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Circuit du médicament

IPA en EHPAD : ce que change (et ne change pas) l’arrêté du 7 août 2026

12 min de lecture Nicolas Mortel
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IPA en EHPAD : l’arrêté du 7 août 2026 autorise l’infirmier en pratique avancée à prescrire des antibiotiques pour des infections identifiées à l’aide de tests rapides d’orientation diagnostique, sous condition de suivi d’une formation. Mais dans les faits, le texte ne s’applique qu’à une fraction très restreinte des résidents d’EHPAD.

Les faits

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Le texte fixe les modalités de formation permettant à un infirmier en pratique avancée (IPA) de prescrire des antibiotiques après la réalisation d’un test rapide d’orientation diagnostique (TROD), pour deux situations cliniques : l’angine et la cystite. L’IPA peut réaliser les TROD mentionnés à l’annexe I de l’arrêté du 18 juillet 2018, à condition qu’ils soient revêtus d’un marquage CE. Cette possibilité de prescription vient s’ajouter à un cadre déjà en vigueur : l’annexe VI de l’arrêté du 18 juillet 2018, modifiée par l’arrêté du 25 avril 2025 et à laquelle renvoie explicitement l’arrêté du 7 août 2026, fixe la liste des prescriptions que l’ensemble des infirmiers en pratique avancée est autorisé à effectuer — un cadre déjà détaillé dans le mode d’emploi de la pratique avancée en établissement.

Une fois la formation suivie, une attestation est délivrée par l’organisme de formation — y compris les établissements d’enseignement supérieur accrédités — à l’infirmier en pratique avancée formé pour la prescription de traitements antibiotiques. Lorsque la formation est inscrite au développement professionnel continu, l’attestation doit porter le numéro d’enregistrement de l’organisme et celui de l’action de formation, et hors dispositif de DPC, l’organisme doit indiquer son numéro d’enregistrement au titre de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel.

Avant chaque test, le cadre est strict. L’IPA doit vérifier l’absence de critères d’exclusion reconnus à l’interrogatoire et à l’évaluation clinique, une exigence détaillée pour chacun des deux logigrammes :

  • Pour l’angine, la vérification porte sur l’absence de critères d’exclusion à l’interrogatoire, à l’évaluation clinique et à l’examen des amygdales.
  • La vérification de l’absence de signes de gravité précède l’analyse du résultat du test, qui débouche sur trois issues possibles : prescription d’antibiotiques, conseils généraux, ou adressage vers un médecin.

Le contenu de la formation diffère selon le logigramme. Pour l’angine, elle comprend une partie théorique de 3 heures maximum, réalisable en e-learning, et une partie pratique d’1 heure maximum, en présentiel ou en classe virtuelle. Pour la cystite, la formation dure 2 heures maximum, et peut être suivie en tout ou partie en e-learning. Dans les deux cas, une séquence est dédiée à l’enjeu de fond : la séquence consacrée à la prescription pour l’angine traite du bon usage des antibiotiques et de la lutte contre l’antibiorésistance, sur la base des recommandations de la Haute Autorité de santé en vigueur, et la séquence équivalente pour la cystite porte, elle aussi, sur le bon usage des antibiotiques et la lutte contre l’antibiorésistance selon les mêmes recommandations.

La conception de la formation n’est pas laissée aux seuls IPA. Elle doit obligatoirement associer un médecin en qualité de concepteur et de formateur pour l’ensemble des séquences, et un médecin doit pouvoir répondre aux questions des participants relevant de sa compétence sous un délai de 48 heures. À défaut d’un médecin directement impliqué, le formateur peut être un IPA qui atteste avoir été préalablement formé par un médecin — une articulation qui replace les missions du médecin coordonnateur au centre du dispositif.

La validation de la formation repose sur un contrôle de connaissances. Pour l’angine, les IPA complètent un QCM de 10 items portant sur les critères d’exclusion, le score de Mac Isaac, l’interprétation du résultat du TROD et la prescription, et l’attestation n’est délivrée que sous réserve de valider au moins 8 items sur 10. Pour la cystite, le QCM porte également sur 10 items, couvrant les critères d’exclusion, l’interprétation du test urinaire — recherche a minima de nitriturie et de leucocyturie — et la prescription.

Mise en perspective

C’est le point que la communication autour du texte ne met pas en avant : les deux logigrammes annexés à l’arrêté ne visent pas le même public, et l’un des deux exclut de fait la quasi-totalité des résidents d’EHPAD.

Le logigramme angine s’adresse à un patient âgé de plus de 10 ans présentant des symptômes évocateurs d’angine, sans borne haute. Il concerne donc, en théorie, un résident d’EHPAD comme n’importe quel adulte plus jeune. Il en va tout autrement pour la cystite : le logigramme cystite ne s’adresse qu’à une patiente âgée entre 16 et 65 ans, présentant des symptômes évocateurs de cystite sans facteur de risque de complication. Or l’âge d’entrée en EHPAD dépasse très largement cette borne haute de 65 ans : pour l’infection urinaire, motif de prescription antibiotique parmi les plus fréquents en gériatrie, le nouveau texte ne change donc rien au circuit habituel — passage par le médecin traitant ou par la coordination médicale à distance lorsque le médecin coordonnateur n’est pas sur place, avec, en cas de doute, le recours aux hospitalisations non programmées.

L’arrêté prévoit par ailleurs des passerelles de dispense pour les IPA déjà formés à des protocoles de coopération antérieurs. Un IPA ayant validé la formation du protocole de coopération de mars 2023 sur la pollakiurie et les brûlures mictionnelles chez la femme de 16 à 65 ans peut être dispensé de tout ou partie de la nouvelle formation — la même borne d’âge que le logigramme cystite. Une autre voie de dispense repose sur la formation du protocole de coopération de juin 2024 relatif à l’odynophagie chez les patients de 6 à 50 ans. Ces deux passerelles confirment, par construction, que le texte a d’abord été pensé pour une patientèle jeune.

Le contexte qui justifie ce nouveau cadre reste, lui, pleinement d’actualité en EHPAD. En 2024, 2,35 % des résidents étaient porteurs d’au moins une infection associée aux soins. En 2024 également, 2,87 % des résidents ont été traités par au moins un antibiotique un jour donné, un taux stable par rapport à 2016 (2,76 %) — une tendance déjà documentée dans le suivi de l’antibiorésistance en établissement. La Haute Autorité de santé y voit un levier direct : elle recommande le recours aux TROD chaque fois que possible, car leur utilisation permet d’éviter des traitements antibiotiques inutiles — un principe déjà au cœur des recommandations d’antibiothérapie en EHPAD.

Impact concret par profil métier

La portée réelle de l’arrêté varie fortement selon les fonctions en présence.

IDEC

  • Vérifier, avant d’organiser tout protocole TROD, que l’IPA de l’établissement dispose bien de l’attestation délivrée par l’organisme de formation.
  • Ne pas présenter cette évolution comme un nouveau levier généralisé sur les infections urinaires : la borne d’âge du logigramme cystite en limite l’usage à une part marginale des résidents.
  • S’appuyer sur les appels à candidatures pour des postes d’IPA pour anticiper le recrutement de profils formés.

IDE

  • Le circuit de prescription pour les infections urinaires des résidentes ne change pas : hors de la tranche d’âge visée par le logigramme cystite, l’orientation vers le médecin traitant ou coordonnateur reste la règle.
  • Continuer d’appliquer les protocoles d’hygiène qui restent le premier levier face à l’antibiorésistance, notamment pour la prévention des infections urinaires.

Médecin coordonnateur

  • Son rôle de concepteur et de formateur de la formation IPA est explicitement requis par le texte, pour l’ensemble des séquences — un investissement à anticiper si un IPA de l’établissement souhaite se former.
  • Prévoir un délai de réponse de 48 heures maximum aux questions des IPA en formation relevant de sa compétence.
  • Actualiser sa lecture des missions du médecin coordonnateur à l’aune de cette nouvelle articulation avec l’IPA.

Directeur

  • Ne pas communiquer sur un « nouveau droit de prescription IPA » sans préciser sa portée réelle : pour la cystite, le levier ne concerne qu’une tranche d’âge étrangère à la majorité des résidents.
  • Budgéter le temps de formation le cas échéant : une partie théorique de 3 heures maximum et une partie pratique d’1 heure maximum pour le logigramme angine, contre 2 heures maximum pour le logigramme cystite, dont une partie mobilisable en e-learning.
  • Vérifier la disponibilité d’un médecin — coordonnateur ou non — pour assumer le rôle de concepteur-formateur exigé par le texte.

Perspectives

Le champ de l’arrêté se limite aux deux situations couvertes par ses logigrammes, l’angine et la cystite : toute autre infection reste, en l’état du texte, hors de ce dispositif. Les établissements ont donc intérêt à suivre deux points concrets. D’une part, l’enregistrement effectif des formations au développement professionnel continu, condition de traçabilité de l’attestation. D’autre part, le déploiement des passerelles de dispense pour les IPA déjà formés aux protocoles de coopération antérieurs, qui peut accélérer la montée en compétence sans multiplier les heures de formation. Ce texte s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement de la pratique avancée en établissement, dont la vague d’appels à candidatures pour des postes d’IPA est un autre signal.

Questions fréquentes

Un IPA peut-il désormais prescrire des antibiotiques pour une infection urinaire à n’importe quelle résidente d’EHPAD ?
Non. Le logigramme cystite de l’arrêté ne s’applique qu’à une patiente âgée entre 16 et 65 ans, sans facteur de risque de complication. Une résidente en dehors de cette tranche d’âge reste hors du champ du texte, et le circuit médical habituel continue de s’appliquer.
Quelle formation un IPA doit-il suivre pour prescrire après un TROD angine ou cystite ?
Pour l’angine, une partie théorique de 3 heures maximum et une partie pratique d’1 heure maximum, validée par un QCM de 10 items portant sur les critères d’exclusion, le score de Mac Isaac, l’interprétation du TROD et la prescription. Pour la cystite, une formation de 2 heures maximum, en tout ou partie en e-learning, validée par un QCM de 10 items portant sur les critères d’exclusion, l’interprétation du test urinaire et la prescription. Dans les deux cas, un médecin doit être associé comme concepteur et formateur pour l’ensemble des séquences.
Ce texte change-t-il quelque chose pour la lutte contre l’antibiorésistance en EHPAD ?
Il s’inscrit dans cette logique sans la révolutionner sur le terrain gériatrique : la Haute Autorité de santé recommande le recours aux TROD chaque fois que possible, car leur utilisation permet d’éviter des traitements antibiotiques inutiles. Mais la portée du nouveau dispositif reste limitée en EHPAD par la borne d’âge du logigramme cystite, restreinte à la tranche 16-65 ans.

Sources officielles

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