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Vaccination antigrippale en EHPAD : la Bretagne mise sur un réseau de référents

9 min de lecture Nicolas Mortel
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La vaccination antigrippale en EHPAD reste l’un des angles morts de la prévention, mais un dispositif régional montre qu’un sursaut est possible : en Bretagne, le taux de couverture des professionnels engagés dans une démarche pilote est passé de 26,48 % à 44,23 % en une seule campagne, soit une progression de 17,76 points. Fort de ce résultat, l’ARS Bretagne a lancé le 1er juillet 2026 un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour un réseau régional de référents vaccination, avec une cible claire : dépasser 50 % de professionnels vaccinés d’ici 2028. Décryptage du dispositif et de ses enjeux pour les IDE, IDEC et médecins coordonnateurs.

Les faits : un taux de couverture qui double en un an

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Le point de départ n’avait rien d’enthousiasmant. Avant la campagne 2025-2026, seuls 26,48 % des professionnels des structures participantes étaient vaccinés — un niveau proche de la moyenne nationale du secteur. Un an plus tard, ce taux grimpait à 44,23 %, soit un gain de 17,76 points en une seule saison, d’après l’appel à manifestation d’intérêt publié par l’ARS Bretagne. Cette première vague avait réuni 44 structures volontaires : 27 relevant du secteur sanitaire, 15 du médico-social, et 2 services intervenant au domicile des personnes.

Fort de ce résultat, l’ARS relance le dispositif sous une forme plus structurée : un réseau de référents vaccination au sein de chaque établissement volontaire. La date limite de dépôt des candidatures à l’AMI est fixée au 7 septembre 2026. Le calendrier prévoit ensuite trois temps forts pour les référents désignés : une première réunion le 15 septembre 2026, une deuxième le 10 décembre 2026, puis une troisième le 22 mars 2027, en amont de la campagne vaccinale suivante.

Le contexte sanitaire justifie cette mobilisation. En France, la grippe touche chaque année entre 2 et 7 millions de personnes et provoque plus de 20 000 hospitalisations et environ 9 000 décès par an. La dernière campagne de vaccination antigrippale et Covid-19 était ouverte du 14 octobre 2025 au 31 janvier 2026 en métropole, aux Antilles et en Guyane, ce qui s’inscrit dans ce même effort de protection collective, où 2 000 personnes de 65 ans et plus sont en moyenne sauvées chaque année grâce à la vaccination.

Ce qui distingue le dispositif breton d’une simple campagne de communication, c’est sa logique de réseau : au lieu de renouveler chaque année une incitation générique, l’ARS construit une communauté de référents qui se retrouvent à échéances régulières pour partager les difficultés de terrain (plannings, réticences, logistique des séances) et ajuster les leviers d’une saison à l’autre. C’est cette continuité, plus que le seul affichage d’un objectif chiffré, qui explique le doublement du taux observé en une campagne.

Mise en perspective : un point faible national persistant

La performance bretonne tranche avec la moyenne nationale. Selon Santé publique France, sur la saison 2024-2025, la couverture vaccinale antigrippale des professionnels exerçant en EHPAD s’établit à seulement 21,0 % [IC 20,4-21,7] au niveau national, contre 17,0 % en Ehpa hors EHPAD et 13,0 % dans les établissements pour personnes en situation de handicap (EHPH). L’agence sanitaire constate d’ailleurs que chez les professionnels des ESMS, les couvertures vaccinales antigrippales demeurent faibles et en baisse — un signal qui rend le sursaut breton d’autant plus notable, comme le détaillait déjà notre décryptage sur la couverture vaccinale des soignants et la saisine de la HAS.

Sur le plan réglementaire, la vaccination antigrippale des soignants reste, à ce stade, une recommandation et non une obligation. En 2023, dans son deuxième rapport consacré aux obligations vaccinales du personnel soignant, la HAS préconisait que la recommandation de vaccination contre la grippe soit, à ce stade, maintenue à l’identique, sans la rendre obligatoire, en s’appuyant sur l’efficacité inconstante du vaccin selon les années et l’insuffisance des données sur le fardeau de la grippe nosocomiale. Elle pointait alors un taux de vaccination des soignants très bas, entre 22 et 25,9 % sur la saison 2021-2022. Depuis, le dossier a été rouvert : la HAS instruit désormais l’hypothèse de rendre cette vaccination obligatoire, aussi bien pour les libéraux que pour le personnel des structures sanitaires et médico-sociales, soignants compris. Ce travail s’appuiera sur un panel d’experts extérieurs, des échanges avec des spécialistes et organismes concernés — éthique, fédérations hospitalières, acteurs du médico-social — ainsi qu’une consultation ouverte au public. La HAS y rappelle que la grippe demeure un problème de santé publique majeur, avec des épidémies saisonnières qui frappent chaque année de deux à six millions de Français et une surmortalité marquée chez les 65 ans et plus.

Impact concret pour les équipes d’EHPAD

Pour les IDE et IDEC, le rôle de référent vaccination proposé par l’ARS Bretagne formalise une mission souvent déjà exercée de façon informelle : sensibiliser les collègues, organiser les séances de vaccination sur site, suivre le taux de couverture de l’équipe. Ce cadre s’articule avec les évolutions de périmètre d’exercice infirmier récemment précisées par les récents arrêtés relatifs aux actes infirmiers en EHPAD, qui redessinent certaines compétences autour de la prévention.

Pour le médecin coordonnateur, l’enjeu est de porter le sujet en instance de coordination : rappeler que la protection d’un résident vacciné reste fragile si les soignants qui l’entourent ne le sont pas, et s’appuyer sur les mêmes leviers que ceux déjà mobilisés pour d’autres couvertures vaccinales du grand âge. C’est un raisonnement proche de celui déjà documenté pour la vaccination antipneumococcique en EHPAD, où la couverture reste également très en-deçà des objectifs de santé publique.

Pour le directeur, candidater à ce type d’AMI — ou s’en inspirer même hors Bretagne — s’inscrit dans une démarche de prévention plus large, celle que l’Assurance Maladie a récemment érigée en « grande cause décennale ». Désigner un référent, dégager du temps dédié et articuler la démarche avec les protocoles d’hygiène existants — à l’image de ceux mobilisés en gestion du risque infectieux en chambre — sont des leviers directement actionnables, indépendamment de la région.

Pour les aides-soignants et ASH, souvent en première ligne dans le contact quotidien avec les résidents, la question se pose différemment : moins celle de la prescription que celle de l’accès pratique à la vaccination (créneaux compatibles avec les plannings en 3×8, information claire sur les bénéfices et les idées reçues) et de l’exemplarité vis-à-vis des familles, elles-mêmes parfois hésitantes. Un référent identifié dans l’établissement facilite cette médiation de proximité, loin des campagnes d’affichage institutionnelles qui touchent rarement les équipes de nuit ou de week-end.

Perspectives : vers une généralisation ?

Le calendrier breton offre une fenêtre d’observation utile pour l’ensemble du secteur : les résultats du réseau de référents seront objectivés lors des réunions de septembre 2026, décembre 2026 et mars 2027, juste avant la campagne vaccinale suivante. Si la progression se confirme, ce modèle régional pourrait inspirer d’autres ARS confrontées au même diagnostic national de couverture insuffisante.

En parallèle, l’avis de la HAS sur une éventuelle obligation vaccinale des professionnels de santé et du médico-social — actuellement en cours d’instruction — pourrait rebattre les cartes réglementaires. En attendant cette décision, les dispositifs incitatifs comme celui de l’ARS Bretagne constituent, pour les directeurs et équipes soignantes, le principal levier disponible pour progresser avant la prochaine campagne d’automne.

Pour un établissement hors Bretagne, rien n’empêche de s’inspirer de la méthode sans attendre un AMI régional équivalent : désigner en interne un binôme référent (un professionnel paramédical et le médecin coordonnateur), fixer un point d’étape avant chaque campagne d’automne, et objectiver le taux de couverture de l’équipe d’une année sur l’autre plutôt que de se contenter d’une affiche de sensibilisation. C’est, à l’échelle d’un seul établissement, la même logique de suivi dans la durée qui explique les résultats bretons.

Questions fréquentes

La vaccination antigrippale est-elle obligatoire pour les soignants en EHPAD ?
Non. À ce stade, il s’agit d’une recommandation, pas d’une obligation. La HAS préconisait en 2023 de maintenir cette recommandation à l’identique, mais elle a depuis été saisie pour évaluer la pertinence d’une obligation vaccinale pour les professionnels de santé et du médico-social, avis attendu après consultation d’experts et consultation publique.
Qu’est-ce qu’un « référent vaccination » en établissement ?
C’est un professionnel désigné au sein de l’établissement, chargé de sensibiliser ses collègues, d’organiser l’accès à la vaccination sur site et de suivre le taux de couverture de l’équipe. Dans le dispositif breton, les référents intègrent un réseau régional animé par l’ARS, avec plusieurs temps de rencontre programmés jusqu’à la campagne suivante.
Pourquoi la vaccination des soignants protège-t-elle aussi les résidents ?
Un résident vacciné mais entouré de soignants non immunisés reste exposé à la circulation du virus au sein de l’établissement. La protection collective d’un EHPAD repose sur la vaccination des deux maillons — résidents et professionnels — d’autant que la grippe touche en priorité les personnes âgées fragiles.
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