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Escarres & Soins cutanés

Bas de contention en EHPAD : indications, pose, surveillance et remboursement

25 juin 2026 17 min de lecture Patrice Martin
Ressource recommandée Nouveauté 2026
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Mis à jour en juin 2026 — Les bas de contention (ou bas de compression veineuse) font partie des dispositifs médicaux les plus prescrits en EHPAD, et pourtant leur maniement quotidien pose encore de nombreuses questions aux soignants : quelle classe choisir ? Comment aider un résident à les enfiler sans créer de plis ? Quand les retirer ? Comment obtenir leur remboursement ? Ce guide fusionnant quatre articles de référence répond à chacune de ces questions, de l’indication à la surveillance cutanée, en passant par la technique de pose et les démarches auprès de l’Assurance maladie.

Pourquoi porter des bas de contention ? Indications en EHPAD

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Les bas de compression médicale agissent en exerçant une pression sur les veines des membres inférieurs, réduisant leur dilatation et accélérant le flux sanguin. Leur effet est dégressif de bas en haut, c’est-à-dire maximal à la cheville et décroissant vers le genou ou la cuisse.

En EHPAD, les principales situations cliniques justifiant leur prescription sont :

  • Insuffisance veineuse chronique (jambes lourdes, varices, sensation de gonflement) : la contention est recommandée lorsque les troubles s’aggravent et que de petites varices apparaissent, en complément des mesures hygiéno-diététiques.
  • Œdèmes des membres inférieurs d’origine veineuse (fréquents chez les résidents peu mobiles).
  • Prévention de la maladie thrombo-embolique veineuse (TVP, embolie pulmonaire) — notamment en post-chirurgical ou lors d’alitement prolongé.
  • Syndrome post-thrombotique (après épisode de thrombose veineuse profonde).
  • Ulcères veineux de jambe (classes élevées, en association avec un traitement local).

Point important : la contention fait toujours l’objet d’une prescription médicale, car elle doit être adaptée à chaque cas d’insuffisance veineuse. Le médecin vérifie notamment l’absence de contre-indications vasculaires avant de prescrire.

La contre-indication principale est l’artérite des membres inférieurs. Toute suspicion d’artériopathie oblitérante impose une mesure de l’index de pression systolique (IPS) avant mise en compression. Ne jamais poser des bas de compression sur un résident présentant des douleurs de décubitus, une plaie ischémique ou des orteils cyanosés sans avis médical préalable.

Classes de compression médicale : le tableau de référence

En France, les dispositifs de compression médicale à usage individuel — bas, bandes, manchons, dispositifs de capitonnage — sont classés en quatre niveaux de pression mesurée à la cheville en millimètres de mercure (mmHg).

ClassePression à la chevillePrincipaux usages
Classe Ientre 10 et 15 mmHgJambes lourdes légères, prévention (grossesse, station debout prolongée), post-sclérose sans complication
Classe IIentre 15,1 et 20 mmHgVarices symptomatiques, œdèmes modérés, prévention TVP péri-opératoire, grossesse à risque
Classe IIIentre 20,1 et 36 mmHgInsuffisance veineuse sévère, ulcères veineux en cours de cicatrisation, syndrome post-thrombotique
Classe IVsupérieur à 36 mmHgLymphœdèmes sévères, pathologies complexes — nécessite un suivi spécialisé

En EHPAD, les classes I et II sont les plus fréquentes (insuffisance veineuse modérée, œdèmes déclives). La classe III est prescrite pour les résidents présentant des antécédents de TVP ou des ulcères veineux. La classe IV reste rare et relève d’un suivi spécialisé (angiologue, dermatologue).

Le type de dispositif est choisi selon la tolérance et l’autonomie du résident : la chaussette (mi-bas) est plus facile à enfiler, le bas cuisse ou collant est indiqué si l’œdème remonte au-dessus du genou.

Le pharmacien joue un rôle clé dans l’adaptation morphologique : il prend les mesures essentielles — pointure, tour de cheville et mollet, hauteur de jambe — pour garantir une compression efficace et confortable.

Comment aider un résident à mettre ses bas de compression

La pose des bas de compression est un geste soignant fréquent en EHPAD, qui relève du rôle propre de l’aide-soignante (dans le cadre du projet de soins validé par l’IDE). Elle demande méthode et douceur pour être efficace sans traumatiser la peau fragilisée du résident.

Préparation avant la pose

Les bas doivent être enfilés le plus tôt possible après le lever, et juste après la toilette. Idéalement avant que le résident ne s’assoit ni ne se lève, quand l’œdème est minimal. La fenêtre maximale recommandée est d’une heure après le réveil.

Avant d’habiller le résident :

  • Ne pas appliquer de crème ni lait corporel — les jambes doivent être parfaitement sèches (un peu de talc facilite la glisse sans nuire à l’efficacité).
  • S’asseoir sur un siège bas placé sur un sol non glissant — pour les résidents pouvant participer, cette position facilite la pose et réduit l’effort soignant.
  • Enlever les bagues et couper court les ongles (pour le soignant) — pour ne pas accrocher ni déchirer le textile élastique.
  • Protéger toute plaie ou escarre du membre par une compresse stérile sèche avant d’enfiler le bas.

Technique de pose étape par étape

ÉtapeActionPoint de vigilance
1Retourner le vêtement sur l’envers en laissant seulement son pied à l’endroitFormer une « chaussette » avec uniquement le pied retourné
2Insérer les orteils du résident dans la pointe, puis faire glisser le talon en placeBien positionner le talon dans le renfort prévu — clé de la compression correcte
3Dérouler progressivement vers la cheville en tirant doucement sur les côtésProcéder par petites sections sans à-coups
4Remonter vers le mollet (mi-bas) ou la cuisse (bas), sans créer de plis ni tirer excessivementUn pli crée une zone de striction pouvant entraîner une ischémie locale
5Humidifier légèrement les mains pour ajuster le textile et masser vers le hautVérifier que le bas ne coupe pas derrière le genou
6Inspecter la peau apparente : couleur, chaleur, sensibilité aux extrémitésToute cyanose, pâleur ou douleur → retirer immédiatement et signaler à l’IDE

Pour les résidents très peu mobiles ou très œdématiés, des enfile-bas (dispositifs plastiques rigides) peuvent faciliter grandement la pose et protéger le dos du soignant. Ils sont disponibles en pharmacie et peuvent être inclus dans la prescription.

Surveillance cutanée et erreurs à éviter

Le port de bas de compression chez une personne âgée en EHPAD exige une surveillance régulière de l’état cutané, d’autant plus que la peau est souvent fine, sèche et fragile. La compression mal adaptée peut provoquer des lésions graves.

Points de surveillance soignante

  • Lors de la pose et du retrait : observer la couleur (rougeur, pâleur, cyanose), la chaleur locale, la présence de plaies, d’escarres ou de phlyctènes.
  • Extrémités (orteils) : vérifier qu’ils restent chauds, roses, sensibles et mobiles après 30 minutes de port.
  • Zones à risque : malléoles, tendon d’Achille, tête du péroné (nerf fibulaire), face antérieure du tibia.
  • Retrait le soir : les bas se retirent avant le coucher et ne sont jamais portés la nuit (sauf prescription médicale spécifique).
  • Tracer dans le dossier de soins : chaque pose et retrait, les observations cutanées, toute anomalie signalée.

Pour approfondir la prévention des lésions cutanées et le lien avec la déambulation en EHPAD, consultez notre guide de prévention des escarres en EHPAD qui détaille les protocoles de surveillance et les échelles de risque.

Erreurs fréquentes à ne pas commettre

  • Poser les bas après que le résident s’est levé et marché (l’œdème s’est constitué) → renforcer ou éduquer à les enfiler au lit si possible.
  • Rouler les bords du bas vers le bas pour « raccourcir » → crée un garrot → retrait et signalement immédiat.
  • Utiliser une crème hydratante juste avant la pose → le textile glisse, la compression se déplace.
  • Laisser les bas en place la nuit sans prescription → contre-indiqué en règle générale (compression inutile en décubitus, risque de plaies nocturnes).
  • Placer les bas sur une peau présentant une plaie ouverte non protégée → risque infectieux et douleur.
  • Ne pas renouveler les bas usagés → après 4 à 6 mois d’usage quotidien, les sécher à plat et à l’air libre ne suffit plus à maintenir la compression, le textile est détendu.

Entretien des bas de compression

Un entretien inadapté détériore rapidement les fibres élastiques et rend la compression inefficace. La règle ameli.fr est simple :

  • Laver à la main à l’eau tiède avec un savon dit neutre — pas de lessive enzymatique, pas d’adoucissant.
  • Essorer sans tordre (presser délicatement).
  • Sécher à plat et à l’air libre, jamais au sèche-linge ni au fer à repasser.
  • Posséder deux paires en rotation pour permettre le lavage quotidien sans rupture de traitement.
  • Renouveler au plus tous les 4 à 6 mois en cas d’usage quotidien.

En EHPAD, l’entretien est souvent confié au service hôtelier. Il est essentiel que les protocoles de gestion du linge intègrent des consignes spécifiques pour ce type de dispositif médical, afin d’éviter le passage en machine à température élevée. Voir notre guide de gestion du linge en EHPAD pour les protocoles RABC applicables.

Prescription et remboursement par l’Assurance maladie

Qui peut prescrire ?

La prescription des bas de compression est réservée au médecin (généraliste, angiologue, gériatre, médecin coordonnateur). Elle doit préciser : le type de dispositif (chaussette, mi-bas, bas, collant), la classe de compression (I à IV) et la quantité.

Le renouvellement peut être effectué par le médecin prescripteur ou un autre médecin. En EHPAD, le médecin coordonnateur peut valider le renouvellement dans le cadre de sa mission de coordination du projet de soins.

Modalités de remboursement

Les bas de compression sont inscrits à la Liste des Produits et Prestations remboursables (LPP) de l’Assurance maladie, sous réserve qu’ils portent un numéro LPP valide.

  • Taux de remboursement Sécurité sociale standard : 60 % de la base de remboursement fixée par la Liste des Produits et Prestations (LPP). Le complément est pris en charge par la mutuelle complémentaire.
  • Bases de remboursement : les tarifs LPP applicables (collant, mi-bas, chaussette) sont fixés par la LPP et consultables auprès du pharmacien ou sur le site ameli.fr ; le pharmacien peut pratiquer un dépassement, l’Assurance maladie rembourse uniquement sur la base LPP.
  • Fréquence de remboursement : le renouvellement des dispositifs de compression veineuse est pris en charge sur prescription médicale, dans les limites et selon les modalités fixées par la Liste des produits et prestations (LPP) ; les conditions précises de renouvellement sont communiquées par la caisse d’Assurance maladie ou le pharmacien.
  • Cas exceptionnels : des paires supplémentaires peuvent être accordées sur prescription médicale motivée (notamment en cas de changement clinique justifié) ; se renseigner auprès de la CPAM ou du pharmacien.

Démarche en EHPAD : qui fait quoi ?

En établissement, la démarche de remboursement suit le circuit suivant :

  • Médecin traitant ou coordonnateur → établit l’ordonnance précisant classe, type et quantité.
  • Pharmacie partenaire ou pharmacien habituel du résident → prend les mesures, choisit le modèle inscrit sur la LPP, facture à l’Assurance maladie via tiers payant.
  • Famille ou responsable légal → à informer du coût potentiel résiduel (dépassement pharmacien, part mutuelle).
  • IDE / IDEC → tracer l’ordonnance dans le DUI du résident, vérifier la cohérence classe prescrite / indication clinique, signaler tout changement d’état vasculaire au médecin.

Mise en oeuvre par métier : AS, IDE, IDEC

Aide-soignante (AS)

Dans le cadre du projet de soins individualisé et sous la délégation de l’IDE, l’AS assure :

  • La pose et le retrait quotidiens des bas, avec respect de la technique (retournement, absence de plis).
  • La surveillance cutanée à chaque soin (observation des orteils, des malléoles, signalement des anomalies).
  • L’entretien des bas selon le protocole linge en vigueur dans l’établissement.
  • La traçabilité dans le dossier de soins.

Pour en savoir plus sur les missions soignantes quotidiennes, consultez notre fiche de poste aide-soignante en EHPAD.

Infirmière diplômée d’État (IDE)

L’IDE :

  • Évalue l’indication clinique et vérifie l’absence de contre-indication (index de pression systolique, antécédents artériels).
  • Transmet la prescription au médecin si le besoin est identifié lors de l’évaluation des soins.
  • Réalise la pose en cas de classe III/IV ou de résidents à peau très fragilisée (risque élevé de lésion).
  • Assure la formation initiale de l’équipe AS à la technique de pose.
  • Suit les indicateurs cutanés dans le DUI (état peau, tolérance, observance).

Infirmière coordinatrice (IDEC)

L’IDEC :

  • Rédige ou actualise le protocole de pose et de surveillance des bas de compression dans le livret de soins.
  • Coordonne avec le médecin coordonnateur le suivi des renouvellements d’ordonnance (tous les 6 mois minimum).
  • Sensibilise les équipes aux signes d’alerte (ischémie, pli de striction, intolérance).
  • Organise la liaison avec la pharmacie pour le suivi des remboursements LPP.

Pour approfondir le rôle de coordination soignante, voir notre fiche métier IDEC en EHPAD.

FAQ — Questions fréquentes des soignants

Peut-on laisser les bas de compression toute la nuit ?
En règle générale, non. Les bas sont retirés le soir avant le coucher car la compression n’est pas utile en position allongée (le retour veineux est facilité par la gravité) et un port nocturne prolonge le risque de blessure cutanée sur des peaux fragilisées. Seule exception : une prescription médicale explicite (par exemple, lors d’une thrombophlébite active traitée médicalement), qui doit être tracée dans le dossier de soins.
Que faire si le résident refuse de porter ses bas ?
Le refus du résident doit être respecté et tracé dans le dossier (droit au refus de soins). L’équipe soignante doit chercher à comprendre la cause : bas trop serrés, douleurs, inconfort thermique, difficulté à comprendre l’intérêt. Un entretien motivationnel, une adaptation de la classe ou du type de dispositif (chaussette courte moins contraignante qu’un bas cuisse), ou l’éducation de la famille peuvent aider. Le médecin est informé pour réévaluer l’indication.
Combien de paires sont remboursées par l’Assurance maladie ?
Les dispositifs de compression veineuse sont remboursés sur prescription médicale, au taux de 60 % de la base de remboursement fixée par la Liste des produits et prestations (LPP). Le nombre de paires pris en charge et la fréquence de renouvellement sont définis par l’Assurance maladie : renseignez-vous auprès de la caisse ou du pharmacien, qui effectue le tiers payant.
Quelle classe prescrire pour prévenir une phlébite ?
La classe II (15,1 à 20 mmHg) est la plus souvent prescrite en prévention de la thrombose veineuse profonde (TVP) chez les résidents en phase post-chirurgicale ou lors d’une période d’alitement prolongé. La HAS recommande d’adapter la classe à la situation clinique individuelle du patient. Le médecin prescripteur détermine la classe appropriée en tenant compte des antécédents vasculaires et du niveau de risque thrombo-embolique.
Comment savoir si les bas sont encore efficaces ?
Un bas de compression ayant perdu son élasticité est indolore à enfiler, forme des godets à la cheville, ne tient plus en place et ne comprime plus. La règle est de les renouveler au maximum tous les 4 à 6 mois en cas d’usage quotidien. L’usure est accélérée par un lavage inadapté (machine, sèche-linge, eau trop chaude). Deux paires en alternance permettent un lavage quotidien tout en prolongeant la durée de vie de chaque bas.
Peut-on poser des bas en présence d’une plaie sur la jambe ?
Oui, sous conditions. Une plaie veineuse (ulcère de jambe) est même une indication de compression de classe III. En revanche, il faut systématiquement : (1) couvrir la plaie d’un pansement adapté avant la pose du bas ; (2) vérifier l’absence de composante artérielle (IPS normal) ; (3) obtenir un avis médical si la plaie est suspecte ou si le bas crée une douleur lors de la pose. Toute plaie ischémique ou d’origine indéterminée impose un avis médical préalable à la mise en compression.
Quelle différence entre bas de compression et bandes de contention ?
Les bas de compression sont des dispositifs prêts à l’emploi, à pression calibrée et stable (classes I à IV), réutilisables, remboursables sur LPP. Les bandes de contention (bandes élastiques multicouches) sont posées par l’IDE ou un infirmier spécialisé, indiquées pour les ulcères actifs ou les formes sévères ne supportant pas un bas standard. Leur compression est moins précise mais plus adaptable. Les deux sont inscrits sur la LPP. Le choix dépend de l’indication clinique et de l’autonomie du patient.

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