Les escarres en EHPAD : définition clinique et enjeux
L’escarre est une lésion cutanée d’origine ischémique liée à une compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses, selon la définition établie par le National Pressure Ulcer Advisory Panel et reprise par la Haute Autorité de Santé (HAS). À partir d’une pression prolongée sur une zone d’appui — sacrum, talons, ischions —, les tissus sont privés d’oxygène et commencent à se nécroser silencieusement, parfois avant toute lésion visible.
Pour les équipes soignantes d’EHPAD, les escarres constituent à la fois un indicateur de qualité des soins, un poste de surcoût important et un facteur de souffrance pour les résidents. Le traitement médical et chirurgical de l’escarre est lourd, long et coûteux ; la non-application de bonnes pratiques de prévention est génératrice de surcoûts importants (allongement des durées de séjours, morbidité accrue, alourdissement de la charge en soins), selon la HAS. C’est pourquoi les actions préventives — repositionnement, nutrition, pansements de protection — sont au cœur des recommandations cliniques et des évaluations qualité HAS.
Prévalence des escarres en EHPAD : des chiffres qui appellent à l’action
Les données épidémiologiques françaises dressent un portrait précis. En EHPAD, une enquête épidémiologique publiée en 2015 met en évidence des taux de prévalence d’escarres tous stades confondus compris entre 4,9 et 6,5 %. Les escarres étaient localisées au niveau du sacrum pour 42,3 à 47 % des cas, des talons pour 37 à 42,1 % des cas puis des ischions pour 2,5 à 3,4 % des cas. Cette distribution anatomique est directement liée aux positions d’alitement et au degré de perte de mobilité des résidents.
La gravité des lésions est également documentée. Entre 33 et 40,7 % des résidents concernés étaient porteurs d’une escarre de stade 1, entre 29 et 31 % d’une escarre de stade 2 et entre 30,3 et 34 % d’une escarre de stade 3-4, les stades les plus graves impliquant une prise en charge infirmière complexe. À l’hôpital, le tableau est similaire : une prévalence de 8,1 % tous services confondus a été mesurée, les patients avec escarres étant plus âgés de 8,5 ans que l’ensemble des patients hospitalisés, et 39,1 % des escarres étant considérées comme graves.
À domicile, un rapport de l’Assurance maladie datant de 2014 recense 130 000 patients souffrant d’escarres, la plupart très âgés (âge moyen 78 ans, 60 % ont plus de 80 ans, 59,6 % sont des femmes), avec un taux de récidive estimé à 28 %. Ces données soulignent l’importance d’une stratégie de prévention solide, en particulier en EHPAD. Selon l’enquête de Santé publique France, les résidents en EHPAD présentant une escarre présentent significativement plus d’infections associées aux soins (IAS), confirmant que prévenir les escarres, c’est aussi réduire le risque infectieux.
Les pansements hydrocellulaires : composition, formes et indications
Les pansements hydrocellulaires sont constitués de polymères absorbants (généralement de la mousse de polyuréthane) et existent sous forme de plaques adhésives ou non, de formes anatomiques et de formes adaptées au remplissage des plaies cavitaires. Leur capacité d’absorption élevée, associée à une interface douce silicone pour certains modèles, en fait des dispositifs adaptés à la gestion des plaies exsudatives.
Selon la HAS, la nomenclature des pansements remboursables a été modifiée par l’arrêté du 16 juillet 2010 (paru au Journal officiel du 7 août 2010) à la suite d’une évaluation systématique. Cette révision a structuré l’inscription des pansements hydrocellulaires à la Liste des produits et prestations remboursables (LPPR). Sur le plan des volumes, de l’ordre de 143 000 patients par an sont traités avec des pansements hydrocellulaires à absorption importante de forme anatomique adaptée au sacrum en ville, et de l’ordre de 68 500 patients par an sont traités par des pansements hydrocellulaires de forme talon selon les données de remboursement les plus récentes.
Cadre réglementaire LPPR : inscription sous nom de marque depuis 2016
L’inscription des pansements hydrocellulaires de forme anatomique à la LPPR obéit à un régime particulier. Les pansements à absorption importante dits de forme anatomique ou cavitaire de forme géométrique non standard sont inscriptibles à la LPPR sous nom de marque — et non sous description générique. L’inscription initiale sous nom de marque à la LPPR de l’ensemble des pansements anatomiques hydrocellulaires à absorption importante résulte de l’arrêté du 8 juillet 2016.
Cette inscription sous nom de marque signifie que chaque dispositif est évalué individuellement par la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (CNEDiMTS) de la HAS. Le renouvellement d’inscription — condition du maintien au remboursement — donne lieu à de nouveaux avis qui peuvent modifier les conditions de prise en charge, comme l’illustrent les avis de 2025 et 2026.
Avis HAS 2019 : pourquoi l’usage prophylactique n’était pas retenu
En novembre 2019, la HAS (CNEDiMTS) a rendu un avis sur les pansements de la gamme Mepilex Border Protect Sacrum et Talon pour leur usage en prévention des escarres. La conclusion était sans ambiguïté : les données disponibles ne permettent pas d’établir l’intérêt des pansements de la gamme MEPILEX BORDER PROTECT Sacrum et Talon dans la prévention de la survenue d’une escarre dans le cadre des soins à domicile.
Cet avis de service attendu (SA) insuffisant pour l’indication prophylactique a conduit à l’absence de remboursement pour cet usage spécifique. La HAS avait souligné que aucune donnée sur l’incidence de la prévention des escarres n’avait été identifiée lors de l’évaluation — révélant le manque de preuves cliniques disponibles pour étayer la demande de remboursement en prévention.
Les avis HAS de janvier 2026 : service attendu suffisant pour le traitement
En janvier 2026, la HAS (CNEDiMTS) a adopté deux nouveaux avis sur les pansements de la gamme Mepilex Border Protect, dans le cadre d’une demande de modification et de renouvellement d’inscription à la LPP. Ces avis marquent une évolution importante par rapport à 2019 — mais sur l’indication thérapeutique, non prophylactique.
Pour le Mepilex Border Protect Sacrum : Service attendu Suffisant — traitement des plaies aiguës, sans distinction de phase ; traitement des plaies chroniques dès la phase de bourgeonnement en traitement séquentiel, localisées dans des endroits difficiles à panser tels que le sacrum.
Pour le Mepilex Border Protect Talon : Service attendu Suffisant — traitement des plaies aiguës, sans distinction de phase ; traitement des plaies chroniques dès la phase de bourgeonnement en traitement séquentiel, localisées dans des endroits difficiles à panser tels que le talon.
Ces avis de janvier 2026 confirment la place des pansements hydrocellulaires Mepilex Border Protect dans le traitement des plaies difficiles d’accès — sacrum et talon — et confortent leur remboursement pour cet usage. Cette évolution est cohérente avec l’avis du 11 mars 2025 sur le CONVAFOAM SILICONE : la Commission a estimé que le Service attendu était suffisant pour l’inscription des pansements CONVAFOAM SILICONE de forme anatomique sur la liste des produits et prestations, pour le traitement des plaies aiguës et chroniques. La doctrine HAS est claire : les pansements hydrocellulaires anatomiques sont validés pour le traitement, pas pour la prévention systématique.
Protocole IDE et IDEC en EHPAD : prévention et prise en charge des escarres
La HAS recommande une approche structurée dès l’identification des facteurs de risque. Une démarche d’amélioration de la qualité est nécessaire à l’appropriation des mesures de prévention, quel que soit leur lieu de mise en œuvre (établissements de santé, EHPAD, domicile).
Repositionnement : il est recommandé d’effectuer des changements de position toutes les 2 ou 3 heures en tenant compte du patient (âge et pathologie), de ses besoins et de ses habitudes. Ce repositionnement régulier, associé à des supports adaptés (matelas et coussins anti-escarres) et à une surveillance nutritionnelle, constitue le triptyque préventif de référence.
Suivi clinique : l’évaluation de l’escarre par l’infirmière doit se faire à chaque changement de pansement. Des évaluations conjointes du médecin et de l’infirmière doivent être programmées en fonction du stade et du mode d’évaluation de l’escarre. Ce suivi structuré permet d’adapter le protocole à l’évolution de la lésion et d’éviter les complications infectieuses.
Cotation des actes : le pansement d’escarre profonde et étendue atteignant les muscles et les tendons est coté au coefficient 4 AMI ou SFI dans la NGAP. Les IDEC doivent veiller à la bonne cotation des actes complexes pour assurer la juste rémunération des soins infirmiers dispensés en EHPAD.
Ce que les avis HAS 2026 changent concrètement pour les équipes soignantes
| Dispositif | Indication | Statut HAS 2026 | Remboursement |
|---|---|---|---|
| Mepilex Border Protect Sacrum | Traitement plaies aiguës et chroniques (sacrum) | SA Suffisant (jan. 2026) | LPPR — nom de marque |
| Mepilex Border Protect Talon | Traitement plaies aiguës et chroniques (talon) | SA Suffisant (jan. 2026) | LPPR — nom de marque |
| Mepilex Border Protect Sacrum/Talon | Prophylaxie (prévention escarres) | SA Insuffisant (2019, non révisé) | Non remboursé |
| CONVAFOAM SILICONE anatomique | Traitement plaies aiguës et chroniques | SA Suffisant (mars 2025) | LPPR — nom de marque |
Pour les IDE et IDEC d’EHPAD, les avis de janvier 2026 confirment que les pansements hydrocellulaires Mepilex Border Protect restent pris en charge pour le traitement des escarres au sacrum et au talon. Leur usage prophylactique reste à la charge de l’établissement. L’enjeu pour 2026 est donc pratique : mettre en place des protocoles de prévention rigoureux (repositionnement, matelas adaptés, nutrition, évaluation Braden) pour éviter d’en arriver au stade du traitement.
Questions fréquentes sur les pansements hydrocellulaires et les escarres en EHPAD
Les pansements hydrocellulaires prophylactiques sont-ils remboursés en EHPAD en 2026 ?
Non. La HAS a rendu en 2019 un avis de service attendu insuffisant pour l’usage prophylactique. Les avis de janvier 2026 concernent l’indication thérapeutique (traitement de plaies constituées) — qui bénéficie d’un SA suffisant et d’un remboursement LPPR. L’usage en prévention reste à la charge de l’établissement.
Quelle est la prévalence des escarres dans un EHPAD typique ?
Selon les données HAS, la prévalence des escarres en EHPAD est comprise entre 4,9 et 6,5 % des résidents. Les localisations les plus fréquentes sont le sacrum (42 à 47 % des cas) et les talons (37 à 42 %). Plus d’un tiers des escarres identifiées sont de stade 3 ou 4, nécessitant une prise en charge infirmière complexe.
Comment sont cotés les actes infirmiers de pansement d’escarre en EHPAD ?
La cotation dépend de la profondeur de l’escarre (NGAP) : coefficient 2 AMI/SFI pour un pansement courant (plaies superficielles), coefficient 4 AMI/SFI pour un pansement d’escarre profonde et étendue atteignant les muscles et tendons. Les IDEC doivent vérifier la bonne cotation des actes transmis à l’assurance maladie.
Quelle est la fréquence recommandée des repositionnements pour prévenir les escarres ?
La HAS recommande des changements de position toutes les 2 à 3 heures, en tenant compte de l’état du résident (âge, pathologie, besoins individuels). Cette recommandation doit être intégrée dans le projet de soins personnalisé du résident et organisée via un planning de repositionnement documenté dans le DUI.
Un IDE en EHPAD peut-il prescrire des pansements hydrocellulaires directement ?
Oui, sous conditions. Un IDE peut prescrire des dispositifs médicaux inscrits à la LPPR (dont les pansements) à condition d’agir pendant la durée d’une prescription médicale de série d’actes infirmiers en cours de validité. En dehors de ce cadre, la prescription reste du ressort du médecin coordonnateur ou du médecin traitant.
Quels pansements sont recommandés pour les escarres de stade 3-4 en EHPAD ?
Pour les escarres profondes (stade 3-4), les pansements hydrocellulaires de forme anatomique inscrits à la LPPR sous nom de marque sont recommandés en traitement séquentiel lors de la phase de bourgeonnement. Mepilex Border Protect Sacrum, Mepilex Border Protect Talon et CONVAFOAM SILICONE disposent tous d’un service attendu suffisant confirmé par la HAS (2025-2026) pour l’indication traitement. La prescription doit être adaptée à la localisation de l’escarre.
Pour aller plus loin
Protocoles et prévention des escarres sur sosehpad.com :
- Escarres stade 3 et 4 en EHPAD : protocole infirmier de traitement 2026
- Échelle de Braden en EHPAD : évaluation du risque d’escarre
- Repositionnement en EHPAD : planning cadencé et fiches techniques
- Matelas et coussins anti-escarres en EHPAD : guide de prescription 2026
- Nutrition et cicatrisation des escarres en EHPAD : apports CNO et surveillance
Réglementation et droits IDE/IDEC :
- Décret infirmier 2025-1306 : 5 leviers concrets pour les IDE en EHPAD
- Avenant 11 IDEL 2026 : +9,5 % sur les actes infirmiers
- Rôle de l’infirmier en EHPAD : missions et compétences
- Téléexpertise en EHPAD : faire appel à un spécialiste à distance en 2026
Sources officielles :