Une infirmière prépare des collyres unidoses sur le chariot de soins en EHPAD
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Tensions sur les collyres : l’alerte ANSM et le circuit du médicament en EHPAD

11 min de lecture Nicolas Mortel
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Le circuit du médicament en EHPAD est directement concerné par l’alerte publiée le 23 juillet 2026 par l’ANSM sur les tensions d’approvisionnement en collyres, même si l’agence ne mentionne pas les établissements médico-sociaux. Prescription, dispensation par l’officine ou la PUI, gestion des stocks : voici ce que cette alerte change concrètement pour l’IDEC, l’IDE et le médecin coordonnateur.

Les faits

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Publiée en plein été, cette alerte est passée sous les radars de nombreux établissements alors qu’elle porte sur des produits d’usage courant en gériatrie : instillations pour les résidents suivis pour un glaucome, gouttes anti-inflammatoires en post-opératoire, collyres antiseptiques utilisés en cas d’irritation oculaire. Pour un service de soins qui gère plusieurs prescriptions ophtalmologiques en parallèle, une tension prolongée sur ces références change directement l’organisation du chariot de soins et les échanges avec la pharmacie partenaire.

« Des tensions d’approvisionnement touchent différents collyres depuis plusieurs mois pour des raisons variées », rappelle l’alerte publiée par l’ANSM. La situation s’est aggravée récemment. Ces tensions sont aujourd’hui accentuées par les difficultés rencontrées sur le site de production français d’Excelvision.

L’agence distingue deux niveaux de criticité. Collyres en situation de très forte tension d’approvisionnement : le Fluoresceine Faure 0,5%, collyre en solution en récipient unidose (fluorescéine) et le Mydriaticum 2 mg/0,4 mL, collyre en récipient unidose (tropicamide), deux produits couramment utilisés pour les fonds d’œil et les gestes d’ophtalmologie courante.

Dans la seconde catégorie, celle des « Autres collyres en tension d’approvisionnement », figurent la Néosynéphrine 2,5 % Faure, collyre en solution en récipient unidose (phényléphrine), le Voltarenophta 0,1 pour cent (0,3 mg/0,3 ml), collyre en solution en récipient unidose, le Verkazia 1 mg/mL collyre en émulsion (ciclosporine), le Chibroxine 0,3%, collyre en solution (Norfloxacine) et le Dexocol 1 mg/mL, collyre en solution (dexaméthasone).

Face à cette situation, l’ANSM formule quatre recommandations opérationnelles à destination des prescripteurs et des pharmaciens :

  • « Ne recourir aux collyres que dans les situations où leur utilisation est indispensable et ne peut être reportée ; »
  • « Privilégier les alternatives disponibles dès lors que cela est possible ; »
  • « Limiter les prescriptions et les dispensations aux quantités strictement nécessaires ; »
  • « Éviter la constitution de stocks de précaution. »

Mise en perspective

L’ANSM ne cite jamais l’EHPAD dans son alerte : le texte s’adresse aux prescripteurs et aux officines en général. Mais le circuit du médicament en établissement n’est pas un circuit ordinaire. Le circuit du médicament en Ehpad est encadré par le Code de la santé publique et par plusieurs réformes visant à renforcer la sécurité de la prise en charge médicamenteuse des personnes âgées, souligne une note du Conseil de l’âge du HCFEA, notamment via le Décret du 9 mai 2017 relatif aux pharmacies à usage intérieur.

En l’absence de pharmacie à usage intérieur, les établissements médico-sociaux dépourvus de PUI s’approvisionnent auprès d’une pharmacie d’officine — c’est la situation de la majorité des EHPAD. L’article du code de la santé publique qui organise cette dérogation précise que, pour les établissements ne justifiant pas d’une pharmacie à usage intérieur, les médicaments peuvent être détenus et dispensés sous la responsabilité d’un pharmacien assurant la gérance d’une pharmacie à usage intérieur ou d’un pharmacien titulaire d’une officine. Ce circuit s’inscrit dans un cadre contractuel strict : une convention formalisée doit organiser la dispensation et la sécurisation du circuit du médicament entre l’établissement et son fournisseur pharmaceutique — un point que détaille notre panorama de la sécurisation du circuit du médicament en EHPAD.

Le cadre qualité de la Haute Autorité de santé renforce cette exigence. Le respect des bonnes pratiques d’approvisionnement des produits de santé (médicaments, dispositifs médicaux stériles et dispositifs médicaux implantables) garantit la disponibilité, la sécurité et la qualité des traitements dispensés aux patients, indique le référentiel de certification des établissements de santé, qui rappelle : Une vigilance particulière est accordée à la gestion des stocks, aux dates de péremption et aux éventuelles ruptures d’approvisionnement pour éviter toute interruption des soins. C’est précisément le critère du circuit du médicament jugé le plus fragile par la HAS qui se trouve mis à l’épreuve par une alerte comme celle sur les collyres.

Pour les équipes de direction et de qualité, ce type d’alerte s’ajoute à la vigilance déjà exercée sur les autres maillons du circuit du médicament : approvisionnement, stockage, préparation, administration, surveillance. Chaque tension ponctuelle est l’occasion de tester la réactivité de la chaîne entre le prescripteur, le pharmacien et l’équipe soignante, et de vérifier que les procédures internes prévoient une conduite à tenir en cas de rupture, plutôt que d’improviser au cas par cas au moment où le stock s’épuise.

Impact concret par profil métier

Pour l’IDEC : sécuriser la traçabilité des stocks

L’IDEC est en première ligne pour appliquer les consignes de l’ANSM au sein du chariot de soins. Concrètement, cela suppose de vérifier les stocks résiduels sur les références concernées, d’anticiper les renouvellements de prescription pour les résidents traités au long cours (glaucome, sécheresse oculaire post-chirurgicale) et de tracer les substitutions effectuées avec le prescripteur. Ce travail rejoint la logique du guide de l’audit d’approvisionnement en médicaments mené régulièrement en EHPAD, et s’appuie sur la même rigueur que celle exigée pour l’organisation et la sécurisation du chariot de médicaments.

Cette alerte est aussi l’occasion, pour l’IDEC, d’actualiser la liste des produits sensibles suivis en interne en y intégrant les références citées par l’ANSM, et de vérifier que chaque résident concerné dispose bien d’une alternative validée par le prescripteur avant que la rupture ne devienne critique en officine ou en pharmacie à usage intérieur.

Pour l’IDE : adapter la préparation et la distribution

Au quotidien, l’IDE doit intégrer ces tensions dans son organisation de soins : vérifier qu’un collyre en tension figure toujours dans le pilulier ou le plan de soins avant de le préparer, signaler sans délai à l’IDEC ou au médecin coordonnateur toute rupture constatée en pharmacie, et documenter les alternatives utilisées. Cette vigilance s’intègre dans l’organisation du plan de soins au quotidien pour une IDE en EHPAD, où chaque rupture de stock doit être remontée au même titre qu’un effet indésirable.

En cas de doute sur la disponibilité d’un collyre au moment de la préparation, mieux vaut différer l’administration de quelques heures, le temps de confirmer une alternative avec le médecin coordonnateur ou le pharmacien référent, plutôt que d’improviser une substitution non validée sur un produit à usage ophtalmologique.

Pour le médecin coordonnateur : arbitrer les alternatives

Le médecin coordonnateur occupe une position charnière. Le rapport de la Cour des comptes consacré à un établissement pour personnes âgées dépendantes est net sur le rôle du médecin coordonnateur dans les prescriptions : Dans la majorité des cas, elles sont rédigées par le médecin coordonnateur qui s’assure du bon dosage du médicament, relève ce rapport d’observations de la Cour des comptes. Sur le plan réglementaire, il contribue auprès des professionnels de santé exerçant dans l’établissement à la bonne adaptation aux impératifs gériatriques des prescriptions de médicaments. Il prend en compte les recommandations de bonnes pratiques existantes en lien, le cas échéant, avec le pharmacien chargé de la gérance de la pharmacie à usage intérieur ou le pharmacien mentionné à l’article L. 5126-6 du code de la santé publique. C’est donc à lui, en lien avec le pharmacien d’officine ou de PUI, de valider les alternatives thérapeutiques disponibles pour les résidents traités par un collyre en tension. Cette responsabilité s’inscrit dans l’évolution du mode d’exercice des médecins coordonnateurs, désormais majoritairement salariés, qui les rapproche davantage de la gouvernance pharmaceutique de l’établissement.

Perspectives

Sur le fond, l’ANSM se veut rassurante quant à la suite : « Nous travaillons avec les laboratoires concernées à la normalisation de la situation, qui passe notamment par des importations mises en place à notre demande ».

Ce n’est pas la première fois que le circuit du médicament en EHPAD doit absorber une alerte produit dans l’urgence : plusieurs établissements avaient dû gérer en parallèle un double rappel de lots ANSM sur le Movicol, avec la même exigence de traçabilité stock par stock. Ces épisodes répétés renforcent l’intérêt d’une vigilance construite dans la durée, en particulier sur le risque lié aux traitements cumulés chez un même résident : c’est tout l’enjeu du travail sur le risque iatrogène lié à la polymédication en EHPAD, où chaque substitution de traitement doit rester documentée et validée médicalement.

Pour les établissements, la meilleure parade reste la même face à toute tension médicamenteuse : une remontée d’information rapide entre le terrain, la pharmacie et la coordination médicale, et une actualisation régulière des listes de produits sensibles, plutôt qu’une gestion dans l’urgence au moment où la rupture est déjà constatée sur le résident.

Mini-FAQ

Les EHPAD sont-ils visés par l’alerte ANSM sur les collyres ?
Des tensions d’approvisionnement touchent différents collyres depuis plusieurs mois pour des raisons variées, indique l’ANSM sans mentionner nommément les établissements médico-sociaux. Cette situation s’applique néanmoins à tout prescripteur, y compris le médecin coordonnateur en EHPAD, et à toute pharmacie d’officine ou pharmacie à usage intérieur qui dispense ces produits.
Que doit faire l’équipe soignante en cas de rupture sur un collyre prescrit ?
L’ANSM formule deux consignes en pareil cas : Privilégier les alternatives disponibles dès lors que cela est possible ; Éviter la constitution de stocks de précaution. En EHPAD, cette adaptation relève du médecin coordonnateur en lien avec le pharmacien d’officine ou de pharmacie à usage intérieur, avec traçabilité assurée par l’IDE et l’IDEC.
Qui approvisionne un EHPAD sans pharmacie à usage intérieur ?
En l’absence de pharmacie à usage intérieur, les établissements médico-sociaux dépourvus de PUI s’approvisionnent auprès d’une pharmacie d’officine, dans un cadre où une convention formalisée doit organiser la dispensation et la sécurisation du circuit du médicament entre l’officine et l’établissement.

Sources officielles

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