La téléexpertise en EHPAD est l’acte médical par lequel un médecin requérant (généralement le médecin coordonnateur ou le médecin traitant) sollicite l’avis d’un médecin spécialiste à distance, sans présence du résident. C’est un échange médecin-médecin, le plus souvent asynchrone, qui se distingue clairement de la téléconsultation (médecin-patient). Discrète, peu coûteuse, intégrable au quotidien sans bouleversement organisationnel, la téléexpertise s’impose progressivement comme un outil clé pour fluidifier l’accès aux avis spécialisés rares dans le secteur médico-social. Voici comment la mettre en œuvre concrètement.
Définition légale et distinction avec la téléconsultation
La téléexpertise est définie par l’article L6316-1 du Code de la santé publique comme l’un des cinq actes de télémédecine reconnus en France, aux côtés de la téléconsultation, la télésurveillance, la téléassistance médicale et la régulation médicale. Elle consiste en un échange entre deux ou plusieurs professionnels de santé, dont au moins un médecin, pour solliciter un avis spécialisé sur la prise en charge d’un patient.
La différence fondamentale avec la téléconsultation est l’absence du résident pendant l’acte. Le médecin requérant transmet un dossier au spécialiste sollicité (le médecin requis) : antécédents, examen clinique, résultats biologiques et imageries, photos cliniques. Le spécialiste rend son avis sous forme écrite, généralement sous 24 à 72 heures pour les avis non urgents. Cette asynchronie est précieuse en EHPAD : elle évite les déplacements et permet de gérer la sollicitation au moment opportun pour les deux médecins.
Les spécialités les plus sollicitées en EHPAD
Les cas d’usage privilégiés de la téléexpertise en EHPAD reflètent les difficultés d’accès aux soins spécialisés rencontrées sur les territoires.
- Dermatologie et plaies chroniques : l’une des indications les plus pertinentes. Une photo cadrée d’une plaie, d’une escarre ou d’une lésion suspecte permet un avis dermatologique rapide, alors que la consultation physique exigerait des semaines d’attente et un transport souvent éprouvant pour le résident.
- Cardiologie : transmission d’un ECG, avis sur une arythmie, validation d’une adaptation de traitement anticoagulant ou antiarythmique. Particulièrement utile pour les résidents en fibrillation auriculaire.
- Psychiatrie et gérontopsychiatrie : second avis sur une indication d’antipsychotique, validation d’un ajustement thérapeutique en cas de troubles du comportement, orientation diagnostique sur des troubles thymiques résistants.
- Gériatrie complexe : situations cliniques imbriquées (pluri-pathologies, polymédication, syndromes gériatriques) où un avis gériatre référent éclaire la décision du médecin coordonnateur.
- Pneumologie, endocrinologie, gastro-entérologie : avis ciblés sur des dossiers complexes ou des décisions thérapeutiques engageantes.
Cette palette de spécialités inscrit la téléexpertise dans la pratique courante du médecin coordonnateur, dont les missions ont été refondues par le décret 2025-897. Notre article sur ce décret 2025-897 et les nouvelles missions du médecin coordonnateur détaille comment la téléexpertise s’intègre désormais aux responsabilités du médecin co.
Rémunération : un cadre clair revalorisé en 2026
La rémunération de la téléexpertise est définie par la convention médicale et prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie. Deux niveaux d’actes coexistent :
- Téléexpertise de niveau 1 (TE1) : avis simple sur une question ciblée, dossier court. Tarif historique de 12 € pour le médecin requis et 5 € pour le médecin requérant.
- Téléexpertise de niveau 2 (TE2) : avis complexe sur un dossier élaboré (multiples documents, imagerie, photos). Tarif historique de 20 € pour le médecin requis et 10 € pour le médecin requérant.
La convention médicale 2024-2029, entrée en application progressive, a revalorisé l’acte de téléexpertise pour le médecin requis à 23 € depuis le 6 janvier 2026, traduisant la volonté de structurer durablement cette activité. Pour le médecin coordonnateur d’EHPAD qui sollicite régulièrement des avis spécialisés, la déclaration des actes auprès de l’Assurance maladie s’effectue via le téléservice dédié, avec virement habituellement sous cinq à dix jours.
L’enjeu budgétaire pour l’EHPAD est nul puisque l’acte est intégralement remboursé. Le gain est ailleurs : évitement d’hospitalisations et de transports sanitaires, accélération des décisions thérapeutiques, sécurisation médicale du résident.
Choisir une plateforme et organiser le workflow
Plusieurs plateformes nationales et régionales proposent des services de téléexpertise agréés. Le choix dépend de la spécialité visée, de l’écosystème local (réseau du GHT, conventions avec un CHU de référence) et de la compatibilité avec le DUI de l’établissement. Les ARS animent souvent des dispositifs régionaux qui fluidifient la mise en relation avec les spécialistes du territoire.
Le workflow type d’un acte de téléexpertise en EHPAD s’organise en cinq étapes claires :
- L’IDEC ou l’IDE constitue le dossier : synthèse médicale courte (antécédents, traitement en cours, motif de la demande), examen clinique du jour, photos standardisées si pertinent (plaies, lésions cutanées), résultats biologiques et imageries.
- Le médecin coordonnateur valide la demande et la transmet via la plateforme sécurisée, en précisant la question clinique et le degré d’urgence.
- Le spécialiste analyse le dossier et rend son avis écrit dans le délai convenu (24 à 72 heures hors urgence).
- Le médecin coordonnateur intègre l’avis au dossier de l’usager, met en œuvre les recommandations le cas échéant et informe le médecin traitant.
- L’IDEC trace l’acte dans le DUI et notifie l’aboutissement à l’équipe soignante.
La qualité des photographies cliniques est un déterminant majeur de la fiabilité de l’avis spécialisé, particulièrement en dermatologie. La formation de l’équipe IDE aux standards de prise de vue (éclairage neutre, échelle de référence, cadrage précis, contexte anatomique) conditionne directement la pertinence du second avis.
Articulation avec la téléconsultation et le projet médical
Téléexpertise et téléconsultation sont deux modalités complémentaires, à actionner selon la situation clinique. La téléexpertise est privilégiée pour les avis sur images (dermato, cardio, plaies), les demandes de second avis sur dossier élaboré, les situations qui ne nécessitent pas d’examiner directement le résident. La téléconsultation est privilégiée pour les évaluations cliniques nécessitant une interaction directe (psychiatrie, gériatrie complexe, suivi cognitif), où la communication avec le résident est essentielle au raisonnement médical.
Les deux modalités se déploient sur la même infrastructure technique et le même partenariat médical. Le projet médical de l’établissement, validé en commission de coordination gériatrique et inscrit au projet d’établissement, doit formaliser le périmètre des actes télémédicaux, les spécialités couvertes, les médecins partenaires, les protocoles cliniques et les indicateurs de pilotage. Cette formalisation est un attendu du manuel d’évaluation HAS des ESSMS et un atout dans les négociations CPOM avec l’ARS et le département.
Questions fréquentes
La téléexpertise nécessite-t-elle le consentement du résident ?
Le médecin traitant doit-il être informé d’une téléexpertise ?
Qui porte la responsabilité médicale d’un acte de téléexpertise ?
Sources officielles : Code de la santé publique, article L6316-1 ; CNAM (convention médicale 2024-2029, revalorisation de la téléexpertise à 23 € au 6 janvier 2026) ; HAS (guide de bonnes pratiques télémédecine, recommandations 2020-2025).
