En EHPAD, 1 IAS sur 4 est cutanée : le bionettoyage, premier rempart en 2025
Escarres & Soins cutanés

En EHPAD, 1 IAS sur 4 est cutanée : le bionettoyage, premier rempart en 2025

11 mai 2026 9 min de lecture Aurélie Mortel
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Les infections cutanées représentent 25,8 % des infections associées aux soins en EHPAD, selon l’enquête nationale de prévalence 2024 (ENP 2024) publiée par Santé publique France en mai 2025. Combinées aux infections respiratoires (36,2 %), elles montrent que la qualité de l’hygiène environnementale et corporelle conditionne la survenue de près de deux tiers des IAS en établissement — un levier directement entre les mains des aides-soignantes et des agents de service.

Ce que révèle l’ENP 2024 sur les types d’infections en EHPAD

L’Enquête nationale de prévalence 2024, coordonnée par Santé publique France avec le réseau RéPIA et les centres d’appui à la prévention des infections (CPias), constitue la photographie épidémiologique la plus récente disponible pour les EHPAD français. Les données ont été recueillies entre le 15 mai et le 28 juin 2024, dans 1 288 établissements représentant 102 166 résidents.

La prévalence des résidents présentant au moins une IAS un jour donné s’établit à 2,35 % [IC 95 % : 2,18–2,53], en recul par rapport à l’enquête 2016 (2,93 %). Au total, 2 652 infections ont été documentées pour une prévalence globale de 2,41 %. Si ce recul est encourageant, la répartition par site anatomique révèle des zones d’action prioritaires pour les équipes de terrain :

  • Infections respiratoires : 36,2 % des IAS (bronchites, pneumonies, infections des voies aériennes supérieures)
  • Infections urinaires : 31,7 % des IAS — les plus documentées microbiologiquement
  • Infections cutanées (plaies, escarres infectées, folliculites, dermatites) : 25,8 % des IAS

Contrairement aux infections urinaires, souvent associées à un dispositif invasif (sonde), les infections cutanées et respiratoires sont en grande partie évitables par des pratiques d’hygiène adaptées — bionettoyage de l’environnement, friction hydro-alcoolique, soins corporels standardisés, hygiène bucco-dentaire. C’est sur ce terrain précis que l’ENP 2024 invite les établissements à renforcer leurs actions.

Bionettoyage et hygiène bucco-dentaire : les deux leviers négligés de la prévention

Les infections cutanées en EHPAD — escarres surinfectées, infections péri-stomales, dermatophyties, folliculites — partagent un facteur commun : un environnement de soins dont la charge bactérienne de surface n’est pas suffisamment maîtrisée. Le bionettoyage des chambres, des sanitaires et du matériel de soins constitue la première barrière contre la transmission croisée de micro-organismes via l’environnement. Les recommandations des CPias sont claires : un bionettoyage quotidien des surfaces de contact fréquent est attendu, avec un protocole de bionettoyage terminal lors de toute sortie de résident ou d’infection documentée.

Du côté des infections respiratoires, le lien avec l’hygiène bucco-dentaire est scientifiquement établi. Les pneumonies par aspiration — première cause de décès infectieux chez les personnes âgées institutionnalisées — résultent en grande partie de la colonisation du carrefour oropharyngé par des germes pathogènes dont la charge est directement influencée par la qualité des soins de bouche. Plusieurs méta-analyses ont montré qu’une hygiène bucco-dentaire rigoureuse réduit significativement le risque de pneumonie par aspiration chez le résident dépendant. Cet acte reste pourtant souvent perçu comme un soin de confort, et non comme l’intervention préventive qu’il est.

C’est pour répondre à ces deux enjeux de front que les ressources de formation dédiées à la maîtrise du risque infectieux en EHPAD intègrent bionettoyage et hygiène bucco-dentaire dans un même continuum pédagogique — plutôt que de les traiter comme des compétences isolées.

Ce que cela change pour les AS et les ASH au quotidien

La prévention des infections cutanées et respiratoires engage en première ligne deux métiers de terrain : les aides-soignantes, au contact direct et régulier du résident, et les agents de service, en charge de l’environnement.

Pour les aides-soignantes, l’ENP 2024 souligne que moins de 50 % des IAS disposent d’une confirmation microbiologique. Ce chiffre révèle un angle mort : des infections cutanées surviennent dans des zones anatomiques peu contrôlées — plis cutanés, points d’appui, zones péri-stomales — sans être toujours tracées ni rapportées comme IAS. Intégrer l’évaluation systématique de l’intégrité cutanée lors des soins d’hygiène, respecter la friction hydro-alcoolique avant et après chaque geste de soin, et maîtriser les protocoles de soins de bouche adaptatifs (résidents avec troubles de déglutition, porteurs de prothèses) sont autant d’actes concrets à fort impact préventif.

Pour les agents de service, la standardisation du bionettoyage — produits détergents-désinfectants adaptés, lingettes à usage unique, respect des couleurs de matériel par zone — réduit directement la charge microbienne environnementale. Ce geste quotidien est un acte de prévention à part entière, mais il suppose une formation initiale et continue que les tutorats informels ne peuvent pas remplacer. Le pack de formation hygiène et sécurité sanitaire pour EHPAD propose à ce titre 12 mini-formations structurées pour les équipes terrain, une vidéo dédiée au bionettoyage et deux guides opérationnels — dont un entièrement consacré à l’hygiène bucco-dentaire — pour former rapidement et durablement les professionnels en poste.

La recommandation des CPias pour une organisation efficace de la prévention en EHPAD est connue : un référent hygiène identifié dans chaque établissement, une formation annuelle de l’ensemble des professionnels aux précautions standard, et des audits réguliers de pratiques. Ce triptyque — désigner, former, évaluer — est la condition pour pérenniser les gains observés entre 2016 et 2024.

Points de vigilance pour 2025-2026

L’ENP 2024 ne se limite pas à photographier la prévalence des IAS. Elle identifie plusieurs signaux d’alerte que les directions et équipes soignantes doivent intégrer dans leurs plans d’action :

  • Hausse de l’antibiothérapie prophylactique : 22 % des traitements anti-infectieux en 2024, contre 13,6 % en 2016. Cette progression préoccupe les experts en raison du risque de sélection de bactéries multirésistantes. La prévention primaire par l’hygiène demeure la seule alternative durable à l’escalade thérapeutique.
  • Réévaluation thérapeutique insuffisante : seulement 31,8 % des traitements curatifs sont réévalués dans les 3 jours, et 34 % dépassent 7 jours de durée. Ces indicateurs pointent un déficit de coordination entre les prescripteurs et les équipes soignantes.
  • Documentation microbiologique partielle : moins de 50 % des IAS ont une confirmation biologique. Cette lacune limite la capacité des établissements à cibler leurs actions de prévention sur les pathogènes réellement présents.
  • Évaluation HAS 6e cycle : la prévention des infections associées aux soins est un critère explicitement évalué lors des visites d’évaluation externe. Protocoles de bionettoyage formalisés, formations traçables, et indicateurs de suivi constituent les preuves documentaires attendues par les évaluateurs.

Sur ce dernier point, la capacité à présenter un programme de formation structuré — daté, avec des attestations pour chaque professionnel — est désormais incontournable. Un programme de formation hygiène EHPAD clé en main pour les équipes AS et ASH permet à la fois de répondre à l’enjeu préventif et de documenter la démarche qualité attendue par la HAS.

Questions fréquentes

Quelles infections cutanées sont les plus fréquentes en EHPAD selon l’ENP 2024 ?
L’ENP 2024 regroupe sous les infections cutanées (25,8 % des IAS) les escarres infectées, les plaies chroniques surinfectées, les folliculites et dermatites localisées. Les résidents présentant des escarres de stade 2 et plus, une incontinence ou une mobilité réduite sont significativement plus exposés. La prévention repose sur les soins d’hygiène corporelle structurés, l’évaluation cutanée systématique lors de la toilette, et le bionettoyage rigoureux des surfaces de contact.
L’hygiène bucco-dentaire réduit-elle réellement le risque de pneumonie en EHPAD ?
Oui. Des méta-analyses (dont des Cochrane Reviews) ont montré qu’une hygiène bucco-dentaire quotidienne et rigoureuse réduit significativement l’incidence des pneumonies par aspiration chez les résidents dépendants. La SF2H et la HAS intègrent désormais l’hygiène bucco-dentaire dans leurs recommandations de prévention des infections respiratoires en EHPAD. C’est un acte soignant à fort impact préventif, pas un simple confort.
Le bionettoyage quotidien des chambres est-il obligatoire en EHPAD ?
Les textes réglementaires applicables aux EHPAD (Code de la santé publique, règlement sanitaire départemental) imposent le maintien des locaux en état de propreté et d’hygiène, avec des procédures formalisées. Les CPias recommandent un bionettoyage quotidien des chambres et des sanitaires, et un bionettoyage terminal lors de la sortie d’un résident ou d’une infection documentée. L’absence de protocole écrit et traçable constitue un écart lors des visites d’évaluation externe HAS.

Sources officielles : Enquête nationale de prévalence 2024 des IAS en EHPAD — Santé publique France (mai 2025) · CPias — Référentiel de maîtrise du risque infectieux en établissements médico-sociaux · Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H) — recommandations prévention des infections

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