Couloirs, salons, salle à manger, accueil, sanitaires collectifs : les parties communes d’un EHPAD concentrent une circulation continue de résidents, de soignants, de visiteurs et d’intervenants extérieurs. Leur bionettoyage exige une logique différente de celle de la chambre : zonage par niveau de risque, fréquences modulées, produits adaptés à chaque type de surface et à chaque contexte épidémiologique. Cet article propose un cadre de travail pour les gouvernantes, les ASH et les IDEC qui souhaitent structurer ou auditer leur protocole.
Le zonage hospitalier appliqué à l’EHPAD
La Société française d’hygiène hospitalière (SF2H), en lien avec le Groupe d’évaluation des pratiques en hygiène hospitalière (GREPHH), définit quatre zones de risque infectieux. Cette grille, conçue à l’origine pour le secteur sanitaire, est transposée en EHPAD pour orienter les fréquences et les produits de bionettoyage.
| Zone | Niveau de risque | Espaces EHPAD concernés |
|---|---|---|
| Zone 1 | Risque faible | Bureaux administratifs, locaux techniques, vestiaires du personnel |
| Zone 2 | Risque modéré | Couloirs, salons, salle à manger, salle d’animation, accueil, ascenseurs |
| Zone 3 | Risque élevé | Sanitaires collectifs, salle de bain commune, cuisine relais, salle de soins |
| Zone 4 | Risque très élevé | Chambres en isolement, locaux de stockage des déchets infectieux |
Ce zonage doit être formalisé sur un plan de l’établissement annexé au plan de maîtrise sanitaire et au document de gestion des risques infectieux. Les chambres relèvent d’une logique propre, traitée dans notre fiche technique dédiée au bionettoyage de la chambre.
Tableau de fréquences et produits par espace
Les fréquences ci-dessous représentent les minimums recommandés en l’absence de situation épidémique. Elles doivent être renforcées en cas de cas groupés, de patient porteur de bactérie multirésistante en circulation, ou sur recommandation du référent en hygiène ou du CPIAS régional.
| Espace | Fréquence | Méthode | Produit |
|---|---|---|---|
| Couloirs (sols) | 1× / jour + reprise | Frange microfibre humide | Détergent-désinfectant EN 1276 + 13727 |
| Couloirs (mains courantes, poignées de porte) | 2× / jour minimum | Lavette pré-imprégnée | Détergent-désinfectant EN 14476 en période épidémique |
| Salons et espaces collectifs | 1× / jour + après chaque animation | Lavette + frange sol | Détergent-désinfectant standard |
| Salle à manger (tables, chaises) | Après chaque service | Lavette + détergent-désinfectant | Produit alimentaire HACCP-compatible |
| Salle à manger (sol) | Après chaque service principal | Frange microfibre | Détergent-désinfectant standard |
| Sanitaires collectifs | 2 à 4× / jour | Lavette dédiée + frange dédiée (code couleur) | Détergent-désinfectant EN 14476 obligatoire |
| Ascenseurs (cabines, boutons) | 2× / jour | Lavette pré-imprégnée | Désinfectant virucide en période épidémique |
| Accueil (banque, fauteuils) | 1× / jour | Lavette | Détergent-désinfectant standard |
| Salle d’animation | 1× / jour + après séance | Lavette + sol | Détergent-désinfectant standard |
Salle à manger : la double exigence HACCP et bionettoyage
La salle à manger d’un EHPAD relève d’un double cadre : recommandations d’hygiène applicables aux locaux de soins, et obligations applicables aux établissements de restauration collective. L’arrêté du 21 décembre 2009, complété par les guides de bonnes pratiques d’hygiène publiés par la Direction générale de l’alimentation, fixe le cadre HACCP : maîtrise des points critiques, plan de nettoyage-désinfection écrit, traçabilité, autocontrôles.
Avant chaque service
Lavettage rapide des tables (face de pose des assiettes), des dossiers de chaises au niveau des prises de main, des plans de service. Les produits utilisés doivent être compatibles avec un contact alimentaire indirect (mention « apte au contact alimentaire » ou « rinçage non requis » selon la composition).
Après chaque service
Bionettoyage complet des surfaces de pose, lavettage des chaises, balayage humide puis lavage des sols. La salle à manger d’EHPAD étant le théâtre de plusieurs services par jour (petit-déjeuner, déjeuner, goûter, dîner), chaque interservice exige une remise en état rapide mais conforme. La traçabilité s’inscrit sur la fiche du plan de maîtrise sanitaire restauration.
Sanitaires collectifs : la zone à plus haut risque
Les sanitaires collectifs (toilettes communes des couloirs, salle de bain partagée si l’établissement n’a pas de salle d’eau individuelle) sont une zone 3 à entretien renforcé. La fréquence minimale de bionettoyage est de deux passages par jour, portée à quatre en période épidémique (gastro-entérite, grippe, COVID-19).
- Lavette dédiée d’une couleur distincte du reste de l’établissement (souvent rouge), changée à chaque local
- Détergent-désinfectant EN 14476 (virucide) systématique
- Ordre : surfaces hautes (interrupteur, miroir), points de contact (poignées, boutons de chasse, robinetterie), cuvette WC (extérieur puis intérieur), lunette et abattant deux faces, sol en dernier
- Vidage des poubelles à pédale et changement des sacs après chaque passage
- Réapprovisionnement systématique : papier, savon, essuie-mains
- Renseignement immédiat de la fiche de traçabilité affichée dans le local
Couloirs, halls et points de contact « high touch »
Les couloirs, parce qu’ils servent de point de circulation à l’ensemble des résidents et soignants, méritent une attention particulière sur les points de contact répétés : mains courantes, poignées de portes coupe-feu, plaques de propreté de portes battantes, boutons d’ascenseur, sonnettes de chambre côté couloir, interrupteurs, distributeurs de friction hydroalcoolique. Ces points doivent faire l’objet d’au moins deux passages quotidiens, indépendamment du nettoyage des sols.
Pour les sols des longs couloirs, les ASH peuvent travailler à la frange microfibre humide ou avec une autolaveuse compacte. Cette dernière augmente la productivité mais nécessite un entretien rigoureux des bavettes et un changement régulier de la solution. Le passage doit être planifié en dehors des temps de circulation forte (transferts au repas, animations) pour éviter les chutes.
Le plan de bionettoyage formalisé : un document obligatoire
L’établissement doit disposer d’un plan de bionettoyage écrit, opposable, qui consigne pour chaque local : la fréquence prévue, l’agent désigné, les produits autorisés (avec leurs normes), le mode opératoire, les EPI requis, les modalités de traçabilité. Ce document est l’un des éléments demandés lors d’une inspection ARS ou d’une visite de la démarche d’évaluation HAS. Sa mise à jour relève de la gouvernante en lien avec le référent hygiène, sous validation de la direction.
Auto-diagnostic en 6 questions
- Le plan de bionettoyage est-il à jour et accessible aux ASH ?
- Le zonage des locaux est-il formalisé sur un plan de l’établissement ?
- Les fréquences réelles correspondent-elles aux fréquences prescrites ? (audit observation flash)
- Les fiches de traçabilité sont-elles renseignées immédiatement après l’intervention ?
- Les produits utilisés disposent-ils des normes EN attendues pour leur usage ?
- Les ASH ont-ils bénéficié d’une formation formalisée et tracée à leur prise de poste ?
Une réponse négative sur l’un de ces points justifie un plan d’action. La page pilier dédiée au bionettoyage et à l’hygiène propose une trame d’audit interne plus complète. Pour la fonction gouvernante, la conduite de cet audit fait partie des missions structurantes.
Coordonner avec les autres acteurs de l’hygiène
Le bionettoyage des parties communes ne peut pas être pensé en silo. Il s’articule avec la gestion des déchets, le circuit du linge, la prévention des contaminations dans le circuit du médicament, la gestion des cas groupés, et la sécurité incendie et plan bleu. Le médecin coordonnateur, le référent hygiène, l’IDEC et la gouvernante constituent le quatuor décisionnaire qui doit se réunir au moins trimestriellement, en s’appuyant le cas échéant sur les ressources du médecin coordonnateur en EHPAD.