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Sécurité & Plan bleu

Canicule de juillet 2026 : 18,5 % des décès en EHPAD, comment lire ce chiffre

12 min de lecture Nicolas Mortel
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La canicule du 3 au 22 juillet 2026 a laissé sa trace dans le nouveau bilan de Santé publique France, publié le 19 août 2026 : pour la première fois, l’institution ventile les décès observés par type de lieu où ils sont survenus. Le chiffre de 18,5 % en EHPAD/Maison de retraite circule déjà dans les échanges professionnels, mais sa lecture appelle une prudence méthodologique explicite, écrite noir sur blanc par Santé publique France elle-même. C’est cette prudence que cet article détaille, sans dramatiser et sans minimiser.

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Le point publié par Santé publique France porte sur la période de canicule du 3 au 22 juillet 2026, qui a concerné 78 départements ont été concernés par cet épisode de canicule, soit 78,5 % de la population hexagonale, avec la durée moyenne de canicule sur cette période est de 7,2 jours par département touché. Selon Météo-France, juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, même si l’épisode du 3 au 22 juillet a une intensité inférieure à la canicule précédente mais reste néanmoins exceptionnel de par sa durée et son étendue géographique.

Sur le plan de la mortalité, 1 243 décès toutes causes en excès (+ 9,2 %) ont été estimés à partir des données Insee arrêtées au 18 août. Les personnes âgées de 75 ans et plus concentrent les trois quarts des décès de ce bilan provisoire, avec 917 décès en excès (+ 9,7 %) dans cette classe d’âge — un point de vigilance direct pour les EHPAD, dont la population résidente correspond précisément à cette tranche d’âge. Toutes les régions sont concernées à l’exception de la Corse ; la région la plus touchée en valeur absolue est Pays de la Loire avec 236 décès toutes causes en excès (+21,4 %), tandis que Hauts-de-France est la région présentant l’excès de décès relatif le plus élevé (+ 24,7 %), un chiffre à nuancer car il ne concerne que 24 décès en excès sur le département de la Somme, pour une durée de canicule de 3 jours.

C’est la nouveauté de ce bulletin : sur les 14 713 décès toutes causes observés durant les jours de canicule, plus de la moitié (51,1 %) sont survenus en établissement hospitalier, 25,9 % à domicile et 18,5 % en EHPAD/Maison de retraite. Cette hausse n’épargne aucun lieu de vie ou de soin : « Les décès toutes causes, observés durant cet épisode de canicule, ont augmenté pour tous les types de lieux : établissements hospitaliers, domicile et EHPAD/Maison de retraite », relève le bulletin. Il ajoute que « La mortalité est restée à un niveau plus élevé que début juin et reste stable sur l’ensemble de la période » et que « Cette tendance est observée dans l’ensemble des lieux de décès » : le phénomène ne se limite donc à aucun type d’établissement.

Mise en perspective

C’est ici que se joue l’essentiel pour un professionnel d’EHPAD qui voudrait citer ce bilan : ce pourcentage n’est pas une mesure de surmortalité propre aux EHPAD. Santé publique France le précise elle-même : Le modèle est appliqué au niveau départemental, tous âges et par classes d’âge, mais il n’est pas appliqué par type de lieu de décès. Concrètement, le modèle statistique qui permet de calculer un excès de mortalité — développé dans le cadre du projet Européen EuroMomo et utilisé par 28 pays ou régions européens — n’a jamais été appliqué séparément à l’hôpital, au domicile et à l’EHPAD. Les pourcentages par lieu de décès sont donc une simple répartition des décès toutes causes observés pendant les jours de canicule, pas une part de l’excès de mortalité, et encore moins une surmortalité spécifique aux établissements pour personnes âgées.

Deuxième réserve, tout aussi structurante : la donnée de lieu de décès repose sur une déclaration humaine, faite au guichet de la mairie. Cette information est collectée par l’officier d’état-civil au moment de la déclaration du décès à la mairie, sur la base des un échantillon d’environ 5 000 communes qui transmettent leurs données à l’Insee et qui Ce réseau couvre 84 % de la mortalité nationale. Santé publique France rappelle qu’ il convient de rester prudent sur l’interprétation des résultats selon que l’EHPAD/Maison de retraite est considéré ou non comme le domicile du défunt, ce qui peut induire une confusion sur le lieu de décès renseigné. Autrement dit, un résident dont le décès est déclaré « domicile » plutôt qu’« EHPAD » par erreur ou par convention locale fausse mécaniquement la répartition. À l’inverse, certains décès peuvent survenir en établissement hospitalier suite à une exposition au domicile ou en EHPAD/Maison de retraite : un résident hospitalisé en urgence pour un coup de chaleur et décédé à l’hôpital est comptabilisé « établissement hospitalier », alors que l’exposition initiale a eu lieu en EHPAD.

Ce bilan du 3-22 juillet fait suite à celui de la vague de canicule de juin, pour laquelle Santé publique France avait déjà estimé au moins 5 764 décès en excès sur la canicule du 17 juin au 2 juillet. Les deux vagues cumulées confirment un été 2026 exceptionnel, même si cette canicule est exceptionnelle de par sa durée et son étendue géographique plus que par son intensité brute. Ces estimations restent provisoires : elles sont établies 3 semaines après la fin de la période de canicule étudiée, à partir de données non consolidées, et l’estimation définitive n’arrivera que plus tard dans la saison.

Impact concret par profil métier

Au-delà de la polémique sur le pourcentage, ce bulletin est surtout un rappel de gestion de crise pour la rentrée. Voici ce qu’il change, concrètement, selon les fonctions.

Pour le directeur

Le socle réglementaire ne change pas : Les établissements assurant l’hébergement des personnes âgées mentionnés au 6° du I de l’article L. 312-1 sont tenus d’intégrer dans le projet d’établissement mentionné à l’article L. 311-8 un plan détaillant les modalités d’organisation à mettre en oeuvre en cas de crise sanitaire ou climatique, et Ce plan doit être conforme à un cahier des charges arrêté par les ministres chargés de la santé et des personnes âgées. Ce bilan est l’occasion de rouvrir le plan bleu de l’établissement avant la prochaine alerte et de vérifier, avec l’encadrement, le registre communal des personnes vulnérables et son articulation avec la mairie — c’est précisément ce même circuit qui produit les données de lieu de décès évoquées plus haut. Un directeur devrait aussi lire ou relire les failles pointées par la FNADEPA sur la gestion de la canicule en EHPAD, qui recoupent largement les points de vigilance de ce bulletin.

Pour l’IDEC

Le message pour l’encadrement soignant n’est pas de s’alarmer sur un chiffre mal calculé, mais de maintenir la vigilance clinique sur la population qui concentre l’essentiel de l’excès de mortalité : les résidents de 75 ans et plus, qui sont la quasi-totalité des effectifs en EHPAD. Cela passe par le rappel des consignes de repérage sur les signes de déshydratation à surveiller chez la personne âgée, et par la vérification que les équipements de rafraîchissement sont opérationnels : le point sur les obligations et financements de climatisation en EHPAD permet de savoir où en est l’établissement sur ce dossier avant la prochaine alerte météo.

Pour le médecin coordonnateur

Le rappel que des décès classés « établissement hospitalier » peuvent faire suite à une exposition en EHPAD renforce l’intérêt d’anticiper les transferts plutôt que de les subir. C’est aussi un rappel de la tension qui pèse sur l’aval hospitalier en période de canicule : le manque de places d’aval dans les services de gériatrie complique le retour des résidents hospitalisés et pèse directement sur la décision d’hospitaliser ou de maintenir en établissement. Pour les aides-soignantes en première ligne, la vigilance porte sur les mêmes signaux cliniques que ceux rappelés à l’IDEC, avec un relais systématique vers l’équipe soignante dès le moindre doute.

Perspectives

Ce bulletin n’est pas le dernier mot de l’été. Santé publique France annonce que le bilan estival produit après la période de surveillance, rallongée de la période de consolidation des données de mortalité livrera une estimation consolidée et définitive, détaillée par vague de chaleur — celle de juin et celle de juillet. Les établissements ont donc intérêt à conserver leurs propres indicateurs internes (relevés de température, épisodes de déshydratation, transferts) plutôt que de s’appuyer sur des pourcentages provisoires pour communiquer en interne ou auprès des familles.

Sur le plan organisationnel, le cadre reste celui du plan bleu, dont le guide complet consacré à la sécurité et au plan bleu en EHPAD détaille les obligations. En cas de dégradation brutale de la situation, la référence récente reste un exemple d’évacuation en plan blanc qui a mis en lumière les points de bascule entre gestion interne et déclenchement d’un dispositif départemental. La prochaine étape à surveiller n’est donc pas un nouveau pourcentage isolé, mais bien la publication du bilan estival consolidé, qui permettra de resituer chaque type de lieu de décès dans un cadre statistique cohérent.

Questions fréquentes

Le pourcentage de décès en EHPAD publié par Santé publique France signifie-t-il que la canicule y a été plus meurtrière ?
Non. Le modèle est appliqué au niveau départemental, tous âges et par classes d’âge, mais il n’est pas appliqué par type de lieu de décès, précise Santé publique France. La part de décès en EHPAD publiée dans ce bulletin est une répartition des décès toutes causes observés pendant les jours de canicule, pas une mesure d’excès de mortalité propre à ces établissements.
Pourquoi la part de décès en EHPAD ne doit-elle pas être citée comme une surmortalité propre à ces établissements ?
Parce qu’il convient de rester prudent sur l’interprétation des résultats selon que l’EHPAD/Maison de retraite est considéré ou non comme le domicile du défunt, ce qui peut induire une confusion sur le lieu de décès renseigné. Par ailleurs, certains décès peuvent survenir en établissement hospitalier suite à une exposition au domicile ou en EHPAD/Maison de retraite, ce qui brouille encore la lecture par lieu de décès.
Que va apporter le bilan estival consolidé à venir pour les EHPAD ?
Santé publique France annonce que le bilan estival produit après la période de surveillance, rallongée de la période de consolidation des données de mortalité livrera une estimation finale et consolidée. Les établissements devront donc attendre ce document pour disposer d’un chiffre stabilisé, plutôt que de se fier aux estimations provisoires.

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