conditions de travail soignants EHPAD
QVT & Prévention du burnout

Soignants EHPAD 2026 : 47 % sans moyens de soigner correctement — ce que révèle l’INRS

31 mai 2026 9 min de lecture Patrice Martin
Ressource recommandée Nouveauté 2026
Guide Pratique : QVT & Prévention du burn-out soignant en EHPAD

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Prévenir le burnout soignant : signaux faibles, leviers QVT, plan d'action.

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Conditions de travail des soignants en EHPAD : 47,4 % des soignants estiment ne pas avoir les moyens d’effectuer un travail de qualité, selon la dernière étude INRS (TF-323, décembre 2024). Face à une sinistralité trois fois supérieure à la moyenne nationale et dépassant d’un tiers celle du BTP, directeurs et IDEC disposent pourtant de leviers concrets d’action. État des lieux chiffré et plan d’action.

Une sinistralité hors normes : les chiffres INRS 2024

Plus de 350 000 personnels dédiés à la prise en charge des résidents travaillent en EHPAD — et leur santé au travail est documentée par l’INRS comme particulièrement préoccupante. La publication de référence, l’étude Références en Santé au Travail n°180 (TF-323, décembre 2024), en dresse un tableau sans ambiguïté.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) dominent la sinistralité : les TMS représentent à eux seuls plus de 90 % des maladies professionnelles reconnues en EHPAD. Leur impact économique est massif : selon l’Assurance maladie, leur coût annuel atteindrait 46 millions d’euros et représenterait plus de 660 000 journées de travail perdues. Plus de 60 % de ces TMS sont liés au mal de dos, directement corrélé aux manutentions de résidents.

Au niveau des accidents du travail, les lésions liées aux manutentions manuelles représentent près des 2/3 des accidents du travail en EHPAD. Et la comparaison sectorielle est accablante : les taux les plus élevés d’AT/MP et d’absentéisme de ce secteur sont trois fois supérieurs à la moyenne nationale et dépassent d’un tiers ceux du BTP — une statistique issue de l’étude INRS TF-323 de décembre 2024.

Ce que vivent les soignants : l’enquête terrain (INRS TF-323)

L’étude TF-323 publiée par l’INRS en décembre 2024 apporte un éclairage inédit sur le ressenti des soignants en EHPAD. Les résultats sont interpellants :

  • Manque de moyens : 47,4 % des soignants disent ne pas avoir les moyens d’effectuer un travail de qualité. Parmi eux, 85,4 % citent le manque de personnel et 65,9 % le manque de temps.
  • Arrêts de travail : 29,5 % des répondants ont eu un arrêt de travail estimé en lien avec leur activité professionnelle dans l’année. Plus de la moitié (58,8 %) faisaient suite à un accident du travail et 19,6 % à une maladie professionnelle.
  • Santé perçue : près d’un quart des soignants (27,7 %) ne s’estimaient pas en bonne santé.
  • Agressions : 72,3 % ont subi des agressions de la part des résidents et 41,6 % de la part des familles. Ces comportements, souvent liés aux troubles neurocognitifs, restent insuffisamment documentés dans les DUERP.
  • Stress professionnel : 88 % des soignants se déclarant stressés estiment que ce stress est en lien avec leur travail. Près de la moitié (48,6 %) rapportait au moins une augmentation de consommation de substances ou médicaments à cause du travail.

Le turn-over au sein des EHPAD atteint environ 15 % de nouveaux embauchés ayant moins d’un an d’ancienneté, aggravant les difficultés d’organisation. Cette instabilité des équipes renforce la charge pesant sur les soignants expérimentés.

La charge psychologique : un risque méconnu

Au-delà de la physicalité du travail, les personnes travaillant en EHPAD doivent faire face à une charge psychologique et émotionnelle importante liée notamment à l’accompagnement de résidents en fin de vie. Ils sont ainsi particulièrement exposés au risque d’épuisement professionnel, souligne l’INRS. La DREES le confirme dans son dossier n°5 : travailler en EHPAD est difficile, aussi bien physiquement que psychiquement, et la charge mentale y est importante.

La crise financière aggrave les conditions de travail

Les conditions de travail sont étroitement liées à la santé financière des établissements. Or la situation est préoccupante dans le public : 7 EHPAD publics sur 10 sont en déficit en 2024 (contre 8 sur 10 en 2023) après intégration des aides exceptionnelles reçues, selon l’enquête nationale FHF de mai 2025. Le déficit prévisionnel moyen à la place atteint 3 104 € en 2024 — soit une perte de l’ordre de 300 000 € pour un EHPAD déficitaire de 100 lits. Plus d’un EHPAD public sur trois a rencontré des difficultés de trésorerie en 2024.

Cette contrainte financière limite directement les capacités de recrutement et d’investissement en matériel ergonomique. La FHF a obtenu en PLFSS 2026 une augmentation de 150 millions d’euros de l’ONDAM Autonomie, qualifiée d’essentielle pour les EHPAD publics, mais insuffisante selon les fédérations pour combler le déficit structurel.

Impact concret par profil métier

Pour les directeurs d’EHPAD

La mise à jour du DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques) est une obligation légale — et un outil de pilotage. L’INRS propose depuis novembre 2024 un outil d’évaluation des risques professionnels spécifique aux EHPAD, gratuit et accessible en ligne. Son déploiement permet d’objectiver les risques TMS et RPS auprès des ARS dans le cadre des CPOM.

Pour les IDEC

L’IDEC est en première ligne sur la prévention des TMS : organisation des rotations de poste, protocoles de manutention, vérification régulière du matériel (lève-personnes, verticalisateurs, tapis de rehaussement). Le retour sur investissement est documenté : un investissement dans ces équipements a été amorti en à peine plus de 3 ans grâce à une réduction de 60 % des accidents du travail selon l’INRS. Par ailleurs, le suivi des arrêts de travail et l’identification des soignants en souffrance relèvent aussi du rôle de coordination de l’IDEC.

Pour les aides-soignants et IDE

Connaître ses droits en matière de santé au travail est essentiel : signalement des AT (même minimes), accès à la médecine du travail, droit d’alerte en cas de situation dangereuse. Les aides-soignants, qui concentrent la majorité des manutentions, sont les premières victimes des TMS. Le recours aux aides techniques et la formation aux gestes et postures sont des droits, pas des options.

5 leviers d’action prioritaires

  • Mettre à jour le DUERP avec l’outil INRS EHPAD : cartographie des risques TMS et RPS, plan d’action pluriannuel, intégration dans le CPOM.
  • Investir dans le matériel ergonomique : lève-personnes, verticalisateurs, rails, chariots à hauteur réglable. Le ROI est de 3 ans selon l’INRS.
  • Instaurer une démarche QVCT formalisée : groupes de parole, temps d’échanges sur les pratiques, accompagnement psychologique post-traumatique (décès, agressions).
  • Former les managers de proximité à la détection précoce du burnout : signaux d’alerte, entretiens de retour après arrêt, plan d’accompagnement individualisé.
  • Solliciter le financement ANACT et OPCO Santé : des dispositifs de co-financement existent spécifiquement pour la prévention de l’usure professionnelle en EHPAD.

Pour aller plus loin

Ressources SOS EHPAD sur ce sujet : AT et usure professionnelle chez les aides-soignants en EHPAD, financement ANACT pour lutter contre l’usure professionnelle en EHPAD, démarche QVCT en EHPAD : guide méthodologique, burnout des aides-soignantes : signes d’alerte, IDEC en EHPAD : sous-effectif et burnout.

L’étude INRS TF-323 de décembre 2024 porte-t-elle sur tous les EHPAD de France ?
L’étude TF-323 (Références en Santé au Travail n°180, INRS, décembre 2024) est basée sur une enquête terrain menée en partenariat avec l’ACMS (service de prévention et de santé au travail interentreprises). Elle ne couvre pas exhaustivement tous les EHPAD de France mais fournit des données représentatives sur les expositions et conditions de travail. Les chiffres clés (TMS, agressions, arrêts de travail, stress) sont corroborés par d’autres publications INRS et DREES.
Comment financer l’achat de matériel ergonomique en EHPAD ?
Plusieurs financements sont mobilisables : (1) l’OPCO Santé co-finance les formations gestes et postures et les études ergonomiques ; (2) l’ANACT dispose de dispositifs spécifiques de prévention de l’usure professionnelle dans le médico-social ; (3) la Carsat (ex-CRAM) peut accorder des subventions prévention pour l’achat de matériel anti-TMS ; (4) le CPOM avec l’ARS peut intégrer des objectifs de réduction de sinistralité assortis de financements dédiés.
La sinistralité des soignants EHPAD est-elle en amélioration ou en aggravation ?
La situation est contrastée. La FHF note un recrutement soignant en amélioration continue depuis 2023 et une légère amélioration du déficit financier des EHPAD publics (7/10 déficitaires en 2024 contre 8/10 en 2023). Mais les données INRS de l’étude TF-323 (décembre 2024) confirment que la sinistralité structurelle reste très élevée, avec un taux 3 fois supérieur à la moyenne nationale. L’investissement dans le matériel ergonomique reste insuffisant dans de nombreux établissements, notamment les plus déficitaires.

Sources

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