En EHPAD, le profil du résident a basculé. Le Conseil de l’âge du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) le documente dans son rapport « Des lieux de vie et d’attentions pour aujourd’hui et demain » : on entre plus tard, on reste moins longtemps, et le décès est devenu le premier motif de sortie. Ce basculement démographique ne se lit pas seulement dans des tableaux statistiques : il change concrètement l’admission, le projet d’accompagnement personnalisé, l’anticipation de la fin de vie et l’organisation quotidienne des soins.
Les faits établis par le Conseil de l’âge
Trois constats structurent le rapport. Premier constat, sur l’âge d’entrée : les Ehpad accueillent désormais des résidents avec un âge médian désormais fixé à 88 ans et 8 mois. Deuxième constat, sur la durée de séjour : La moitié des résidents ayant quitté un Ehpad en 2023 y avaient séjourné moins d’un an. Troisième constat, sur le motif de sortie : en Ehpad, près de sept sorties sur dix sont liées au décès du résident. Ces trois chiffres se lisent ensemble : ils dessinent un établissement qui accompagne des personnes de plus en plus âgées, sur des séjours de plus en plus courts, et de plus en plus souvent jusqu’à la fin de vie.
Un profil de résident qui a changé
L’entrée en établissement intervient désormais à des âges plus avancés et dans des situations de fragilités plus importantes. Comparé aux autres modes d’hébergement collectif, l’écart est net : les Ehpad accueillent les populations les plus âgées, avec un âge médian de 88 ans et 8 mois, contre environ 84 ans dans les résidences autonomie et les USLD. Ce vieillissement à l’entrée s’accompagne d’une perte d’autonomie plus marquée : dans la grande majorité des cas, le résident a besoin d’aide pour la toilette, l’habillage ou l’alimentation, et les troubles de l’orientation et de la cohérence concernent plus de quatre résidents sur cinq.
La prévalence des maladies neurodégénératives suit la même courbe. En 2023, 38 % des résidents sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, contre 34 % en 2019. Sur le plan de la perte d’autonomie, le rapport souligne que les personnes admises présentent un besoin d’aides à l’autonomie plus élevé qu’auparavant : La part des entrants encore relativement autonomes (GIR 5 et 6) diminue régulièrement depuis 2011. Autrement dit, L’entrée en établissement intervient ainsi de plus en plus tard dans le parcours de vieillissement, lorsque les besoins d’accompagnement et de soins deviennent plus importants. Le tableau de bord des chiffres clés des résidents en EHPAD permet de resituer ces évolutions dans la durée.
Ce que cela change à l’admission
L’entrée en Ehpad intervient souvent à la suite d’une détérioration de l’état de santé. Le rapport chiffre précisément cette bascule hospitalière qui précède l’admission : des hospitalisations en soins médicaux de réadaptation (SMR), qui sont en moyenne de 1,4 jour six mois avant l’entrée en Ehpad et qui passent à 9 jours le mois précédant l’entrée en Ehpad. Le nombre de journées d’hospitalisation en MCO augmente également, passant de 0,9 jour six mois avant à 3,2 jours le mois précédant l’entrée. Pour les équipes qui instruisent les dossiers, cette accélération hospitalière juste avant l’entrée change la donne : le dossier unique d’admission doit pouvoir absorber des informations médicales plus récentes et plus lourdes, souvent transmises dans l’urgence par le service hospitalier.
Le Conseil de l’âge ne recommande pas pour autant de réserver l’admission aux profils les plus dépendants : il recommande de conserver une mixité avec l’accueil toujours possible de personnes en GIR moins élevés. Pour les familles qui préparent une entrée, ce maintien de la mixité reste une donnée importante à connaître : voir le guide pour préparer l’entrée d’un proche en EHPAD.
Anticiper la fin de vie dès l’entrée
La durée des séjours confirme la même tendance. En 2023, les personnes quittant un établissement y avaient séjourné en moyenne deux ans et quatre mois, soit trois mois de moins qu’en 2019, et la moitié d’entre elles y étaient restées moins d’un an. Les séjours sont plus longs pour les femmes que pour les hommes, ainsi que pour les personnes les plus en besoin d’aides. Ils sont également plus importants en résidence autonomie qu’en Ehpad, tandis qu’ils demeurent particulièrement courts en USLD. Pour le Conseil de l’âge, Cette réduction de la durée des séjours s’inscrit dans un contexte d’entrée plus tardive en établissement, à des âges plus élevés et avec des niveaux de besoin d’aides plus importants.
Les décès constituent le principal motif de sortie : ils représentent plus des deux tiers des sorties définitives et surviennent majoritairement au sein de l’établissement. Et L’âge moyen au décès augmente, atteignant près de 90 ans en 2023. Hors décès, les sorties correspondent principalement à un transfert vers un autre établissement médicosocial ou sanitaire ou, plus rarement, à un retour au domicile : Les résidents hébergés de manière permanente s’orientent majoritairement vers une autre structure, tandis que les retours à domicile concernent davantage les personnes accueillies temporairement.
Concrètement, ce basculement impose d’anticiper la fin de vie dès l’admission plutôt que d’y venir en urgence des mois plus tard. Le recueil des directives anticipées dès l’admission devient un réflexe d’entrée, au même titre que le dossier médical. Le guide complet des soins palliatifs et de la fin de vie en EHPAD détaille cette organisation, tandis que le proche accompagnant peut s’appuyer sur les repères réunis dans fin de vie en EHPAD : les droits du proche et ses démarches. Ces évolutions confirment la place croissante des établissements dans les parcours de soins et d’accompagnement des personnes âgées très dépendantes, souvent en fin de vie.
Impact concret par profil métier
Pour le directeur : piloter une population qui change vite
Pour le directeur, la conséquence directe porte sur le pilotage des places disponibles : des séjours qui deviennent en moyenne deux ans et quatre mois se traduisent mécaniquement par un taux de rotation plus élevé, avec des entrées de plus en plus tard dans le parcours de vieillissement. Cela suppose un travail permanent sur la file active des candidatures et une vigilance sur les droits des résidents nouvellement admis, souvent plus vulnérables dès leur arrivée.
Pour l’IDEC : sécuriser la coordination hospitalière
Pour l’infirmier coordinateur, la bascule hospitalière qui précède l’admission — décrite plus haut — implique de fiabiliser la transmission des données médicales avec les services de soins médicaux de réadaptation et de MCO. C’est également le rôle de coordination que pointe le rapport lorsqu’il indique que la complexité croissante des besoins des résidents appelle un renforcement des compétences soignantes et de l’articulation avec les acteurs sanitaires.
Pour le médecin coordonnateur : des pathologies plus lourdes dès l’entrée
Le médecin coordonnateur doit composer avec des résidents dont les troubles de l’orientation et de la cohérence concernent plus de quatre résidents sur cinq, dans un contexte où 38 % des résidents sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. L’évaluation à l’entrée gagne donc à intégrer d’emblée les enjeux de fin de vie plutôt que de les reporter.
Pour l’aide-soignant : une charge en soins de base plus lourde dès le premier jour
Sur le terrain, l’aide-soignant retrouve la même réalité au quotidien : la majorité des résidents a besoin d’aide pour la toilette, l’habillage ou l’alimentation dès l’entrée, sans période de répit initiale. Le projet d’accompagnement personnalisé doit donc être posé avec ce niveau de dépendance en tête, et non ajusté a posteriori.
Les résidents les plus jeunes, un public à part
Le rapport insiste sur un phénomène minoritaire mais bien réel, à l’opposé du profil dominant très âgé : des publics moins nombreux, mais très vulnérables entrent parfois très tôt en Ehpad, marqués par des problématiques de précarité, de santé, d’isolement ou de troubles psychiatriques, ce qui souligne le rôle social méconnu des Ehpad.
Sur ce public spécifique, le Conseil de l’âge se prononce clairement : dans l’attente du développement d’une offre d’unités spécialisées en géronto-précarité dans le champ social, il recommande de permettre l’accès aux Ehpad pour ces personnes au vieillissement prématuré issues de la grande précarité, du secteur de l’addictologie ou présentant des troubles psychiatriques aigus. Pour ces situations d’entrée précoce, l’hébergement temporaire en EHPAD peut constituer une porte d’entrée adaptée, le temps d’orienter la personne vers une réponse plus spécialisée si elle se développe.
Perspectives
Ces évolutions constituent un double défi. D’une part, la complexité croissante des besoins des résidents appelle un renforcement des compétences soignantes et de l’articulation avec les acteurs sanitaires. Ce double défi se lit à la lumière de l’ensemble du rapport : un résident qui entre plus tard, reste moins longtemps, et pour lequel la place croissante des établissements dans les parcours de soins et d’accompagnement des personnes âgées très dépendantes, souvent en fin de vie est appelée à se confirmer. Les équipes qui font évoluer dès maintenant leurs pratiques d’admission et d’accompagnement de fin de vie anticipent un mouvement que le Conseil de l’âge documente comme déjà engagé, pas comme une hypothèse.
Questions fréquentes
Pourquoi la durée des séjours en EHPAD a-t-elle diminué ?
Le décès est-il devenu le principal motif de sortie d’EHPAD ?
Comment anticiper la fin de vie dès l’admission en EHPAD ?
Sources officielles
Cet article s’appuie sur le rapport du Conseil de l’âge du HCFEA, « Des lieux de vie et d’attentions pour aujourd’hui et demain », ainsi que sur sa page de présentation : hcfea.gouv.fr — Des lieux de vie et d’attentions pour aujourd’hui et demain.


