L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) a lancé en avril 2026 un appel à projets de 350 000 € destiné à financer des solutions innovantes pour prévenir l’usure professionnelle dans les secteurs de la santé et du médico-social. Les EHPAD de moins de 300 salariés peuvent déposer un dossier jusqu’au 18 septembre 2026. Une opportunité concrète à saisir, dans un secteur où l’usure est à la fois documentée, chronique et sous-financée.
L’appel à projets ANACT 2026 : ce qu’il faut savoir
Intitulé « Prévenir l’usure en articulant santé au travail et parcours professionnel », cet appel à projets a été lancé par l’ANACT avec trois axes d’action prioritaires :
- Articuler santé et compétences dans les politiques RH et de prévention : lier la démarche de prévention de l’usure aux parcours de formation et de mobilité interne.
- Gérer les moments clés du parcours professionnel : accompagnement renforcé lors des retours d’arrêt longue durée, transitions de poste, montée en responsabilité.
- Soutenir les évolutions du contenu et des conditions de travail : réorganisation des plannings, réduction des contraintes posturales, outils d’aide à la manutention.
Conditions d’éligibilité : établissements de moins de 300 salariés, organisations de branche, regroupements (GCSMS, groupements coopération), fédérations professionnelles. L’engagement est multipartite : le dossier doit impliquer simultanément un représentant du management, un représentant des salariés et une instance représentative (CSE/CSA). Un accord favorable de ces instances est obligatoire avant dépôt.
La sélection est opérée par une commission ANACT régionale. Les projets retenus bénéficient d’un accompagnement méthodologique en plus du financement. La date limite de candidature est fixée au 18 septembre 2026.
L’usure professionnelle en EHPAD : un fléau documenté
Les données disponibles dressent un tableau préoccupant. Le taux d’absentéisme dans le secteur médico-social oscille entre 8,1 et 16,2 % selon les régions, avec des pics en période hivernale. Les aides-soignantes représentent à elles seules 20,8 % des arrêts de travail, contre 5,5 % pour les infirmières. Plus significatif encore : 94 % des maladies professionnelles reconnues en EHPAD sont des troubles musculo-squelettiques (TMS), affectant les épaules, le dos et les genoux.
Le turnover atteint en moyenne 23 % par an — jusqu’à 35 % dans certains établissements privés — et les postes vacants représentent environ 6 000 ETP non pourvus au niveau national (données FEHAP-Nexem). Comme le documente l’enquête sur le taux de turnover en EHPAD en 2025, plus d’un quart des établissements interrogés signalent une situation de recrutement critique. L’usure professionnelle est l’une des causes structurelles les plus citées par les soignants qui quittent le secteur.
Les conditions de travail constituent un facteur aggravant : 78 % des professionnels travaillent les week-ends et jours fériés, et près de 50 % font face à des modifications d’horaires avec moins de 48 heures de préavis. L’enquête Fnadepa 2026 avait mis en lumière l’épuisement des directeurs d’EHPAD eux-mêmes, souvent en première ligne pour gérer les absences de leur équipe.
Guide pratique pour candidater avant le 18 septembre 2026
Voici les cinq étapes clés pour préparer un dossier solide :
- Vérifier l’éligibilité : moins de 300 salariés pour un EHPAD isolé, ou montage en groupement (GCSMS, réseau territorial) pour les établissements plus grands. Un EHPAD de 120 lits (environ 80 ETP) est généralement éligible en candidature directe.
- Constituer un diagnostic usure interne : absentéisme par catégorie (AS, IDE, ASH), taux de TMS, données de turnover sur 3 ans, résultats du bilan social ou de l’enquête QVCT. Ce diagnostic est obligatoire pour justifier la pertinence du projet.
- Définir un projet sur les 3 axes ANACT : identifier les leviers concrets à activer (exemple : formation gestes et postures + lève-personnes + réorganisation des tournées matinales). Le projet doit être réaliste, mesurable et inscrit dans la durée.
- Obtenir l’accord du CSE ou CSA : la délibération favorable de l’instance représentative est un prérequis non négociable. Présenter le projet en réunion ordinaire avec le diagnostic usure à l’appui.
- Contacter l’ANACT régionale : un webinaire de présentation a eu lieu en avril 2026. Les équipes ANACT régionales restent disponibles pour accompagner la préparation du dossier avant le dépôt.
La démarche QVCT en EHPAD constitue un point d’entrée naturel pour structurer le projet : les indicateurs de base du diagnostic usure en sont directement issus.
Financements complémentaires à mobiliser
L’appel ANACT peut être combiné avec d’autres dispositifs existants pour maximiser l’impact :
- CARSAT : programme de prévention des risques professionnels en EHPAD, formation PRAP-IBC (prévention des risques liés à l’activité physique en secteur de soin), audit ergonomique des espaces. Contact : service prévention des risques professionnels de la CARSAT de votre région.
- OPCO Santé : financement de formations prévention TMS, gestes et postures, gestion du stress. Les EHPAD privés lucratifs et non lucratifs y sont rattachés.
- ANFH : pour les EHPAD publics hospitaliers, l’ANFH finance les projets de formation liés à l’amélioration des conditions de travail. Les bilans de compétences et reconversions internes sont également finançables.
- FIPHFP : accompagnement médico-psychologique et adaptation des postes pour les agents en situation de handicap ou de restriction médicale d’aptitude.
La complémentarité entre ces dispositifs est réelle : un EHPAD peut, par exemple, solliciter l’ANACT pour le volet organisationnel (réorganisation des tournées, formation gestes), la CARSAT pour le volet technique (équipements d’aide à la manutention) et l’OPCO Santé pour le volet formation. Le guide recrutement et fidélisation en EHPAD détaille comment articuler ces dispositifs dans une stratégie RH cohérente.
Contexte réglementaire : ce que les lois imposent
La prévention de l’usure professionnelle en EHPAD s’inscrit dans un cadre législatif renforcé au cours des dernières années. Le Plan Santé au Travail 4 (PST4, 2021-2025) fixe la prévention de l’usure professionnelle comme axe prioritaire, imposant aux employeurs d’intégrer les effets de l’organisation du travail dans leur stratégie de prévention — et non de se limiter aux seuls équipements de protection individuelle. La loi Bien Vieillir du 8 avril 2024 a prévu le recrutement de 6 000 ETP supplémentaires en EHPAD et fixé un objectif de ratio à 4,5 professionnels pour 10 résidents, mais elle n’intègre pas de disposition spécifique sur la prévention de l’usure.
En pratique, l’employeur EHPAD est tenu par le droit commun : obligation de résultat en matière de sécurité (article L.4121-1 du Code du travail), document unique d’évaluation des risques (DUER) à jour, et plan d’actions de prévention actualisé annuellement. Le guide pratique de prévention du burnout en EHPAD donne les outils pour structurer cette obligation légale. L’appel à projets ANACT permet précisément de transformer ces obligations en projets concrets financés et accompagnés.