Un psychologue echange avec une personne agee dans le salon d'un EHPAD, une plaquette de medicaments posee sur la table
Circuit du médicament

Benzodiazépine du sujet âgé : la Cnam propose d’ouvrir Mon soutien psy

10 min de lecture Nicolas Mortel
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Le dispositif Mon soutien psy pourrait s’ouvrir aux personnes âgées sous benzodiazépine : c’est l’une des propositions portées par l’Assurance Maladie pour l’année à venir, dans un rapport qui interroge aussi le recours aux psychotropes chez les personnes âgées et les leviers pour mieux repérer leur souffrance psychique.

Les faits

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Dans son rapport annuel de propositions pour l’Assurance Maladie, la Caisse nationale formule une Proposition 17 : ouvrir Mon soutien psy aux personnes âgées sous traitement de benzodiazépine. Concrètement, il s’agirait d’étendre l’accès à ce parcours de soutien psychologique aux résidents d’EHPAD et aux personnes âgées suivies en ville dès lors qu’elles sont traitées par ces médicaments, sans que ce périmètre soit à ce stade arrêté par les pouvoirs publics.

Depuis avril 2022, le dispositif « Mon soutien psy » permet l’accompagnement psychologique des personnes en souffrance psychique d’intensité légère à modérée, grâce à la prise en charge de 12 séances par an par un psychologue conventionné. Sur le plan pratique, Mon soutien psy est un dispositif qui propose jusqu’à 12 séances d’accompagnement psychologique chez un psychologue partenaire. Selon la fiche pratique d’ameli.fr consacrée à ce dispositif : « La séance coûte 50 euros. Elle est remboursée à 60 % par l’Assurance Maladie ». Plus largement, Mon soutien psy s’adresse à toute personne, dès 3 ans, qui se sent angoissée, déprimée ou éprouve un mal-être, sans condition d’âge maximal ni de pathologie spécifique.

Le succès du dispositif auprès des publics âgés est déjà mesurable. Près de 119 000 assurés de 60 ans et plus ont eu recours à « Mon soutien psy » entre la création du dispositif en 2022 et 2025, dont 57 000 nouveaux bénéficiaires en 2025. C’est ce socle que l’Assurance Maladie souhaite désormais élargir spécifiquement aux personnes âgées sous benzodiazépines, une population identifiée comme prioritaire dans le champ de la santé mentale et des troubles psychiques des résidents.

Mise en perspective : santé mentale et benzodiazépines chez les aînés

Le rapport de l’Assurance Maladie replace cette proposition dans un constat plus large sur la dépression du sujet âgé en EHPAD. En 2024, 8,6% des personnes de 70 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif caractérisé (EDC). « Les EDC sont par ailleurs entre 2 et 3 fois plus fréquents chez les femmes de 65 à 85 ans comparés aux hommes de cette tranche d’âge » précise le rapport. À l’inverse, « Une surmortalité par suicide a été identifiée en France chez les hommes de 65 ans ou plus » : leur taux de décès par suicide est de 38,7 décès/ 100 000 habitants soit 3 fois plus que l’ensemble de la population, en particulier dans des situations de veuvage. Le rapport souligne que « Ces présentations atypiques compliquent le diagnostic et favorisent des prescriptions inadaptées, notamment de benzodiazépines » chez les personnes âgées.

Sur le plan médicamenteux, les chiffres du rapport confirment un recours élevé aux psychotropes chez les aînés. « Près d’un quart des assurés de 65 ans et plus est remboursé de benzodiazépines ». Pour mémoire, « Les anxiolytiques sont des médicaments qui aident à lutter contre les symptômes de l’anxiété et les hypnotiques sont des médicaments qui facilitent le sommeil », mais « La consommation prolongée de ces traitements expose à des risques iatrogènes non négligeables, incluant chutes, confusion, sédation excessive, dépression, dépendance et vertiges » — un enjeu que la réduction de l’iatrogénie liée à la polymédication vise justement à limiter. C’est pourquoi « La durée maximale de leur prescription est limitée à 4 semaines pour les hypnotiques et à 12 semaines pour les anxiolytiques dans leur AMM, règles de bon usage régulièrement rappelées par la HAS et l’ANSM », des limites qui rejoignent les repères présentés dans les pistes pour organiser la nuit des résidents sans hypnotiques.

Sur la durée, la tendance générale est à la baisse. « En 2022, 23 % des personnes de 65 ans et plus ont bénéficié d’un remboursement de benzodiazépines (BZD) et 13 % ont reçu une prescription potentiellement inappropriée (PPI) de BZD », alors que « Ces taux sont en baisse depuis 2012, date à laquelle ils atteignaient respectivement 28 % et 17 % ». Cette amélioration ne concerne toutefois pas tous les publics : « Parmi les patients atteints de la maladie d’Alzheimer et apparentées, le taux de PPI reste stable autour de 30 % depuis 2015 », et surtout, « L’entrée en Ehpad s’accompagne d’une augmentation d’environ dix points des PPI de BZD, alors que la balance bénéfice-risque de ces traitements est particulièrement défavorable dans cette population particulièrement fragile ». Le rapport relève même : « Chez les personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés, le recours à une aide familiale pour les démarches médicales est associé à une probabilité plus élevée (+21,7 points) de prescription des benzodiazépines à longue durée d’action » — un constat qui rejoint les enjeux déjà documentés sur les alternatives non médicamenteuses aux psychotropes.

Impact concret par profil métier

Médecin coordonnateur et prescripteurs

Pour les médecins coordonnateurs et les prescripteurs, l’ouverture de Mon soutien psy viendrait renforcer une palette d’outils déjà mobilisée pour la déprescription. Le rapport rappelle : « Chez les personnes âgées traitées par benzodiazépines, les stratégies de déprescription les plus efficaces combinent éducation thérapeutique, bilans médicamenteux » et interactions directes entre pharmaciens, patients et professionnels de santé. Il précise aussi que « L’accompagnement par un psychologue peut également faciliter la déprescription chez les patients âgés en relai de l’accompagnement du médecin traitant » — une piste que détaille un guide pratique de déprescription des benzodiazépines pour les IDE et IDEC. Sur le terrain, des actions ciblées concernant le bon usage des benzodiazépine ont été menées auprès des médecins généralistes libéraux et lors des visites annuelles en établissement de santé (VAES) et en EHPAD. « Ces actions visent à améliorer les pratiques médicales, à prévenir le risque iatrogénique et à promouvoir une meilleure santé mentale chez les seniors », précise le rapport.

IDEC et équipes soignantes

Pour les IDEC et les équipes soignantes, le rapport identifie un levier complémentaire : former les personnels du grand âge aux Premiers secours en santé mentale (PSSM) en EHPAD, SSIAD, SAAD, etc… est un autre levier pour contribuer à une meilleure reconnaissance des troubles en santé mentale. Cette montée en compétence rejoint les repères déjà disponibles sur la santé mentale et les troubles psychiques des résidents, et peut s’articuler, en cas de décompensation, avec les équipes mobiles de psychiatrie gérontologique qui interviennent en établissement.

Psychologue en EHPAD

Pour le psychologue de l’établissement, une ouverture de Mon soutien psy aux résidents sous benzodiazépines conforterait un rôle déjà central, décrit dans les missions et le positionnement du psychologue en EHPAD : accompagnement de la souffrance psychique du résident, mais aussi appui à la déprescription des benzodiazépines en lien avec le médecin traitant, comme le souligne le rapport à propos du relai possible entre psychologue et prescripteur.

Directeur et pilotage qualité

Pour le directeur, cette proposition s’inscrit dans une dynamique de repérage déjà engagée par l’Assurance Maladie. L’autoquestionnaire de « Mon bilan prévention » contient des questions spécifiques sur la santé mentale des personnes âgées de 60 à 65 ans et de 70 à 75 ans. En 2025, 137 000 assurés de ces tranches d’âge ont effectué un tel bilan. Par ailleurs : « Le bien-être psychologique est aussi intégré comme une fonction clé du programme de prévention de la perte d’autonomie dans la démarche Icope », un cadre qui structure de plus en plus le pilotage qualité des établissements.

Perspectives

À ce stade, la Proposition 17 reste une piste soumise par l’Assurance Maladie au ministère et au Parlement dans le cadre de son rapport annuel : elle ne constitue ni une décision arrêtée ni un droit ouvert pour les résidents. Son sort dépendra des arbitrages qui seront rendus sur l’ensemble des propositions du rapport, comme chaque année. Pour les équipes d’EHPAD, l’enjeu immédiat reste donc de continuer à s’appuyer sur les leviers déjà disponibles — repérage via Mon bilan prévention, formation aux Premiers secours en santé mentale, recours aux équipes mobiles de psychiatrie gérontologique et déprescription accompagnée par le psychologue et le pharmacien — en attendant une éventuelle clarification du périmètre de Mon soutien psy pour les personnes âgées sous benzodiazépines.

Mini-FAQ

Qu’est-ce que le dispositif Mon soutien psy ?
Depuis avril 2022, le dispositif « Mon soutien psy » permet l’accompagnement psychologique des personnes en souffrance psychique d’intensité légère à modérée, grâce à la prise en charge de 12 séances par an par un psychologue conventionné.
Qui serait concerné par l’ouverture proposée par l’Assurance Maladie ?
Il s’agit de la Proposition 17 : ouvrir Mon soutien psy aux personnes âgées sous traitement de benzodiazépine, une mesure qui concernerait notamment les résidents d’EHPAD. « L’entrée en Ehpad s’accompagne d’une augmentation d’environ dix points des PPI de BZD », précise le rapport.
Quelles sont les limites de prescription des benzodiazépines chez les personnes âgées ?
La durée maximale de leur prescription est limitée à 4 semaines pour les hypnotiques et à 12 semaines pour les anxiolytiques dans leur AMM, règles de bon usage régulièrement rappelées par la HAS et l’ANSM. Au-delà de ces durées, « La consommation prolongée de ces traitements expose à des risques iatrogènes non négligeables, incluant chutes, confusion, sédation excessive, dépression, dépendance et vertiges ».

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