La vaccination pneumocoque en EHPAD change de référentiel. La Haute Autorité de santé recommande désormais l’utilisation du vaccin PREVENAR 20 (VPC20) chez les nourrissons et les enfants à risque, et le recours préférentiel au CAPVAXIVE (VPC21) chez les adultes à risque et les personnes âgées de 65 ans et plus. Pour un établissement, cela signifie une chose simple et immédiate : le vaccin de référence des résidents n’est plus le même, et la fenêtre pour l’intégrer à la campagne d’automne se referme vite.
Ce que la HAS a décidé
La révision porte sur l’ensemble des populations cibles. L’objectif affiché est d’actualiser la stratégie de vaccination contre les infections invasives à pneumocoques chez les nourrissons, les enfants à partir de deux ans, y compris les enfants à risque d’infections à pneumocoque, et les adolescents, mais c’est le volet adulte qui intéresse directement les établissements accueillant des personnes âgées.
Le cœur de la décision tient en une phrase : la HAS recommande que les adultes âgés de 65 ans et plus soient vaccinés par une dose unique du VPC21, selon l’AMM. Le raisonnement est celui de la couverture sérotypique. Le VPC21 assure une protection contre 84 % des cas d’infections chez les adultes âgés de 65 ans et plus, contre 63 % pour le VPC20. Dans le rapport d’élaboration, la même hiérarchie s’exprime en sérotypes : le VPC21 couvrirait les sérotypes responsables de 83,5 % des IIP, contre 62,3 % pour le VPC20.
Deux précisions évitent des erreurs coûteuses en établissement. D’abord, pour les adultes déjà vaccinés par le VPC20, aucun rattrapage n’est recommandé à ce stade. Un résident vacciné l’an dernier ne doit donc pas être revacciné : la nouvelle recommandation s’applique aux primo-vaccinations, pas à une reprise généralisée du stock de dossiers. Ensuite, les anciens vaccins sortent progressivement du schéma : la HAS recommande d’arrêter l’utilisation du VPC13, du VPC15 et du VPP23 chez les enfants à risque, et d’arrêter l’utilisation du VPC13 et du VPC15 chez les nourrissons et les prématurés.
Pourquoi maintenant : le poids réel du pneumocoque
L’argument épidémiologique est massif. Le pneumocoque est la première cause bactérienne de pneumonie aiguë communautaire en France, représentant 15 à 30 % des cas, et il est responsable d’au moins 60 000 cas chaque année. Pour un directeur ou un médecin coordonnateur, ce sont les hospitalisations d’hiver, les transferts en urgence et les décompensations en cascade que ces chiffres décrivent.
La projection réalisée avec l’Institut Pasteur donne la mesure de l’inaction. Sans évolution de la stratégie, ces infections invasives seraient à l’origine, sur les cinq prochaines années, de plus de 17 000 hospitalisations, de près de 3 000 personnes présentant des séquelles et d’environ 2 800 décès. Le coût correspondant est chiffré : le coût total sur 5 ans de la prise en charge des IIP et de leurs conséquences, et du schéma actuel de vaccination est estimé à 1,509 milliard d’euros.
Face à cela, la couverture vaccinale reste le maillon faible. Elle reste très insuffisante chez les adultes, estimée à 10 % et 20 % chez les personnes à risque accru d’IIP et les patients immunodéprimés, respectivement. Et la cause est d’abord informationnelle : chez l’adulte, l’adhésion est insuffisante, principalement en raison d’un déficit d’information, seuls 29 % des personnes de 65 ans et plus déclarant connaître l’existence de ces vaccins.
Le point qui concerne spécifiquement les EHPAD
Le rapport d’élaboration de la HAS contient une observation que les établissements doivent lire comme un signal d’alerte : le fait de vivre en isolement à domicile ou en institution (EHPAD/établissements de soins) a été rapporté comme étant systématiquement associé à une couverture vaccinale plus faible. Autrement dit, la population la plus exposée aux formes graves est aussi celle que le système atteint le moins bien. C’est exactement le terrain sur lequel un établissement peut agir, comme il l’a appris avec la grippe — un sujet où la marge de progression reste considérable, la couverture antigrippale n’atteignant que 21,0 % [20,4 – 21,7] des professionnels exerçant en Ehpad sur la dernière saison mesurée.
Cette logique de campagne rejoint celle que nous avions analysée à propos de l’avis de la HAS sur l’obligation vaccinale antigrippale, et des organisations territoriales déjà en place, comme le réseau de référents vaccination déployé en Bretagne. Le socle réglementaire et pratique côté personnel est détaillé dans notre guide sur la vaccination des soignants en EHPAD.
Co-administration avec la grippe : la question opérationnelle n°1
C’est la question que pose tout IDEC dès la lecture de l’avis : faut-il deux passages, ou un seul ? La réponse est claire. Les vaccins VPC20 et VPC21 peuvent être administrés concomitamment avec les autres vaccinations recommandées selon le calendrier vaccinal. Le rapport le précise vaccin par vaccin : le VPC21 peut être administré de manière concomitante avec le vaccin quadrivalent contre la grippe (inactivé, à virion fragmenté), et le VPC20 peut être administré de manière concomitante avec le vaccin contre la grippe saisonnière et le vaccin à ARNm (à nucléoside modifié) contre la COVID-19.
Conséquence directe pour l’organisation : la vaccination antipneumococcique peut être adossée à la campagne antigrippale d’automne, sans convocation supplémentaire ni consultation dédiée. Sur le plan logistique, l’approvisionnement ne constitue pas un obstacle — les caractéristiques des deux vaccins, VPC20 et VPC21, permettent leur distribution immédiate via le circuit classique (pharmacies d’officine et centres de santé). La commande passe donc par le canal habituel de l’établissement, ce qui renvoie aux règles de gestion et de sécurisation du circuit du médicament.
Impact concret par profil métier
Médecin coordonnateur
- Réviser le protocole vaccinal de l’établissement pour substituer le VPC21 en dose unique aux schémas antérieurs chez les résidents de 65 ans et plus.
- Identifier les résidents déjà vaccinés par VPC20 : ils sortent du périmètre, aucun rattrapage n’étant recommandé à ce stade.
- Anticiper le cas des résidents immunodéprimés : pour les personnes immunodéprimées, une recommandation spécifique est en cours d’élaboration par la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF).
- Articuler la prescription avec le médecin traitant, dont la coordination s’organise désormais aussi à distance depuis le récent arrêté sur l’exercice dématérialisé des missions de coordination.
IDEC et IDE
- Fusionner les deux campagnes en un seul temps de vaccination d’automne, la co-administration avec le vaccin antigrippal étant explicitement possible.
- Recenser le statut vaccinal antipneumococcique à l’admission, puisque l’entrée en institution est associée à une couverture plus faible.
- Préparer un argumentaire court à destination des résidents et des familles : le déficit d’information est la première cause de non-adhésion identifiée.
- Le pilotage de cette campagne relève pleinement du périmètre décrit dans notre fiche métier IDEC.
Directeur
- Inscrire le changement de référentiel vaccinal au prochain point qualité et à la revue du plan de maîtrise du risque infectieux.
- Budgéter l’achat des doses sur l’exercice en cours, la distribution passant par le circuit officinal classique.
- Suivre le signal politique : l’Assurance Maladie propose de déployer une campagne de vaccination contre les pneumocoques chez les personnes âgées dans son rapport charges et produits 2027, ce qui laisse présager un cadrage national et, possiblement, un indicateur de suivi.
Perspectives : ce qui n’est pas encore tranché
La révision n’épuise pas le sujet. La HAS débute l’évaluation du VPC21 chez les enfants à risque, qui devrait aboutir d’ici la fin d’année 2026, et à la demande du ministère chargé de la Santé, elle a également évalué la pertinence d’une recommandation de vaccination contre les infections à pneumocoques chez les travailleurs régulièrement exposés aux fumées de soudage.
Le texte arrive par ailleurs sur un terrain préparé. La consultation publique, organisée du 7 mai 2026 au 25 mai 2026 et destinée aux principaux acteurs de la vaccination, a montré un accueil favorable : la majorité des répondants, entre 68 % et 74 %, se sont déclarés favorables aux recommandations pour les trois populations. Deux points restent en revanche hors du champ de cet avis, et il faut le dire clairement : aucune donnée de couverture vaccinale antipneumococcique propre aux résidents d’EHPAD n’est publiée, et aucun protocole de traçabilité spécifique à cette vaccination n’est défini par la HAS. Chaque établissement devra donc s’appuyer sur ses propres outils de suivi.
Mini-FAQ
Faut-il revacciner les résidents déjà vaccinés par le VPC20 ?
Peut-on vacciner contre le pneumocoque et la grippe le même jour ?
Combien de doses de VPC21 faut-il prévoir par résident ?
Sources officielles
- HAS, Pneumocoques : une stratégie vaccinale actualisée pour mieux protéger les populations à risque
- HAS, Révision de la stratégie de vaccination contre les infections invasives à pneumocoques
- Santé publique France, Couvertures vaccinales grippe et COVID-19 en ESMS
- L’Assurance Maladie, Rapport charges et produits pour 2027

