Contrat national de filière sanitaire et médico-sociale : depuis Ajaccio, le MEDEF Corsica, le Synerpa et la FHP Sud-Est appellent à la conclusion d’un contrat national de filière sanitaire et médico-sociale, décliné dans les territoires en fonction de leurs caractéristiques. Réunies en Corse début septembre, ces trois organisations accompagnent leur demande d’une série d’attentes pour le prochain budget de la Sécurité sociale, à destination des directeurs d’EHPAD et des DRH du secteur.
Les faits
Le sujet n’est pas neuf pour les fédérations professionnelles du secteur, mais la déclinaison territoriale corse lui donne un relief particulier : elle met en scène, à une échelle resserrée, des dynamiques que beaucoup d’établissements de métropole reconnaîtront — vieillissement accéléré de la population, tension durable sur les effectifs soignants, saisonnalité prononcée de l’activité économique locale.
Le communiqué, daté d’Ajaccio, le 2 septembre 2026, relate une visite de terrain : le MEDEF Corsica, le Synerpa, la Fédération de l’Hospitalisation Privée Sud-Est ont rencontré les acteurs sanitaires et médico-sociaux du territoire.
À l’horizon 2050, elle pourrait compter 158 000 personnes âgées de plus de 60 ans, soit 41 % de sa population, projette le communiqué pour la Corse. Dès 2045, le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans devrait avoir doublé, ajoute-t-il. Ce vieillissement percute une offre déjà présente sur l’île : les 17 établissements de santé privés assurent près de la moitié des prises en charge hospitalières, et le Synerpa y fédère, pour sa part, 11 EHPAD représentant 784 places, soit plus de 40 % de l’offre régionale en nombre de places.
À l’échelle nationale, le texte rappelle qu’il faudra développer son offre de soins et d’accompagnement, remplacer les professionnels qui partiront à la retraite et recruter les effectifs supplémentaires nécessaires, un effort chiffré : près de 600 000 professionnels devront être formés, recrutés et fidélisés au cours des dix prochaines années. En Corse, ce défi national est renforcé par l’insularité, les distances, les difficultés de mobilité, l’accès aux formations, la pénurie de logements et un marché du travail fortement marqué par la saisonnalité.
À l’approche du PLFSS 2027, le texte égrène six demandes destinées au législateur, restituées ici sous forme de liste :
- Instaurer une programmation pluriannuelle des politiques et des financements de la santé et de l’autonomie afin de donner de la visibilité aux acteurs
- Engager un véritable choc de simplification pour recentrer les professionnels sur les soins et l’accompagnement
- Garantir des financements adaptés à l’augmentation des besoins, avec la possibilité de prendre en compte les contraintes propres à chaque territoire
- Déployer une politique nationale d’attractivité associant emploi, formation, logement et mobilité
- Anticiper les départs massifs à la retraite et organiser la transmission des compétences
- Conclure un contrat national de filière sanitaire et médico-sociale, décliné au plus près des réalités territoriales
Sur ce troisième point, seule la FHP Sud-Est appelle à une revalorisation du coefficient géographique applicable aux établissements de santé corses, afin de mieux compenser les surcoûts structurels liés à l’insularité, aux transports, à l’approvisionnement et à la saisonnalité de l’activité — une demande qui concerne les établissements de santé, et non les EHPAD.
Le contrat national de filière porté par les trois organisations, lui, permettrait d’anticiper les besoins en emplois et en compétences, d’adapter les formations, d’organiser la transmission des savoir-faire, d’améliorer les conditions d’exercice et de renforcer les coopérations entre les acteurs sanitaires, médico-sociaux et économiques.
Les trois organisations concluent par une citation commune : « La Corse agit comme un révélateur des défis auxquels toute la France devra faire face. Elle montre, avec une acuité particulière, les conséquences du vieillissement de la population, des départs massifs à la retraite et des difficultés de recrutement. Les réponses doivent être nationales, pluriannuelles et structurantes, tout en permettant leur adaptation aux réalités de chaque territoire. Le PLFSS 2027 doit être à la hauteur de cette ambition ».
Mise en perspective
Lecture de la rédaction, que le communiqué ne formule pas lui-même : le texte se présente comme porté par « les quatre organisations », alors que seules trois structures — le MEDEF Corsica, le Synerpa et la FHP Sud-Est — sont nommément signataires du document ; l’écart n’est pas expliqué, et la rédaction ne le tranche pas.
Ce communiqué ne surgit pas de nulle part : sur ce même sujet, notre guide sur le recrutement et la fidélisation en EHPAD détaille déjà les leviers mobilisables au quotidien par les directions d’établissement, et les demandes portées par le Synerpa pour la présidentielle annonçaient déjà, en amont, plusieurs des priorités reprises depuis la Corse.
Une autre source, indépendante de ce communiqué, vient documenter ce même diagnostic à l’échelle nationale. « Les dépenses d’APA pourraient doubler d’ici 2050 », indique la CNSA — une projection distincte des chiffres corses et du chiffre national de professionnels avancé par le communiqué, que la rédaction se garde de fusionner avec eux. Ce même enjeu est déjà documenté dans notre article sur l’appel de la CNSA à un financement pérenne.
La séquence corse ne s’arrête pas à ce seul communiqué : la rédaction avait déjà relevé, cet été, comment les aléas climatiques pesaient sur les budgets d’établissement, dans notre article sur les dépenses exceptionnelles chiffrées par le Synerpa. Ce rapprochement reste une lecture de la rédaction : le communiqué du 2 septembre ne mentionne pas ces événements et ne les relie pas explicitement à sa demande de contrat national de filière.
Impact concret par profil métier
Pour les directeurs d’EHPAD
Lecture de la rédaction : au-delà du communiqué, la structuration du Synerpa en Corse — 11 EHPAD représentant 784 places, soit plus de 40 % de l’offre régionale en nombre de places — donne un ordre de grandeur du terrain sur lequel s’articulerait un futur contrat de filière, si sa déclinaison territoriale devait un jour se concrétiser. Pour les directions d’établissement, la rédaction retient que l’enjeu immédiat reste, quoi qu’il en soit, très concret : anticiper les tensions de recrutement plutôt que les subir, documenter les postes durablement vacants et préparer, en interne, les arguments qui pourraient nourrir une déclinaison locale d’un futur contrat de filière. Un travail déjà engagé ailleurs, comme le montrent les leviers déjà recensés pour les directeurs face aux postes vacants.
Pour les DRH et responsables RH
Lecture de la rédaction : le chiffre national de près de 600 000 professionnels devront être formés, recrutés et fidélisés au cours des dix prochaines années remet la fonction RH au centre du sujet, alors même que les difficultés de recrutement et le turnover restent une réalité quotidienne dans de nombreux établissements. Construire une réponse locale, notamment en bâtissant une marque employeur locale, est une piste que la rédaction juge complémentaire à toute réponse nationale, sans que le communiqué ne l’évoque. À court terme, avant même qu’un contrat national de filière ne voie le jour, la rédaction observe que les marges de manœuvre RH restent largement locales : fidélisation, parcours de formation interne et conditions de travail pèsent, au quotidien, au moins autant que les arbitrages nationaux.
Pour les IDEC
Lecture de la rédaction : les IDEC sont, au quotidien, les premiers concernés par la transmission des savoir-faire et l’amélioration des conditions d’exercice évoquées par les trois organisations ; sans attendre un futur contrat de filière, la rédaction observe que la structuration des parcours de formation interne reste, dans l’intervalle, le levier le plus directement actionnable à l’échelle d’un établissement. Documenter ces parcours, les valoriser auprès des nouvelles recrues et les articuler avec les besoins de coordination des soins constitue, pour la rédaction, une manière concrète d’anticiper localement ce qu’un futur contrat de filière chercherait à organiser à plus grande échelle.
Perspectives
Lecture de la rédaction, que le communiqué ne fixe pas lui-même : aucune date d’examen n’est donnée pour le prochain budget de la Sécurité sociale, et aucune réaction gouvernementale n’est rapportée à ce stade. Le terrain sur lequel s’inscrivent ces demandes est documenté par ailleurs : le scénario du financement des EHPAD dressé par les inspections avait déjà posé, en amont, plusieurs des tensions budgétaires que ce nouveau communiqué remet en avant depuis la Corse. Pour les équipes de direction, la rédaction retient surtout qu’un contrat national de filière, s’il se concrétisait, ne remplacerait pas les arbitrages RH de court terme déjà nécessaires sur le terrain.
Reste une question que ni le communiqué ni la rédaction ne peuvent trancher à ce stade : la manière dont un futur contrat national de filière s’articulerait, concrètement, avec les dispositifs de financement déjà existants — CPOM, forfaits soins, dotations dépendance. La rédaction suivra, dans les prochaines semaines, la manière dont ces demandes seront reprises ou non dans les débats budgétaires, sans anticiper aujourd’hui une issue que rien, dans les sources disponibles, ne permet de préjuger.


