Canicule EHPAD : à l’Assemblée nationale, une communication a été présentée en conclusion des travaux de la mission d’information flash relative aux coûts des fortes températures, de la sécheresse et des incendies de l’été 2026. Elle met des montants sur l’été écoulé pour la santé et pour les établissements sociaux et médico-sociaux, dont les EHPAD font partie, puis chiffre des besoins dont certains visent les EHPAD, et formule des propositions. Attention aux périmètres : chaque chiffre ne vise pas le même ensemble d’établissements, et les besoins chiffrés et les recommandations sont des propositions d’une mission parlementaire, non des décisions.
Les faits : ce que la mission chiffre pour la santé et les ESMS
Le point de départ est institutionnel. Selon la page de la mission, la commission des finances a créé une mission d’information flash portant sur le coût de la canicule, et cette mission est « Clôturée le lundi 5 octobre 2026 ». La communication du rapporteur, accessible sur le site de l’Assemblée nationale, est le document dont les chiffres sont repris ci-dessous.
La page de la mission assigne à ses travaux un double objectif : évaluer le coût actuel et futur des épisodes de chaleur extrême et de leurs conséquences, notamment sur la santé, l’activité économique, l’agriculture, les infrastructures, les bâtiments ou encore l’aggravation d’autres phénomènes climatiques, puis évaluer le coût des mesures de prévention et d’adaptation nécessaires pour en limiter les effets.
Un chiffre global pour tout le secteur de la santé
Le montant cité pour le secteur de la santé est le suivant, selon la communication : « Les dépenses budgétaires supplémentaires pour le secteur de la santé atteignent un minimum de 700 millions d’euros ». Il s’agit du secteur de la santé pris dans son ensemble, et non des EHPAD : retenir ce montant comme « la facture des EHPAD » serait une confusion de périmètre.
La communication détaille la répartition par acteur : « Les aléas climatiques estivaux ont entraîné un coût budgétaire direct pour le secteur de la santé, réparti selon ses acteurs, estimé à 200 millions d’euros pour l’Assurance maladie, 100 millions d’euros pour les urgences, et entre 260 et 520 millions d’euros pour les établissements sociaux ou médico-sociaux. » Pour les établissements sociaux ou médico-sociaux (ESMS), la communication précise le rattachement des EHPAD : « Concernant les établissements sociaux ou médico-sociaux (ESMS), dont font partie les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les remontées de données ne permettront une vision agrégée que d’ici le printemps 2027 ».
Le coût pour les ESMS : une enquête et une extrapolation
La communication s’appuie sur une enquête de fédération : « Les résultats d’une enquête réalisée par la fédération des directeurs d’établissements et communiquée au rapporteur suggèrent que 80 % des établissements auraient engagé des dépenses supplémentaires », la même phrase indiquant ensuite « pour un coût moyen estimé à 14 250 euros ». La phrase emploie les mots « suggèrent » puis « auraient » : c’est un résultat suggéré par une enquête de fédération, non un constat agrégé, et il ne vaut pas pour « les EHPAD » en général.
Pour l’ensemble du réseau, la communication formule une extrapolation : « À l’échelle de l’intégralité du réseau de 45 000 ESMS, et considérant que les 100 répondants à l’enquête précitée sont susceptibles d’être de grands établissements, le coût global pourrait être compris dans une fourchette de l’ordre de 260 millions à 520 millions d’euros – à comparer aux 270 millions d’euros de gels et annulations opérés en 2026 sur leurs crédits ». La réserve figure dans la phrase elle-même : les répondants sont, selon la communication, susceptibles d’être de grands établissements, et la fourchette est présentée au conditionnel. Ce rapprochement vaut pour l’ensemble des ESMS, pas pour les EHPAD isolément.
La communication mentionne aussi la prise en charge d’une partie de ces dépenses : « Une réponse partielle y a été apportée par les agences régionales de santé et les conseils départementaux, notamment à travers des crédits non-reconductibles et des autorisations de renforts estivaux, à hauteur de 20 millions d’euros environ en Île-de-France à titre d’exemple ».
Sur le suivi des données, une note de bas de page indique que « La caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) indique que des données précises pourront être recueillies via les agences régionales de santé (ARS) et le suivi comptable de deux lignes distinctes de tarification créées cet été afin de suivre les dépenses spécifiques induites par les vagues de chaleur ». Pour le cadre général de la préparation aux épisodes de chaleur, voir notre page de référence sur le plan bleu en EHPAD.
L’exposition des EHPAD à la chaleur
Sur l’exposition des publics fragiles, la communication écrit : « Le rapporteur note néanmoins que les études menées sur des épisodes passés de fortes chaleurs convergent vers une exposition plus importante de catégories fragiles de la population à des risques sanitaires. Ainsi, les personnes de 75 ans et plus ont représenté 53 % des passages aux urgences liés aux vagues de chaleur en 2025 ». Cette donnée porte sur les passages aux urgences de personnes âgées, non sur les résidents d’EHPAD en tant que tels. Pour le détail des conséquences de l’été sur les résidents, notre bilan de la canicule dans les EHPAD reprend les données disponibles.
Pour les EHPAD eux-mêmes, la communication cite deux données de nature différente, dans une même phrase : « Près de 90 % des chambres individuelles d’EHPAD n’étaient pas climatisées en 2022 selon la FNADEPA », puis « 60 % des directeurs d’EHPAD considèrent que leur établissement a été thermiquement inconfortable », la phrase précisant ensuite « dans les espaces privatifs ». La première est attribuée à la FNADEPA ; la seconde exprime une appréciation de directeurs, non une mesure de température. Sur ce dernier terme, une note de bas de page donne une définition qui vaut pour un logement : « Au sens de la réglementation énergétique RE2020, un logement est considéré comme thermiquement inconfortable si sa température intérieure dépasse 26 °C à 28 °C selon les configurations extérieures durant la journée, et 26 °C durant la nuit ». Sur les enjeux climatiques de ces mêmes établissements, notre article sur les urgences climat et vieillissement des EHPAD apporte le point de vue de la FNADEPA.
La communication rapporte enfin une difficulté d’organisation : « Des difficultés liées à l’indisponibilité de salariés d’hôpitaux et d’Ehpad, causée par la fermeture des établissements scolaires de leurs enfants, ont été rapportées tant par la Fédération hospitalière de France (FHF) que par la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements & services pour personnes âgées (FNADEPA) ».
Mise en perspective : investissements, personnel et crédits
La communication ne s’en tient pas aux dépenses de l’été : elle chiffre aussi des besoins d’investissement et formule des recommandations. Le périmètre change d’une ligne à l’autre.
Investissements : établissements de santé et EHPAD
Concernant les établissements de santé et les EHPAD, les estimations de référence de l’inspection générale des affaires sociales estiment entre 27 milliards et 67 milliards d’euros entre 2025 et 2050 les investissements nécessaires. La communication poursuit, au sujet de ce chiffrage : « Ce chiffrage ayant été repris par les associations d’établissements concernées, la mission propose de se l’approprier, pour un montant total de 30 milliards d’euros d’investissements publics, essentiellement de l’État s’agissant des hôpitaux ». Le périmètre est celui des établissements de santé et des EHPAD réunis, et c’est la mission qui « propose » : il ne s’agit pas d’un budget propre aux EHPAD.
Pour les seuls hôpitaux, la recommandation relative à un fonds dédié est formulée ainsi : « Pour les hôpitaux, ce soutien pourrait prendre la forme d’un Fonds vert hospitalier doté d’un milliard d’euros par an, à partir de 2027 (Recommandation n° 36) ». Ce fonds vise les hôpitaux et non les EHPAD ; notre article sur le fonds vert réclamé pour les établissements revient sur les demandes de la FHF en la matière.
Personnel des EHPAD et crédits non reconductibles
Pour les EHPAD, la communication écrit : « des moyens humains supplémentaires seraient nécessaires, évalués à 15 000 ETP, soit 150 millions d’euros par an, pour les EHPAD (Recommandation n° 35) ». Sur les crédits mobilisables en cas de chaleur, elle écrit, dans une phrase qui ne cible pas un type d’établissement : « Le montant des crédits non-reconductibles, mobilisables en cas de fortes températures, pourrait être rehaussé en sus de ces investissements immobiliers et humains. » Ces deux phrases sont des propositions, formulées au conditionnel, et non des moyens accordés.
La communication évoque aussi les réseaux de froid, un volet qui n’est pas propre aux EHPAD : « À ces estimations peut s’ajouter le développement de réseaux de froid, qui nécessiteraient selon le ministère de la transition écologique 75 millions d’euros par an pendant 10 ans, pour un total de 750 millions d’euros (Recommandation n° 38) ».
Climatisation des chambres : l’estimation des personnes auditionnées
Une note de bas de page chiffre la climatisation des chambres : « Le coût d’une climatisation de toutes les chambres, qui atteint environ 3 000 euros par chambre en fourchette basse, s’élèverait à 1,8 milliard d’euros en EHPAD et 945 millions d’euros pour les établissements dans le secteur du handicap, selon les auditionnés ». Il s’agit donc, d’après la communication, d’une estimation des personnes auditionnées, formulée au conditionnel, et non d’un chiffrage de la mission elle-même. Pour les obligations et les financements autour de ce sujet, voir notre dossier sur la climatisation en EHPAD.
Côté établissements de santé, la communication relève un redéploiement : « Certes, une enveloppe de 100 millions d’euros a été redéployée, pour développer les dispositifs de rafraîchissement des établissements de santé, permettant l’achat de 35 000 climatiseurs mobiles – dont l’agrégation du coût est en cours. Toutefois, il s’agit d’une réorientation à moyens constants, qui ne concerne par ailleurs pas les commandes réalisées en dehors de la période caniculaire – pénalisant les hôpitaux ayant cherché à anticiper les fortes températures. » Le périmètre est celui des établissements de santé, hôpitaux compris, et la seconde phrase en borne la portée.
Impact concret par profil métier
Les pistes qui suivent sont des lectures du média, que la communication ne formule pas : elles prolongent les faits ci-dessus à l’usage des équipes.
Directeurs d’EHPAD et gestionnaires
Une lecture de gestion, que le texte ne formule pas : avant de rapprocher les dépenses de l’établissement des fourchettes de la communication, vérifier le périmètre de chaque chiffre. Les montants de la santé, des ESMS et des EHPAD ne visent pas le même périmètre — la fourchette des ESMS est l’une des composantes du total santé — et le résultat d’enquête cité au conditionnel ne remplace pas le suivi réel de l’établissement. Les deux lignes distinctes de tarification créées cet été afin de suivre les dépenses spécifiques induites par les vagues de chaleur offrent un cadre : tenir un relevé interne cohérent avec elles est une piste de travail.
Sur le volet obligations, notre article consacré aux obligations de l’employeur en cas de canicule détaille ce qui incombe à l’établissement. Pour documenter les dépenses engagées, l’article sur les dépenses des EHPAD liées aux canicules et aux incendies donne la lecture d’une fédération d’employeurs.
IDEC et équipes soignantes
Une piste de travail pour l’équipe, que la communication ne formule pas : repérer, dans l’organisation habituelle des épisodes de chaleur, la question de l’indisponibilité de salariés évoquée plus haut.
Perspectives
Les besoins chiffrés et les recommandations relèvent de la proposition d’une mission parlementaire, et les fourchettes de dépenses de l’été sont des estimations. La communication l’exprime par son vocabulaire : « pourrait prendre la forme » pour le soutien aux hôpitaux, « seraient nécessaires » pour les moyens humains en EHPAD, « pourrait être rehaussé » pour les crédits non reconductibles, et « la mission propose de se l’approprier » pour le chiffrage d’investissement. Le registre de ces passages est celui de l’estimation et de la proposition.
Une échéance est citée par la communication pour les ESMS, EHPAD compris : les remontées de données ne permettront une vision agrégée que d’ici le printemps 2027.


