, qui pilotent ensuite la redistribution aux établissements et aux salariés. Ce circuit indirect garantit une gestion conforme aux règles de la formation professionnelle continue et simplifie les démarches côté établissement, qui passe par son OPCO habituel.
L’enveloppe totale est significative. La CNSA consacre chaque année environ 38 millions d’euros à la formation des professionnels du secteur. Selon la page dédiée au financement de la formation professionnelle sur le site de la CNSA, cette enveloppe est répartie via ses conventions avec les OPCO nationaux et finance en priorité les formations qualifiantes et diplômantes des salariés de structures médico-sociales.
Ces deux conventions — annoncées par la CNSA en 2026 — viennent renforcer un dispositif déjà actif, mais dont beaucoup d’EHPAD ne tirent pas encore pleinement parti. L’actualisation des accords et la communication de la Caisse sur ce point constituent un signal fort d’un engagement durable sur la formation.
Quelles formations sont éligibles et quels montants ?
Les formations diplômantes sont au cœur du dispositif. La CNSA peut prendre en charge jusqu’à 80 % du coût des parcours diplômants, ce qui représente un levier financier considérable pour des établissements dont les budgets formation restent contraints. L’exemple le plus concret porte sur le métier le plus demandé en EHPAD : la formation d’aide-soignant diplômé d’État peut être prise en charge à hauteur de 80 %, soit près de 25 000 euros. Pour un établissement qui souhaite s’appuyer sur l’arrêté de 2025 pour restructurer ses parcours AS, cette prise en charge CNSA est le complément financier indispensable.
La convention CNSA/OPCO Santé définit précisément la liste des professions éligibles. Sont concernés : l’éducateur spécialisé, le moniteur éducateur, l’accompagnant éducatif et social, l’aide-soignant, l’infirmier, l’assistant de service social, l’éducateur technique spécialisé et l’assistant de vie aux familles. Pour les EHPAD, cela couvre l’essentiel des métiers d’aide directe.
Thématiques de professionnalisation prioritaires
La convention ne se limite pas aux diplômes généraux. Elle cible également des formations thématiques prioritaires liées aux besoins actuels des établissements. Les thématiques retenues sont le polyhandicap, les maladies neurodégénératives et l’accompagnement au grand âge. Pour les équipes EHPAD confrontées à la complexification des pathologies résidentes — Alzheimer, Parkinson, polypathologies —, ces formations thématiques répondent à un besoin opérationnel immédiat.
Qui peut bénéficier de ce financement ?
Le périmètre est clairement délimité. Ce financement est exclusivement réservé aux personnels salariés des établissements médico-sociaux du champ du grand âge et de la personne handicapée. Les EHPAD publics, privés non lucratifs et privés commerciaux sont donc tous éligibles, dès lors que leurs salariés relèvent d’une convention collective couverte par OPCO Santé ou Uniformation.
La convention CNSA/OPCO Santé renouvelle l’ambition conjointe d’accroître les départs en formation dans le secteur médico-social. Cet objectif est stratégique dans le contexte actuel : le secteur médico-social fait face à près d’un établissement sur deux qui déclare des difficultés de recrutement, avec plus de 25 000 postes vacants. Les données INRS publiées cette année montrent que les soignants d’EHPAD déclarent ne pas disposer des moyens nécessaires pour soigner correctement — un signal qui rend la montée en compétence d’autant plus urgente.
Mise en perspective : un secteur sous pression qui parie sur la formation
L’OPCO Santé couvre plus de 1,163 million de salariés dans les secteurs sanitaire, social et médico-social, ce qui en fait l’un des plus grands opérateurs de compétences de France. Sa capacité à mobiliser des financements CNSA à grande échelle est réelle — encore faut-il que les établissements s’en emparent. La convention d’objectifs et de moyens OPCO Santé–État 2026-2028 (COM) formalise cet engagement pluriannuel avec des enveloppes dédiées.
La pénurie de personnel soignant n’est pas une crise conjoncturelle. Elle s’inscrit dans une tendance de fond que la COM OPCO Santé 2026-2028 prend de front : des financements dédiés sont prévus pour les métiers en tension — aides-soignants, infirmiers et accompagnants éducatifs et sociaux. C’est précisément dans ce contexte que les conventions CNSA prennent tout leur sens : qualifier les professionnels déjà en poste pour sécuriser les équipes à moyen terme, plutôt que de miser uniquement sur le recrutement externe.
Pour les directeurs qui souhaitent combiner plusieurs dispositifs, le programme de l’ANACT contre l’usure professionnelle en EHPAD en 2026 constituent un autre levier complémentaire. La formation et la prévention de l’usure s’articulent naturellement : un professionnel mieux qualifié est aussi un professionnel mieux armé pour tenir dans la durée.
Comment activer le dispositif en pratique ?
Étape 1 — Identifier le bon OPCO
La première question est de savoir si votre établissement relève d’OPCO Santé ou d’Uniformation. OPCO Santé couvre les établissements relevant de la convention collective nationale (CCN) du secteur sanitaire, social et médico-social privé à but non lucratif, ainsi que le secteur privé commercial. Uniformation couvre certains organismes d’intérêt général et d’économie sociale. En cas de doute, le service RH ou le gestionnaire de paie peut identifier le code IDCC de l’établissement.
Étape 2 — Déposer le dossier de financement via l’OPCO
La démarche suit ensuite le circuit classique de prise en charge des formations : dossier de demande, accord préalable de l’OPCO avant le début de la formation, réalisation, puis demande de remboursement. Le co-financement CNSA abonde automatiquement l’enveloppe disponible pour les formations diplômantes éligibles — il ne nécessite pas de démarche séparée côté établissement. Pour les directeurs qui souhaitent structurer leur plan de formation, déléguer à l’IDEC la coordination opérationnelle du plan de développement des compétences permet de gagner en réactivité.
Étape 3 — Prioriser les profils et anticiper les délais
Les profils prioritaires pour les parcours diplômants financés par la CNSA sont les aides-soignants en poste sans diplôme d’État (VAE ou formation initiale), les accompagnants souhaitant évoluer vers le diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social (DEAES), et les infirmiers cherchant à se spécialiser sur des thématiques gériatriques complexes. Les fonds CNSA sont soumis à des enveloppes annuelles par OPCO. Il est donc recommandé de déposer les dossiers en début d’exercice, avant épuisement des crédits disponibles.
La mobilisation du secteur autour des conditions de travail en EHPAD — illustrée notamment par la 5e édition de la mobilisation « Les Vieux méritent mieux » annoncée pour octobre 2026 — renforce aussi l’argument pour afficher un plan de formation ambitieux auprès des équipes et des résidents.
Ce que ça change par profil
Pour les directeurs d’EHPAD : une prise en charge CNSA allant jusqu’à 80 % du coût d’une formation diplômante réduit significativement le reste à charge pour l’établissement. C’est un argument clé pour obtenir l’accord du gestionnaire ou de la direction régionale lors de la construction du budget formation.
Pour les aides-soignants : une formation d’aide-soignant de près de 25 000 euros prise en charge à 80 % par la CNSA change concrètement la possibilité d’accéder à la qualification pour des agents sans diplôme d’État. C’est aussi un levier de fidélisation puissant : un professionnel en cours de qualification est statistiquement plus susceptible de rester dans l’établissement qui l’accompagne.
Pour les IDEC et IDE : l’accès aux formations thématiques sur le polyhandicap, les maladies neurodégénératives et l’accompagnement au grand âge structurent la montée en compétence des équipes soignantes. Ces thématiques correspondent précisément aux défis cliniques croissants que rencontrent les établissements avec l’évolution du profil des résidents. Des modèles comme la Maison des soignants de Metz montrent comment articuler formation et QVT dans un même dispositif.
Questions fréquentes
Un EHPAD privé commercial peut-il bénéficier du financement CNSA via OPCO Santé ?
Oui. Le financement CNSA est réservé aux personnels salariés des établissements médico-sociaux du champ du grand âge, sans distinction de statut juridique. Les EHPAD privés commerciaux relevant d’une CCN couverte par OPCO Santé — notamment les branches FEHAP ou Synerpa — sont éligibles au même titre que les établissements publics ou privés non lucratifs. La vérification se fait en identifiant le code IDCC de l’établissement auprès du service RH.
Comment vérifier si un parcours de formation est éligible au co-financement CNSA ?
La vérification se fait auprès du conseiller OPCO Santé (ou Uniformation) de votre territoire. Les formations certifiantes inscrites au RNCP sont systématiquement éligibles. Pour les formations courtes thématiques, la convention CNSA cible en priorité le polyhandicap, les maladies neurodégénératives et l’accompagnement au grand âge. Il est recommandé de contacter l’OPCO en amont pour confirmer l’éligibilité avant de construire le dossier.
Quels sont les délais à anticiper pour déposer un dossier OPCO ?
Le délai standard entre dépôt d’un dossier et décision de prise en charge est de 4 à 6 semaines pour les formations courtes, et peut atteindre 2 à 3 mois pour les formations diplômantes longues nécessitant un accord préalable formalisé. Il est fortement recommandé de déposer les dossiers en tout début d’année, avant que les enveloppes annuelles disponibles — issues du co-financement CNSA et des fonds propres de l’OPCO — soient épuisées.