Plateau de vaccination préparé dans une salle de soins d'EHPAD
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Vaccination antigrippale des soignants en EHPAD : repères pour l’IDEC

14 min de lecture Nicolas Mortel
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Mis à jour · juillet 2026

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La vaccination antigrippale des soignants en EHPAD pose une question concrète à l’IDEC : que dire à une équipe qui hésite, et sur quoi s’appuyer ? Cet article rassemble les chiffres, les freins et les leviers rapportés par la HAS dans son évaluation de 2026. Il précise aussi ce que disent les textes aujourd’hui et ce qui relève d’une simple recommandation. Il s’adresse à l’IDEC, au directeur et au médecin coordonnateur, avec les limites de chaque étude signalées au fil du texte.

Couverture vaccinale et cadre juridique : où en est-on ?

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Dans sa recommandation de juillet 2026 sur l’obligation vaccinale, la HAS retient « l’écart important et persistant entre les taux de couverture vaccinale des professionnels en EHPAD (21 %) au cours de la saison 2024‑2025, et ceux observés chez les résidents dans ces établissements (82,7 %) ». C’est un chiffre à connaître avant d’ouvrir la discussion avec votre équipe. Le même document cite aussi une autre mesure, issue d’une enquête de Santé publique France : « Concernant les professionnels en EHPAD, la couverture vaccinale est passée de 37,2 % en 2007-2008 à 24,2 % en 2024-2025. » Il ne remplace pas votre propre taux : mesurer la couverture de votre établissement reste un travail à part, que l’IDEC peut documenter avec la direction.

La HAS décrit aussi un gradient entre les métiers : « Le taux est le plus élevé chez les médecins. Il est décroissant successivement chez les sages-femmes, les infirmiers et les aides-soignants, catégories professionnelles qui sont les plus en contact avec les patients des établissements de santé et les résidents des EHPAD. » Ce passage ne donne pas de chiffre par profession. Pour situer l’EHPAD dans un panorama plus large, vous pouvez vous reporter à notre analyse de la couverture antigrippale des professionnels en EHPAD et au bilan vaccinal publié par Santé publique France.

Une précision de méthode évite les confusions. L’indicateur national de qualité de la HAS est défini ainsi : « Cet indicateur exprime le taux de personnel hospitalier vacciné contre la grippe parmi l’ensemble du personnel hospitalier exerçant au sein de l’établissement de santé. » Il vise les établissements de santé : n’en tirez pas de donnée sur les EHPAD.

Côté résidents, la HAS s’appuie sur la surveillance nationale des cas groupés d’infections respiratoires aiguës en EHPAD : « Les épisodes de « grippe seule » ont été à l’origine de 23 796 résidents malades (taux d’attaque 19,8 %), 1 397 hospitalisations (taux d’hospitalisation 6,4 %), 1 476 décès (létalité 6,1 %). » Ces données ne précisent pas qui a introduit le virus dans l’établissement.

Ce que disent les textes aujourd’hui

Deux textes se lisent ensemble. Le code de la santé publique dispose, pour les établissements hébergeant des personnes âgées, que « Une personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention, de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle l’exposant ou exposant les personnes dont elle est chargée à des risques de contamination » doit être immunisée contre l’hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe. Le même texte précise : « Un arrêté des ministres chargés de la santé et du travail, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les catégories d’établissements et organismes concernés. » Vous trouverez le texte sur Légifrance.

Or la HAS écrit, dans son rapport de 2024 sur la couverture vaccinale du personnel hospitalier : « Bien que prévue par l’article L. 3111-4 du Code de la Santé Publique comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. » Ces deux passages se citent ensemble : le code mentionne la grippe, et la HAS décrit l’obligation antigrippale comme suspendue. La recommandation de 2026, présentée en fin d’article, est une recommandation et non une règle en vigueur.

Le code du travail ajoute une règle de médecine du travail, consultable sur Légifrance : « Sans préjudice des vaccinations prévues aux articles L. 3111-4 et L. 3112-1 du code de la santé publique, l’employeur recommande, s’il y a lieu et sur proposition du médecin du travail, » aux travailleurs non immunisés contre les agents biologiques pathogènes auxquels ils sont ou peuvent être exposés de réaliser, à sa charge, les vaccinations appropriées.

Enfin, l’arrêté fixant la liste des actes et soins réalisables par les infirmiers diplômés d’État mentionne l’administration des vaccins contre la grippe saisonnière aux personnes âgées de onze ans et plus, ciblées ou non ciblées par les recommandations vaccinales. C’est un acte infirmier, à distinguer de l’organisation de la campagne dans l’établissement. Pour situer les fonctions de chacun, vous pouvez consulter notre guide sur le métier d’IDEC.

Bénéfice pour les résidents et freins des soignants : lire les études avec leurs limites

Un bénéfice présenté avec des nuances

L’argument de la protection des résidents mérite d’être manié avec précision. La HAS cite une méta-analyse Cochrane portant sur des établissements d’hébergement pour personnes âgées : proposer la vaccination aux soignants a eu peu ou pas d’effet sur le nombre de résidents développant une grippe confirmée en laboratoire (de 5 % à 4 %), avec un niveau de preuve faible.

La même analyse note une « réduction de la mortalité toutes causes (RR 0,69 ; IC 95 % : 0,60-0,80 ; niveau de preuve modéré) », mais la HAS ajoute : « Ce résultat doit toutefois être interprété avec prudence, la mortalité toutes causes confondues étant un critère non spécifique de la grippe. » Sur la transmission, elle écrit : « les discussions au sujet de l’épidémiologie de la grippe nosocomiale montrent qu’elle est imparfaitement documentée et que l’effet de la vaccination des soignants sur la transmission n’est pas formellement établi. »

Devant l’équipe, le plus sûr est de citer ces résultats avec leurs niveaux de preuve et leurs réserves, tels que la HAS les présente.

Les freins rapportés par la HAS

Sur les freins, la HAS écrit : « Chez les professionnels, les freins à l’adhésion vaccinale contre la grippe incluent la faible perception du risque, les doutes sur l’efficacité, les contraintes d’organisation du système de soins (accès difficile au vaccin, manque de disponibilité, logistique insuffisante) »

Une enquête déclarative menée en 2020 auprès de soignants, sur leurs intentions de vaccination, apporte des ordres de grandeur, à lire avec prudence. Chez les non-vaccinés qui n’envisageaient pas de se vacciner, la principale raison déclarée était une efficacité jugée insuffisante (64,7 %), suivie de la crainte des effets secondaires (38,5 %). Chez ceux qui envisageaient de se vacciner, les raisons évoquées relevaient principalement de freins d’accès plutôt que d’opposition de principe : manque d’occasions (50,2 %) et oubli (15,3 %).

Deux autres éléments complètent le tableau. Une étude menée auprès d’infirmiers conclut que l’insatisfaction vis‑à‑vis des conditions de travail est fortement associée aux attitudes vaccinales des infirmiers. Et, chez les professionnels libéraux, d’autres travaux citent parmi les causes de l’hésitation la non‑perception du rôle du soignant dans la transmission de la maladie aux patients et à l’entourage. Ces résultats viennent d’enquêtes déclaratives : lisez-les comme des pistes d’écoute de votre équipe, pas comme un portrait de vos soignants.

Informer, faciliter l’accès, suivre : les leviers étape par étape

Les leviers sont regroupés ici en trois étapes, que chaque établissement répartit selon son organisation.

Informer, sans s’arrêter à l’information

Une étude citée par la HAS, VAX Action, encore en cours, auprès de professionnels de santé, insiste sur le fait que la seule diffusion d’informations ne suffit pas : c’est la combinaison d’un environnement facilitant et d’une communication adaptée qui crée les conditions d’une progression effective de la vaccination. Les arguments des sections précédentes servent la communication ; ils ne remplacent pas l’accès au vaccin. Les ressources de la campagne vaccinale grippe et Covid en EHPAD et le kit régional de l’ARS Île-de-France sont à consulter.

Faciliter l’accès

Dans l’enquête citée plus haut, les freins d’accès concernent les soignants qui envisageaient de se vacciner. Une étude de Santé publique France spécifique aux EHPAD, rapportée par la HAS et fondée sur des données déclaratives, estime que trois mesures combinées — vaccin gratuit proposé sur place, temps d’information en groupe ou en individuel, documents sur la grippe et les vaccins — « aurait augmenté la couverture antigrippale des professionnels de près de 10 points en 2024-2025 par rapport à l’absence de mise en place de ces mesures (26,1 % vs 17,2 %). »

Suivre et soutenir

La même enquête décrit un recul du soutien des directions : « entre 2018‑2019 et 2024‑2025, le soutien des campagnes vaccinales par les équipes de direction est passé de 89 % à 52 % » des établissements. Elle associe aussi une couverture plus élevée à la nomination d’un référent vaccination au sein de l’établissement, alors que 30 % des établissements (EHPAD/nursing homes) disposent d’un référent vaccination en 2024/2025. Là encore, ce sont des associations observationnelles.

Le guide d’implémentation de l’OMS, cité par la HAS, range parmi les incitations puissantes : « Les recommandations de pairs ou de leaders, ainsi que le soutien institutionnel (ex. : congé maladie en cas d’évènements indésirables) sont des incitations puissantes. » Sur le plan du management, notre guide sur le management en EHPAD est à consulter pour situer cette démarche.

Mettre en œuvre dans votre équipe : points de contrôle

Plutôt qu’un plan imposé, voici des questions de contrôle à poser en équipe de direction avant la prochaine saison. Chacune renvoie à un levier ou à une limite rapportés plus haut.

  • Le vaccin est-il accessible sur le lieu de travail, sans démarche compliquée ? Les freins d’accès sont ceux que la HAS met en avant dans l’enquête citée. Les bonnes pratiques d’hygiène en EHPAD fournissent le cadre général de la prévention.
  • Un référent vaccination est-il nommé dans l’établissement, et son rôle est-il connu de l’équipe ?
  • La direction a-t-elle affiché son soutien à la campagne, et les professionnels qui se vaccinent en parlent-ils à leurs collègues ?
  • Les arguments utilisés auprès des soignants respectent-ils les nuances de la HAS sur le bénéfice pour les résidents ?
  • Disposez-vous d’un taux de couverture propre à l’établissement, suivi d’une saison à l’autre ? La démarche est décrite dans notre article sur le pilotage de la couverture vaccinale.

Pour inscrire ce suivi dans la gestion du risque infectieux, vous pouvez le relier à votre DAMRI. Le sujet croise aussi la fonction de médecin coordonnateur, détaillée dans notre guide du médecin coordonnateur. Si votre établissement fait intervenir le médecin du travail, rappelez-vous que le code du travail évoque une recommandation de l’employeur sur sa proposition, décrite dans la première section.

Perspectives : une obligation recommandée par la HAS

En juillet 2026, « la HAS recommande la mise en place d’une obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels ». Parmi les professionnels visés figurent « les professionnels des établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, en contact avec des personnes à risque de forme sévère de grippe. » Elle prévoit une exception : sauf contre-indication médicale reconnue. C’est une recommandation adressée aux décideurs publics, pas une règle en vigueur.

Elle fixe aussi une priorité : la HAS recommande que le déploiement de l’obligation vaccinale antigrippale puisse être mis en place en priorité dans les établissements hébergeant des populations particulièrement vulnérables, en particulier les EHPAD et les unités de soins de longue durée (USLD). Pour les autres lieux concernés, établissements de santé, autres établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées et structures d’exercice libéral, la HAS formule une autre recommandation : « La HAS recommande que ce déploiement progressif s’effectue sur une période de deux ans renouvelables un an, dans un cadre concerté ».

Quelle que soit la suite donnée par les pouvoirs publics, le travail d’écoute, d’accès et de suivi décrit ci-dessus reste un chantier d’équipe, à conduire avec des arguments sourcés.

Mini-FAQ : vaccination antigrippale des soignants

Les soignants d’EHPAD sont-ils tenus de se faire vacciner contre la grippe ?
Deux textes se lisent ensemble. La HAS écrit en 2024 que l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret. En 2026, elle formule autre chose : la HAS recommande la mise en place d’une obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels. C’est une recommandation aux décideurs publics, pas une règle en vigueur ; voir la première section.
Peut-on dire aux équipes que leur vaccination protège les résidents ?
Avec prudence : la HAS rapporte une réduction de la mortalité toutes causes qu’elle invite à interpréter avec prudence, et écrit que l’effet de la vaccination des soignants sur la transmission n’est pas formellement établi. Les résultats de la méta-analyse sont détaillés dans la section sur le bénéfice pour les résidents.
Suffit-il d’informer les soignants pour améliorer la couverture ?
Une étude citée par la HAS, encore en cours, conclut que la seule diffusion d’informations ne suffit pas : c’est la combinaison d’un environnement facilitant et d’une communication adaptée qui crée les conditions d’une progression effective de la vaccination.

Sources officielles

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